Voir plus loin Ilarmoines et Fanfares (G. Pares
Ce sommaire exposé de l'enseignement donné dans les Ecoles de Paris et du département de la Seine suffira à montrer un aperçu de ce qui se fait en France, puisque sur ce terrain, comme sur tant d'autres, la province se borne à suivre l'exemple donné par la capitale. Sans doute des mesures locales peuvent modifier quelques détails du mécanisme général, sans toutefois l'atteindre réellement; mais entrer dans ces détails ne manquerait pas de devenir fastidieux pour le lecteur, sans lui apporter aucun renseignement de sérieux intérêt.
. Afin de donner à la question traitée ici le caractère d'universalité qu'elle comporte, l'auteur dut songer à recueillir sur les pays étrangers des renseignements d'une indiscutable authenticité.
Un seul mode de procéder s'ofl'rait : celui de demander aux représentants de la France, accrédités auprès des diverses puissances, de devenir en quelque sorte nos collaborateurs, en nous adressant un résumé de tous les détails qu'ils pourraient recueillir.
L'administration des Beaux -Arts, s'associant à cette pensée, fit donc expédier par voie diplomatique un questionnaire très net à tous les Ambassadeurs, Ministres et Consuls de France résidant à l'étranger. Tous s'empressèrent de répondre en adressant à M. le Ministre des Affaires étrangères de précieux documents qui nous furent transmis.
Au dépouillement de cette volumineuse correspondance, il se trouve que trente pays étrangers se rattachent ala question orphéonique au point de vue des Sociétés cho-
raies et des Ecoles où, pour la plupart, elles se recrutent.
Nous publions cette correspondance, en la résumant, mais cependant dans la forme même sous laquelle elle nous est parvenue, non sans adresser à ses auteurs l'expression de toute notre gratitude pour le précieux appoint que cet ouvrage leur devra.
Afin de faciliter les recherches. Tordre alphabétique a été adopté :
ALLEMAGNE
Alsace- Lorraine.
Communication due à M. A. Oberdœrffer, professeur de musique, I. i>, à Strasbourg :
Tandis que, dans les Etats confédérés de TAllemague, le programme scolaire, sous le rapport de l'enseignement musical, n'a guère varié, un Alsace-Lorraine, par contre, de constantes modiflcations ont été opérées. C'est là une conséquence, pour ainsi dire inévitable, de l'esprit qui a régné en Alsace-Lorraine durant la période de transition. Après de nombreux tâtonnements, le programme de l'enseignement musical, sagement raisonné et mûri par l'expérience, s'est, depuis plusieurs années, maintenu tel quel, en principe, — à de légères variations près, — dans chaque catégorie d'écoles, tant dans celles du gouvernement que dans celles des établissements libres, qui sont simplement inspectées par les délégués du ministère de l'instruction publique.
Pour les Ecoles communales, l'ouvrage publié en 1899 sous le titre de Der Normallehrplan fur die Elemcnlnr-Schulnn in Elsass-Lothringen, par M.M . Altemôller, directeur de l'Ecole normale des instiluleurs, à Calmar, et Fœrster, directeur de ÏEcole normale des instiluteur'i, à Strasbourg, est resté appliqué quant à ses chapitres se rapportant à la question musicale.
Cette publication était elle-même la suite modifiée du Normallehrplan, paru en 1883. Entre temps, une prescription ministérielle (1895) communiquée aux inspecteurs scolaires, allait recommander aux instituteurs et institutrices une plus stricte observation de certains règlements au sujet de la musique, de celui, entre autres, qui dit : « Dans les écoles de plusieurs classes, on prépare, au degré moyen, le chant d'après les notes, et on le perl'ectioune dans les classes supérieures. »
Cette prescription ordonnait donc une culture musicale plus
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approfondie, en vue de la future participation des élèves aux chœurs paroissiaux, par l'application du système de la notation, au lieu de celui du chant d'après l'oreille, qui était resté observé, parfois, par la routine.
Dans le but aussi d'activer les progrès du chaut suivant le système de la notation, l'ordonnance ministérielle de 1895 conseillait de confier l'enseignement musical dans les classes supérieures à un seul et même maître expérimenté, celui que l'inspecteur scolaire jugerait le plus qualifié.
Le principe fondamental de l'étude de la musique vocale, dans les Ecoles primaires actuelles, repose sur la pratique du chant au moyeu de la notation marquée progressivement sur les tableaux synoptiques musicaux.
