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Sainte-Famille, I. 0. id

A la cession du pays (1760), nous avions déjà 113 paroisses, et à la fin du siècle (1799), ce nombre était porté à 14-1 paroisses. Aujourd'hui, ce dernier chiffre s'est presque sextuplé pour le moins.

111 Us revinrent au pays en :

[21 Garueau.

3. Claude de Boutekoue vint remplacer Talon, en 1668. M. de Bessan, secrétaire de M. de Tracy, désirait avoir la charge ; mais son animosité contre 1 evêque et les Jésuites empêcha le roi de la lui accorder. "Il faut, disait le ministre, que le gouverneur et l'intendant adoucissent les esprits au lieu de les aigrir maximes qui sont contraires à celles de M. de Ressan."

"M. de Bouteroue, dit Garneau, était un homme savant, poli, gracieux ; mais qui aurait trouvé difficile de surpasser, d'égaler même son prédécesseur. Il était particulièrement chargé de modérer avec sagesse la grande sévérité des confesseurs et de l'évêque, et de maintenir la bonne intelligence entre tous les ecclésiastiques. On peut supposer que ces recommandations avaient été inspirées par le mémoire que Talon avait adressé, Tannée précédente, à la cour. Le roi eût désiré conserver Talon encore deux ou trois ans en Canada. Il pensait que, sous son impulsion, la population se fût doublée et même triplée."

Bouteroue mourait en 1680. Il avait été intendant de 1668 à 1670.

4. (bis) Talon, dont on ne pouvait se passer facilement, se décida à reprendre sa charge. Il partit pour Québec en 1669, avec un armement de 200,000 livres. Il fut suivi par près de 700 émigrants, dont 300 soldatâ et plus de 30 officiers ou gentilshommes : ils parvinrent heureusement à Québec, tandis que Talon, après une

navigation orageuse de trois mois, allait faire naufrage sur les côtes du Portugal. Il ne put reprendre son voyage que Tannée suivante (1670).

Il continua de travailler activement aux intérêts de la colonie. L'impulsion nouvelle donnée par lui et Colbert commençait à produire ses effets : le commerce reprenait, l'immigration augmentait, et les indigènes, dominés par le g ?nie de la civilisation, craignaient et respectaient la puissance française.

C'est cet incomparable intendant qui conçut le premier le projet de faire un chemin entre Québec et l'Acadie, qu'il visitait en 1672, en retournant en Europe.

Cette année (1672), il repassa définitivement en France. Il fut créé baron en 1675. "Lorsque la seigneurie des Islets fut érigée en baronnie, sous le nom d'Orsen ville. èen 1675, Talon reçut, entre autres droits, celui "d établir prison, fourches patibulaires à quatre piliers, aussi un pilier à carcans, où ses armoiries seraient 'empreintes. Remarquons en passant que ce droit de justice a été rarement exercé en Canada en aucun temps, et avec la cession du pays, il a été abrogé par le fait qu'il est tombé entièrement en désuétude. Au reste, le roi avait défendu, dès 1714, d'accoider des seigneuries en justice, parce que cela nuisait au progrès de la colonie. "(1)

Delà, Tenure seigneurlalejen Canada, par M. J.-C. Taché.

5. En comptant les deux commissions de Talon et la nomination de Robert, qui ne vint jamais au pays, Jacques Duchesneau fut le cinquième intendant nommé, quoiqu'il scit considéré comme le troisième intendant de la Nouvelle-France, en ne comptant que Talon et de la Bouteroue.

Le nom de Duchesneau ne paraît, dans l'Histoire du Canada de Garneau (que je suis de préférence à toute autre) qu'en 1675. La présidence du Conseil, à cette époque, causa beaucoup de difficultés, et c'est alors (en 1675) que l'intendant Duchesneau fut chargé par ses instructions de l'occuper. Les démêlés de cet intendant avec Frontenac vinrent à un tel point, malgré les recommandations cle la cour, qu'ils furent rappelés tous les deux, en 1682. Il faut lire les dépêches de Duchesneau pour avoir une idée de l'excès des dissensions qui régnaient entre lui et le gouverneur.

