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FAMILLE DES CLYPÉASTROIDES.
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DES DYSASTER.
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11 n'y a pas long-temps que le type des Dysaster était inconnu , comme tel , aux naturalistes. Le peu d'espèces qu'ils en ont décrites ont été ordinairement rangées par eux dans les Ananchytes ou dans les Spatangues , dont elles se rapprochent en effet par leur forme extérieure. Mais cette ressemblance n'est que superficielle, et il suffit de jeter un coup d'oeil sur les détails de leur test pour y reconnaître des différences d'organisation profondes, différences qui engagèrent M. Agassiz à les séparer des Spatangues sous le nom de Dysaster, tandis que M. DesMoulins en faisait , à peu près à la même époque , son genre Colhjriles.
Le caractère le plus saillant de ces Oursins consiste dans la présence de deux sommets auibulacraires , c'est-à-dire , que les cinq ambulacres , au lieu de converger tous vers le sommet du test, comme cela se voit dans presque tous les autres Echiuites, se rencontrent sur deux points plus ou moins dislans de la face supérieure , les trois ambulacres antérieurs ordinairement un peu en avant du sommet, les deux ambulacres pairs postérieurs au dessus de l'anus. Une pareille disposition des ambulacres implique nécessairement des modifications profondes dans le système respiratoire de ces animaux , qui , au lieu de se réunir, comme d'ordinaire, au sommet, se trouve relégué sur les côtés antérieur et postérieur, et par conséquent éloigné du système génital , avec lequel il est plus ou moins en contact dans tous les autres genres. Or si nous avons pu nous croire autorisé à éloigner les Galérites des autres Clypéastroïdes , à cause de la forme particulière de leurs ambulacres à la face supérieure , à bien plus forte raison n'hésiteronsnous pas à faire des Dysaster un groupe à part, dont le cachet réside également dans la nature de ses ambulacres.
Une question plus difficile à résoudre, c'est celle de savoir à quelle famille les Dysaster appartiennent. M. Agassiz, dans son Prodrome, les place en tète des Spatangoïdes ; Lamarck en fait des
Aiianchytes ; Goldfuss des Spataugues, et DesMoulins les place, comme genre à part, entre les Nucléolites et les Ananchytes. Plus tard , Agassiz revint de sa première opinion et , dans son Catal. syst. des moules d'Echin., il rangea les Dysasler parmi les Clypéastroïdes. Une si grande diversité d'opinions à legard d'Oursins , d'ailleurs trés-caractérisliques, prouve assez que les parties essentielles de leur organisation nous sont inconnues. De fait , la question se résume à ceci : Les Dysaster ont-ils un appareil masticatoire semblable à celui des Clypéastroïdes, ou bien cet appareil manque-t-il complètement, comme dans les Spatangoïdes. Par malheur, toutes les espèces sont fossiles, et il nous a été impossible de reconnaître dans aucune d'elles des traces d'un organe que l'on ptît envisager comme faisant partie du système digestif. Les moules internes sont parfaitement unis ; c'est à peine si l'on y distingue les articulations des plaques et les empreintes des pores ambulacraires. Le pourtour de la bouche est surtout très-uniforme. Nous en sommes par conséquent réduits aux caractères extérieurs qui seuls ne peuvent donner que des probabilités plus ou moins concluantes; après les avoir tous pesés, je suis porté à croire que les Dysaster ont en réalité plus d'af6nité avec les Clypéastroïdes qu'avec les Spatangoïdes; car s'ils ont la physionomie extérieure de ces derniers , leur bouche est conformée d'une toute autre façon : au lieu d'être allongée transversalement et bilabiée , comme dans les Spatangoïdes , elle est anguleuse , comme dans les Galérites ; ce qui me fait présumer qu'il existe au moins quelques rapports entre le système digestif de ces deux groupes.
Lorsqu'on songe que tous les Dysaster , à l'exception de trois , sont des fossiles de la formation jurassique, c'est-à-dire qu'ils vivaient à une époque où le type des Spatangues n'existait pas encore , on est en quelque sorte tenté de les envisager , ainsi que les Hyboclypcs , comme un de ces types primitifs, dans lesquels se trouvent réunis des caractères qui, dans d'autres époques, n'appartiennent qu'à des groupes très-différens. On dirait que dans les Dysaster le type des Spatangues n'est pas encore séparé de celui des Galérites.
Jusqu'ici, ce groupe si remarquable ne se compose encore que d'un seul genre, qui est le genre Dysaster.
DU GENRE DYSASTER Ac.
