CHAPITRE I Description
La commune de Thoré est située sur la rive gauche du Loir; elle est bornée au nord, à Test et à l'ouest, par cette rivière qu'on y passe :
1° A Varennes, sur un pont de bois empierré appartenant à M. le marquis de Rochambeau, et spécialement affecté au service de son moulin 1 ;
2° A un demi-kilomètre du château de Rochambeau, sur un pont de bois construit par le même propriétaire, interdit aux voitures, et dont l'accès est fermé la nuit par une grille ;
3° Au hameau de Rochambeau, sur une passerelle appartenant aussi à M. de Rochambeau et construite pour l'usage particulier du moulin de Chantereine;
4° A l'extrémité N. 0. de ce hameau, sur un pont de bois à large voie, et construit à frais communs par les deux communes de Thoré et de Villiers, qui s'en partagent la propriété ;
5° Sur un pont de bois, propriété de M. Reaumetz, à l'usage particulier de son moulin de la Fontaine.
Vis-à-vis les carrières du Rreuil, du côté nord de Thoré, baigné par les eaux du Loir, et au lieu appelé
1 Le moulin de Varennes étant situé sur le territoire de la commune de Naveil, ce pont est considéré comme faisant partie de cette commune. Il a été construit en 1717. Voy. Documents historiques.
La Grande-Nouette, se trouvent deux bacs journellement employés au passage des ouvriers carriers.
La route n° 5 de Vendôme à Château-du-Loir forme, avec la petite rivière de la Brisse, affluent du Loir, la limite sud-est de la commune. La partie sud-ouest est bornée par une ligne de démarcation conventionnelle, qui part de la Brisse, à la hauteur du four à chaux de Vaugouffard, se dirige au sud-ouest jusqu'au point de jonction des deux communes de Houssaye et de Villiersfaux, remonte ensuite au nord-ouest, jusqu'à la route n° 5. A cet endroit, la route continue à former la limite en descendant dans la direction de Montoire, jusqu'aux bois de la Saunerie. Ces bois, qui bordent la route et forment la suite de la frontière ouest de la commune de Thoré, continuent cette frontière jusqu'au bord du Loir, en face du hameau d'Asnières ( commune de Lunay ).
Thoré est situé à l'une des extrémités ouest du canton de Vendôme; il est entouré au nord par les communes de Mazangé et de Villiers; à l'est par celle de Naveil; au sud par celles de Marcilly, Villiersfaux, Houssaye et Saint-Rimay ( ces deux dernières du canton de Montoire), et à l'ouest par celle de Lunay (canton de Savigny). La forme de la commune de Thoré est un peu celle d'un losange, s'allongeant du sud au nord ; l'angle nord est le plus étendu. Elle occupe dans sa plus grande longueur, du nord au sud, environ 5 kilomètres ; dans sa plus grande largeur, de Test à l'ouest, 3 kilomètres 5 hectomètres. Sa superficie est de 1068 hectares 73 ares 28 centiares.
Le village de Thoré est un des plus anciens de la coutrée ; il faisait partie du pagus de Trôo, et sa position géographique l'a toujours fait regarder comme une frontière naturelle. Sous l'antique organisation gau-
loise, le territoire des Cenomani commençait au pied de son coteau, qui le séparait de celui des Car/nu Les; à l'époque gallo-romaine, Thoré se trouvait sur la limite de la 3e et de la 4e Lugdunaise ; lorsque le christianisme eut remplacé dans la Gaule le culte des faux dieux, cette paroisse se trouva la dernière, de ce côté, dans la circonscription de Févêché du Mans, sur la limite de la Beauce et du Perche, du Haut et du Bas- Vendomois. De nos jours enfin, Thoré est une des communes frontières du canton de Vendôme.
Nous verrons plus loin ( article Géologie) que l'on y remarque aussi une limite géologique très -caractérisée, où venait finir le grand lac de la Beauce.
Le village est bâti sur une colline abrupte qui domine d'un côté la Brisse et de l'autre le Loir; c'est sur le flanc du coteau qui regarde la Brisse que fut construit ou plutôt creusé le bourg primitif, dans les endroits appelés aujourd'hui Le Paradis, Les Fondées et Le Moulinet. Le bord du Loir ne fut habité que plus tard. L'église est au sommet de cette colline, et la vue embrasse de ce point un paysage aussi frais que pittoresque ; on y monte par des sentiers où les pas des fidèles ont tracé leur empreinte dans le roc.