6- Le successeur de Duchesneau fut le chevalier de Meulbs, seigneur de la Source. Il arrivait au pays en 16S2. A cette époque, la population de la colonie était d'environ 10,000 âmes. Il fut intendant jusqu'à

En 1683, sous l'administration de de Meulles, mourait en France, celui qui a si bien mérité le nom de protecteur du commerce, de l'industrie, des sciences, des

arts et des lettres, et dont le nom était synonyme de protecteur zélé du Canada : je viens de nommer Jean- Baptiste Colbert, qui a laissé la réputation justement acquise du plus grand homme d'Etat qu'ait eu la France.

Vers 1684, l'intendant de Meulles fonda le Palais de l'intendant ou l'Intendance, qui a donné son nom à tout un quartier de la ville de Québec : le Palais. Le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici l'historique abréoé de cet édifice remarquable "par ses dimensions, sa magnificence et ses jardins ornés/'

Nous avons vu que le Conseil Souverain ou Supérieur avait été créé en 1663. Il paraîtrait [1] que les membres de ce Conseil tinrent leurs premières réunions dans une maison située au sud de la rue de la Fabrique et dans le voisinage du collège des Jésuites. Plus tard, les réunions eurent lieu à l'évêché de Mgr de Saint- Vallier, là même où était l'Hôtel du Gouvernement brûlé en 1883. L'évêché avait été loué par l'évêque à l'intendant.

A une petite distance è l'est du site où se trouve aujourd'hui le vaste magasin de meubles de M. Philippe Vallière, Talon avait laissé un grand édifice de pierre, qui avait servi de brasserie, mais resté inoccupé depuis plusieurs années. Ce fut cette brasserie en décadence et près de dix-3ept arpents de terre non occupés que de

\\\ Histoire de la Colonie françaisi en Canada

Meulles proposa d'acheter ; et Louis XIV, sur l'avis de cet intendant, prodigua de vastes sommes poar y ériger un palais fastueux, où se rendrait la justice française. Près de ce palais était le célèbre magasin où Bigot, Cadet et autres revendaient à d'énormes profits les provisions que le roi de France envoyait à la population affamée de Québec, en 1758. Le peuple avait donné à ce magasin le juste nom de La Friponne.

"Placé dans une position fort commode, dit l'abbé Ferland, sur le bord de la rivière Saint-Charles et à quelques pas de la Haute-Ville, ce bâtiment, (1) avec des réparations et des additions, pourrait fournir, outre une résidence convenable pour l'intendant, des salles et des bureaux pour le Conseil Souverain et les cours de justice, des voûtes pour les archives et une prison pour es criminels.

"Auprès de l'ancienne brasserie, M. Talon possédait une étendue de terre d'environ dix-sept arpents en superficie et dont personne ne . e servait. Une partie de ce terrain, dans le plan de M. de Meulles, pouvait être réservée pour les jardins et dépendances du palais de rint@ndant, tandis que le reste serait partagé en emplacements et deviendrait une seconde Basse-Ville qui pourrait un jour se prolonger au pied du cap. Il croyait que, si ce plan était adopté, les nouveaux quartiers de Québec s'étendraient dans cette direction, et non sur

}] [ L'ancienne brasserie de Talon

les hauteurs, presque toutes occupées par les communautés religieuses. "

Pour que les prévisions de de Meulles pussent se réaliser, il eut fallu qun? la rue Saint-Paul, ouverte en 1816, eût été bâtie vers la tin de 1600.

Le 5 de janvier 1713, ce superbe édifice devint la proie du feu. On lit dans les registres de Québec, à 43ette date : "Incendie du Palais de l'Intendant. Brisset, valet de chambre de l'Intendant Bégon, et deux filles de chambre de l'Intendante périssent dans les flammes. '' Le Palais fut rebâti peu d'années après par Bégon et aux frais du roi.

Il est fort probable que ce nouvel édifice et ses nombreuses dépendances, (petite ville dans la ville,) durent êttM endommagés pendant le siège de 1759. Quoi qu'il en soit, cette relique d'un autre siècle disparut en i.775, et voici comment : — Lorsque Arnold et ses Sansculottes (1) envahirent notre pays avec Montgomery, les soldats des envahisseurs se postèrent, après s'en être emparé, dans le Palais converti en casernes par le* Anglais immédiatement après la cession du pays. C'est alors que les milices canadiennes le démolirent au moyen de boulets tirés du haut des remparts. 11 ne reste plus de cette "huitième merveille" que des débris des fondations, encore visibles ; et, sur cet emplacement occupé par les Intendants de la Nouvelle-Fiancé, on vend

lU \*ot historique attribué au colwidl CttUlmraH, en 1770

aujourd'hui les animaux destinés à la boucherie ! 0 quam cito transit gloria mundi !

