‹ Monographies et esquissesChapitre 16 sur 107 · NOS QUATRE HISTORIENS MODERNES, BIBAUD, GARM'EAU, FERLAND, PAILLON · texte numérisé non relu

NOS QUATRE HISTORIENS MODERNES, BIBAUD, GARM'EAU, FERLAND, PAILLON

Etude lue devant la Société Royale^ le 25 mai 1882,

Messieurs. — L'objet de cette so'ennelle réunion est bien propre, ce semble, à causer aux Canadiens-Français de douces surprises, d agréables émotions.

Le Marquis d ■ Lorne, le représentant de notre Souveraine, désireux de laisser sur les rives du Saint-Laurent un utile souvenir, aussi bien qu'un durable monument de son administration, a fait choix d'un certain nombre d 1 ceux qui s'occupent de science et de littérature, pour fonder, sous ses auspices, une association littéraire, destinée osons le croire, à porter les plus heureux fruits. Il ne s'agit plus d'un projet de société. La Société Royale du Canada pour le progrès des sciences et des lettres, n'est plus à l'état de projet, ell ; est passée dans le domaine des faits.

Messieurs, que les temps sont changés ! Nous sommes loin, bien loin de l'ère néfaste où le peuple Canadien, par la voix des députés, était, chaque année, appelé à faire la lutte, lutt'î inégale, quelquefois acharnée, pour réclamer ce que la foi des traités lui avait garanti, les institutions, les ois, a langue de ses pères.

Aujourd'hui, le Vie -Roi de la vieille Angleterre, plein de bon vouloir pour ceux qui parlent la langue française, se complaît à leur faire un^^ large part dans l'exécution de son généreux projet, en assignant une section entière de la Société Royale du Canada aux hommes de sciences ou de lettres les plus zélés qu'il a pu trouver dans cette nationalité, afin de perpétuer par les travaux de l'esprit, les traditions, les souvenirs, l'histoire d'un peuple jeune, cruellement délaissé,longtemps méconnu, assurément digne d'un meilleur sort— le peuple Canadien, Oui, messieurs,

l'initiative dans cette idée de progrès, à cette nouvelle phase de nos destinées, nous la devons à Lord Le ne, le patron, le père de la Société Royale du Canada. Si le temps le permettait, il serait intéressant de résumer comme étude et enseignement, la carrière officielle de nos Vice* Rois, depuis l'immortel Champlain, "marin, explorateur, guerrier, administrateur, géographe et savant," jusqu'à l'homme d'Etat aux larges vues qui nous arrivaient,en 1878, avec l'aimable princesse, son épouse, (1) placée si près du trône de la Grande-Bretagne. En présence de gens si bien renseignés, la tâche serait superflue. Toutefois, parmi les hommes distingués qui, sous le régime français, ont présidé aux destinées de la colonie, je ne saurais passer sous silence le savant Comte de la Galissonnière. Le portrait enchanteur qu • nous en a tracé le philosophe suédois, Peter Kaîm, son hôte au château Saint-Louis, en 1749, suffit pour rendre à jamais vivace et respectée la mémoire de cet ami des lettres.

Ceux d'entre nous qui, comme résultat de la lutte sanglante mais féconde, provoqué?, en 1837, par Louis Joseph Papineau, attendaient anxieusement le réveil des intelligences chez notre peuple, ont dû voir avec joie les œuvres des Bibaud, des Garneau, des Ferland, des Paillon paraître justement à temps pour dissiper les ténèbres et les préjugés qui obscurcissaient notre passé, pour éclairer les administrateurs éminents, sympathiques et lettrés, qui à de rares intervalles nous venaient d'outre-mer, tels que les Comtes d'Elgin, de Dufferin, le Marquis de Lorne. Oui, messieurs, ne craignons pas de le dire, de le proclamer hautement, c'est à la plume de nos hommes de lettres, au crayon de nos historiens, autant qu'au sang de nos martyrs politiques, que le Canada français doit le recouvrement, la restauration des titres de sa nationalité.

Abordons l'un des principaux objets qui doit occuper l'attention de cette section, l'histoi e du Canada. Ceci me

(1) Sou AUesac Boy aie la princesse Louise, quatrième fille de Sa Majesté, la Beine de la Grande Bretagne.

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