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DES PÉDIC ELL AIRES

Il existe à la surface extérieure de l’Oursin des appendices pédicellés qui ont été décrits pour la première fois par O. F. Müller(*) sous le nom de PédiceUaires (* *). On en distingue trois sortes qui sont 1) les pédiceUaires gemmiformes, 2) les pédiceUaires tridactyles , 3) les pédiceUaires ophicéphales. Comme ces derniers prédominent et sont surtout développés sur le pourtour de la bouche, je les appelle aussi pédiceUaires buccaux, bien qu’ils se trouvent également sur d'autres régions du test. Ces trois espèces de pédiceUaires ont un caractère commun qui consiste dans la présence d’un squelette calcaire intérieur entouré de tissus mous et composé de deux parties fort distinctes, la tête qui est à l’extrémité libre, et la tige. Nous n’aurons à nous occuper ici que des pédicellaires gemmiformes et des tridactyles. Les pédiceUaires opbicéphales étant trop intimement liés à la membrane buccale pour pouvoir en être séparés , nous en traiterons au chapitre de celte dernière. Les uns et les autres entourent les piquans; mais comme ils sont beaucoup p’us courts et plus grêles que ces derniers , on ne les voit bien que lorsque le test est entièrement débarrassé de ces épines, et même, dans ce cas, il est encore bon de tenir le test sous l’eau , pour qu'ils n’échappent pas à l’observation.

l°Les pédiceUaires gemmiformes (Tab. IV, fig. 40-V3) sont placés tout autour des tubercules, surtout des plus gros, sur les aires ambulacraires aussi bien que sur les aires interambulacraires

{*) Otto F. Muller ZooL danica Fasc. 1, p. 16 (Edt. allemande p. 53-65). Ce naturalise les envisageait comme des animaux parasites particuliers, dont il décrit trois espèces sous les noms de PtJictliaria globifera , friphjrUa et triJsiu. Probablement la première correspond à mes pédiceUaires gemmiformes, la seconde aux ophiccphalec, et la troisième aux tridactyles.

(**) Depuis la rédaction de ce travail, Sars et Forbes ool aussi fait des observations sur les PédiceUaires. Voy. Forbes History, etc., p. 150, I7t, 186. Voyea aussi parmi les auteurs plus anciens, Tiedemann p. 98, et Délia Cbiajc Meraoric VoL 2, p. 3Î4.

el mime quelquefois sur les zones porifère». Ils sont composés d'une tige longue et grêle , sur laquelle est fixé un rendement que j'appelle le boulon , et que l’on reconnaît facilement à sa couleur qui est d'un rouge brun. La longueur moyenne de 1a tige, dans les exemplaires conservés dans l'esprit de vin, est de t "î à 1 "8. La longueur de la base du bouton est d'à peu prés 0",005, celle du bouton lui-même de 0",020.

Le squelette calcaire contenu dans le bouton est, ainsi que nous l’avons dit plus haut, séparé de celui de la tige. Le premier est désigné sous le nom de tête , l’autre sous celui de massue. Ces deux squelettes sont moins éloignés l’un de l'autre dans les pédicellaires gemmiformes que dans les deux autres espèces. Leur position relative est représentée sous un fort grossissement dans la lig. 40, Tab. IV. La ligne qui forme le contour indique les parties molles. Pour en bien saisir tous les détails, il importe de les préparer préalablement à la potasse.

La tête est composée , dans l’£. lividut , de trois parties égales fixées sur une base commune et correspondant chacune à l'un des bras en forme de pince (Tab. IV, fig. 44 e). Cette base s'appuie elle-même sur une pièce calcaire (fig. 44 f) qui correspond à la partie que je désigne dans les pédiccllaires buccaux sous le nom d'arc ou de canal temùirculairc. Chacun des trois bras de la pince (fig. 44e) est composé d'une lame aplatie, allongée, à peu prés quadrangulaire, limitée par des carénés ou nervures latérales, et percée d’une quantité de petites ouvertures. Chaque bras est en outre armé d’une double pairo de dents, l’une supérieure (Gg. 44 d), l’autre inférieure (fig. 44 e) , qui sont dirigées en dedans et se terminent plus ou moins en pointe. A la base de la tète, les trois bras alternent avec les pièces basilaires. Celles-ci sont au nombre de trois (Gg. 44 6) et se composent chacune de deux plaques paires pointues en haut et arrondies en bas, entourant de leurs carènes une plaque calcaire élégamment celluleuse. Ces pièces basilaires adhérent ellesmêmes à la pièce arquée, triangulaire (fig. 44 f), qui est ici très-simple, ayant sa base tournée en haut et sa pointe en bas.

