G. 13. FARIBAULT
leté et de l'intelligence qu'il avait déployées dans l'accomplisse ment de sa mis'^ion.
Grâce a ses soins continuels, la nouvelle bibliothèque avait atteint le chiffre de 2,000 volumes, lorsque dans la nuit fatale du ler février 1854, Tincendie du magnifique palais du gouverne ment, à Québec, en réduisit encore une partie en cendres. Près de 700 volumes périrent dans les flammes, parmi lesque's se trouvait un nombre considérable de publications du seizième et du dix- septième siècle, dont plusieurs ne pourraient peut-être plus jamais être remplacées.
L'année suivante, il offrit sa démission à la Chambre d'Assemblée qui lui alloua, en témoignage des services éminents qu'il avait rendus au pays, une pension de retraite de £400.
C'est à son initiative et à ses généreux sacrifices, aidés de quelques dons patriotiques, que nous devons le superbe monument élevé à Montcalm, dans l'église des Ursulines, et qui fut solennellement inauguré, le 13 se]|tembre 1S59, anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham.
A cette oi;casion-le dernier descendant de l'immortel guerrier, le comte Victor de ^lontcalm écrivait à V. Faribault, en lui exprimant toute sa reconnaissance, ces* nobles paroles où respire la grande âme du héros :
" Arrière-petit-fils et dernier rejeton de la famille
" du Marquis de Montcalm, je ne saurais assez exprimer ma pro- *' fonde émotion en lisant les généreuses intentions des habitants " -ie Québec. Retrouver si vivante el si chère, après un siècle ■• entier, la mémoire de mon aïeul, est chose bien douce à mon '• cœur. Mon bonheur serait complet si je pouv.^is me trouver " au miheu de vous, le 13 septembre, et exprimer toute ma recon- " naissance a mes compatriotes. Mais si, hélas ! une faible santé '■ me retient fixé sur le sol de notre vieille France, croyez, mon- " sieur, et soyez assez bon pour le redire à tous, que le cœur " canadien de mon grand-père battra dans ma poitrine, le jour " de ce glorieux anniversaire, avec autant de force que jadis le " sien en défendant Québec."
M. Faribault était un des fondateurs de la Société Historique de Québec, et l'un de ses premiers bienfaiteurs. La société a voulu en perpétuer le souvenir en faisant suspendre, dans la salle de ses séances, son portrait qui est une des meilleures peintures du gendre de M. Faribault, notre excellent artiste, M. Théophile Hamel.
Dans la vie privée, .M. Faribault était le modèle du gentilhomme accompli. Au milieu de notre siècle démocratique, où 1 on n'aspire plus qu'à effacer toute distinction dans la société, il est une aristocratie aue l'on ne parviendra jamais à détruire : c'est celle de l'urbanité, de la politesse des manières, de la dignité et de la noblesse des sentiments M. Faribault appartenait à cette aristocratie qui ne passera pas. Humble et modeste comme le
vrai mérite, sa parfaite éducation, l'exquise délicatesse de ses procédés, le rayon de gaieté douce qui reluisait sur sa physionomie, l'attrait d'une érudition qui n'avait rien aue d'agréable, donnaient à sa conversation un charme et une grâce intarissables.
Sa maison était le rendez-vous de toutes les illustrations étrangères qui venaient visiter notre ville ; il eût été difficile de trouver, pour nous représenter, un type plus parfait, et un meilleur interprète de nos héroïques annales.
Ses funérailles ont eu Heu au milieu dun grand concours composé de l'élite des citoyens de Québec Les coins du poêle étaient portés par les Honorables R. E. Caron, Louis Panet, Messieurs Charles Langevin, Jean Langevin. Ph. A. De Gaspé et ie com missai)-e général James Thompson. Le service a été chanté par ]\L l'abbé Laverdière, et l'absoute faite par ^L l'abbé Casgram.