7. Jean Bochart-Norày, chevalier de Champigny succéda à de Meulles, en 1686,- et il occupa sa position d'intendant jusqu'à 1702. C'est sous lui qu'eut lieu, en 1689, le massacre de Lachine, rapporté ailleurs, en parlant du gouverneur Denon ville ; le siège de Québec par Phipps, en 1690, et les expéditions françaises dans les cantons iroquois (1693-1696), etc., etc. Il quitta Québec dans l'automne de 1702 ; il était nommé intendant du Havre-de- Grâce.

8. François de Beauharnois fut l'intendant de la Nouvelle-France, do 1702 à 1705. Garneau ne dit qu'un mot de cet intendant.;

9. Jacques et Antoine Kaudoï, père et fils, occupèrent la position d'intendants conjoints, de 1705 à

Ces deux hommes s'occupèrent beaucoup de la colonisation du Cap-Breton. Vers 1706, ils sollicitaient le ministère à coloniser cette île et à y faire un dépôt général, qui se trouverait ainsi situé entre la France et les

colonies de l'Acadie, de Terre-Neuve et du Canada, au centre même des pêcheries. Le Cap-Breton fournirait à la France du poisson, clés huiles, du charbon, du plâtre, des bois de construction ; aux colonies, des marchandises françaises qu'on échangerait contre leurs produits. "11 y a plus, ajoutaient-ils encore : ce n'est pus seule

ment en augmentant la consommation desinarchandises dans la Nouvelle-France que l'établissement proposé serait utile au royaume, mais encore par la commodité qu'on trouverait à faire passer des vins, des eaux-devie, des toiles, des rubans, des taffetas, etc., aux colonies anglaises, qui sont très peuplées et qui en achèteraient beaucoup, quand même ce négoce ne serait

pas ouvertement permis. "

On voit que les deux Baudot voulaient faire du

Cap-Breton, pour une grande partie de l'Amérique du Nord, le centre du commerce, et ils démontraient, par un raisonnement parfaitement conforme aux meilleurs principes de l'économie politique, les avantages qui résulteraient de cet état de choses pour la France ellemême. Ce nouveau plan émettait une idée neuve et ingénieuse, qui ne fut pas perdue de vue, et elle nous donne une opinion très avantageuse de ces deux intendants conjoints.

ÎO. De 1712 à 1726, Claude-Michel Bégon, seigneur de la Picardière, administra les affaires du pays en qualité d'intendant. Ce tut l'officier le plus remarquable après Talon. Il encouragea fortement les explorations faites dans le but d'atteindre l'Océan Pacifique, qu'avait déjà visité, d'après Lepage-Dupratz, un Sauvage yasou. Le gouverneur et Bégon consacrèrent 30,- 000 livres à cette entreprise, afin de la rendre indépendante des traitants, aux caprices desquels elle avait été laissée jusqu'alors.

Voici ce que Ton trouve, dans les registres de Québec, au sujet de cet intendant : — "A été baptisé, dans la chapelle du palais, (1) Marie-Madeleine, enfant de Pierre Méchin de Frontigny, greffier delà maréchaussée, et de Madeleine Delajoue. L'Intendant Bégon la nomma.) (Le 14 mars 1717).

"Le même jour, Claude -Michel Be'gon, Intendant y chevalier, capitaine des troupes, seigneur de la Picardière, et Jeanne-Elisabeth de Beauharnois, sa femme.^ font baptiser, dans la chapelle du Palais, leur fille Jeanne-Elisabeth, née le 27 août 1715. Jean Martel, seigneur de la rivière Saint-Jean, en Acadie, représentait" (par procuration) ''comme parrain Messire François Bégon, chevalier conseiller du Eoy, grand -maître des eaux et forêts de France,, (département de Blois et Berry,).

"Le 28 février précédent, (2) Mgr de Saint- Vallier avait baptisé leur fils nommé Michel, qui eut pour parrain le gouverneur de Vaudreuil."