Les trois bras de la pince peuvent opérer des mouvemens de va et vient , c'est-à-dire s'ouvrir et se fermer sans inconvénient , comme cela se voit sur l'animal vivant. Les dents se rapprochent dans ce cas et peuvent même saisir et réduire certains objets. La longueur moyenne de ces têtes est de 0",020.

La massue. (Tab. IV, fig. 44a) est très-longue et trés-grèle, et pénètre jusque dans l’intérieur du bouton, ensorte qu’elle est beaucoup plus rapprochée des pièces basilaires que dans les deux autres espèces de pédicellaires. C’est au milieu quelle est le plus grêle ; elle s'élargit graduellement vers le haut, et surtout vers le bas. Son extrémité supérieure se termine par un renflement assez mar-

que que j’appelle la léie de la massue , et qui , relativement à la partie moyenne , est plus développée que dans les deux autres espèces. L'extrémité inférieure est également renflée et tronquée brusquement. La substance de la massue se compose , comme dans les deux autres espèces de pédicellaires , de fines ramules calcaires longitudinales , ou de bandes séparées par des espaces transparens. Si l'on examine cette partie sous un fort grossissement , l’on remarque que les bandes calcaires qui font une légère saillie à la surface sont réunies par des piliers transverses qui , sous un moindre grossissement , font l’effet de stries transversales. Ces bandes calcaires longitudinales, qui ordinairement se brisent en travers et donnent lieu à de petites saillies sur les brisures, s’étendent du bord de l'extrémité inférieure jusqu'à l'origine du bouton qui termine la massue. Sur celui-ci , les piliers transverses deviennent plus forts et plus nombreux , et se changent en véritables réseaux calcaires.

Les parties molles qui entourent la massue n’ajoutent guère à son diamètre. 11 n’en est pas de même de la tète , dont elles augmentent considérablement le volume ; aussi le bouton se présente-il sous la forme de trois lobes réunis , dont les extrémités sont rapprochées comme la corolle d'une fleur dormante pendant la nuit (Tab. IV, fig. 10 et 41). La figure 12 représente une coupe transversale prise par le milieu des trois lobes. Vers le sommet , les trois lobes du bouton’ s'écartent considérablement et prennent en quelque sorte la forme d’une dent (fig. 43) , et c'est dans l’intérieur de ces lobes renflés que sont logées les trois pinces qui se trouvent ainsi revêtues par les parties charnues de l’organe.

Lorsque l’on est parvenu à rendre ces pédicellaires transparens, au moyen de potasse trés-étendue, l'on voit un épithélium s’étendre de la massue sur les lobes du bouton ; mais la forme renflée de ce dernier n’en est pas moins due à une masse particulière , d une apparence grenue , quelquefois légèrement fibreuse , et que je crois devoir envisager comme composée de muscles , quoique je n'y ai pas aperçu d’uue manière distincte des fibres musculaires. Une masse semblable se voit à la base du bouton et entoure la tète de la massue. 1-a tige, en revanche, n’est revêtue que d’une mince couche de parties molles , composées , à ce qu'il m’a paru , d'un épithélium , d'une couche de piment et d une membrane fibreuse au dessous de cette dernière.

Nous avons déjà dit plus haut que les lobes du boulon peuvent s'ouvrir et se fermer sans qu'il en résulte aucun dommage pour le squelette calcaire. Ou peut s'assurer que les mêmes niouvcmens s’opèrent aussi pendant la vie.

2° Les pédicellaire « tridactyles sont remarquables par leur grandeur ; ce sont sans doute ceux

que Baster connaissait déjà. Tiedemann (") et Della-Chiaje (") les mentionnent également. Il est facile de les distinguer des deux autres espèces , même à l’œil nu ; mais ce qui les caractérise surtout , c'est leur structure microscopique et particuliérement leur squelette. Comme les pédiccllaires gemmifurmes , ils entourent les tubercules, particulièrement ceux des aires interambulacraires; mais jusqu’ici je n'ai pas pu reconnaître pourquoi l'on trouve de préférence en tel endroit des pêdicellaires gemmifurmes , et en tel endroit des pédicellaires tridaclyles. La longueur moyenne de tout l'organe , sur des échantillons conservés dans de l’esprit de vin , est de 2'" à 2'", 2 ; la longueur de la tète 2", 5 à 0,55".

