‹ Monographies d'Echinodermes vivans et fossilesChapitre 11 sur 30 · DES ORGANES DIGESTIFS · texte numérisé non relu

DES ORGANES DIGESTIFS

Le canal alimenlaire de l'Oursin se compose du pharynx , de l'étophage , de ï intestin proprement dit et du rectum. Le pharynx est renfermé dans la charpente dentaire connne sous le nom de lanterne d'Aristote. Lesophage est placé verticalement dans la cavité intérieure. L'intestin se déploie le long des parois du lest; le rectum, enfin, est dirigé vers l'ouverture anale. Mais pour bien comprendre la disposition et les fonctions des parties molles des organes digestifs, il importe que nous connaissions préalablement la structure et les mnscles de la lanterne.

La charpente dentaire se compose de cinq parties symétriques , dont chacune comprend , outre la dent proprement dite et la plume dentaire, plusieurs autres organes qui sont : la pyramide, la faux et nn corps particulier en forme d’Y que je propose d'appeler le compas.

1° La pyramide (Tab. V, fig. 766, 776,78, 79, 80, 81, 82) forme la partie essentielle de l'appareil masticatoire. C'est elle qui contient, dans son intérieur, la dent proprement dite, qui fait saillie à son extrémité inférieure. Sa charpente se compose d’une pièce pyramidale à trois faces , dont une extérieure et deux latérales , toutes plus larges en haut qu’en bas. La face extérieure est convexe vers le bas (planum longitudinale extemum fig. 766 et 78); une suture longitudinale la divise en deux branches et détermine & sa partie inférieure deux protubérances symétriques. Plus haut, les côtés de cette même face sont déprimés et forment la grande fossette (fmea magna exterrn fig. 78 a) qui est circonscrite par le bord extérieur saillant (marge proemi'nens extemus fig. 78 6). C'est ici, à l’endroit le plus profond, qu’elle donne lieu à un sillon particulier, le grand sillon longitudinal externe (suinte longitudinale extemus major fig. 78 c). A l’intérieur de ce dernier, se trouve, i la partie supérieure de la pyramide, un second sillon plus court et moins marqué , qu'on appelle le petit sillon longitudinal externe (jufcus longitudinale extemus minor fig. 78 d), qui atteint à peu prés le sommet de la lanterne. On voit en outre, à la partie inférieure du grand sillon , un renflement longitudinal bordé extérieurement par un petit sillon

( sulcus longitudinale extemus mt'nor) qui est surtout distinct dans les grands exemplaires de

I ’E. Sphttra. Enfin l'on remarque aussi» près de l’extrémitc inférieure du grand sillon externe, une échancrure scmilunairc (inasura semi/unaris) limitée extérieurement par une petite pièce calcaire, la demi-lune ( fig. 78 f).

L’arc transversc (arcm transvtrsus pyramidis fig. 78/) limite la pyramide à sa partie supérieure.

II se compose de deux demi-arcs symétriques dont la séparation est indiquée par une suture médiane. Sa face extérieure est surmontée d’une carène particulière, la carène arquée (cris/a areuata) , qui sc termine, en haut, à la partie médiane de l’arc et s'applique, en bas, contre le hord saillant de la pyramide , en un endroit qui correspond à une petite dépression (foivola arcualis ), mais qui n’est pas également marqué dans toutes les espèces. Eufin, il existe, à la partie supérieure de l’arc trausverse, près de la suture médiane, un léger renflement ( collicuius arcualis ), qui est particuliérement distinct dans VE, Sphæra et l'£. lividus ,

Le grand creux (foramen magnum pyramidis fig. 78 i, fig. 82 (t) % est une grande ouverture située à la partie supérieure de la pyramide. Sa forme est celle d'un triangle isocèle à base légèrement arquée, tandis que les deux côtés sont plus droits. Sou sommet, qui est tourné en bas, est échancré d’une manière particulière et coincïdc avec le sommet de la suture médiane de la face externe de la pyramide. Il est limité latéralement par les prolongemens des parois des deux grands creux externes, tandis que sa base est formée parle graud arc externe.

Les deux faces latérales de la pyramide ( fig. 79 fc, et fig. 81 a) sont symétriques et se correspondent jusque dans les plus petits détails; elles convergent intérieurement et déterminent ainsi la forme pyramidale de l'organe. Elles ne sont nullement continues dans toute leur longueur ; mais l’on remarque» vers le haut, une grande et une petite cavité. Chaque paroi se divise en outre en une partie supérieure triangulaire , qui se rétrécit en bas et s'élargit en haut, et en une partie inférieure plus petite ; l’une et l’autre sont limitées extérieurement par le bord de la face externe de la pyramide. Leur bord interne n’est pas entièrement droit et parait inégal , par l'effet des carènes transversales; il détermine de plus une légère échancrure concave près du bord inférieur, au contact du sillon dentaire et de la dent. Les bords des deux faces se rapprochent davantage en haut, mais sans cependant se joindre complètement ; ils divergent de plus en plus vers le bas et sont le plus distant à leur extrémité inférieure. Leur surface est revêtue d’une quantité de stries transversales (eminentiœ trameersœ) légèrement onduleuses, à-peu-près comme les lignes transversales de fibres musculaires striées transversalement.

La partie supérieure de la pyramide est plus compliquée et peut-être est-elle même complète

ment isolée dans le jeune âge. On y remarque tonl d'abord l’érhancrure destinée à recevoir la faux (fovta falcis fig. 80c), échancrure profonde et triangulaire extérieurement plate, et étroite intérieurement. Au dessus de cette échancrure s'élève l’arc transverse ; sa face interne a , de chaque cêté, une dépression, le trou vide (foüearacua) qui est dirigé en dedans et en bas. Entre ces deux dépressions , se remarque une éminence composée de deux parties symétriques , l’éminence médiane ( eminentia media ), qui embrasse une échancrure semi-circulaire, l'échancrure dentaire ( incisura dentalia fig. 80 d, 82 c), destinée à recevoir la partie de la dent qui passe par cet endroit.

Le petit creux de la pyramide ( foramen minus pyramidù fig. 80c), communique avec le grand creux et conduit directement dans la cavité intérieure de la pyramide (caci/as pyramidis ), ensorte que cette dernière s’ouvre extérieurement dans le grand creux , supérieurement dans le petit creux de la pyramide, et intérieurement enfin par .'écartement des deux feuillets latéraux. De l’origine du grand creux, jusqu'à l’extrémité iuférieure, s’étend le sillon dentaire (sti/cus dentalia fig. 82 6), bordé par les deux carènes dentaires ( lineœ eminentes dentale* fig. 82 a), qui dépassent même, sous la forme d’un prolongement (processus s. criât a dentalis, fig. 82 a), le bord inférieur du grand creux. Le sillon dentaire lui-méme est plus ou moins strié dans le sens longitudinal.