Ce f ut l'intendant Bégon qui, en 1720, posa la première pierre des fortifications du cap Diamant. Voici ce que Charlevoix dit des fortifications de cette ville avant 1720, en 1711 : — "Québec n'est pas fortifié régulièrement, mais on travaille depuis longtemps à en faire une bonne place. Cette ville n'est pas même facile à prendre

UlTjachioelle de l'Intendance.

H: Mvi'AJOJ ÏAiiï: v : .i Ir.uéi-sl: >'ej telles

dans 1 état où elle est. Le port est flanqué de deux bastions qui, dans les grandes marées, sont presque à fleur d'eau, c'est-à-dire qu'ils sont élevés de 25 pieds de terre, car la marée, dans les Equinoxes, monte à cette hauteur. Un peu au-dessus du bastion de la droite, on en a fait un demi, lequel est pris dans le rocher, et plus haut, à côté de la galerie du fort, il y a 25 pièces de canon en batterie. Un petit fort carré, qu'on nomme la Citadelle, est encore au-dessus, et les chemins, pour aller d'une fortification à l'autre, sont extrêmement roides. A la gauche de la rade, jusqu'à la rivière Saint-Charles, il y a de bonnes batteries de canon et quelques mortiers.

" De l'angle de la citadelle qui regarde la ville on a fait une oreille de bastion d'où Ton a tiré un rideau en équerre qui va joindre un cavalier fort exhausse, sur lequel il y a un moulin fortifié. En descendant de ce cavalier, on rencontiv, à uue portée de fus'l, une première tour bastionnée, et, à la même distance de celleci, une seconde. Le dessein étoit de revêtir tout cela d'une chemise, qui aurait eu les mêmes angles que les bastions, et seroit venue se terminer à l'extrémité du roc, vis-à-vis le Palais, où il y a déjà une petite redoute, aussi bien que sur le Cap Diament.

" Tel était, madame, (1) l'état de Québec en 171 L. Il est encore aujourd'hui dans le même état, ce que vous pourrez justifier sur le plan en relief que M. de

il: Ce rapport ûl*it aûrcooC- à l.nic lu. aucaca^vi LCddltcuici'Ca.

Chaussegros de Léry, ingénieur en chef, envoie cette année en France pour être mis au Louvre avec les autres. "

" Un exemplaire de ce plan, dit M. J.-M. Lemoine, de la main de Fauteur même et signé par lui, est eiicore aujourd'hui en la possession de la famille de Léry, à Québec. "

Gaspard Chanssegros de Léry, à Québec, ingénieur en chef du roi en la Nouvelle-France, fortifia Québec en 1^16 et en 1748 ; il mourut en 1756. Son fils, nommé Joseph, construisit le fort Beauséjour, en Acadie, en 1750 ; il prit et détruisit le fort Bull, entre Oswégo (le Chouaguen des Français) et Shenectady (Corlar), en

Il y a une carte du premier de ces de Léry, por" tant le millésime 1722, et que j'ai souvent consultée.

" Ce plan avait, en effet, été soumis au roi et trou vé tellement bon, lemarque M. J.-M. Lemoine, qu'ordr fut donné de commencer de suite les travaux, ce qui fut fait au mois de juin 1720. On travaillait donc à l'exécution de ce plan, lorsque Charlevoix visita Québec, au mois d'octobre. La ville comptait alors environ 7,000 mes.

" Depuis 1720, les fortifications furent entretenue dans le même état jusqu'au siège de Québec, en 1759. Le plan qu'en firent alors les officiers anglais et qui se

trouve dans l'excellente collection photographiée par la maison Livernois et Bienvenu, est la copie presque exacte de la gravure que Charlevoix publie dans son Journal"

L'année 17*21 vit naître une institution importante: les postes et messageries pour le transport des lettres et des voyageurs : jusqu'à cette année, l'envoi des lettres s'était fait sans régularité, par occasion ou par exprès. L'intendant Bégon accorda à M. Lanoullier )e privilège de tenir les postes pendant vingt années, entre Québec et Montréal ; il lui imposa en même temps un tarif gradué sur les distances. Le pays n'avait pas encore eu d'institutions postales ; il n'a pas cessé d'en jouir de puis.

Bégon était remplacé en 1726 par Claude-Thomas Dupuy. (1)

11. Le onzième intendant nommé fut le chevalier de Cltazel. 11 devait remplacer Bégon, mais il périt, en venant au pays, sur les récifs du Cap-Breton, lors du naufrage du Chameau, en 1725.

