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IV. Native Languages of America

V. European Colonisation and its effects on the Native Tribes of America"

Dans l'étude suivante lue devant la Société Royale le 23 mai i884, je tentai défaire connaître les travaux du Bureau d'Ethnologie établi chez nos voisins sous les auspices du SiiiitJisoman Institntc :

Les Aborigènes d' Ameriquie — Leuirs rites mortutaires

Etude hic devant la Société Royale du Canada, le 22 mai

Messieurs,- Les amis de l'histoire et de l'archéologie parmi vous me sauront gré, j'ose le croire, de leur soumettre quelques observations sur les rites mortuaires des aborigènes de l'Amérique.

N'allez pas croire que Sagard, Marc Lescarbot, Lafitau, Perrot, Charlevoix et les écrivains qui leur ont succédé nous aient donné le dernier mot sur tout ce qui se rattache à cette question si complexe : l'origine de l'homme rouge d'Amérique — le farouche roi de ces contrées, et que les premiers explorateurs y rencontrèrent au commencement du seizième siècle ou avant.

L'archéologie américaine — l'américanisme, comme on dit en France — l'étude philologique et ethnologique des races primitives de ce continent, ces innombrables tribus échelonnées du Labrador aux I^Iontagnes Rocheuses — depuis le Mississipi jusqu'à la mer Pacifique — voilà, n'en doutons pas, un sujet d'un intérêt majeur pour une association comme la nôtre.

Pourquoi le Canada français n'aurait-il pas ses archéologues aussi bien que ses poètes et ses littérateurs ? En ce moment, la France scientifique s'occupe activement de l'Archéologie de l'Amérique ; et la Société américaine de France, établie en 1857, compte parmi ses fondateurs toute une pléiade de savants, tels que Malte-Brun, Alfred Maury, Burnouf, Bonnetty, Cortambert, Léon de Rosny et Madier de ?.Iontjau.

Chez nos compatriotes d'une autre origine, au Canada» l'on voit un groupe de zélés chercheurs : MM. Dawson, Wilson, Campbell, Reade,Whiteaves, Mathev/s, Hind, dont

les écrits ont jeté beaucoup de jour sur tout ce qui se rattache aux peuplades indiennes, leur origine, leur mythologie, leurs croyances religieuses, leurs superstitions, leurs dialectes si variés, leur conformation physique, leurs rites et cérémonies funèbres, etc.

Jusqu'au moment où cette société vit le jour, ces savants avaient été laissés à leurs efforts individuels. Ils étaient sans organisation, sans aide de l'Etat, sans musée national pour recueillir les curieux monuments, les vestiges de ces races éteintes, leurs hiéroglyphes, leurs sculptures sur pierre ou sur bois, les symboles des tribus, leurs ustensiles domestiques, les armes des guenier?, les crânes et les squelettes. Une ère nouvelle a donc commencé ; il nous est permis de dire : Altior tendinius.

Examinons maintenant où en est l'archéologie chez nos voisins.

C'est surtout Henry Schoolcraft qui a fait de l'archéologie une spécialité aux Etats-Unis.

Ses voyages, ses recherches ont absorbé plus de trente années de son existence. Au reste M. Schoolcraft a joui de rares avantages pour étudier l'homme des bois, pour soulever un coin du voile qui couvre cette étrange nature, pour pénétrer à travers l'écorce de cette organisation exceptionnelle, inaccessible au progrès, aux lumières de la civilisation. Il a vécu de longues années parmi les aborigènes, où il épousa la petite-fille d'un grand chef, une femme douée des plus éminentes qualités du cœur et de l'esprit. L'idée de son magnifique travail, dont le premier volume vit le jour en 1860, fut conçue en 1846. Cette année-là, avec l'appui de plusieurs amis de la science, Schoolcraft présenta un mémoire au Congrè's, l'invitant à s'enquérir de l'histoire, de la condition et de la destinée des races indiennes des Etats-Unis, Le 4 mars i847, le Congrès donna instruction au secrétaire de la guerre, dont relevait le Bureau des Sauvages, de faire préparer un rapport sur cette matière, et M. Schoolcraft fut chargé de le dresser.