Les Dysaster sont en général des Oursins de moyenne laille ; quelques espèces atteignent des (liuiensious un peu plus considérables et ont jusqu'à deux pouces de longueur. Leur apparence est uniforme, et comme leurs tubercules sont peu développés et clair-semés , nous en concluons quils étaient, comme les Galérites , des Oursins peu épineux.
La bouche est centrale ou subcentrale en avant, sans cependant être aussi excentrique que celle des Spatangucs ; mais ce qui constitue un caractère plus important que la position de la bouche , c'est sa forme qui, quoique en général d'apparence circulaire, est cependant, dans le principe, décagonale ; si elle paraît pentagouale dans certaines espèces, c'est ordinairement parce que le bord de l'ouverture correspondant aux aires interambulacraires est tellement restreint , qu'il disparaît à peu près complètement (').
L'ouverture anale est de moyenne grandeur et invariablement située à la face postérieure , ordinairement au dessus d'un sillon évasé qui occupe le milieu de l'aire interambulacraire impaire. Sa forme est elliptique de haut en bas.
Il est à regretter que l'appareil génital soit ordinairement si mal conservé. Cependant, tout ce que j'ai pu en apprendre, d'après quelques exemplaires d'une meilleure conservation, c'est que cet appareil présente une structure particulière. On remarque , près du sommet ambulacraire antérieur, quatre pores formant entre eux un losange irrégulier; deux sont situés en avant des ambulacraires pairs antérieurs , et deux en arrière. Je n'ai pas pu m'assurer si les plaques dans
(*) C'est pour avoir accordé trop de. confiance aux descriptions et aux figures souvent incorrectes des auteurs qui représentent les Dysaster comme ayant la bouche ronde, que M. DesJIoulins a été conduit à ranger dans son genre CoUijriles, des Oursins complètement étrangers à ce groupe. En cela , M. DesMoulins a cependant été conséquent avec son principe qui place la forme de la bouche en première ligne , dans l'appréciation des caractères génériques. Mais à supposer même que les Dysaster eussent la bouche ronde, ce qui est une erreur, ce ne serait pas encore pour moi une raison d'associer aux Dysaster des Oursin? à ambiilacres convergens au sommet. Pour que le genre Collijrites de M. DesMoulins correspondit exactement au genre Dysaster, il faudrait en éloigner les Colbjriles a,mij(jdalu, C. brissoïdes, C. Iieterodyta , C. canaliculata et C. dcprcssa. Les trois premiers sont des Spatangoïdes des genres Micrasler et Holaster; leC. canaUculata est notre Hyboclipus canaliciilahis, etleC.depressa, le Pyr/asler costellalus Ag. J'ignore complèlenient ce que peut l'trc le Colhjriles trirjoiuita.
lesquelles ces pores s'ouvrent sont des plaques particulières ; mais d'après tout ce que j'en ai vu, elles ne diffèrent en rien extérieurement des plaques des aires interambulacraires. Quant aux plaques ocellaires, je n'en ai découvert aucune trace, quelque peine que je me sois donnée à cet effet.
Les aires ambulacraires n'ont guère que le tiers de la largeur des interambulacraires ; aussi leurs plaques sont-elles beaucoup plus petites; il y en a cinq, et même six pour une plaque interambulacraire. Cependant, malgré leur petitesse, il est facile d'en connaître le nombre, puisque chaque plaque ne compte qu'une paire de pores, au moins à la face supérieure. A la face inférieure , les plaques ambulacraires sont plus hautes , ce qui fait paraître les pores plus distans. Ce n'est que sur le pourtour immédiat de l'ouverture buccale que l'on voit quelquefois des pores se dédoubler et former quatre rangées au lieu de deux (Tab. I, fig. 21). Les deux sommets ambulacraires de la face supérieure ne sont pas toujours à égale distance l'un de l'autre ; aussi leur éloignement plus ou moins considérable et la manière dont ils sont arqués , constituent-ils des caractères spécifiques importans. C'est ainsi que dans le D. bicordatus, les ambulacres postérieurs se rencontrent immédiatement au dessus de l'anus, tandis que dans le D. semiglobus (Tab. 4 , fig. 10 — 12) , ils s'élèvent fort haut et sont très-rapprochés des ambulacres antérieurs.
Les tubercules sont uniformément répartis sur toute la surface du test. Ils ne présentent aucune disposition régulière ; ceux des aires ambulacraires ne différent en rien de ceux des aires interambulacraires; seulement ceux de la face inférieure sont plus serrés et en général un peu plus développés que ceux de la face supérieure.