2° La faux ( faix, fig. 77 c, 84, 85, 86 et 90a), est une petite pièce allongée et aplatie, fixée entre deux pyramides et par conséquent inférieure au compas. Son bord interne est écbancré en forme de croissant ; son bord externe est rectiligne. Dans l'£ Sphœra , les deux bords latéraux montrent en outre chacun une petite échancrure résultant d'un sillon dirigé obliquement de la face supérieure à l’extérieur et en bas. En général, la partie moyenne de la faux est plus ou moins onduleuse , tandis que vers le centre de la lanterne, scs bords sont obliques et droits.

La partie inférieure de la faux s'adapte exactement dans l'espace qui lui est réservé entre deux pyramides ; ensorte que ses renfleinens correspondent à des dépressions de celte dernière et vice versa. Son bord externe est marqué de deux profonds sillons latéraux déjà mentionnés ci-dessus , qui sont dirigés obliquement en bas et forment une espèce de triangle, correspondant à une proéminence anguleuse de la pyramide destinée à supporter la faux. Les autres reliefs latéraux s'adaptent tout aussi exactement aux parties correspondantes de la pyramide. La partie moyenne de la faux qui est unie, prend une forme sillonnée vers l'échancrure semi-lunaire de l'extrémité interne. Sa face supérieure est plus unie encore et se courbe en dehors et en bas (fig. 7G d, fig. 77 d, fig. 87, 88, 89, 90 6).

Dans les vieux exemplaires dcl’£. brevispinapu , les faux sont dirigées obliquement d’en haut

et de dehors en dedans cl en bas. Dans les jeunes individus de \'E. liridus, elles sont pins horizontales.

3° Le compas ou corps en forme d'Y (pars Y farmis Gg. 76 d , 77 d , 87, 88 , 89 , 906), situé au dessus de la faux, est arqué ; le côté convexe de l’arc est dirigé en haut et le côté concave en bas. Il est poiutu en dedans , tandis que son extrémité extérieure est large , réfléchie , aplatie et forme deux prolongement en forme d'Y. Il est de plus comprime latéralement au milieu , ce qui rend son bord tranchant en bas. Ses flancs sont marqués de légers renflemens et d'impressions alternatives qui sont les impressions musculaires (tmprejsiones musculares fig. 87, 88, 89a). Sa face inférieure est concave et montre des renflemens et des dépressions qui correspondent exactement à la face ondulée de la faux contre laquelle ils s'adaptent.

La charpente de la lanterne est ainsi composée: des cinq pyramides dont chacune est formée de deux pièces intimement soudées , des cinq faux et des cinq compas, en tout quinze, ou si l'on compte les pyramides pour deux pièces, vingt pièces, auxquelles il faut encore ajouter :

4° Les cinq dents logées à l'intérieur des cinq pyramides.

Chaque dent ( Gg. 76 a, e, 79 c, d f 816) est composée de deux parties intimement unies, et dont l'extérieure qui représente la partie la plus dure est la dent proprement dite ( dens sensu striction ) >, l'autre , d’une substance plus molle, porte le nom de plume dentaire (pluma dentalis).

La dent proprement dite (Gg. 91 , 92, 93) est une longue pièce dure, dont la face externe est lisse , tandis que la face interne est marquée d’une carène médiane renflée , la carène dentaire (cris/a dentalis Gg. 91a 92a, 93 a). Logée dans le sillon de la pyramide, elle devient molle et passe à l’état de plume dentaire au dessus de ce sillon (Gg. 76 « et 77 e). Ses deux faces, surtout l'extérieure, sont lisses et luisantes ; mais cette dernière est séparée en deux moitiés symétriques par un sillon médian, qui est lui-méme bordé, de chaque côté, par un renflement, auquel succède un autre sillon et , plus loin, le bord qui est renflé, ensorte que l'on dirait que la dent est striée lon^ gitudinalcmcnt. La face interne est divisée en deux parties déprimées à l’intérieur et relevées à l'extérieur. Toute la dent , y compris la plume et la carène dentaire , est arquée en dedans , sa convexité étant dirigée en dehors. La face latérale et la face interne de la carène sont unies ; mais vers l’extrémité inférieure, la carène se tronque obliquement, de manière à se terminer on peu avant le bout de la dent ; la dent elle-même est pointue et l’on aperçoit souvent, à sa surface, une ligne longitudinale qui la divise en deux parties égales.

La plume dentaire est située le long et à l’intérieur de la ligne médiane du grand creux de la pyramide ; plus loin , elle se loge dans le sillon dentifère de l’arc trans verse ; libre au dessus

de cc dernier, elle se replie sur elle-même el se termine, en s’amincissant, dans les vésicules ovales remplies de liquide. Dans les grands exemplaires de VE. brevispimsm, elle forme plusieurs plis en avant de son extrémité. La carène dentaire se prolonge en s’amincissant à-peu-près jusqu a son extrémité , où elle est tronquée obliquement.

Quant à leur structure microscopique, la faux et le compas contiennent des réseaux calcaires d’une forme particulière, tels qu’ils existent aussi dans le test, dans les piquons, à l’extrémité de la massue , etc. Les pyramides ont les mèmc9 réseaux calcaires , auxquels s’ajoute parfois une substance plus dure qui correspond, dans sa partie essentielle, à la substance jaune des dents. Les dents contiennent, outre quelques réseaux calcaires, des fibres et de l'émail. Les plumes dentaires se composent de lames calcaires d’une structure particulière très-régulière ; et l'on peut en conclure que la composition de la partie dure de la dent est analogue.

Lorsqu’on fait une coupe transversale d’une pyramide, on s’aperçoit, en sciant, que les lames latérales sont bien moins dures que le centre, surtout dans la partie supérieure jusqu’à la région du grand creux.On sent de plus que cette plus graude dureté, qui est si considérable quelle émousse en très-peu de temps les meilleures scies, n’est pas répartie d’une manière uniforme dans toute la substance , mais qu’elle est en quelque sorte localisée. Elle se trahit sur les coupes transversales par des stries jaunes , et on la voit former, de chaque côté du sommet, une bande longitudinale dirigée à-peu-prés dans le sens des feuillets latéraux de la pyramide. Plus bas , dans l’épaisseur de la lame externe de la pyramide, sc trouvent deux bandes encore plus fortement plissces, d’où partent deux lignes convergeant vers la surface extérieure de la pyramide, et se réunissant sur la suture médiane. Ces lignes divergent de plus en plus vers le sommet et se terminent dans les flancs latéraux du grand creux de la pyramide, où la substance jaune sc reconnaît facilement lorsque la pyramide est intacte. EnGn on les voit aussi se continuer jusqu’aux arcs transverses. On voit en outre, sur chacun des bords saillans latéraux de la pyramide, d’autres bandes de cette même substance.

