DES ORGANES DE LA GÉNÉRATION
La dualité des sexes dans les Oursins était admise par le peuple long-temps avant quelle ne fût constatée par les savons. De tout temps les hahitans des côtes méridionales de l'Italie ont distingué des Oursins rouges et des Oursins blancs. IVaprésces indications, M. Risso m’apprit qu'en automne , l’on trouvait , dans quelques Oursins , un liquide blanc , et dans d'autres un liquide jaune fonce dans le voisinage de l'anus. M. Peters (*) reconnut en effet, par l’étude microscopique, que la liqueur blanche contient des animaux spermatiques en très-grande quantité et que c'est par conséquent le véritable sperme , tandis que ceux qui ne sont point pourvus de cette liqueur blanche , sont évidemment garnis d'ovaires. En comparant numériquement toute une série d’exemplaires, il trouva sur 98 individus 43 môles et 55 femelles, en sorte que la fréquence des mâles ne le cède pas de beaucoup à celle des femelles. Cependant il est probable que les mâles ne se voient en aussi grand nombre, sur les côtes, qu'à l'époque de l'accouplement et, qu’à toute antre époque, ils habitent les grandes profondeurs ; car sur un nombre assez considérable d'individus ( plus de (rente ) que je refus en 1 839 du golfe de Villa-franca , il n'y avait pas un mâle ; to us out été reconnus être des femelles, et cependant je recueillis dans le même golfe de nombreuses Holothuries parmi lesquelles il y avait presque autant de mâles que de femelles.
Les organes de la génération sont trés-rcssemblans dans les deux sexes et, suivant M. Peters, les testicules différent à peine des ovaires dans leur forme extérieure. N’ayant point eu l'occasion d’examiner des testicules , je me bornerai ici à la description des ovaires , en ajoutant , pour terminer , quelques détails sur le sperme.
Les ovaires sont au nombre du cinq : ce sont des corps allongés (Tab.VII, fig. 127 f, fig. 128», fig. 130g, et Tab. VIII, fig. 161 d, e,f,gj, entourés d’un mésentère très-délicat et resserré.
(") Millier'* Archiv, 1840, p. 143.
C'est au moyen d’une double lame de ce mésentère, se détachant de la surface externe (Tab. VIII, fig. 1G3), que les ovaires sont fixés uu test. Le» endroits où le mésentère se fixe au test correspondent aux sutures principales de ce dernier, ensortc que les ovaires ont la même position que les plaques génitales auxquelles ils correspondent
Chacun des cinq ovaires se termine, à son extrémité supérieure, par un canal cylindrique et indépendant qui vient aboutir aux plaques génitales. Monro (*) pense que ces cinq canaux se réunissent autour de l’anus en un vaisseau circulaire ; mais cette indication repose évidemment sur une erreur; car, abstraction faite du mésentère , il existe aussi des vaisseaux sanguins de l’ovaire qui, en se réunissant en un anneau autour de l’anus, représentent un polygone. Mais si l’on vient à examiner de près ce prétendu anneau, on voit que chaque oviducte se continue au-delà et va aboutir directement à l’un des pores génitaux , sans communiquer en aucune façon avec les oviductcs voisins.
On pourrait supposer que , comme la plaque génitale postérieure surpasse les autres en grandeur, il devrait aussi en être de même de l'ovaire. Cependant mes observations ne confirment nullement cette supposition. Dans les très-petits Oursins, qui n’ont qu’uu pouce de diamètre, les ovaires sont à peine assez longs pour atteindre la moitié de la hauteur du test ; ils sont un peu plus longs dans les individus adultes (Tab. VIII, fig. 1 1> 1 ). Lorsqu'ils ont atteint toute leur turgescence , immédiatement avant l’époque du frai , ils s'étendent bien au delà du milieu de la hauteur et se prolongent à-peu-près jusqu’à la cloison inférieure; mais dans tous ces étals, ils ne montrent entre eux aucune différence de grandeur constante et assez importante pour qu'il soit permis d'en tirer aucune conclusion. l T nc différence particulière qui s’observe surtout dans les individus de moyenne taille, et d'une manière moins frappante dans VE. lividtu et VE. brevispinoms que dans VE. Sphœra est celle-ci : les ovaires pairs sont tellement développés qu’ils se touchent, tandis que relui de l’amlmlacre impair postérieur demeure plus isolé, comme je l’ai indiqué dans la fig. 101 de Tab. VIII. J'ai trouvé celte même différence chez des Oursins qui n’étaient point dans l’époque du frai, et dans lesquels les ovaires n étaient que médiocrement renflés. J'iguore si la même particularité se retrouve dans tous les états de son développement; mais j’ai tout lieu de le supposer. De plus l’ovaire, lorsqu'il est rempli d'œufs, est convexe ou aplati à sa face externe, tandis que sa face interne est renflée de chaque coté du sillon médian. Sa structure est glanduleuse ; on remarque, même sans préparation préalable, à sa face externe (Tab. VIII, fig. 103) comme à sa face interne (Tab. VIII, fig. 164), les renflemens cécaux par lesquels se termine la
(') Anatomie p. 90.
structure glanduleuse. Ces petits cécums ont, à leur sommet, des lignes transversales plus ou moins distinctes ; ces lignes sont paires et limitées, à la face externe, par le mésentère, et à la face interne par le sillon longitudinal de l’ovaire, auquel elles viennent aboutir des deux côtés. Un canal médian (Tab. VIII, fig. 165) reçoit de nombreux rameaux latéraux qui se ramifient plus ou moins et se terminent à leur extrémité par des impasses arrondis, comme c’est par exemple le cas des E. lûidus et brevispinosut. Dans les exemplaires de 1 E. Sphœra , dont les ovaires ne sont pas entièrement remplisse sillon médian est moins distinct et l'aplatissement latéral moins symétrique et moins déclive.