Quant à la forme générale , elle varie plus ou moins , suivant les espèces , mais toutefois dans des limites restreintes qui , jointes à la direction des ambulacres, constituent la physionomie des Dysaster. Quelques espèces sont très-déprimées , d'autres sont renflées; les unes sont tronquées en arrière , les autres pointues , les autres arrondies. La face inférieure est plus ou moins ondulée , suivant que les ambulacres sont logés dans des sillons plus ou moins profonds ; mais une particularité qui se retrouve dans toutes les espèces , même dans celles dont la face inférieure est le plus uniforme, et qui semble rappeler le type des Spatangues , c'est que l'aire interambulacraire est toujours plus renflée que le reste du test. Le sillon de l'ambulacre antérieur n'est pas seulement borné à la face inférieure ; dans beaucoup d'espèces , il est encore très-marqué à la face supérieure et fait paraître le côté antérieur bilobé.
Le nombre des espèces connues jusqu'à ce jour est de vingt; dans ce nombre il y en a plusieurs qui se trouvent en très-grande quantité dans certains terrains , et ordinairement par ni-
chées de six , dix , vingt individus et même davantage ; d'où il résulte que ces animaux vivaient en société. Jusqu'ici toutes les espèces, à l'exception de trois , sont de l'époque jurassique, ensorte que l'on peut envisager, à bon droit, les Dysaster comme caractéristiques de cette formation. Les marnes à Ostrea acumùiaia (étage de l'oolite inférieure dans le Jura suisse et français) , l'oxfordien et plus particulièrement le terrain à chailles en ont fourni jusqu'à présent le plus grand nombre. Le D. omlum se trouve dans le néocomien, le D. excentn'cus et le D. Munsteri dans la craie. Les dépôts tertiaires n'en contiennent aucune trace.
L Dysaster bicoudatus Ag.
Tab. 2, fig. 1-4.
Syn. Dysaster hicordatus A{j. Catal. sysl. Ectyp. Suppl.
Ananchytes hicordatus Lam. III. p. 317 (excl. syn.)-— E. Desl. Enc. T. -2, p. 162.
Spatangites ovalis Leske , p. 233 , Tab. 41, fig. 5.
Collyrites clliptica DesMoiil. Tabl. syn. p. 3C4.
D'.^nnoiic in Miner. Belus. T. 3 , p. IGl, Tab. 4 , fig. 1,2,3.
Knorr. Il , p. 1S2, Tab. E. III, n" 6.
Van rlielsum p. 32 , sp. 3 (Egelschuitje hcee top).
Il est peu d'espèces dont la synonymie soit aussi embrouillée que celle du D. hicordatus. Nous trouvons le nom de hicordatus dans la plupart des auteurs modernes , et presque toujours appliqué à une espèce différente, ou associé à d'autres synonymes. Leske donna d'abord le nom de Spatangites hicordatus à un moule des environs de St-Jacques , sur les bords de la Birse , moule qui , si les ambulacres sont exacts , n'est autre chose que notre Dysaster propiuquus. Lamarck reporta cette espèce dans son genre Ananchyte avec la plupart des autres Dysaster ; mais l'on ne comprend pas comment Goldfuss a pu figurer sous le nom de hicordatus, en citant la figure de Leske , un Oursin si complètement différent de celui de cet auteur. C'est une espèce particulière que nous décrirons plus bas, sous le nom de D. Munsteri. M. Agassiz, lorsqu'il publia sa Descr. des Ech. foss. de la Suisse, pensait encore que le Spatangus ellipticus Lam. et le Sp. hicordatus pourraient bien n'être que des variétés d'une même espèce ; mais il revint plus tard de cette opinion, et admit deux espèces distinctes dans son Catalogue des Moules d'Ecbinodermes.
Cependant , à côté de son Spatangites hicordatus , Leske avait décrit et figuré , d'après Knorr, sous le nom de Spatangites ovalts , une autre espèce originaire de Muttenz, près deBàle, et que Parkinson et Phillips identifient, à tort, avec une espèce analogue du Jura moyen de Kellowiiy Cette fausse identification fut cause qu'on oublia peu à peu l'original de Leske et de Knorr, et que
l'on prit l'habitude de se représenter sous le nom de Spalangus ou Dysaster ovalis une espèce du Jura moyen. Cependant les deux espèces sont fort distinctes , comme le fait déjà présumer la différence de leur gisement ; il devenait dès lors nécessaire de les différencier. A la rigueur, le nom iVovalis eut dû être conservé à l'espèce de Leske ; mais pour éviter de nouvelles confusions , M. Agassiz préféra le garder pour l'espèce anglaise ; d'un autre côté, ne voulant pas que l'ancien nom de bicordalus fût éliminé de la nomenclature , il le donna à l'espèce que Leske avait décrite primitivement comme SpcUangites ovalis.