L’étude microscopique de cette substance dure et jaune m’a donné des résultats particuliers. La Gg. 111, Tab. VI, montre quelle est son apparence dans une coupe transversale. On n’y reconnaît aucune structure réelle, car les stries que l’on remarque à sa surface sont produites uniquement par le polissage. Mais au dessus de cette substance , l’on remarque , dans les coupes longitudinales comme dans les coupes verticales, des réseaux calcaires tantôt continus, tantôt partiels, ensorte qu’il parait que, dans les endroits où celte structure est visible, la substance jaune pénétre la substance des réseaux calcaires. Exposés aux acides, les réseaux calcaires se conservent

très-bien et deviennent même plus nombreux et plus apparens qu'ils n'étaient auparavant. Mais ce traitement ne m'a fourni aucune donnée sur la nature de la substance jaune. La potasse ne provoque non plus aucune modification.

Le reste de la substance calcaire se présente, à la surface de la pyramide, sous la forme de réseaux polygones à mailles arroudics. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que la suture longitudinale qui sc voit à la surface de la pyramide , la pénètre de part en part et divise ainsi son revêtement extérieur et sa masse entière en deux moitiés symétriques. Sur les cotés de cette ligue médiane , on aperçoit une figure arquée, symétrique, pointue à l'extérieur et qui s'évase à l'intérieur en se terminant en deux cétés symétriques. Je désignerai celte partie sous le nom de région centrale par opposition à la région latérale. Dans la région centrale , les piliers principaux des réseaux calcaires sont rangés horizontalement et leurs mailles sont plus petites que dans les régions latérales. Dans ces dernières , en effet, les piliers principaux et secondaires se confondent davantage, divergent d'une manière plus uniforme vers la périphérie et sont en générul plus uniformes. Là où les deux substances sont en contact, elles se présentent au microscope sous la forme de la (ig. 105 de Tab. VL Dans les régions latérales, le diamètre moyen des mailles est de 0',0008 ; dans la région moyenne de 0 i; ,()004.

La substance jaune existe également au centre des parties latérales de 1a pyramide. Ou l’aperçoit même à l'œil nu et mieux encore, à la loupe, sous la forme débandés jaunâtres. Sur les coupes trausversalcs , elle se fait remarquer par la présence de piliers calcaires proportionnellement plus grands que les autres , qui s'étendent sur les parties claires de la coupe. A ces piliers d’une taille supérieure , on en voit adhérer d’autres plus petits, également pourvus de petits trous et qui communiquent par des rameaux très-ininces. Les autres réseaux calcaires sont plus homogènes ; leurs piliers n’atleignenl des dimeusions extraordinaires que sur quelques points du bord extérieur de la pyramide et ne donnent lieu qu'à de grandes mailles isolées. Les carènes de la surface montrent les mêmes réseaux calcaires ; seulement l’on remarque qu'à leur bord extérieur ils se prolongent en formant de fines pyramides très-délicates, destinées à l'insertion des faisceaux musculaires inlerpyramidaux (Tab. V, fig. 102 d.) Les faux se composent de réseaux semblables , mais l’on y aperçoit en outre de longs piliers transverses quelquefois isolés , quelquefois ramus , parfois aussi anastomosés , qui se remarquent surtout à la face supérieure. Les compas ont des réseaux calcaires, répartis d’une manière uniforme dans toutes les directions; cependant Us sont un peu plus allongés à l’intérieur et prennent une direction oblique près de sa bifurcation. Il parait que dans les très-vieux exemplaires de \'E. brevispinosus , quelques traces de la substance jaune adhèrent encore à la (ace intérieure.

Lorsqu’on vient à examiner la surface d'une dent , le sillon médian parait un peu jaunâtre, le reste est plus homogène. La dent se brise transversalement ou plutôt obliquement avec une grande facilité, mais jamais longitudinalement. Une coupe transversale, prise à la partie supérieure , montre une figure en forme de marteau ( Tab. VI , fig. 100 ) dont le manche correspond à la carène dentaire. On voit, au milieu du marteau, une ligne transversale plus claire, fiexueuse à ses extrémités, de laquelle partent des lignes d’apparence fibreuse (Tab. VI, fig. 108 6). Sur quelques points, ordinairement à l'opposile de cette bande claire , on remarque un tissu plus ou moins distinct (Tab. VI, Gg. 109), qui parait provenir de réseaux calcaires. Enfin, l’extérieur est bordé d’une bande en forme d’anneau (Tab. VI, fig. 107, 108a, 109a), qui est plus claire et contient des cellules analogues à celles des plantes. Les flancs de la carène dentaire montrent , des deux eûtes, la même disposition ; le milieu est moins distinct. Ces différentes parties de la dent se voient d'une manière plus distincte dans les coupes longitudinales : au bord , la substance émaillée se présente comme une masse transparente , séparée par une quantité de doubles lignes en forme de fibres ; viennent ensuite les fibres extérieures obliques (Tab. VI, fig. 110 a ), que l’on pourrait envisager au besoin comme des fibres de l'émail. A celles-ci succèdent les fibres intérieures ou fibres dentaires proprement dites ( fig. 110 c), dont quelques-unes débordent à l’extrémité de la coupe, sous la forme de filets déchirés. Entre ccs fibres dentaires et les mailles , se trouve une ligne de démarcation trés-tranchée, dont les bords sont ordinairement plus transparcus que le reste, et quelquefois jaunes. Nous aurions ainsi, dans la partie compacte de la dent, deux substances fibreuses, une intérieure et uue extérieure , et une substance de revêtement. Les fibres des deux premières substances sont dirigées obliquement de bas eu haut ; celles de la substance extérieure vont de dehors en dedans; celles de la substance intérieure de -dedans en dehors. Les divisions de la substance de revêtement suivent la même direction que les fibres de la substance dentaire ; mais elles se dissolvent plus vite et d’une manière si complète dans l’acide muriatique , que je n'ai pu en obtenir I e squelette organique , quoique j'aie la conviction qu’il existe. Lorsque l’on expose la dent entière à l’action de l’acide , il n’en reste qu’une pellicule très-mince , sans aucune trace des fibres précédentes. En revanche , on y remarque de grandes taches claires , d’une disposition assez régulière, à bords renflés eu haut et en bas , mais confluant latéralement. Le diamètre moyen transversal des divisions de la substance de revêtement est de 0\0008, la largeur des fibres de la substance dentaire extérieure de 0 /; , 00033 et la largeur des fibres de la substance dentaire interne de (V r ,0007.