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Les six in-quarto de Schoolcraft (i) enrichis de nombreuses gravures, de planches coloriées, de dessins fort variés et exécutés avec luxe, ont servi pour ainsi dire de point de départ à la plupart des archéologues qui sont venus après lui, et le nombre en est grand.

Mais passons sous silence les recherches de Schoolcraft, •Catlin, Hubert Bancroft, Haie, Abbott, etc., toutes précieuses qu'elles sont, pour signaler les travaux des archéologues du bureavf d'ethnologie de Washington, présidé par le major J. W. Powell, cette partie du moins qui a trait aux rites funèbres des peuplades sauvages. Que d'études profondes à faire sur les langues indiennes, ces douze cents dialectes dont on a constata l'existence en Amérique !

Que de points d'analogie et de comparaison entre les vocabulaires, (2) la construction de la phrase, la consonnance des mots, la pictographie, les hiéroglyphes de ces races, et le langage, les us et coutumes des peuplades de l'Asie et de l'Europe ! L'homme blanc, l'homme rouge, l'homme noir ont-ils tous une commune et unique origine ? Nous le pensons. Bien que certains écrivains aient prétendu qu'il se rencontrait en Amérique des ruines qui remontent à cinq siècles après la fondation de Babylonne, on n'a pas encore rien découvert qui dénote chez nos aborigènes une civilisation avancée, des arts perfectionnés, — pas même chez les vwund builders, constructeurs de monticules de l'Amérique Centrale. L'archéologie chez nous ne ressemble nullement à celle de la vieille Europe, où une colonne sculptée, un torse antique, comme l'a dit le professeur Wilson, révêle l'ère de Thémistocle ou d'Auguste. Chez nous, l'historien des âges préhistoriques trouve peu de matériaux pour exercer sa science, tandis que l'archéologue, bien qu'il manque de traditions sur l'époque antérieure à la découverte du continent, recueille

(1) " Archives op Aboriginal Knowledge of tlie United States, " by Heury E. Schoolcraft, L. L. D. Pliiladelphia, 1860.

(2) Voir la conférence lue devant la Société Littéraire et Historique, à Qvébec, le 17 décembre 1880, par M. le professeur J. Campbell, M. A., de Montréal.

une ample moisson parmi les ruines et les monuments dont l'origine semble postérieure à cette date, et peut en tirer de lumineuses conclusions.

Le domaine de l'archéologie en Amérique est beaucoup trop vaste pour être exploré en un seul jour. Etudions, Messieurs, pour le quart d'heure, l'aborigène sous un des aspects les plus intéressants de son étrange nature : la sépulture donnée à ses morts. Il y a au moins sept modes principaux de sépulture chez les races indiennes :

lo L'enfouissement des cadavres dans des fosses ou excavations, dans des tertres élevés de main d'homme, dans des huttes, sous des tentes, ou bien encore au fond des cavernes.

2o L'embaumement, qui consiste à transformer les dépouilles mortelles en momies, avant de les confier à la terre, aux cavernes, aux tentes, ou à des échafauds élevés sur le sol, ou à des charniers ou ossuaires, etc.

oo Le dépôt du cadavre dans une urne.

4o La sépulture dans les arbres creux ou sous des monceaux d'écorce ou de pierre, à la surface du sol.

5o La crémation partielle ou totale des corps, et le dépôt subséquent des os calcinés ou des cendres dans des urnes ou des boîtes hissées sur des échafauds ou des arbres, etc.

Go La sépulture aérienne, laquelle consiste à déposer les cadavres dans des huttes, ou bien encore de les enfermer dans des pirogiies ou des boîtes élevées sur des estacades ou poteaux, ou bien déposées à la surface de la terre. Quelquefois la dépouille des jeunes enfants était enfermée dans des paniers, puis suspendue aux rameaux des arbres.

7o La sépulture sous l'onde, ou dans des pirogues que l'on lançait à la dérive, etc.