L'espèce que nous appelons maintenant Dysaster bicordalus est de taille moyenne et diffère par sa forme élevée, du D. analis, qui se trouve dans le même terrain. Le côté antérieur est surtont haut et subtronqué ( fig. 2) ; le côté postérieur est moins élevé et moins large, mais également tronqué obliquement. L'anus s'ouvre au bord supérieur de la face postérieure, et, au dessous, se voit un sillon évasé qui s'étend jusqu'à la base (fig. 3). La face inférieure est presque plane; la bouche est située au tiers de la longueur et séparée du côté antérieur par un sillon plat. Les ambulacres antérieurs se rencontrent un peu en avant du sommet (fig. 1); les ambulacres postérieurs viennent se joindre immédiatement au dessus de l'anus (fig. 3). Comme les détails du test sont très-bien conservés dans plusieurs exemplaires de cette espèce , j'ai profité de cette circonstance pour en donner des figures grossies. La fig. 2 a représente une plaque de l'aire interambulacraire postérieure impaire vue à la loupe ; la fig. 2 b représente quelques tubercules de cette même plaque vus au microscope; la fig. 4 c enfin montre quelques tubercules de la face inférieure, vus au microscope; comme à l'ordinaire, ils sont plus développés que ceux de la face supérieure.
C'est une espèce particulière des marnes à Ostrea acuminata (Oolite inférieure ) , et , comme les seuls exemplaires que j'en connais proviennent de la même localité que Knorr et Leske assignent au leur, il ne saurait y avoir de doute sur l'identité de 1 espèce.
IL Dysaster analis Ag.
Tab. 2, fig. 8-10.
SvN. Dysaster analis Ag. Descrip. des Echin. foss. de la Suisse , 1" partie , p. 6 , Tab. 1 , fig. 1 î--! i . — Catal. syst. Ectyp. p. 3. — Gressly, Jura soleiirois , p. 76. CoUyiitcs analis DesMoul. Tabl. syn. p. 368.
C'est l'espèce la plus répandue en Suisse; ou la trouve partout où les marnes à Ostrea acuminata sont à découvert. Sa forme est ovale, déprimée, élargie en avant, rétrécie en arriére. Le côté posté-
rieur est tronqué. Le sillon sous-anal est à peine sensible; le sillon antérieur, correspondant à l'aire arabulacraire impaire, est un peu plus prononcé. La face inférieure est à peu près plane ; car il ny a que l'aire interambulacraire postérieure qui soit un peu plus renflée. L'ouverture buccale est au tiers antérieur; j'ai été à même d'en examiner le pourtour, dans plusieurs exemplaires intègres, et je l'ai trouvé pentagonal (fig. 10 6) : cette forme est déterminée par la petitesse du bord correspondant aux aires interambulacraires , relativement au bord des ambulacres. Si le bord des aires interambulacraires était un peu moins rétréci , l'ouverture buccale serait décagonale , comme dans les Galérites et les Discoïdécs ; mais il est rare de rencontrer des individus dont la boucbe soit intacte. L'anus est à peu près circulaire et situé au bord supérieur de la face postérieure ; il est immédiatement recouvert par les ambulacres postérieurs, qui convergent en s'arquant au dessus de son bord supérieur. Les ambulacres antérieurs se rencontrent en avant du sommet et laissent par conséquent un espace très-grand aux aires interambulacraires postérieures paires ; aussi , leurs plaques sont-elles beaucoup plus longues que celles des aires interambulacraires antérieures. La fig. 8 a représente une de ces plaques vue à la loupe , afin de montrer la disposition des tubercules. La fig. 8 b est un tubercule isolé, vu au microscope; comme tous les tubercules de Dysaster, il est mameloné , perforé et pourvu d'une collerette de plis très-accusés à la base du mamelon. Les tubercules miliaires qui les entourent sont également mamelonés. Les tubercules des aires ambulacraires ne diffèrent en rien de ceux des aires interambulacraires. La fig. 9 a représente l'ambulacre antérieur gauche vu à la loupe, montrant l'articulation des plaques et la disposition des pores qui sont invariablement situés à la base de ces derniers.
L'appareil génital est rarement conservé ; il se compose de quatre pores formant entre eux un carré rhomboidal. Deux sont en avant et deux en arriére des ambulacres antérieurs.
Le D. analis , ainsi déterminé , peut être envisagé comme l'un des fossiles les plus caractéristiques de cette couche de l'oolite inférieure que les géologues suisses appellent marnes à Ostrea acuminata. On le trouve ordinairement par nichées de quatre, huit, dix exemplaires et davantage, ce qui fait supposer que ces animaux vivaient en groupe. C'est la même couche qui contient aussi le Discoidea depressa , le Dysaster ringens et le Dysaster bicordatus : ces deux derniers sont cependant moins fréquens.