Les divisions en forme de fibres de la substance de revêtement se présentent souvent sous la

Tonne de petites colonnes dans lesquelles on croit parfois remarquer des subdivisions fibreuses. Quant aux fibres de la substance dentaire externe , quoiqu'elles soient très-serrées , elles sont cependant réunies par une substance intermédiaire simple , mais dure. Les fibres de la substance interne montrent parfois des lignes brisées et irrégulières , tantôt isolées , tantôt formant des réseaux très-élégans analogues à ceux des plantes. On peut s’assurer, par l’inspection du bord interne de la coupe, que ces lignes brisées n appartiennent pas aux fibres dentaires elles-mêmes, mais bien à une mince lame calcaire étendue par dessus. Les extrémités des fibres qui font ici saillie, sont entièrement lisses ; en quelques endroits , les brisures de la lame supérieure sont très-distinctes , car non-seulement celle-ci revêt l'extrémité des fibres , mais elle les dépasse même. Nous reviendrons plus bas sur la cause de cette structure particulière.

Pour bien connaître les rapports de la plume dentaire avec la partie dure, il importe d’en poursuivre l’extrémité supérieure vers la partie solide de la dent.

Nous avons déjà fait remarquer plus haut que la plume dentaire a aussi sa carène, qui disparaît à une petite distance du bord supérieur. Lorsqu'on examine la partie supérieure de la plume dentaire de 17s. lividus , sous un fort grossissement, on voit à-peu-près une figure comme celle qui est représentée Tab. VI, fig. 113; c'est-à-dire que l’on aperçoit un corps allongé, séparé en deux moitiés par une bande longitudinale moyenne , et paraissant même disjoint à son extrémité. Tout près de là, la masse est transparente, mais plus l'on redescend le long de la plume dentaire, plus l’on voit la partie centrale de la carène devenir distincte (Tab. VI, fig. 113d). La fig. 114 de Tab. VI, représente l’extrémité de la plume dentaire sous un grossissement plus fort, pour montrer qu’il s’agit ici de plaques arquées, symétriques, qui diminuent de plus en plus vers l'extrémité, et que ces mêmes plaques s'entrecroisent de la manière la plus régulière dans la partie moyenne. Si l'on examine une portion de cette même plume prise plus bas, on s’aperçoit que la carène dentaire (Tab. VI, fig. 115c), résulte uniquement de ce que les lames obliques s'élèvent en arc vers le milieu de la face interne , tandis quelles sont droites des deux côtés de ce rendement où elles forment les parties latérales planes de la face interne de la plume (fig. 115). L'entrecroisement a lieu de la manière la plus régulière, ainsi qu’on peut le voir dans la fig. 1 15 à. Uu fragment plus mince de la partie supérieure de la plume dentaire se présente sous la forme de fig. 116, Tab. VI: les lames conservent leur forme ailée , mais elles montrent en même temps un tissu d'apparence fibreuse , qui semble appartenir à une lamelle intermédiaire, et qui, lorsqu’on la brise, montre une cassure grossièrement fibreuse. Plus la région du fragment que l’on examine sera inférieure, plus ses fibres seront nombreuses et indépendantes et plus aussi elles s'étendront sur les flancs, ensorte que

l'on aura de la peine à distinguer, au premier coup d’œil, les lames intermédiaires transparentes qui cependant existent, comme on peut s’en assurer par une recherche plus minutieuse. Les fragmens de ces lames ont même une tendance à affecter une forme rhombique ou au moins rhomboïdale. J’ai représenté, dans la fig. 1 17 de Tab. Vil, quelques-unes de ces formes anguleuses, et quelques fragmens des fibres. Au contact de la plume dentaire et de la dent , ces fibres correspondent entièrement aux fibres de la substance dentaire intérieure, et par leur forme, leur taille et par leur disposition. Nous avons déjà fait remarquer plus haut qu'il existe, en outre, entre elles de minces lames régulières et homogènes.

Les rapports de la substance dentaire extérieure sont moins distincts; aussi imporle-t-il de faire de nouvelles recherches sur la manière dont leurs fibres se développent. Quant A la substance intérieure, nous possédons maintenant une histoire complète de toutes ses parties, depuis l’extrémité supérieure de la plume dentaire jusque dans la substance dentaire elle-même.

Si 1 on fait une section horizontale d’un Oursin , de manière à couper l'ésophage et que l’on vienne à examiner la lanterne, on aperçoit au premier coup d’œil , outre les muscles de la charpente dentaire, une membrane très-mince, qui revêt la plupart des parties intérieures et que l’on désigne sous le nom de membrane de la lanterne. Voici à peu près quelle est sa manière d’être dans les parties latérales de la lanterne de TJ?. lividus: elle est étendue entre les muscles intcrarcaux de la pyramide , revêt la surface de chacun de ces muscles et le ligament oblique extérieur ; de là elle se prolonge sur une partie correspondante des muscles interarcaux , passe près du bord externe saillant de la pyramide , revêt la moitié de la surface du muscle interpyramidal et le ligament interne correspondant, si elle se rencontre avec l’extrémité opposée de la membrane de la lanterne, ou bien elle sc poursuit dans une direction opposée. Vis-à-vis du grand creux externe de la pyramide, cette membrane est déjà mince et bursiforroe ; mais en passant par dessus l’arc transverse, elle forme de petits sacs ou vessies particulières, de forme à peu près ovale, (Tab. VU, fig. 118 c) , qui font saillie à l’intérieur vers le centre de la lanterne ou vers l’ésophage , où elles correspondent à l’extrémité des carènes dentaires. Ces petits sacs, déjà connus de Monro (*) , sont les mêmes que Tiedemann a figurés dans son ouvrage, Tab. X, fig. 1 a, fig. 2 f . , et qu’il met en correspondance avec les branchies internes. L’intérieur de ces petits sacs communique, d’une part, avec la cavité de la pyramide qui s’ouvre dans l’espace étroit entourant l’ésophage ; d’autre part , avec l’espace qui, intérieurement, est limité par la pyramide , par les muscles ioterpyramidaux ,

(•) Anatomie, p, 91 , Tab. XllV, flf. 13.

par l’arc transversc du test, et plus lias par la partie latérale de la membrane de la lanterne et les deux ligamens externes obliques ; d’où elle passe dans la cavité des branchies externes. Ces petits sacs sont remplis d’eau claire; quelquefois aussi, surtout dans les exemplaires conservés dans l’esprit de vin, l'eau est remplacée par de l’air. A partir de ces petits sacs, la membrane de la lanterne se replie à l’intérieur, revêt les muscles transverses ainsi que les appendices veineux et les vaisseaux de la lanterne et passe enfin à la limite de losophage et du pharynx, ou elle se confond avec le revêtement glandulaire de l’ésopbage pour tapisser probablement aussi le pharynx.