La Gg. 45 de Tab. IV représente la forme de la tête calcaire d'un pédicellaire tridactyle. Trois pinces convergentes (b) , séparées par des interstices vides , en forment , conjointement avec le rendement de la base (a ) , les élémens essentiels. Chaque pince se compose de deux pièces fortement dentelées à l’extérieur, et d'une pièce moyenne plus profonde et b jour ; la tête est par conséquent concave à l’intérieur, et très-étroite, comparativement à sa longueur. La forme du renflement basilaire ressort mieux de la figure ci-jointe que ne pourrait le faire une description détaillée. Il est inutile de dire qu'il existe aussi ici trois pièces correspondant aux trois pinces ; elles sont triangulaires , convergent sous un angle de 120° et présentent chacune une grande ouverture près de l'angle de convergence. Les pièces correspondantes aux arcs semicirculaires ne paraissent pas exister. La massue ressemble, par sa forme et ses dimensions, à la massue des pédicellaires buccaux (Tab. IV, fig. 46) ; elle se compose de blets calcaires et , à son extrémité près de la tête , de réseaux calcaires, absolument semblables à ceux des deux autres sortes de pédicellaires. Les parties molles qui l'entourent sont plus développées que dans les pédicellaires gemmiformes, et peut-être même que dans les pédicellaires buccaux; elles se composent, ainsi que nous le verrons en traitant de ces derniers, d'un épithélium externe, d’une couche de piment et de fibres longitudinales et transversales.

3° Les pédicellaires ophiciphales qui se trouvent çà et là à la surface du test ressemblent si fort, par leur squelette calcaire , de même que par leurs parties molles , aux pédicellaires buccaux , que nous pouvons en renvoyer la description au chapitre suivant , qui traite de ces derniers. J'ai trouvé quelquefois do très-petits pédicellaires dont les pinces sont larges, en forme de feuilles arrondies ou échancrées dans le haut, mais dont 1a base est peu saillante et dépourvue de pièces (*)

(*) Anatomie p. 98.

Mémoire Vol. II. p. 324.

analogues aux canaux semicirculaires. Je n'ai pu m'assurer si ce sont des pédi relia ires d'une espèce particulière , ou s’ils ne sont que le jeune âge des pédicellaires ophicéphales.

La première idée qui se présente à l’esprit , c’est que les diverses espèces de pédicellaires dont nous venons de traiter ne sont que des formes variées d’un seul et même organe. Cependant, je crois devoir envisager la chose différemment , parce que je n’ai point trouvé de formes transitoires , et parce que les différences m'ont paru assez prononcées pour justifier l’idée que ce sont des organes indépendans les uns des autres.

J'ai cru remarquer que dans les individus adultes de YE. brevispinottus , les tridaclyles et les ophicéphales prédominent. Leurs pinces se font remarquer en ce qu’elles s'élargissent et deviennent lancéolées vers la partie supérieure; tandis quelles ont à l’intérieur une carène, et à l'extérieur, ainsi que sur les flancs , des réseaux calcaires trés-élégans qui s’étendent presque jusqu’au bord : les carènes sont proportionnellement étroites , et leurs dents petites. A la base , chacune des pinces se transforme en une large plaque, qui conserve encore à l’intérieur sa carène moyenne. La face inférieure de la pièce basilaire des pédicellaires est conformée, dans YE. brevispinosut, delà même manière que dans YE. lividus. Les massues, ainsi que les parties calcaires des pédicellaires ophicéphales ne se distinguent que parleur plus grand développement. Il existe aussi de petits pédicellaires ophicéphales absolument analogues à ceux de YE. lividm.

VE. Sphœra montre les trois espèces de pédicellaires. Leurs parties calcaires et leurs parties molles sont les mêmes que dans YE. lividus.