La réédificalion de cette église est toute moderne ; elle a été rebâtie en deux fois : la première moitié, c'est-à dire le sanctuaire et le chœur, l'a été en 1840, l'autre moitié en 1842. Elle fut bénite par le premier vicaire général du diocèse de Blois, le 9 février 1843. Il ne reste de l'ancienne église que le clocher et le pignon auquel l'autel est adossé. Sa construction n'offre rien de remarquable comme architecture. Elle se compose d'une nef centrale et de deux bas-côtés réunis à la nef par des arcades à plein cintre : le chœur et le sanctuaire sont ornés de colonnes de l'ordre dorique.
Sa longueur depuis le' maître-autel jusqu'au grand portail d'entrée, qui reçoit les rayons du soleil couchant, est de 25 mètres 55 centimètres. Sa largeur intérieure entre les deux portes latérales est de 13 mètres 30 centimètres. Le maître-autel possède une bonne peinture, copie de Murillo par Mlle Blesenska, et représentant la Sainte Vierge qui tient l'enfant Jésus sur ses genoux. Ce tableau fut donné à la commune de Thoré par le roi Louis-Philippe. Deux chapelles terminent les bascôtés : l'une, dédiée à la Sainte Vierge, a été reconstruite par feu M. Hême et terminée le 24 mai 1845; l'autre, placée sous l'invocation de Saint Sébastien, a été restaurée en 1852 avec les ressources de la fabrique.
La voûte de l'église, en plein cintre et en plâtre, est divisée en huit travées séparées les unes des autres par des arceaux de même style, formant dessus une légère saillie : les deux travées des extrémités sont plus petites que les autres.
Le clocher, élégant spécimen de l'architecture du XIIe siècle, est celui de l'église primitive ; il est contigu à l'église actuelle, mais il en diffère beaucoup comme mode de construction. La tradition l'attribue aux Anglais, et cette tradition a bien quelque raison d'être, puisque le Vendomois releva, jusqu'à la fin du XIIe siècle, des Plantagcnêts, souverains de l'Angleterre. Bâti en bonnes pierres du pays, il se compose d'une tour carrée avec un rez-de-chaussée et deux étages, surmontée d'une flèche hexagone. 11 a 37m, 45 de hauteur.
Ce clocher contenait autrefois deux cloches : c'est pendant la tourmente révolutionnaire de 89 que l'une d'elles, la plus petite, fut cassée dans le clocher même par quatre républicains venus de Vendôme. Les m or-
ceaux furent envoyés au chef- lieu du département pour satisfaire aux besoins de l'époque.
Celle qui restait avait été fondue en juin 1660, et portait le nom de Denys, patron titulaire de l'église : elle pesait 836 kilos 750 grammes ; elle fut remplacée le 21 juin 1838 par une neuve qui pèse 892 kilos et qui porte cette inscription : « J'ai été fondue au mois « de mai 1838, la huitième année du règne de Louis- « Philippe Ier, roi des Français. Auguste-Philippe de « Vimeur, marquis de Rochambeau, Pair de France, « maire de Thoré, et la marquise de Rochambeau, née « Elisa-Pauline de Clauson nette, m'ont donné le nom « iïElisa: ils ont été représentés au baptême par Jo- « seph Neilz, adjoint de Thoré, et Marie Gollin. J'ai « été bénite par M. Jean Rousselet, curé de Thoré. »
Le rez-de-chaussée du clocher est voûté en pierres, et les chapiteaux des colonnes qui soutiennent la voûte sont, quoique un peu frustes, assez bien caractérisés. On remarque sur les murs, en enlevant un enduit tout moderne et qui tombe d'ailleurs de lui-même, quelques traces de peintures murales. On trouve aussi, au-dessus de la porte d'entrée et toujours à l'intérieur, les restes d'un écusson entouré des attributs de l'ordre de Saint-Louis: cet écusson renferme les armoiries des sires de Vimeur de Rochambeau, seigneurs de Thoré. La disposition de ce rez-de-chaussée, les restes d'ornementation qu'on y retrouve et la tradition locale ne laissent aucun doute sur son ancienne destination : il contenait autrefois une chapelle, et les vieillards de la paroisse montrent encore la place qu'occupait l'autel, au-dessous de l'œil-de-bœuf qui éclaire cette pièce, et précisément du côté du levant, condition conforme aux règles liturgiques. A cette époque, la porte bouchée qui se trouvait être en face de l'autel était ouverte, et (ai-
sait communiquer cette chapelle avec l'église; la porte d'entrée du clocher du côté de la place n'existait pas.