La membrane de la lanterne est trcs-mincc et transparente ; sa structure est finement fibreuse , et sa surface vibratile des deux eûtes.

Au nombre des autres tissus mous de la lanterne, il nous reste à mentionner les tendons et les muscles. Quant aux premiers, nous les distinguons en liyamens externes obliques et eu ligament intérim droits. Les muscles sont de plusieurs sortes: les muscles intcrarcaux elles muscles arcaux , les muscles interpyramidaux % les muscles transverses et quelques tissus problématiques de la face supérieure de la lanterne.

Examinons d’abord les ligamcns : le ligament oblique externe (ligamentum obliquum externum Tab.V, fig. 05 h et OS k) se répèle dix fois sur la circonférence de la lanterne. 11 naît par paires entre les auricules, vis-à-vis des aires iulerambulacraires, se dirige obliquement endehorset en haut pour se fixer à l'extrémité de l’axe des branches du compas. Ce ligament, qui parait blanc et quelque peu brillant à l’œil nu, montre sous le microscope plusieurs faisceaux longitudinaux (de trois à six). Les filets primitifs du ligament affectent les mêmes ondulations caractéristiques qui les distinguent aussi dans les animaux supérieurs.

Tiedemann (*) signale les ligamens externes au nombre des muscles de la lanterne servant à mouvoir les arcs semi-circulaires; mais déjà Meckel (**) les envisageait comme de simples ligamens; et l'observation microscopique ne permet pas de douter que ces pièces ne soient réellement des ligamens et non pas des muscles.

Le ligament oblique interne ( litjamentum inter num obliquum ) sc répète cinq fois sur le pourtour de la lanterne. Ou voit, près de chacune des ouvertures auriculaires, un ligament partir du milieu des branchies internes , se diriger à l'intérieur et sc prolonger jusqu'à l'extrémité intérieure de la faux et du compas (Tab. VU, fig. 155 d). Le bord externe de eetle partie (que nous appelons peut-être à tort le ligament , car il est formé d'une double lamelle qui renferme peut-être cn-

(•) Anatomie p. 75.

(•*) $\»1cin <kr u , r$1eklK , ndrn Anatomie IV. p. 58.

cor e des organes glanduleux) est limité par une ligne blanche, d'apparence plus ligamenteuse ; cependant, l'observation microscopique démontre que c’est un vaisseau qui communique avec la branche principale des vaisseaux branchiaux, ainsi que l’avait déjà observé Tiedemann ; aussi, celte partie n’cst-ellc pas composée de fibres ligamenteuses particulières, mais bien d'une double lamelle molle de la membrane de la lanterne.

Les muscles de la lanterne ont déjà été indiqués d'une manière assez complète par Tiedemann (*); un seul muscle lui a échappé, le muscle de la plume dentaire qui n’est bien distinct que dans les grands exemplaires de XE. brmtpinosus. L'élude microscopique nous a appris que quelques ligamens, que l'on avait euvisagés à tort comme des muscles, n’eu sout point. Nous allons maintenant examiner successivement les différons muscles de la lanterne.

1° Les muscles interarcaux (muscuii pyramido-interareualet s. rommumïoro; ciborum Tab. V, lig. Ihf et fig. 98 i). Ce sont des muscles très-vigoureux qui parlent, par paires, de l’anneau auriculaire, entre les auricules, et montent en droite ligne, mais obliquement de dehors en dedans, pour se fixer au tord renflé de l’arc transverse de la pyramide. I-e ligament oblique externe est presque contigu à chacun de ces muscles et les divise eu quelque sorte en deux portions, l'une qui naît du tord saillant intermédiaire entre deux auricules et s’insère à la partie supérieure du tord externe de l’arc Iransverse , et l’autre , qui vient du bord interne des auricules elles-mêmes et se fixe au bord saillant externe de la pyramide. Chaque pyramide a ainsi un muscle droit et un muscle gauche, qui correspondent à l'espace intermédiaire entre deux auricules et par conséquent à une aire interambulacraire.

Le muscle, en se contractant, attire la partie supérieure et latérale de la pyramide obliquement en dehors et un peu en bas, refoule de cette manière la pointe de la pyramide et celle de la dent qu’elle contient, à l’intérieur, ensorte que l’extrémité des dents devient apte à ronger, à broyer et à couper les alimens. Si le muscle n’agissait pas des deux côtés, ce mouvement serait différent; si c’était la partie fixée à l’arc transverse de la pyramide qui agit seule , la dent serait mue d’une manière plus simple de dehors en dedans. Si c’était au contraire la partie fixée au bord externe saillant de la pyramide qui fût seule en activité, nous aurions un léger mouvement latéral de la dent. Ces dix muscles sont par conséquent les muscles masticatoires et, comme tels, ils jouissent d’une grande force. Lorsqu'ils agissent tous simultanément , ils refoulent la lanterne contre la membrane buccale , la renflent , et, en faisant saillir davantage l’extrémité des dents, ils favorisent la

(*) Anatomie p. 91, Tab. XUV, fig. 13 G.

préhension des alimens. Dans plusieurs jeunes exemplaires de YE. lividm, la partie du muscle qni s'attache au bord saillant externe de la pyramide est moins développée que l’autre. De la face interne des muscles s'élèvent plusieurs faisceaux ligamenteux fort remarquables ( Voy . l'£. brensptnosus).

2°. Les muscles arcaux ou les dilatateurs de l'ouverture dentaire ( musculi pyramitlo-arcwiet dilxtalom orificii denlium ) (Tab.V. fig. 75 g et 99 k) sont petits , mais très-gros proportionnellement à leur longueur et également au nombre de dix. Tandis que les muscles interarcaux naissent de l'anneau auriculaire, entre les auricules , ceux-ci naissent, par paires, sur la lace interne des auricules elles-mêmes et se dirigent vers deux pyramides voisines. Chacun de ces muscles est large i son origine et se courbe sur lui-même dans son cours ultérieur, ensorte que sa direction , au lieu de correspondre à l’axe vertical , coïncide avec l'axe transversal et se fixe à la demi-lune de la lace externe de la pyramide. Ces muscles , en attirant la partie inférieure de la pyramide à eux, éloignent les dents, dilatent l’ouverture dentaire et sont par conséquent les antagonistes des muscles interarcaux.

3°. Les muscles interpvramidaux (mutcnli inlerpgramidala) (Tab.V. fig. 99 au-dessous de e) sont au nombre de cinq et se logent entre les faces latérales de deux pyramides; ils sont par conséquent plus longs en bas qu'en haut. Ils s'attachent'aux stries transversales de la face latérale des pyramides, ainsi que nous l'avons vu par l'étude microscopique de ces parties. Leur fonction est de rapprocher les pyramides et, partant, les bords latéraux des dents. En agissant tous simultanément, ils doivent nécessairement rétrécir la lanterne , mais davantage, à ce qu'il parait, en haut qu'en bas, et agir ainsi d’une manière indirecte sur l’ésopbage situé au milieu de la lanterne, ou du moins l'empêcher de se dilater outre mesure. Meckel peut donc avoir raison, sous un certain rapport, en envisageant l’ensemble de ces muscles comme une sorte de sphincter.