L’usage de ces petits organes n’est pas encore connu d’une manière précise. On est naturellement porté à les envisager comme des organes de préhension , d’autant plus qu'ils souvrent et se ferment comme les doigts de la main , comme Monro (*) l’a olwervé le premier. Cette hypothèse est surtout vraisemblable à l’égard des pédicellaires gemmiformes, dans lesquels les trois parties de la tête s’ouvrent et se ferment , tandis que les parties extérieures très-épaisses servent peut-être de moteurs , si toutefois il est vrai que ce soient des muscles. Cette interprétation offre moins de vraisemblance à l’égard des tridaclyles et des ophicéphales , parce qu’il n’existe pas un appareil aussi vigoureux de parties molles (contractiles). On peut même ouvrir les pinces jusqu'à un certain degré , sans les endommager. Mais s’il est vraisemblable que ce sont des organes de préhension , leur utilité n’en est pas encore démontrée , attendu qu’il n’existe dans leur voisinage aucun canal par lequel ils pussent faire passer les objets qu'ils auraient saisis. Les transmettent-ils

{*) Vcrglcichung des Bnne» un cl der Physiologie der Fische, mil dem Baue der Metuchen and der übrigeo Tbiere, iiberseizt von J. J. Schneider. Leipzig 1787. 4. p. 88.

de Tud à l’autre pour les faire arriver jusqu a la bouche? Cette hypothèse est peu vraisemblable , attendu qu’il existe à la base de la membrane buccale, à côté des branchies externes , une interruption dans leur succession. Peut-être pourrait-on admettre que , dans le mouvement de transmission , cette lacune est remplacée par un mouvement vibralilc de la surface des branchies externes. Quoi qu'il en soit, que l’on envisage les pédicellaires comme des organes de préhension, ou qu'on leur assigne d’autres fonctions, leur nombre et la constance de leur disposition suffisent pour nous convaincre de leur importance. Leurs tissus mous leur donnent en même temps la faculté de s'allonger et de se rétrécir considérablement, et par conséquent d’exécuter des niouvemens sensibles dans l'eau. Les pédicellaires gemmiformes sont, sous ce rapport, moins favorisés, tandis que les Iridaclvles et les ophicéphales sont doués de cette faculté à un très-haut degré.

(*) L'incertitude qui a régné jusqu'ici sur lit nature des Pédicellaires et la dit mité d’opinions que professent encore à leur *u jet les naturalistes , montrent assri le» difficulté-* que présente la solution de ce problème. Cet embarras provient sans doute de l'igitoranee complété dans laquelle on se trouve sur le développement de* embryons des Oursins. En effet, si l’on avait pu poursuivre tous les rhangemen* que l’œuf de l'Oursin subit, depuis la ponte jusqu’à l’entier accroissement de l’animal, ou saurait si les Pédicellaires sont des organe* formés par l’animal , et quel rapport naturel les lie à l'enveloppe extérieure du cor p* à laquelle ils sont attaché* , ou, s’ils sont parasite* , à quelle époque du développement de l'Oursin il* commencent à s’y fixer, et sou* quelle forme il* s’y allarhent. Ne pouvant dan* ma position faire de* recherches successives sur cette intéressante question, je me permets de soumettre ici à l'attention de* naturalistes qui habitent le voUlnago de* côtes maritimes, quc-lque* considérations qui le* engageront peut-être à de nouvelle* recherche*. Et d'abord te» Pédicellaires existent-ils sur les plu* petits exemplaire» d'Ourvins comme sur le* plus grands? existent-ils à toute» les »at»om de l'année? préaentenl-iU * tout»» le» saisons le* mêmes caractères? les miles en sont-ils munis comme les femelles? line réponse positive à ces diverses question* acheminerait sans doute ver* la solution du problème. Je me les suis adressée», parce que je ne puis me défendre de l’idée que le* Pédicellaires ne soient des embryon* d'Oursin*, qui après leur éclosion se fixeraient »ur le test de leur mère. La ressemblance frappante qu'ont le* arceaux de* Pédicellaires avec l'appareil masticatoire de* Oursins m’a donné cette Idée qui ne paraîtra peut-être pas un paradoxe, si l’on considère la diversité de forme* qu'affectent le* Pédicellaires *ur le même Oursin* et surtout »i l’on se rappelle que les Coraatules, avant de devenir libre», sont aussi pédiculées , comme nous l'a appris SI. Thompson, et si l'on considère en mémo temps que certains Ecltinodermcs subissent les changrmens de forme* I» plu» étrange», comme l'a démontré Sar» pour VJHerUu aantpirnofritfii. Le peu que l'on cannait du mode de développement de* animaux rayonné* e»t bien fait pour piquer notre ruriu»ité et nous préparer aux découverte* les plu* inattendue*. (Agas-i/.)

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