LYON
NOTICE HISTORIQUE
YON est entré, depuis quelques années, dans une voie de régénération et de progrès qui en fait aujourd’hui, plus que jamais, la seconde ville de France.
Des rues nouvelles sont ouvertes à la circulation, apportant la lumière et le soleil à des quartiers malsains et populeux ; de nouveaux monuments s’élèvent • l’eau circule ; les quais et les places publiques se couvrent de plantations ; en un
mot, la transformation est générale, et celui qui a quitté cette ville il y a vingt ans, aurait peine à la reconnaître sous ce nouvel aspect, épanouie au confluent
de ses deux fleuves, propre et coquette comme une cité flamande, toujours riche par son industrie, animée par ses 300,000 habitants, desservie par les six chemins de fer et les nombreuses routes qui circulent dans son sein ou rayonnent autour de ses murs.
Les premiers travaux relatifs à cette heureuse transformation datent de 18^3.
A cette époque, M. Vaïsse, alors Conseiller d’Etat, et depuis Sénateur, arrivait à Lyon, comme chargé de l’administration du département du Rhône. Son premier soin fut d’étudier les besoins de cette grande cité manufacturière dont le Gouvernement venait de lui confier les intérêts.
Depuis longtemps le commerce lyonnais se plaignait de n’avoir pas son temple à lui, où il pût commodément installer sa chambre et ses tribunaux, donner une salle à ses Agents de change, abriter son Conseil des Prud’hommes et ses services spéciaux. L’Hôtel-de- Ville, devenu Palais préfectoral, était à peine assez vaste pour contenir les nombreux services qui lui incombaient, par suite de sa nouvelle destination; enfin, les convenances exigeaient qu’on enlevât la Bourse au Palais Saint-Pierre, en rendant à ce dernier monument, avec sa destination spéciale, son titre de Palais des Beaux-Arts.
Il fut donc arrêté qu’un monument serait élevé sur le parcours de la nouvelle rue Impériale ; que ce monument serait spécialement affecté au commerce et à l’industrie, et que M. Dardel, alors architecte en chef de la Ville, serait chargé de construire le nouveau Palais. Mais avant de parler du Palais lui-même, il est important de dire quelques mots des circonstances principales qui en précédèrent l’érection et décidèrent du choix de son emplacement.
Le vaste programme de régénération complète de la cité, arrêté par M. Vaïsse dès son arrivée à Lyon, comprenait à la fois l’embellissement de la ville, son assainissement, l’amélioration de sa viabilité, une distribution d’eau filtrée, l’achèvement des quais et des ponts du Rhône et de la Saône, la restauration des
PALAIS DU COMMERCE DE LYON
monuments publics, l’établissement de nouvelles promenades, et enfin l’ouverture de vastes rues en rapport avec l’extension énorme apportée dans la circulation par les besoins nouveaux et par l’inauguration de nombreux chemins de fer.
Un projet de rue, parallèle aux deux fleuves, avait existé déjà sous les administrations précédentes. Dans ce projet, la voie nouvelle, appelée rue du Méridien, partait de la place de la Comédie, se dirigeant au sud sur la colonne de la place des Cordeliers qui en formait l’axe et la limite.
Il avait été pareillement question de l’érection d’un monument destiné à contenir la Bourse et le Tribunal de commerce : on avait même désigné comme emplacement pour cette construction, le massif situé en face et à l’ouest de l’Hôtel-de- Ville, massif aujourd’hui entièrement reconstruit.
Ces deux projets furent écartés comme insuffisants, et, après avoir longuement étudié, sur le terrain et sur les plans de la Ville, cette double question, M. Vaïsse s’arrêta à la pensée d’établir une large rue partant de la place de la Comédie, comme axe et limite au nord, et allant jusqu a Bellecour, ou elle devait déboucher sur la place Léviste. L’ancienne rue Belle-Cordière, dont le côté oriental se trouvait à peu près dans le prolongement des façades de Bellecour, pouvait être conservée : on réalisait ainsi relativement une économie. Ces conditions, il est vrai, nécessitaient une brisure dans un point quelconque du parcours, et la direction des lignes l’indiquait à peu près à la hauteur du passage de l’Hôtel-Dieu. Mais afin d’atténuer le plus possible le coude de la rue, une place devait être ménagée au point de rencontre ; enfin, le monument depuis si longtemps réclamé par le commerce lyonnais devait être construit a la hauteur de la place des Cordeliers, en face de l’église Saint-Bonaventure, à une courte distance de la place des Terreaux, considérée jusqu’alors comme le centre principal du commerce et de l’industrie.
A la date du 23 mai 1 8 y 5 , Monsieur Vaïsse adressait à Monsieur Dardel, architecte de la Ville, la lettre suivante :
« Monsieur,
« Je voudrais un projet de Bourse, et voici, à cet égard, quelques indications que je me permets, sans y tenir absolument, et en étant prêt à accueillir toutes les observations que vous jugeriez nécessaires.