4°. Les muscles transverses (mmculi Iramvtrti) (Tah. V. fig. 97 d ). Ce sont cinq muscles en forme de ruban dont chacun s’étend de l’impression de l’un des compas à celle du compas voisin. Leur fonction est de rapprocher les compas et peut-être de ramener leur extrémité interne en bas et leur extrémité externe en haut. Quelles sont les fonctions de ces cinq muscles , lorsqu'ils agissent ensemble t c'est ce qui n’est pas encore démontré d’une manière certaine. Mcckel pense qu'ils sont destinés à rapprocher les arcs des pyramides , à éloigner les dents et à faciliter ainsi la préhension des alimens ; mais la grande mobilité du compas me fait douter de la vérité de celte explication.

Il me reste à mentionner encore quelques bandes musculaires qui sont particuliérement distinctes dans les grands exemplaires de l’E. brevùpinosus. Toutes sont situées dans la membraue éten-

due au bord supérieur de la lanterne, entre le bord externe formé par les arcs transverses des pyramides et les muscles transverses. Cinq de ces bandes sont situées dans les échancrures des cinq pyramides ; elles sont disposées par paires et se dirigent toujours du bord interne de la partie inférieure du muscle interarcal vers l'échancrure de la pyramide, se subdivisant ici en plusieurs faisceaux qui aboutissent à la membrane qui entoure la plume dentaire. Les cinq autres bandes sont aussi par paires ; elles partent également du muscle interarcal , passent à côté et môme sur le bord du compas et envoient à 1 intérieur plusieurs fibres dirigées en partie vers le compas et en partie vers la membrane entourant la carène dentaire (Voy. Tab. V. iîg. 97). Examinées à la loupe et môme à l'œil nu, ces bandes ont l'apparence de fibres musculaires ; mais le microscope y montre de larges fibres simples et contiguës, qui semblent mettre en doute leur nature musculaire. Cependant, si ce sont réellement des muscles, leur action principale doit être dirigée sur la plume dentaire. La paire située prés de l'échancrure dentaire serait alors destinée à l'amener en dehors, et l’autre paire servirait à la fixer. Si l'un des muscles agissait isolement , la plume dentaire serait attirée latéralement et en dehors. Mais , en tous cas, ces bandes musculaires sont trop délicates pour produire des effets quelque peu considérables.

Le pharynx de l’Oursin commence immédiatement au-dessus de l’extrémité des dents et de la cavité de la bouche ou du vestibule, avec les bourrelets pharyngiens, qu'il faut bien distinguer des lèvres de la membrane bnccale. Il occupe la cavité centrale de la lanterne et , en quittant celle-ci, passe immédiatement à l'ésophage. La différence entre ce dernier et le pharynx n’est pas seulement déterminée par leur position relativement à la lanterne; elle repose aussi sur la forme extérieure, qui est pentagonale dans le pharynx, sur la nature des membranes et surtout sur les particularités que présente la membrane muqueuse. Lorsqu'aprés avoir détaché l’appareil masticatoire avec une partie de l’ésophage, l’on en enlève une ou plusieurs pyramides (Tab. VIL fig. 121 , Tab. IX, fig. 182 et 183) on découvre d’abord le pharynx et, à côté de celui-ci, plusieurs autres organes particuliers que nous allons décrire en premier lieu, parce que l’ignorance dans laquelle nous sommes de leurs fonctions, ne nous permet pas, pour le moment, de leur assigner physiologiquement leur place. Au bas de la coupe de fig. 121 h et de fig. 122 « de Tab. VII, nous remarquons les bourrelets pharyngiens qui ressemblent quelque peu à de simples petits cécums situés à la partie inférieure de l'ésophage. Au-dessus de ces bourrelets, on voit cinq paires de filets blancs ou de ligamens longitudinaux (Tab. VII. fig. 121 g t 122 g et 124 c) remonter vers l’ésophage et se rattacher à l’extrémité interne de la faux. Un peu à l'intérieur de ces filets, l’on aperçoit cinq

organes allongés, fusiformes (Gg. 122 h et 121 ci) qui sont recouverts, dans le bas, par les bourrelets pharyngiens. Entin, il existe, à l’extérieur, cinq renflemens longitudinaux et plus ou moins larges delà membrane pharyngienne, qui est ici plissée transversalement. Les plis sont tantôt visibles à l’œil nu, tantôt on ne les aperçoit qu'à la loupe.

L’étude microscopique des ligamens longitudinaux nous apprend que ce ne sont autre chose que de simples ligamens revêtus de la membrane interne de la lanterne. Ils se composent de Gbres analogues à celles des ligamens extérieurs de la lanterne et servent peut-être à élargir le pharynx, lorsque les pièces de la pyramide sont distendues. Peut-être aussi servent-ils uniquement à fixer le pharynx à la lanterne. Tiedemann déjà a (ait la remarque que ce ne peuvent être des nerfs.

Les organes fusiformes pourraient plutôt être envisagés comme des tissus nerveux , à en juger d'après leur couleur, leurs renflemens, leur ténacité et leur structure microscopique. Examinés au microscope, ces organes montrent', dans les exemplaires conservés dans l’esprit de vin (malheureusement je n’ai pas eu l’occasion de les étudier sur le vivant), une masse grenue avec des fibres qui les traversent et qui ont quelque ressemblance avec les fibres primitives des invertébrés. Mais le fait que, plus haut, ces organes fusiformes ne sc réunissent pas en un anneau pharyngien envoyant des rameaux dans plusieurs directions , nous empêche d’admettre cette hypothèse. Souvent on dirait, en effet, que chaque organe fusiforme sc prolouge dans le renflement correspondant du pharynx avec lequel il est en contact ; mais, en examinant de plus près, on voit qu’il ne se termine en filet qu’en haut.

Si l’on ouvre le pharynx dans le scn9 do sa longueur, on verra qu’il est divisé en cinq zones à l’intérieur comme à l’extérieur. Cette division s’opère au moyen de simples plis longitudinaux qui partent des cinq lèvres pharyngiennes et s’étendent jusqu’à l’ésophage (Tab. VII, fig. 123 d). Chaque pli est accompagné de côtes obliques très-élégantes , qui alternent avec de petits sillons. Au reste, ce plissement oblique, que l’on remarque aussi souvent à l’extérieur, avant que l’on ouvre le pharynx , n’est pas simple, mais par paires; car l’on voit , au milieu de chacune des cinq zones, une bande saillante longitudinale d’où partent en quelque sorte les plis symétriques obliques. Dans le bas , ces plis obliques se confondent avec ceux bien plus compliqués des bourrelets pharyngiens (Tab. VII, fig. 123 c), et l’endroit où ce passage s’effectue est indiqué par un arc composé de deux moitiés , qui disparaît à l’endroit correspondant aux sillons intermédiaires entre les plis longitudinaux.