12. Claude-Thomas Dupuy, le douzième des in. tendants nommés, était un homme rompu aux affaires mais fort prétentieux. Il avait été maître des requêtes, en France, et avocat général au conseil du roi. C'était un fidèle disciple de l'esp-it et des doctrines des. parle-

1) Ou voit parle Dictionnaire généalogique de M. Tanguay que Bégon devait être à Québec en 1728, puisqu'il faisait baptiser et i nhumer à Québec, le 19 mars de cette année, un enfant, anonyme. Il eul s enfants au pays. Il mourait à Montréal le premier de mai 1743, à l'Age de 65 ans, étant alors gouverneur des Trois-Rivières.

ments de France. ù En entrant en fonctions, dit Gar. neau, il voulut augmenter l'importance du conseil supérieur dans l'opinion publique, inspirer à ses membre s les sentiments d'un haut respect pour leur charge, et raffermir en eux cette indépendance de caractère si nécessaire à une magistrature intègre, et qui faisait regarder, depuis des siècles les parlements français comme les défenseurs naturels du peuple.

" Jaloux des droits de la magistrature, esclave de la règle, le nouvel intendant ne fut pas longtemps dans le pays sans se voir aux prises avec plusieurs des fonctionnaires publics, accoutumés à jouir d'une grande liberté dans leurs actes, et à exercer leurs pouvoirs plutôt suivant l'équité et la convenance du moment que suivant la lettre rigide de la loi. Le différend le plus grave entre lui et ces fonctionnaires naquit d'une circonstance fortuite : la mort de Tévêque de Québec, M. de Saint- Vallier, qui avait succédé, en 1688, à M. de Laval,, forcé à la retraite par son grand âge et ses infirmités/'

Ce différend (1) souleva le clergé et le gouverneur contre le conseil, dirigé par l'intendant Dupuy, qui, d'ailleurs, avait mécontenté la cour sur d'autres points : Maurepas, ministre sous Louis XV et sous Louis XVI, lui reprochait ses nombreuses ordonnances touchant les chemins, les cabarets, etc., lesquelles avaient soulevé le peuple et ne convenaient pas au pays. Il fut rap-

tlllPour les détails de cette longue quereUe, voir V Histoire dit Çcma a do Garneau, 4aie éditiez, p p. 115, iiG, etc.

pelé en 1728, n'ayant été intendant que 2 ans.

13. (Par intérim). L'intendant Dupuy eut pour successeur par intérim le sieur d'Aigremont, qui mourut peu de temps après, en 1728, et fut remplacé» Tannée suivante, par M. Hocquart.

14. Gilles Hocquart, le treizième des intendantsnommés, fut un des plus remarquables après Talon. Arrivé à Québec en 1729, pour y remplacer Dupuy, il n'eut le titre d'intendant qu'en 1731. Il conserva cette position jusqu'à 1748.

Ce fut sous Hocquart que le Père Arnaud et l'un des fils de La Verendrye, accompagnés de 20 hommes,, furent massacrés par les Sioux, sur une île du lac des Bois. (1)

Hocquart régla les poids et mesures et travailla activement à développer les ressources du pays. Sous son administration et malgré les embarras financiers de la France, le Canada sembla prospérer. Sa population qui, en 1719, n'était que de 22,500 âmes, s'élevait, en 17^4, à près de 50,000 âmes, et ses exportations, qui ne dépassaient pas 100,000 écus, en 1714, montèrent, à la fin de son administration (suivant Eaynal) à 2,650,- 000 francs.

15. Nous sommes rendu à un nom que tout Cana*. dien ne peut prononcer qu'avec un sentiment du plus profond dégoût et de colère bien légitime. Ce nom, c'est celui de l'infâme François Bigot le dernier, sous toits

les rapports, des intendants de la Nouvelle-France. Cet homme, avec le crapuleux Louis XV, fut pour nos braves et généreux ancêtres le fléau de Dieu. L ouis XV, la Pompadour et Bigot, trois plaies hideuses de 1748 à 1760, qui ont perdu une des plus belles colonies (sinon la plus belle) de la France.

Et pourtant, il était bien trempé, ce peuple canadien. Il ne méritait pas les dédains de la courtisane en chef de Louis XV ; il ne méritait pas l'abandon cruel de la France. Ce peuple, il est resté catholique et breton au milieu des protestants, et français sous le drapeau de l'Angleterre ! La France Ta abandonné ; mais il est resté français malgré la France.

