‹ Monographies d'échinodermes, vivans et fossiles (volume 2)Chapitre 48 sur 187 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DU GE\RE SCUTELLA Lam. (Ag).

Après avoir défalqué du genre des Scutelles tel que l'a caractérisé Lamarck , d'une part toutes les espèces pourvues d'entailles, de lunules, de digitations, etc., dont nous avons fait les genres Rotiila , Runa, Mellila, Encore, Lobophora at Amphiope ; et d'autre part, les espèces ayant l'anus marginal , tels que les Echinarachnius , les Arachioides , les Scutellines , ainsi que les espèces plus voisines des vrais Clypéastres , tels que les Laganum , les Ecliinocyamus et les Moulinia , il ne reste plus comme vraies Scutelles , que les espèces à bords entiers , qui ont les ambulacres convergens et l'anus à la face inférieure.

Les Scutelles ainsi limitées sont des oursins de grande taille, ordinairement très aplatis et présentant une déclivité très graduée du sommet vers le bord. La plupart des espèces sont plus larges que longues ; leur pourtour est généralement ondulé et le côté antérieur pour l'ordinaire sensiblement plus étroit que le côté postérieur. Le point culminant du test coïncide avec la rosette apiciale. Les pétales ambulacraires sont plus ou moins développés suivant les espèces ; leur longueur et leur largeur relatives constituent les principaux caractères spécifiques des espèces. La rosette apiciale présente ordinairement un pentagone assez régulier. Il n'y a que quatre pores génitaux ; les trous ocellaires , moins distincts que ces derniers , sont cependant reconnaissables dans tous les exemplaires bien conservés. Le corps madréporiforme se montre composé d'une agglomération de tubes capillaires comme dans les genres précédens. La face inférieure est moins uniforme que la face supérieure; les sillons surtout s'y ramifient considérablement. La bouche est centrale , entourée d'une rosette buccale ordinairement très grande et composée de dix plaques cunéiformes dont les plus grandes correspondent aux aires ambulacraires ; elle serait de plus circulaire , n'étaient les tubes branchiaux dont l'extrémité fait saillie sur son pourtour. L'anus est petit , plus ou moins rapproché du bord postérieur ; mais jamais il n'est entièrement marginal.

L'intérieur des Scutelles rappelle à beaucoup d'égards la cavité intérieure des Lobophores ; il n'y a ni piliers , ni cloison calcaire destinés à séparer l'intestin des organes masticatoires ; mais la cavité libre du milieu est très petite ; en revanche les bords ne présentent qu'un labyrinthe de piliers calcaires , entre lesquels étaient sans doute logés , pendant la vie de l'animal , des appendices du canal intestinal. L'appareil masticatoire est en général très solide; les mâchoires sont fortes , hérissées de lames calcaires très hautes , implantées sur une charpente massive.

Je ne connais que des espèces fossiles de ce genre. A l'exception d'une seule , le Se. Rogersi, qui est de la craie, elles appartiennent toutes aux différens étages de la formation tertiaire, depuis le calcaire grossier des environs de Paris jusqu'aux Faluns de la Touraine.

l. SCCTELLA SUBROTU.NDA Lam.

Tab. 17.

Sr.-^. Scutella subrotunda Lam. Toni. III, p. 284, JN" 14. — DeFr. Dict. se. nat. T. 48, p.' 230. — DeBl. Zooph. p. 201.— DesMoul. Tabl. syn. p. 232.— Bronii Lethaea p. 138. — Ag. Cat. syst. Ectyp. Mus. Neoc. p. 6.

Rien n'était plus facile que de déterminer cette espèce lorsqu'elle était la seule Scutelle connue ayant l'anus inframargiual , le bord entier et les cinq ambulacres resserrés à leur extrémité. Mais depuis que l'on a reconnu dans les nombreux exemplaires confondus sous le nom de .S\ subrotunda , des variations constantes , les caractères diagnostiques indiqués par Lamarck (*) sont devenus insuffisans comme caractères spécifiques et ne peuvent plus s appliquer qu'au genre. 11 importe par conséquent maintenant , pour distinguer le S. subrotunda de ses congénères , d'entrer dans l'examen détaillé de sou lest et d'avoir égard à toutes les particularités de sa structure.

L'espèce à laquelle je conserve le nom de Se. subrotunda est celle que Lamarck désignait ainsi et dont M. Valenciennes m'a fait voir au Muséum de Paris des exemplaires portant encore l'étiquette écrite de la main de Lamarck. Elle est de forme subcirculaire , légèrement ondulée sur son pourtour , par suite des sinuosités qui correspondent au milieu des aires ambulacraires ; le côté postérieur est tronqué et séparé du reste du test par les deux sinus des aires ambulacraires paires postérieures ; le diamètre transversal est un peu plus grand que le diamètre longitudinal.