Sous l'administration française, le principe fondamental était : la pratique du chant d'abord, l'étude de la théorie ensuite, l'enfant devant apprendre sûrement à chanter en entendant lui-même chanter. En 1836, sur le rapport de M. P. Gross, alors maître adjoint et professeur de musique à l'Ecole normale de Strasbourg, qui s'était inspiré de la méthode suivie en Allemagne, et qu'en 1842 M. Vivien, directeur de VEcole normale de Strasbourg, avait déjà recommandée, un recueil complet de chant fut adopté. On chanta alors dans les écoles, ainsi que dans les pensionnats, en Alsace, des morceaux à 1, 2 et 3 voix, et des canons à 2, 3 et 4 voix, sur des poèmes recueillis en Allemagne et traduits par JI. Delcasso, recteur honoraire d'academie, avec adaptation musicale par M. P. Gross. L'enfant, dès l'âge de cinq ans, à son entrée à l'école, apprenait les morceaux par imitation, soit par le seul moyen de l'oreille. Toutes les écoles, eu Alsace, avaient le recueil Delcasso-Gross, et quelques-unes avaient, en outre, des Fables mises en musique par M. P. Gross, et des mélodies composées par M. Eberlin. On utilisait aussi, dans certains établissements scolaires, la Grammaire musicale de M. Grandmougin, sousprincipal du collège de Rouffach (Alsace). Ajoutons que la vogue du TecncïX Delcasso-Gross fut si rapide en France, qu'en moins de dix ans cinquante mille exemplaires de cette collection de cantilèues, aussi pures par la pensée que charmantes par la mélodie, avaient été enlevés. Dans les établissements scolaires d'Alsace-Lorraiue, le système de l'enseignement musical vise surtout, à présent, la pratique du répertoire religieux, permettant aux jeunes chanteurs de participer musicalement aux réunions de famille, à l'occasion, notamment, des fêtes religieuses de l'année, qu'on aime à célébrer en cercle familial. Leur chaut vient ainsi rehausser le charme de l'intimité, les mélodies apprises à l'école respirant toutes le sentiment religieux et les pensées morales. Dans les classes inférieures des Ecoles communales ou élémentaires, les chœurs sont chantés à l'unisson. Dans les Ecoles
primaires ou élémentaires, l'instructioa musicale se borne, la pivmière anne'e, à faire distinguer à l'élève la différence des sons entre eux, le nombre des notes, leur durée, à faire soutenir des sons sur les voyelles, et à faire chanter à l'unisson des mélodies très faciles, plu? des chorals simples, tirés du Psautier ou Psallite pour les catholiques, et du Evanr/elisches Gesanghuch pour les protestants.
Dans la deuxième anne'e de classe, on s'occupe de l'enchaînement de plusieurs sons successifs, de la durée et de la valeur.des notes, des nuances p et /, et le maître fait chanter des mélodies populaires et des chorals.
Les leçons de la troisième anne'e se rapportent au chant d'après la notation, et les notes sont dénommées soit C, D, E, F, G, A, B, soit Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si. Les notes sont apprises depuis le Do sur la première ligne supplémentaire au-dessous de la portée, jusqu'au Do de la deuxième ligne supplémentaire au-dersus de la portée.
Connaissance de l'intervalle de la seconde, de la noire et du soupir, mesure à 2 4, de la blanche et de la demi-pause, de la mesure à 4 temps, de la ronde, du temps fort et du temps faible, de la gamme de do majeur, du p et du f. Lieder et Chorals.
Dans la quatrième année on se familiarise avec l'intervalle de la tierce, avec la mesure à 3/4, avec la valeur de la blanche pointée, le crescendo et le decrescendo, avec la valeur de la croche dans la mesure à 3/8, la valeur de la noire pointée et les notes liées. Chant de Lieder et de Chorals.
L'instruction, dans \d.cinquième année, se rapporte à l'intervalle de la quarte, à la croche dans sa valeur de mesure, à 2/4 et à 4/4, à la noire pointée dans ces mêmes mesures, à l'intervalle de la quinte à la double croche dans sa valeur de la mesure à 6/S, et à l'étendue du système de la notation. Chant de Lieder et de Chorals. Dans ce cours, on commence le chant de Lieder à 2 voix.
En sixième année de classe, 'on enseigne l'intervalle de la sixte, les mesures composées à 6/8, 9/8 et 6/4, les dièses, les bémols, le bécarre, les intervalles de la septième et de Voctave, les accords parfaits de la tonique, de la sous-dominante et de la sus-dominante.
En septi^ue et huitième années de classe, les tonalités de sol majeur, fa majeur eimi bémol majeur, et des exercices plus compliqués en fait de notes. Dans celles des Ecoles élémentaires, où des enfants du même âge continuent à suivre progressivement les mêmes classes, le programme musical, dans les classes supérieures des septième et huitième années, s'étend, en outre, à l'étude des gammes de si bémol majeur, la majeur, la mineur, sol et si mineur, au chant de Lieder plus compliqués, et à celui de Lieder à 3 voix.
Pour les Lieder et les Chorals, un répertoire systématique est désigné à l'instituteur ou à l'institutrice, avec la latitude, toutefois, de faire personnellement un choix supplémentaire parmi les autres mélodies inscrites sur la liste générale du. Lehrcrplan. Les Ecoles com-
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munales israHites sont tout naturellement affranchies de l'un ou de l'autre de ces répertoires, et ne chautent que les Lieder dépourvus de tout caractère chrétien. Les maîtres des écoles Israélites, en vue de certaines cérémonies juives, s'occupent, en dehors de leurs heures de classe, à faire étudier à leurs élèves des morceaux de chant à 2 voix tirés du recueil Livderlust fiirisraelitische Elementar-Schulen, (VA. Treu. L'enseignement du chant, dans les Ecoles communales, est donné deux fois par semaine durant une heure chaque fois. Dix à quinze minutes sont employées à l'étude théorique, d'après les tableaux synoptiques de Serinf/, et le reste de l'heure est consacré à l'étude de Lieder, avec le guide du violon.