Bigot fut le quatorzième et dernier intendant de a Nouvel e-France. Il succéda, en 1748, à Hocquart, et le roi, grâce à la Pompadour, étendit sa juridiction à toute la Nouvelle-France, la Louisiane comprise. Il avait été nommé commissaire ordonnateur de Louisbourg et intendant de Pescadre de M. d'An ville, en 1745 (1) Pour donner un idée des exactions de ce fonctionnaire prévaricateur et débauché, disons que l'auteur des Considérations sur l'état du Canada pendant la guerre de 1755 [2] évaluait alors le montant des exportations à environ 2h millions, et celui des importations à 8 millions. Comment comblait-on cet immense déficit ?...

Ul Leduc d'Anville, chargé par le roi de reprendre Louisbourg dont ies Anglais s'étaient emparés, en 1745.

l2i Collection de la Société littéiaire et historique de Québec.

Par les dépenses que le roi faisait dans la colonie et qui augmentaient prodigieusement par les concussions sans nombre de Bigot, quoique son prédécesseur lui eût laissé les affaires du pays dans un état relativement prospère.

Retourné en France après la capitulation de 1760, Bigot se présenta à Versailles, où il fut accueilli par des paroles de disgrâce et des reproches. " C'est vous, lui dit le ministre de la Berryer, qui avez perdu la colonie : vous y avez fait des dépenses énormes ; vous vous êtes permis le commerce, votre fortune est immense votre administration a été infidèle, elle est coupable. "

Le 17 de novembre 1761, il fut jeté à la Bastille, où il resta tout près d'un an, sans communiquer avec personne. " En même temps, (1) vingt autres prévenus à titre de complices subirent le même sort, et plus de trente furent décrétés de prise de corps comme contumaces. La Copseil d'Etat ordonna au Châtelet d'instiuire leur procès criminellement.

Bigot et le trésorier Varin furent bannis à perpétuité du royaume, et leurs biens confisqués : trop légère punition pour des concussionnaires aussi coupables. " Plusieurs autres concussionnaires (1) furent condamnés à des bannissements temporaires et à des confiscations ou restitutions plus ou moins considérables, qui s'élevèrent en totalité à 11,400,009 francs ; le seul mu-

lll G. ti ccau.

nitionnaire Cadet fut condamné à restituer G million , Le reste des accusés se composait d'employés subalternes ; ils furent ou admonestés ou renvoyés absous, après un plus ample informé."

Eemarque. — Le régime français, nous l'avons déjà dit, avait duré 152 ans, et, de ce siècle et demi, il faut déduire 57 ans, puisque Talonne vint au pays qu'en 1665. Il reste donc 95 ans sous l'administration des intendants : de 1665 à 1760. Nous trouvons que cette période a fourni 15 intendants nommés ; mais, comme deux de ces intendants ne sauraient compter. (1) nous n'avons eu de fait quo 13 intendants de la Nouvelle- France, dont \mpar iiitérim, d'Aigremont, en 1728.

Ces treize intendants, pour u e période de 95 ans, donnent pour durée moyenne d'administration, 7 ans et 4 treizièmes pour chacun d eux.

EPHÉMÉR1DES

Intendants français

De 1665 à 1668, Jean Talon.

De 1668 à 1670, Claude de Bouteroue.

De 1670 à 1672, Jean Talon (pour la 2me fois]. De 1672 à 1675, on ne voit le nom d'aucun intendant.

\l\ Robert et Chazel. Le premier ne vint pas au pi vs, et l'autre périt dans le naufrage du <C?iameau, en 1123.

De 1675 à 1682, Jacques Duchesneau/- De 1682 à 1686, le chevalier de Meulles. De 1686 à 1702, Jean de Champigny.

De 1702 à 1705, François de Beauharnois. De 1705 à 1712, les deux Eaudot, (Jacques et Antoine).

De 1712 à 1726, Claude-Michel Bégon.

De 1726 à 1728, Claude-Thomas Dupuy.

En 1728, (quelques mois), le sieur d'Aigremont, par intérim.

De 1729 à 1748, Gilles Hocquart.

De 1748 à 1760, François Bigot.

ËVEQUES DB CANADA

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