La membrane muqueuse du pharynx est très-solide. La membrane musculaire est peut-être encore plus développée ; elle se compose de fibres musculaires aplaties formant tantôt des couches

transversales, tantôt des couches longitudinales (Tab. VIII, fig. 156). La membrane dont ces fibres sont revêtues extérieurement paraît correspondre exactement à la membrane extérieure et intérieure de la lanterne dont elle n'est peut-être qne le prolongement.

À l'extérieur , le passage du pharynx à l'ésophage est marque par un étranglement transversal (Tab. VII, fig. 121 et 122). A l'intérieur, cette séparation est encore beaucoup plus prononcée (Tab. VII, fig. 123) : la membrane muqueuse du pharynx que nous venons de décrire se termine brusquement pour faire place à celle de l'ésophage , qui est d une structure toute particulière.

L’ésophage comprend cette partie du canal intestinal qui s'étend entre la lanterne et la portion de l'intestin qui se déploie le long de la face interne du test. Pour bien voir sa position , il faut enlever soigneusement la partie moyenne de l’aire ambulacraire antérieure impaire avec une partie des aires interamhulacraires adjacentes, comme cela est représenté dans la fig. 128, Tab. VII. L’ésophage est ici suspendu dans l’espace intermédiaire entre la face inférieure et l’appareil génital, à-peu-près comme une corde détendue faisant plusieurs contours plus ou moins prononcés. Il y a deux contours principaux , qui tous deux sont dirigés obliquement de bas en haut , d'arrière en avant et de gauche à droite, et dont l’un, l'inférieur, est un peu plus petit que le supérieur. De là l’ésophage se tourne à droite et en arriére pour passer à 1a partie plus renflée de l’intestin.

L’ésophago se distingue à l’extérieur par une apparence toute particulière. Sans tenir compte de ses renflemens et de ses étranglcmens , de ses contours et de ses détours , l’on aperçoit, à sa surface, une quantité de stries longitudinales irrégulières, auxquelles correspondent des tissus folliculés non moins réguliers (Tab.^VU, fig. 119 k, 122», Tab. VIII, 144 e, 159 et 160). En ouvrant l’œsophage, on voit que ces tissus folliculés sont disposés par rangées longitudinales, simples ou bifurquées , s’entrecroisant avec des rangées transversales non moins régulières. La fig. 126, de Tab. VII, représente une partie de l'ésophage vue sous un faible grossissement, dans le but de donnerunc idée de cette structure. Chaque follicule représente un renflement plus ou moins aplati. Les interstices intermédiaires sont déprimés et transparens, tandis que les renflemens sont opaques. Sont-cede véritables glandes ou non, c’est ce dont je n’ai pu m’assurer d'une manière positive. Je dois cependant ajouter que l'on voit au milieu de la plupart de ces follicules des points clairs correspondant au canal sécréteur d’une glande ou à son ouverture. Dans d'autres, on ne remarque, il est vrai, aucune trace d’une organisation semblable, ni aucuns canaux glandulaires. En exposant une coupe de l’ésophage à l’action de l’acide muriatique r on obtient , en revanche , une image qui fait supposer la présence de vastes cavités intérieures. Les parois montrent des fibres rayonnantes ,

semblables A celles que nous avons décrites en traitant des appendices de la membrane buccale ( Tab. V, fig, 69 ; seulement leur position détermine des formes plus renflées.

L’ésophage a aussi ses trois membranes: 1° la membrane musculaire composée de nombreuses couches de fibres longitudinales et transversales. 2° La membrane celluleuse, qui est superposée à la précédente. 3° La lame mésentérique qui sert d'enveloppe générale et dont la surface entière est vibralile: nous en parlerons ci-dessous.

C'est près de l’ovaire postérieur correspondant A la principale plaque génitale (Tab. VU, fig. 127 et 128), que l'ésophage passe A l'intestin. Je n'ai pas pu observer de trace d'une valvule en cet endroit. En revanche, l'intestin présente, dans son prolongement ultérieur, une espèce d'appendice cécal (fig. 127 p), qui porte déjA tous les caractères du grand intestin et est par conséquent complètement diffèrent de l'ésophage.

L'inltslin proprement dit longe les parois internes du lest, auxquelles il est attaché par des filets et des membranes extérieurs (Tab, VII, fig. 129), ensortc qu'il est suspendu A l'intérieur du test comme un rideau A ondulations nombreuses ( Tab. VII , fig. 128 m, fig. 1306, e). Ses premiers contours, qui sont en même temps les inférieurs, vont de gauche A droite et d'arrière en avant, puis reviennent en avant et repassent de nouveau sur l’arriére. Les seconds sont dirigés de droite à gauche, d'arrière en avant, et de nouveau d'avant en arrière. Vis-A-vis de chaque aire ambulacrairc, l'intestin est arqué vers le haut et plus ou moins latéralement. Le contraire a lieu vis- A-vis des aires interambulacraires ; ici la courbe est dirigée en bas. Cette disposition est la même dans les deux principaux contours de l'intestin ; ensorte que chacun d'eux présente dix arcs. Quant aux portions d'arcs correspondant aux aires interambulacraires, ceux du contour intérieur de l'intestin sont plus élevés que ceux du contour extérieur ; ce qui fait que lorsqu'on les examine d'en bas , ces derniers cachent les premiers. Le contraire a lieu pour les arcs correspondant aux aires ambulacraircs ; ceux du contour inférieur sont plus rapprochés du milieu et un tant soit peu plus bas que ceux du contour supérieur, ce qui fait qu'ils les recouvrent en partie. Quand le second contour est ainsi arrivé jusqu'à la région de la rangée branchiale postérieure gauche, il se recourbe en dedans et en haut , et passe au rectum qui va aboutir A l'anus.

Pour bien voir ces contours de l’intestin en place , ce qu’il y a de mieux A faire , c'est de détacher la membrane buccale ou bien de faire une incision circulaire dans le test en dehors des auriculcs ; on soulève ensuite la partie ainsi détachée, et, en regardant dans l’intérieur, on a l'image qui est ici représentée ( Tab. VII, fig. 127). Délia Chiaje a déjà donné une semblable Ggurc , mais je n’ai jamais réussi à diviser le test en deux parties , de manière A avoir, dans l'une , les contours

principaux de la partie supérieure, et, dans l'autre, ceux de la partie inférieure , comme l'a (ait Tiedemann (').