Dans les écoles supérieures, en Alsace-Lorraine, le mode d'enseignement, quant à la musique, est basé sur les mêmes théories, et les ouvrages musicaux employés varient uniquement, et fort peu.
Quelques-unes des Ecoles secondaires ou supérieures (Hohere Tôckterschulen), et plus particulièrement celles où l'élève, débutant à lécole dans la classe enfantine, peut, en suivant par ordre graduel toutes les classes jusqu'aux classes supérieures [Seminarklassen], obtenir le brevet supérieur de capacité, le programme musical est progressivement établi. Comme exemple nous citerons celui du Pensionnat du Bon-Pasteur de Strasbourg, qui est très suivi, et dont Tinternat est très recherché.
En 10'', les fillettes apprennent à chanter juste, d'après l'oreille, des Lieder et des versets religieux.
En 0'', mêmes exercices, plus des exercices rythmiques, et chant des mélodies populaires et des chorals.
En S'', écriture musicale, valeur des notes, mesure, clef de sol, intonations, solfège à, l'unisson, Lieder et Chorals.
En 7«, reprise des cours précédents, solfège, la gamme majeure, rythmes, exercices d'iutervalles à 2 voix, Lieder et Chorals.
En 6«, reprise de classe 1. Lecture à vue, Lied et Choral à 2 voix, Le'eder populaires d'après Schaûblin.
En 5S les tonalités majeures, intervalles à 2 voix, la syncope, le triolet, la note pointée, formation du mode mineur, les accords, solf<?fje à 2 voix, de Bertalotti, Lied à 2 voix de Schaiiôlin, Chorals.
Eu i<', reprise des cours précédents, exercices vocaux à 2 et 3 voix, solfège de Bertalotti, petits chœurs à 3 voix, Lieder et Chorals à 2 et 3 voix.
En 3<^, reprise et développement des principes fondamentaux, exercice du chant solo, par Lied et Choral, par cœur, exercices de lecture, au tableau ou dans le cahier de musique, ir .ervalles et accords, gamme majeure et mineure, solfège à plusieurs voix et vocalises, Chorals à 3 voix, motets et Lieder d'après Schaiiblin, lleim et autres. Motets de Flùgel, Grell et Mendelssohn.
Tous les cours réunis du Bon-Pasteur font du solfège d'après Bertalotti. Ils chantent les Gesangsstudien fiir Mittel und OberschuLen, de W. Sturm, de Bieniie (Suisse), des chœurs religieux et profanes, à une ou plusieurs voix, et les Chorïibungen der Minnhener Musikschule, de F. Wûllner.
Ces cours réunis étudient les intervalles simples et renversés, les gammes majeures et mineures, la chromatique, les accords parfaits, les intervalles mineurs, augmentés et diminués, les cadences, la basse fondamentale, les nuances, les termes étrangers, etc.
Dans les Mittelschulen , une heure seulement, par semaine, est consacrée au chant, pour l'étude de Lieder.
Dans les Ecoles supéi-ieures {Gymnases, Realschulen, Oberrealschulen) deux cours de musique ont lieu par semaine, pour l'étude du chant et de la théorie musicale.
La musique d'ensemble est en usage dans les Oberrealschulen et dans les Ecoles normales, par des chœurs qui sont accompagnés par de petits orchestres dont les membres sont recrutés parmi les élèves des classes supérieures pratiquant des instruments à cordes. Les élèves des Pruparandenschulen (aspirants instituteurs des Ecoles normales) suivent à la fois des cours d'harmonie, de violon, de piano et d'orgue, soit deux cours par semaine pour chaque branche.
Dans les Ecoles supérieures d'Alsace-Lorraine, le choix des ouvrages musicaux est généralement conforme au programme officiellement ordonné. Ce choix varie toutefois, mais fort peu, en somme, suivant les préférences du maître.
Tels sont les programmes musicaux des écoles les plus en vue en Alsace-Lorraine. Ils ne visent point, en général, au développement des dispositions particulières qui peuvent se rencontrer chez certains des élèves, mais ils ont, par contre, par leur très méthodique application, l'avantage de cultiver un inaltérable fonds musical, dans l'intérêt de la vie de famille et de la vie publique.
(Auguste Obekdoerffer.)
Le gymnase de Strasbourg, fondé en 1538, et dirigé d'après les vues élevées de Jacques Sturm, demeura fidèle aux saines traditionb du passé touchant l'efficacité des études musicales et la part qu'elles doivent avoir dans l'éducation des jeunes gens. Ce fut dans sa section supérieure que la musique fut enseignée concurremment avec le grec, l'hébreu, la logique, l'éthique, les mathématiques, la physique, l'histoire, la jurisprudence et la théologie.
(Abel Simon.)