(*) Scutella orbicularis, dorso conTexiuscula; ambulacris quliiis subovalis, apice coarctatis; aiio infra margluem.

La hauteur du lest égale à peine le sixième de la longueur et le septième de la largeur ; les bords sont minces sans être aussi tranclians que dans le Se. truncata. La surface entière du test est revêtue d'une granulation homogène , composée de tubercules spinifères surgissant du milieu d'une aire hexagonale entourée d'une quantité de tubercules miliaires. La fig. 11 représente quelques tubercules de la face inférieure sous un grossissement de plusieurs diamètres. Ceux de la face supérieure sont moins gros ; d'où je conclus que les soies devaient être plus développées à la face inférieure qu'à la face supérieure. La disposition des plaques se reconnaît souvent à travers cette granulation, surtout dans les exemplaires dont la surface est un peu usée. On peut voir par mes figures que les plaques sont proportionnellement bien moins larges à la face supépérieure qu'à la face inférieure ; autour de la rosette buccale qui est formée de pièces prismatiques disposées en rayons , elles affectent même souvent une forme allongée plus ou moins irrégulière.

L'étoile ambulacrairc est très régulière et ne fait nullement saillie au-dessus du lest. Par suite de la convergence des zones porifères , les pétales s'arrondissent à leur extrémité , mais sans se fermer complètement; les postérieurs sont à peine de quelques lignes plus longs que les antérieurs. L'espace intermédiaire entre les deux zones porifères est un peu moins large que ces zones elles-mêmes ; les pores des rangées externes sont allongés , tandis que ceux des rangées internes sont petits et ronds ; les sillons qui les unissent sont dirigés obliquement de dedans en dehors. La rosette apiciale représente un pentagone régulier; les pores génitaux, au nombre de quatre, sont fort distincts et placés à l'extrémité des angles du pentagone; les trous ocellaires, beaucoup plus petits , sont à l'origine des pétales, dans le sinus du pentagone apicial (Gg. 6). La face inférieure est plane ; les sillons ambulacraires y sont assez profonds, mais irrégulièrement ramifiés. La bouche est centrale, petite et ondulée. La rosette buccale est grande et très reconnaissable dans cette espèce ; il n'est pas une suture que l'on ne distingue parfaitement (fig. 2). L'anus est inframarginal, petit et très rapproché de l'échancrure du bord postérieur qui est très prononcée dans cette espèce.

L'intérieur du test présente sur ses bords un labyrinthe très compliqué de piliers , de cellules et de canaux (fig. 4. 5), ensorte que la cavité centrale est très restreinte; et si l'on considère que l'appareil dentaire (fig. 7) en occupait une bonne partie, il faut convenir qu'il ne restait que peu de place pour les parties molles de l'animal. La fig. 4 montre dans son bord gauche , et la fig. 5 dans son bord droit , le canal qui traverse l'extrémité postérieure de l'intestin. Le test lui-même est d'une épaisseur médiocre; près de la bouche il est même très mince.

L'appareil masticatoire est admirablement conservé dans l'exemplaire iîguré. La fig. 7 le montre d'en haut , les cinq mâchoires étant réunies. Dans la fig. 8 , le même organe est vu d'en bas , les cinq mâchoires étant séparées. De même que dans les genres précédens , les mâchoires antérieures (a a) sont plus petites et plus symétriques que les latérales (/. L), dont l'une des branches est sensiblement plus longue que l'autre. La mâchoire impaire est la plus développée de toutes (p) ; la fig. 10 représente cette dernière de profil montrant son épaisseur qui est assez considérable; la fig. 9 la représente en face , pour faire voir sa forme ondulée et la hauteur des lames calcaires dont elle est hérissée.

Cette espèce paraît être particulière au terrain tertiaire de Bordeaux. Au moins je n'en connais pas d'exemplaires provenant d'une autre localité ; l'exemplaire figuré fait partie de la belle collection de M. Deshayes. L'espèce figurée par M. de Grateloup (Tab. 1 , fig. 3) a la plus grande ressemblance avec le S. subrotunda, au point qu'il serait difficile de l'en distinguer, si l'auteur ne disait expressément que l'anus est sensiblement rapproché du centre ; ce qui me fait supposer que c'est le Se. propinqua.

IL SCCTELLA TRCNCATA Val.

Tab. 16, fig. 1,2, 3, 8, 9, 10 et Tab. 19, fig. 3-6.

Syn. Scitlella irun.caiaYa\. Explic. des Planches de l'Encycl. méth. Tabl. 146, fig. 45.