Le cimetière était jadis sous tes murs de l'église, devant la porte du nord; en 1807, il a été transféré hors du village. Il est clos de murs et se trouve à l'est du bourg, sur le bord du chemin vicinal n° 5 qui conduit de Thoré au hameau de Rochambeau et à Villiers. Au centre de ce cimetière se trouve un mausolée de marbre blanc et noir, entouré d'une grille et servant de sépulture à la famille de Rochambeau. On y lit l'épitaphe du maréchal de France de ce nom, composée par le chevalier de Roufflers ; c'est le résumé succinct et glorieux de sa vie militaire.
On remarque dans la partie inférieure du bourg, en face du puits banal appelé Puit Johanneau ( et par corruption Pigeonneau), et sur le bord du tertre escarpé qui monte à l'église, les restes de l'ancien vicariat. Cette maison, qui appartient à M. Tcssier, maire de Thoré, conserve des traces de son importance passée : nous en parlerons avec plus de détails à l'article Antiquités, g II > Moyen âge et Renaissance. On retrouve le même genre de constructions dans quelques maisons voisines et principalement sur la place de l'église.
Plusieurs hameaux dépendent de la commune de Thoré. Ce sont :
Rochambeau, situé à 1 kilomètre 1/2 du centre de paroisse et comprenant 41 maisons. Ce hameau est resserré entre une colline escarpée et la rivière du Loir, qu'on y passe sur deux ponts dont nous avons parlé plus haut. La plupart des habitations sont creusées dans le roc ou adossées au flanc du coteau.
On y remarque le château de Rochambeau, dont les dépendances commencent à l'extrémité sud du hameau.
Nous lui consacrerons un article détaillé au chapitre des Lieux remarquables.
Nous avons aussi distingué dans le hameau de Rochambeau plusieurs maisons qui conservent des restes assez caractérisés de l'architecture de la Renaissance : une entre autres en face du moulin de Chantereine, et dont nous parlerons plus longuement à l'article Antiquités, § II, Moyen âge et Renaissance.
La Gùn aille, hameau situé à 2 kilomètres au nord de Thoré, renferme 6 maisons, baignées par les eaux du Loir. En face, de l'autre côté de la rivière, se trouve le hameau du Gué-du-Loir (commune de Mazangé). Il est désigné dans les vieux titres de Rochambeau sous le nom de fief et seigneurie de la Cunaille, paroisse de Thoré, coutume d'Anjou.
Les Châteaux, réunion de quelques caves,, à l'extrémité N.-E. du bourg de Thoré. Ce nom de Châteaux lui vient de plusieurs restes de tours ou bâtiments circulaires d'origine antique (probablement romaine) qui s'y trouvaient au milieu d'un clos de vignes portant le même nom. Les derniers vestiges de ces constructions ont disparu il y a une dizaine d'années, et un noyer a été planté par le propriétaire du terrain au milieu de la place qu'occupait la principale tour.
Le même lieu est aussi désigné sous le nom de Belessort.
Les Caves-aux-Caux, groupes de caves contiguës au bourg de Thoré, au N.-E. du clocher et creusées dans le même coteau que les caves des Châteaux, auxquelles elles font suite en se rapprochant du village. L'étymologie du nom de Caves-aux-Caux a été diversement expliquée : les uns veulent y voir une allusion aux puits ou caveaux funéraires qui y ont été trouvés (Voir l'article Antiquités, § I, Epoque celtique et gallo-romaine)\
d'autres font venir ce nom de Caux du mot coq, qui avec l'accent du pays se prononce co. Peut-être pourrait-on expliquer cette dernière dénomination par une fausse explication du mot gallus, qui aurait servi à désigner ces excavations pour rappeler leurs auteurs supposés, les Gaulois ?
