NOTIONS GÉNÉRALES
Pour donner des notions générales sur le sol d'un pays, il faut indiquer non-seulement son aspect extérieur comme site, dans le sens pittoresque du mot, mais surtout sa date géologique, ce qui nous conduit à comprendre la composition chimique du sol superficiel et du sous-sol.
L'influence de ces conditions est jusqu'à présent généralement sentie plutôt qu'expliquée, parce que les agriculteurs qui travaillent le sol sont rarement assez instruits.
Le sol de la Beauce (Oucques et au delà) présente l'aspect d'un dépôt de sédiment dans une eau stagnante, et notre vallée celui d'un dépôt d'alluvion dans une eau courante. Les argiles sont posées dans la terre par couches sédimenteuses, les sables y sont par couches inégales d'épaisseur et surtout de composition : elles sont alluviales. Là où les masses de sable sont accumulées, comme à Etampes, elles se rapportent à une formation géologique plus ancienne, celle des grès. Ailleurs, comme à Thoré par exemple, les masses géologiques, plus anciennes que celles d'alluvion ou des derniers
dépôts sédimenteux de la Beauce, sont calcaires, et cette formation géologique est mise à nu tout le long du cours du Loir par des blocs saillants et d'innombrables carrières. Puis ce dépôt calcaire se prolonge dans tout l'ouest de la France. La commune de Thoré est située essentiellement sur les rives du Loir, et fait partie du bassin de cette rivière. Comment s'est formé ce bassin? Sans doute par un effondrement du sol à la suite du redressement du plateau de la Beauce. Cet effondrement est comme une large fente au fond de laquelle coule le Loir, et tous les petits affluents de cette rivière en sont les fissures. Le sol de la commune de Thoré est donc spécialement celui de la vallée: le reste peut être regardé comme faisant rive, à gauche, du plateau de la Beauce et, à droite, des monticules si nombreux du Perche.
En résumé, l'aspect de la commune est celui de la vallée du Loir. Son sol est généralement calcaire. On retrouve pourtant sur les plateaux, faisant suite au dépôt sédimenteux de la î'eauce, des argiles assez franches pour rendre parfois pénible, mais non ingrat, le travail de l'agriculteur.
La composition du sol alluvial de la vallée du Loir est formée sur les bords de la rivière de parties tantôt très-argileuses, tantôt très-sableuses, et quelquefois même tout à fait de cailloux siliceux, mais dont les aspérités émoussées ne sont pas arrondies, comme sur les rives des grands fleuves de France. Généralement l'ail uvion sableuse prédomine en dessus et en dessous du sol. Sur les penchants des coteaux qui bordent la vallée, le sol est excellent et bien mélangé des trois parties principales : calcaire, argile et silice. Comme preuve de cette bonne composition et de la perméabilité du terrain, nous dirons qu'on y cultive toutes les
herbes fourragères, toutes les céréales, et que la vigne y donne de bons produits quand l'oïdium n'exerce pas ses ravages.
Les labours se font, comme dans tout l'arrondissement, en sillons avec la charrue à avant-train et traînée par des chevaux ou des ânes.
L'engrais le plus employé est le fumier de plusieurs bestiaux mélangé. Quelques cultivateurs emploient le guano du Pérou.
L'assolement le plus généralement en usage est l'assolement triennal ainsi combiné :
lre année. — Blé, seigle ou méteil ; 2e année. — Avoine ou orge ; oe année. — Jachère ou herbages artificiels variés pour la plus grande partie.
L'outillage et le matériel agricole sont très-simples, et il n'existe dans la commune aucune machine ou instrument perfectionné. Pour la vigne, on emploie la mare pointue à manche très-raccourci et la pioche à deux longues dents courbes, emmanchée aussi court que la mare.
Le sol dur et pierreux du pays nécessite cette forme d'instruments.
Les bestiaux qu'on y entretient sont de la race du pays, et nous ne pouvons y constater aucune importation de races étrangères.
Les prés naturels y sont très-étendus, de bonne qualité et produisant en année moyenne environ 45 quintaux par hectare (regain compris). L'étendue des prairies artificielles s'est beaucoup accrue dans la commune depuis une vingtaine d'années. Leur rendement est supérieur à celui des prairies naturelles.
La culture de la vigne est une des plus essentielles dans la commune de Thoré, et son entretien est généralement soigné. On la multiplie à l'aide de provins, et les ceps sont soutenus par des échalas que l'on nomme charniers. Malheureusement l'oïdium en a beaucoup amoindri les récoltes dans les dernières années écoulées. En 1863, la maladie tend à disparaître, sinon complètement, du moins en grande partie, et nous fait espérer un affranchissement prochain et général de ce tribut désastreux. Les cépages les plus répandus dans la commune sont le Pineau blanc de Bourgogne, qui donne dans le Bas-Vendomois des vins blancs si capiteux et si délicats ; le Pineau d'Aiilnies, le Gouais rouge, auquel s'est attaqué plus fréquemment l'oïdium, et le gros noir ou teinturier.
Les cultures potagères ont peu d'importance à Thoré; cependant les navets qui y croissent se sont acquis une réputation que nous devons signaler. Nous ne pouvons non plus passer sous silence un gisement de truffes noires, marbrées en dedans, qui s'y trouve dans un petit bois d'essences variées, contigu à la demeure d'un des principaux habitants. Son produit peu abondant ne peut être regardé que comme un objet de curiosité locale.
Il n'existe pas de grandes fermes dans la commune, et la propriété y est très-morcelée. Aussi le paysan est généralement aisé, et cultive avec soin son coin de terre: laborieux et sobre, il ne se permet d'autres excès que quelques réunions dans les caves dont le propriétaire fait toujours largement les honneurs. Chaque petit agriculteur a au moins une vache; elle lui fournit du fumier pour ses terres et ses vignes et du laitage, qui, converti en beurre, est porté au marché voisin ou enlevé pour l'exportation par des marchands du pays.
Il n'est guère de cultivateur un peu aisé qui n'ait aussi un porc ; il l'engraisse pour sa consommation.
Les habitants de Thoré fréquentent particulièrement le marché de Veudôme, et le commerce agricole de la commune consiste en quelques bestiaux , volailles ; beurre et quelques céréales, mais surtout en vins achetés sur les lieux.
Les tableaux suivants, qui sont le résultat de l'enquête agricole faite en 1862 par ordre de M. le Ministre de l'Agriculture, feront connaître avec plus de détails les différents genres de culture, l'état des animaux de ferme et les données d'économie rurale qu'il a été possible de recueillir dans la commune de Thoré.