Les formes particulières des tubes cécaux sont représentées aussi fidèlement que possible, dans les fig. 165 et 166 de Tab. VIII. Ces ramifications se voient très-distinctement dans les ovaires à moitié remplis de VE. brevispinosm. Leurs parois se composent d’un épithélium vibratile interne, d’une couche fibreuse médiane ( Tab. IX , fig. 171), et d’uno membrane externe qui parait être identique avec le mésentère. Ces trois membranes so reproduisent aussi dans l’oviducte. Il est presque inutile d'ajouter que le mésentère de l’ovaire est également vibratile. Les canaux glandulaires de l'ovaire sécrètent leurs œufs depuis le fond des tubes cécaux (Tab. VIII, fig. 162) jusque dans le canal sécréteur principal. Ici tous les œufs, même les plus petits, peuvent être facilement étudiés au microscope, grâce à leur transparence : ils ne montrent rien de particulier dans leur structure, mais se composent de la membrane vitcllienne, du vitellus , qui est huileux et grenu , et dont les grains sont souvent agglomérés dans les exemplaires conservés dans la liqueur (Tab. IX, fig. 170) de la vésicule germinative , qui est transparente , et de la tache germinative , qui est en général simple. Dans la tache germinative solide , on distingue en outre souvent encore un corps rond et parallèlement à lui un halo simple ou multiple. Dans les œufs d’un certain âge, la quantité du vitellus devient toujours plus considérable, comme dans les autres animaux; ce qui rend l’étude de la vésicule germinative d’autant plus difficile (*) (voyez Tab. IX, fig. 169. Tab. VIII, fig. 167).
Les animalcules spermatiques contenus dans le sperme et que l'on retrouve à côté de corpuscules germinatifs, ont été observés, ainsi que je l’ai dit plus haut, par M. Peters. Ils ont le corps allongé et ovale, plus ou moins arrondi en avant et pointu en arrière , et probablement une três-
(*) A l’état frais, je n’ai jamais rencontré que des œufs rend». Mai* de* Oursin* conservés dan* l'esprit de «in m'en «ni AOuvL'iit offert d'allongé* et de clavellé». Quoique celle forme doive être attribuée en premier lieu h l'influence de l'esprit de vin, U n’en serait pas moins digne de l'attention de» naturaliste* de voir s'il n'e\i»te pas réellement diverses forme» d’uruf* dan» le* Oursin* frai».
fine queue qu'il ne put cependant reconnaître avec certitude. Leurs mouvemens sont très-vifs, l’ai représenté dans la fig. 168 deTab.VIlI les diverses formes de ces animalcules d’après un dessin original que je dois à l’obligeance de M. l’élers. Je me suis permis d’y ajouter les queues qui certainement doivent exister.
Kœlliker (‘) a observé depuis lors les zoospermes des Aatriat rubens , riolacea et papporn, de même que ceux des Eelunm saxatilis et eseulentus. Tous ont le corps allongé, une très-fine queue en forme de cheveux , et exécutent des mouvemens très-rapides. De son côté , il s’est assuré de la grande ressemblance de structure des testicules et des ovaires dans ces deux ordres d’Echinodcrmes. Dans I ’E. uxatilis , les testicules sont d’un brun foncé et même quelquefois noirs. Les œufs sont d’un brun clair passant au jaune. La liqueur spermatique est blanche ; les animalcules avaient 0 u ,0015 de ligne de long, étaient pyriformes et paraissaient déprimés sur un point de leur surface, lorsqu'on les examinait de profil ; ils se mouvaient soit en serpentant , soit par des contractions saccadées de leur queue filiforme. Kœlliker a également trouvé dans la liqueur spermatique d’un E. escu/enlus des cellules de 0 ; ,001 à 0 "',0 1 8, dont quelques-unes contenaient de nombreux corpuscules ayant de O 1 ", 0005 à O'^.COl et d’autres globules libres, assez semblables à ces dernières, mais pourvus d’un appendice filiforme de 0 1 ", 005 à 0 V ,01 de long. Quelques-unes des plus petites cellules avaient un appendice dont l’extrémité présentait un élargissement circulaire ou bien un renflement au milieu.
A l’époque de l’accouplement, le sperme ainsi que les œufs sont excrétés par les ouvertures génitales de l’appareil génital , oü l’on en trouve souvent des traces très-marquées. Nous sommes encore dans nue ignorance à-peu-près complète du mode d’accouplement et de fécondation des Oursins , ainsi que de leur embryologie.
(*) Ilcitratge iur kmnUtU* der G<*chl«chUverh»ltnàtse und der SamenflüMtgkrit wirbelloter Thiere, nebot einem Verwek iiber dis Wesen und die Bedeuluog der sofrnannten âamentbiere. Berlin iHU. fc®. p. 37—39.