En suivant le chemin qui passe aux Châteaux et aux Caves-aux-Caux, lorsqu'on se dirige vers le bourg, on rencontre La Raimbaudière, section ou partie intégrante du bourg de Thoré, que l'on distingue seulement comme quartier, et qui s'étend sur la gauche du chemin de Champrond jusqu'au Puit-Johanneau. En face de la Raimbaudière, entre le chemin de la plaine de Champrond, et la rivière, se trouve :
La Nouette, faubourg de Thoré, qui se compose de 13 maisons. Dans ce nombre, on en compte deux de la partie sud de ce faubourg que l'on distingue ordinairement sous le nom de Petite -Nouette. Arrivé au flanc du coteau qui regarde la Brisse, et immédiatement audessous de l'église, on rencontre le quartier des Fondées, qui est tout bâti ou creusé dans le roc, à mi-côte, au sud du clocher. Au-dessous des Fondées, et tout le long du cours de la Brisse jusqu'au pont de Moulinet, se trouve le quartier appelé Le Paradis. Ces deux parties de Thoré, les Fondées et le Paradis, en sont évidemment les plus anciennes. En remontant la Brisse, toujours sur la rive droite, le groupe de maisons qui termine le bourg s'appelle Le Moulinet. On y passe la rivière sur un pont de maçonnerie, dit pont du Moulinet. Là aussi commence le chemin rural n° 10, dit chemin des Rabottes.
La Banerie, autre quartier de Thoré, se trouve en face du Paradis, sur la rive gauche de la Brisse. Après la Banerie, en allant à l'ouest, ort rencontre le fau-
bourg des Créneaux, qui se compose de 14 maisons, et termine le bourg au sud-ouest. Aucune construction de ce faubourg ne donne aujourd'hui raison d'être au nom qui le distingue.
La Raimbaudière, Les Fondées, Le Paradis, Le Moulinet, La Bânerie et le bourg proprement dit, qui forme le point central au sommet du coteau, comptent dans la statistique communale pour 220 maisons. En suivant la ligne de coteaux qui forment la vallée du Loir, en aval du bourg de Thoré, on trouve, au lieu dit La Vallée-Clieron, le hameau de La Rochette. Situé à 1 kilom. de Thoré, il se compose de 3 maisons, habitées par des carriers. On y a exploité un banc de pierres dures peu épais, mais d'assez bonne qualité. Dans la tranchée pratiquée pour l'extraire, on remarque, au-dessus de ce banc, un amas de fossiles considérable.
En descendant toujours le cours de la rivière, on rencontre, à l'extrémité de ce coteau et de la plaine qui le sépare de la rivière, appelée plaine de Bretat, le hameau de La Saunerig. Ce hameau se compose de 4 maisons, et est situé sur la limite sud-ouest de la commune de Thoré. Plus loin se trouve, sur le Loir, le moulin de La Fontaine ; il est tout près de la Saunerie. Nous en parlerons avec plus de détails à l'article Industrie (livre VI, ch. 1).
Cinq maisons qui font partie du hameau de Varennes, à 2 kilomètres 1/2 sud-est de Thoré, dépendent de cette commune.
Berger, petit hameau situé sur les bords de la Brisse, à 1 kilom. 9 hectom. au sud de Thoré, se compose de 9 maisons. On remarque sur son territoire de vastes prairies qui s'étendent sur un espace de plnsieurs kilomètres le long de la petite rivière.
MONOGRAPHIE DE THORE. f 11
Vaugouffard, hameau composé de 5 maisons, se trouve plus au sud que Berger, dans le val de la Brisse età2kilom. 1/2 de Thoré.
L'Aubert (se prononce L'Aube) , petit hameau à 3 kilom. de Thoré, est le point habité le plus éloigné du centre de paroisse. Il se compose de 3 maisons. Le nom d'Aubert lui vient d'un quinconce d'aubiers qui s'y trouvait autrefois.
Nous citerons encore, comme mémoire, Les Caves- Chartraines, groupe de caves autrefois habitées, mais qui ne le sont plus aujourd'hui. Elles sont situées sur le penchant du coteau, rive gauche du Loir, en face du pont de Yarennes.