« Le projet comprendrait :
« i° La Bourse proprement dite ;
« 20 Le Tribunal de commerce ;
« 30 La Chambre de commerce;
« 40 Le Conseil des Prud’hommes;
« 30 La Condition des soies, mal placée où elle est.
« Cette dernière adjonction permettrait à la Chambre de commerce de nous venir en aide avec le produit du droit qu’elle prélève sur la Condition des soies. Enfin il faudrait ajouter encore des salles et galeries pour former un Musée de l’industrie lyonnaise.
« Je ne suis pas précisément fixé sur l’emplacement; mais si, comme je le souhaite, on exécutait la grande rue qui, partant de la place de la Comédie ou de l’Hôtel-de- Ville, doit aboutir à la place Bellecour en passant par celle des Cordeliers, mon désir serait de placer la Bourse vers le milieu de cette rue, sur l’un des alignements, ou peut-être un peu en retraite.
« Je ne voudrais pas d’architecture grecque; elle me paraît peu en rapport avec le caractère et l’esprit général de la ville de Lyon, et je ne trouve pas que l’essai qui en a été fait pour le Palais de Justice soit d’un effet suffisamment encourageant.
« J’aimerais mieux quelque chose qui fût en harmonie par exemple avec l’Hôtel-de-Ville ou le Palais
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des Arts, qui me semblent représenter assez bien le caractère général de l’architecture lyonnaise. « Au rez-de-chaussée, qui devrait être un peu élevé, seraient placées la Bourse et la Condition des soies qui ne serait pas convenablement dans un étage supérieur. La Bourse pourrait être éclairée au moyen d’un dôme ou d’une coupole, ce qui permettrait de disposer d’une partie, au moins, des jours de côté.
« Au premier étage, le Tribunal et la Chambre de commerce et le Conseil des Prud’hommes.
« L’entresol, si l’édifice en comportait un, pourrait être utilisé pour les accessoires de la Bourse, du Tribunal de commerce et du Conseil des Prud’hommes.
« Enfin, il faudrait un second étage où seraient les salles et galeries destinées au Musée de l’industrie, ce Ce Musée devrait être disposé pour recevoir les métiers, outils et instruments successivement employés par l’industrie lyonnaise, avec la série de leurs transformations et de leurs perfectionnements. Un emplacement serait consacré à l’exposition des échantillons des produits de cette industrie, rangés suivant l’ordre des temps et la nature des produits, en remontant aussi haut que possible dans le passé, ce Je vous répète, Monsieur, que je ne tiens pas absolument à mes indications ; elles ont principalement pour but de vous expliquer bien complètement toute ma pensée ; c’est surtout à votre expérience et à votre habileté que je m’en rapporte pour sa réalisation.
ce Vous trouverez, dans les dossiers de la Commission qui avait été instituée pour aviser à la possibilité d’établir à la Mairie le siège de l’Administration, et dont, si je ne me trompe, vous faisiez partie, des renseignements utiles sur les dispositions à prendre pour la Bourse, le Tribunal de commerce et le Conseil des Prud’hommes.
« Il va sans dire que votre projet devra être accompagné d’un aperçu de la dépense.
cc Je vous serais obligé de me remettre, aussitôt qu’il sera possible, le travail que je vous demande;
il me paraît digne d’exciter votre intérêt.
c< Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération très-distinguée.
« Le Conseiller d’Ètat,
ce Signé : VAÏSSE- »
Cette première lettre était accompagnée d’une seconde lettre conçue en ces termes :
« Monsieur,
ce En vous écrivant tout-à-l’heure, pour vous demander un projet de Bourse, après vous avoir indiqué l’emplacement sur lequel je souhaiterais l’établir et dans quelles conditions, je crois avoir oublié d ajouter que, dans ma pensée, l’édifice devrait être isolé des habitations voisines par une large rue circulaire.
ce Je complète mes indications en vous adressant celle-ci, sans y attacher plus d’importance qu’aux autres.
ce Réfléchissez sur tout cela, Monsieur, et faites-nous quelque chose qui soit digne de vous et de la Ville de Lyon.
ce Agréez l’expression de ma considération bien distinguée.
ce Signé .-VAÏSSE- »
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Comme on le voit par ces deux lettres, la conception première de la rue Impériale, telle du moins qu’elle existe aujourd’hui, la création d’un Palais du Commerce dans cette rue et l’adjonction d’un Musée industriel appartiennent à M. Vaïsse. Il a eu en outre cette bonne fortune de rencontrer en M. Darde! un artiste capable de comprendre ses pensées et digne en tous points de les mettre à exécution. Et ce n’était point une œuvre ordinaire que d’arriver à réaliser un programme aussi difficile avec talent et économie.
En septembre 185-3, M- Dardel se mit à l’œuvre, sur un programme définitif, amendant la pensée première de M. Vaïsse, et que nous croyons intéressant de rapporter ici :