Scutella intégra DeBl. Dict. se. nat. T. 48, p. 225. — Zoopb. p. 201 — Ag. Prod. p. 188. SciUella lalissima DesMoul. Tabl. syn. p. 228 (pro parte).

Cette espèce se fait remarquer par sa forme renflée et par son bord très- aminci. L étoile ambulacraire est grande ; les ambulacres sont larges , très-arrondis à leur extrémité , par suite de la convergence des zones porifères. Le pourtour du test, à l'exception des deux sinus correspondant aux ambulacres postérieurs , ne présente que de très-légères ondulations. La bouche est centrale. Son pourtour sinueux se montre criblé d'une immense quantité de petits pores dans les aires ambulacraires (fig. 10). Les sillons de la face inférieure sont peu profonds; chaque sillon se divise, à l'extrémité du petit tube branchial, en deux branches , qui détachent un ou deux rameaux latéraux. La rosette buccale montre la même disposition que dans le 5c. subrotunda; les plaques dont elle se compose sont au nombre de dix; il y en a par conséquent une par aire. L'anus est placé au premier quart de la distance entre le bord et le centre. Le bord pos-

térieur ne présente point cette échancrure profonde qui caractérise le Se. subrolumla ; l'on n'y remarque qu'une légère ondulation. La surface entière du test est revêtue de tubercules très serrés qui s'étendent même entre les sillons ondulés des zones porifères (fig 8). En les examinant sous un fort grossissement , on y reconnaît des tubercules spinifères très distincts, entourés de tubercules miliaires excessivement petits (fig 9).

L'appareil masticatoire (Tab. 19 fig. 3) * ne diffère pas sensiblement de celui du Se. subrotunda ; il est digne de remarque que les lames verticales se soient aussi bien conservées dans un espèce fossile (fig. 5, 6). La fig. 3 représente cet appareil vu en dessous, montrant les cinq mâchoires réunies et au milieu de chacune d'elles une petite carène suivie d'un petit creux (la fossette naviculaire) destiné à lengrènement des auricules. Dans la fig. 4 les mâchoires sont disjointes et l'on voit sur la ligne médiane le sillon dans lequel étaient fixées les dents.

J'ai sous les yeux plusieurs exemplaires de cette espèce. Celui qui est ici figuré est originaire de l'Anjou et fait partie de la collection de M. Deshayes. Le Muséum de Paris en possède de non moins parfaits provenant des faluns de la Touraine. M. Ch. Des Moulins rapporte à tort la planche citée de l'Encyl. métliod. à son Se. lah'ssima , qui est un vrai Clypeaster.

in. SCÏTELIA PROPINQUA Ag.

Tab. 16, fig. 11-16.

Par sa forme générale , cette espèce se rapproche sensiblement des Se. truncata et subrotuiula, mais elle en diflère d'un autre côté par plusieurs caractères que nous allons indiquer. Et d abord l'étoile ambulacraire est proportionnellement beaucoup plus petite (fig. 11). Les pétales ambulacraires sont ronds à leur extrémité , et de plus l'espace compris entre les zones porifères est sensiblement plus large que les zones elles-mêmes. Le diamètre transversal du test est plus grand que le diamètre longitudinal. Le bord est entier et n'offre d'autres sinus que ceux qui correspondent aux ambulacres pairs postérieurs. Le bord anal lui-même ne présente qu'une très légère rentrée bien différente de l'échancrure profonde qui caractérise le Se. subrotunda. L'anus est encore plus éloigné du bord que dans le Se. truncala ; il est au tiers de la distance entre le bord et Ja bouche.

(*) Le liihograplie a figuré par erreur l'appareil masticatoire du 3Je//i!a lobala , au lieu de celui du Se. tnmcaia , sur la PI. 16, ce qui m'a obligé de reporter sur la PI. 10 le véritable appareil masticatoire du Se, trimeata.

La bouche est de moyenne grandeur ; la rosette buccale qui l'entoure est petite et les dix plaques dont elle se compose ne paraissent pas être aussi allongées que dans les espèces précédentes.

La surface entière du test est revêtue d'une granulation en apparence très homogène , qui occupe même les espaces intermédiaires entre les sillons transverses des pétales (fig. 15), mais qui, examinée sous un fort grossissement , présente des tubercules spinifères distinctement mamelonnés et entourés d'une quantité de tubercules miliaires (fig 16). La fig. 14 représente la rosette apiciale grossie , laissant apercevoir les tubes capillaires dont elle est criblée.

Cette espèce se trouve dans les faluns de laTouraine ; l'exemplaire figuré provient de Saint- Georges en Anjou, et m'a été communiqué par M. le Dr. Mayor de Genève.

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