Les restes de iSL Faribault reposent au cimetière de Notre- Dame de Belmont, près des cendres de notre historien Garneau
B. Suite, Poète, Antiquaire, Historien.
Le président de la Société Royale du Canada, lère section, M. Benjamin Suite naquit aux Trois-Rivières en 1841. De bonne heure il fit preuve de goûts et d'aptitudes littéraires fort prononcées : ses premières poésies en sont une preuve indéniable. Le temps est maintenant éloigné où un spirituel collègue, membre de la Société Royale du Canada, lui auss', poète à ses heures, l'abbé Dawson, d'Ottawa, surnommait Svjlte, à cause de sa jeunesse et de son nom — "le Benjamin de la famille de nos poètes Canadiens."
Maintenant le jeune Trifluvien d'autrefois s'est épanoui en un grave historien. M. Suite s'est noblement acquitté des obligations que lui imposait l'amour du sol natal, en écrivant les annales de sa ville chérie : Trois-Rivières. Elle lui doit aussi la fondation de l'Listitut Littéraire, dont il fut le premier président.
Voici comme M. Lareau, peignait à son début ce jeune nourrisson des Muses : " Le style de Aï. Suite se rapproche plus de la chanson que de l'élégie ou de la tragédie. On s'aperoit que ses instincts ou ses études l'ont porté plus vers Béranger, Pierre Dupont et Desaugiers, que vers Hugo, Lamartine ou Auguste Barbier. Parfois cependant, on croit saisir comme une strophe de Musset qui rase d'une aile légère quelques pages amoureuses des Laurenticnncsr
•' Suite chante, dit M. Routhier, le Canada et ses beautés, ses droits et ses devoirs, ses douleurs et ses espérances. Il évoque le passé et en célèbre toutes les gloires et rappelle le présent et en traduit les leçons ; il s'élance vers l'avenir et flatte nos rêves d'or. C'est un hymne qui se répète, et dont les échos vont sur tous les sentiers réveiller le patriotisme endormi." (i)
(1) Lis Cau<ieries du Dimanche, p. 241.
•' Il n'a, ajoute Lareau, ni la vigueur lyrique de Fréchette, ni la douceur ineffable de Lemay, ni même l'onction patriotique de Crémazie, mais en revanche, sa poësie ' est plus pétillante, sa phrase plus claire et plus égale, son esprit plus franchement gaulois."
M. Suite a commencé à publier des vers en 1860 sous des noms de plume. La première pièce signée de son nom véritable a pour titre Les Canotiers du Saint-Laurent, 1861. Après avoir publié quelques pièces dans le Journal de V Lnstructioii Pîcblique, il devint également collaborateur de la Revue Canadienne qui se fondait en 1864, et depuis vingt ans il a été le plus constant écrivain de cette dernière publication, en prose et en vers. C'est là qu'il mit au jour (1S68J ses premiers articles sur la question du déboisement de nos forêts, articles qui lui valurent du coup une renomm.ée de prosateur comme il en avait déjà acquis une de poète. En 1870 l'éditeur de la Revue Canadienne imprima un recueil des poésies de M. Suite sous un titre bien approprié : L^es Laureutiennes. La même année, le même éditeur imprima la première partie de VLIistoire des Trois-Rivières, travail tout d'érudition.
Depuis lors, M. Suite a tenté plusieurs genres en littérature : la chronique, la nouvelle ou petit roman, la critique, la conférence parlée ou plutôt improvisée où il excelle.
En 1 871, l'éditeur de la Revue Canadienjie publia L'Expédition Uilitaire de Matiitoba, xan travail dont ies sources sont de première valeur et qui sera toujours consulté.
En 1873, parut Le Canada en Lùirope, qui, répandu à profusion à Pari.>^, attira les )-eux des français sur notre pays. On a reproché à M. Suite d'avoir trop vivement piqué l'amour-propre des Français. Il répond : "il fallait les faire asseoir sur une pelotte d'épingles ; je l'ai fait.
En 1876, ]M. Suite, qui sortait de la présidence de l'Institut Canadien-Français d'Ottawa, inaugurant un édifice qui coûtait plus dé $20,000, publia aux ateliers du journal Zf Canada une histoire fort curieuse de l'élément français dans