Tous les auteurs qui se sont occupés de l'anatomie des Oursins ont observé que l'intestin est très-large, mais qu'en revanche ses membranes sont excessivement minces. En beaucoup d'endroits, et surtout sur les arcs du contour inférieur qui correspondent aux aires ambulacraires, il est marqué de plis et de sillons alternans, (Tab. VU, fig. 128 et 130) à-peu-près comme un colon. Sa face interne est assez unie, bien que l’on y aperçoive de petits plis transverses correspondant à ceux de la surface extérieure, et qui, en plusieurs endroits, augmentent d’épaisseur. Le microscope permet en outre d'apercevoir , à la face interne , une quantité d'alvéoles ( Tab. VII, fig. 131) en général peu développées et dirigées principalement dans le sens des plis transverses. Ces alvéoles sont séparées par des lignes plus claires et plus minces. Les trois membranes de l’intestin sont distinctes et ne présentent rien de particulier, si ce n'est que la membrane musculaire est très-mince ; la membrane muqueuse , en revanche , est trés-épaisse. Dans les exemplaires conservés à l'esprit de vin , les deux couches alternantes de fibres musculaires et les restes altérés de cellules épithéliales prennent l'aspect qu'on leur voit dansTab. IX, fig. 179. La même disposition des membranes existe dans toute la longueur de l'intestin jusqu'à l’extrémité du rectum ; seulement, dans cette dernière région , les plis longitudinaux paraissent être plus saillans. Quant aux muscles moteurs de l'anus , nous en avons déjà parlé en traitant du test.

Toute la surface du canal intestinal, depuis les bourrelets pharyngiens jusqu'à l'extrémité du rectum, est revêtue d'un épithélium vibrnlile. Les organes digestifs et surtout l'intestin proprement dit contiennent de nombreux débris d'alimens , sous forme de globules blancs semi-terreux que Rondelet déjà comparait à des pillules, et qui s'échappent sous la forme d'excréincns. Il s'agissait d’étudier, à l aide du microscope, la nature de ces matières fécales, afin d'apprendre si l'Oursin se nourrit de plantes ou de matières animales , ou s'il est omnivore. Tiedemann (*) trouva dans ces matières fécales des fragmens de testacés et même parfois de petits tests d'univalves parfaitement conservés. Blainville doute que l'Oursin se nourrisse de substances animales; il n'envisage pas l’assertion de Tiedemann comme suffisamment démontrée , quoiqu'il ajoute, sous forme de renseignement, que Ho se vit un jour un Oursin dévorer un petit crustacé. Sharpey trouva, dans VE. Spluera, des fragmens de plantes marines, pour la plupart incrustés de flustres. Les matières fécales contenaient en outre des fragmens de coquilles , à l'égard desquels il eût cependant été difficile de dire

O Anal omit 1 Tab. X, ll|. I.

(') Anatomie p. 77,

— ao —

s’ils provenaient de mollusques , dont l'Oursin aurait fait 6a pâture , ou s’ils avaient été ingérés avec le sable marin. Je dois convenir que, sous ce rapport, les résultats de mes observations ne sont pas entièrement concordantes. L’intestin des Spatangues contient, ainsi que l’a déjà fait remarquer M. Desor (’) toute une faune de débris testarés,des Polypiers, des Mollusques, des Echinoderraes,etc., et parmi ces derniers même des tests de jeunes Spatangues. Il n’en est pas de même de l’intestin de P JS. lividus , dont le contenu se compose de matières arénacées ou calcaires, accompagnées de nombreux débris végétaux , tantôt détruits , tantôt plus ou moins conservés. Je n’ai pas trouvé une seule boule de matière fécale qui ne contint un bon nombre de débris de varecs et de confervcs marines. J’ai représenté (Tab. Vil, fig. 132), quelques échantillons de ces débris végétaux qui sont au reste très-variables. Au premier abord, quelques-uns (fig. 132 , fig. g), ressemblent fort à des tests de Mollusques ( 3 ) ; mais en les examinant de près , on finit par s’assurer qu’ils sont de nature purement végétale. Je n ai jamais observé avec certitude des débris de Mollusques , ni d’autres grands animaux , dans les E. I indus et brevi$pinosut. Je n’y ai rencontré que de petites nav icelles (fig. 132 g) et d’autres infusoires qui y sont assez nombreux.

Quelle que soit en définitive la manière de se nourrir de l’Echinus, on ne saurait en tout cas repousser l'idée qu’il ingère des matières inorganiques en quantité, hypothèse qui s'explique d’ailleurs par l’énorme sécrétion calcaire de ces animaux ; car, abstraction faite du calcaire du test et des piquans, nous trouvons encore , dans toutes les parties un peu solides de l'animal, une quantité énorme de matière calcaire.

Le canal intestinal est revêtu d’une sorte de mésentère qui sert à le fixer à la face interne du lest. Les points d’adhérences se laissent rapporter à des lignes qui se trouvent sur les aires interambulatTaircs, entra la limite des branchies et les principales suturas des plaques , et qui correspondent, pour la plupart, aux tubercules interamhulacraires primaires de la face externe. Là où l'intestin est plus libre, par exemple, dans les concavités de son pourtour, le mésentère revêt, comme double lamelle, l’artère intestinale et se termine par un bord libre. Une semblable surface affran-

(') Yrrhandl. dcrSchirriifriscbcD uaturforschenden CiscIlMhafl liciihrer Yeraminlaug tu Bon». 1859, 6. 170.

(*) Pondant que >e fatal» ce» observations. H. SliuUlcworih trouvait de nombreux* tracts de ce im'uic nouveau genre de végétaux . fixé» à des tiges dcCallilricbe, dans* des mares tourbeuses d'eau douce, non loin de La but, sur la dite occidentale d'Irlande, dans le comté de Calwag. M. SbaUlcworth décrira en détail ee genre, *ou» le nom delcnuijdjMi. D'après ce savant, les caractères essentiels de ce genre consistent dans va forme concave -convexe; il se rapproche le plus du genre Mirrusteria», dont il diffère cependant par l’irrégularité de ses formes et par les proportion» numérique» et la position de scs cellule». Ce» corps s'attachent aux tiges des plantes aquatiques, comme de» Patelle».

chie du mésentère se voit aussi au milieu de la convexité du tour supérieur (Tab. Vil, (ig. 130) , car ici le mésentère est empêché de se fixer au test par les branchies internes.

Il se compose d'une double lamelle de simple construction , pimentée en quelques endroits et contenant des vaisseaux sanguins, surtout entre ses feuillets. Les lames du mésentère sont vibratiles dans toute leur étendue et se continuent dans les membranes internes du test.

Page 1