Le procédé le plus usité semble avoir été l'inhumation sous terre. " Les Iroquois de la Nouvelle York, dit Schoolcraft, creusaient un trou profond ; on y enfouissait le cadavre du défunt dressé sur ses pieds ou ramassé sur ses

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hanches. On recouvrait le trou avec des troncs d'arbres ; afin de garantir le corps du contact avec la terre qui le recouvrait. Puis on élevait le sol en forme de tertre ou de retranchement sphérique. Le mort e'tait revêtu de ses plus beaux habits ; on lui faisait don de wampum et autres^ effets. Les parents tenaient la fosse dégarnie d'herbes et: s'y rendaient à dijverses reprises pour y faire des lamentations."

L'historien Lawson (i) décrit comme suit les rites funèbres des Indiens qui jadis habitaient les Carolines : "Chez les tribus de la Caroline, la sépulture des moits était accompagnée de cérémonies particulières dont l'étendue et le goût se mesuraient au rang des tiépassés. On plaçait d'abord le corps sur un brancard de branches, puis on le reléguait dans une hutte construite pour l'occasion, oi^i les parents, les cheveux en désordre, venaient le pleurer pendant un jour et une nuit. Ceux qui devaient prendre part aux funérailles s'acheminaient vers la bourgade, et, chemin faisant, ils arrachaient des épaules de ceux qu'ils rencontraient les couvertures et vêtements qu'ils jugeaient nécessaires à la cérémonie. On en revêtait le cadavre, puis on le recouvrait de deux ou trois nattes de joncs ou de cannes.

"Le cercueil était fait de cannes tressées, ou de joncs creux, liés aux extrémités. Quand tout était prêt pour la sépulture, on transportait le corps, de la hutte oi^i il avait été d'abord déposé, dans un verger de pêchers, où un autre brancard le recevait. Là se réunissaient la famille du défunt, sa tribu et les invités.

"Le jongleur, ayant commandé le silence, prononçait l'oraison funèbre du mort, racontait sa bravoure, sou habileté, son patriotisme, ses richesses, son prestige paimi les guerriers, commentant sur le vide que sa mort allait causer, et exhortant les survivants à le remplacer en marchant sur ses traces, décrivant le bonheur qui l'attendait dans le

O) Hist. of Carolina, 1714, p. isi, cité par Scboolcraft, page 93.

pays des esprits où il était rendu, et couronnant sa harangue par une allusion aux principales traditions de la tribu. "Finalement le cadavre était porté de ce brancard à la fosse par quatre jeunes gens, escortés par les parents, le roi, les vieillards, la nation entière. Une fois arrivé au sépulcre, profond de six pieds et long de huit ou peu s'en faut, où l'on avait solidement enfoncé dans le sol deux fourches sur lesquelles reposait une perche, on matelassait le fond du sépulcre d'écorces d'arbre ; ou y déposait le corps avec les deux ceintures ou lanières qui avaient servi à porter le cercueil ; on plaçait ensuite nombre de bûches de pin résineux appuyées sur la perche, pour servir d'ornements autour du mort. Alors on ajoutait de la terre en forme de voûte pour garantir le cadavre du contact de l'air." Après un certain temps on l'exhumait et on déposait les os dénudés dans l'ossuaire, que DeBry et Lafitau nomment le " Quiogozon." Les rites funèbres chez ces peuples ont subi plusieurs modifications, depuis ces lointaines époques. On se sert davantage de cercueils, et le mort a toujours la tête vers l'ouest. On a supprimé l'oraison funèbre ; mais le festin des morts et les autres cérémonies de deuil se pratiquent toujours.

Les Crées et les Séminoles de la Floride, en 1S55, enterraient les morts de la manière suivante : " Quand (i) un membre de la famille meurt, les parents inhument le mort à quatre pieds de profondeur à peu près, dans un trou rond cieusé sous la hutte ou le rocher même où il expira. On place le cadavre dans la fosse, dans l'attitude d'une personne assise — enveloppée d'une couverture et les jambes recourbées et liées ensemble.

"Si c'est un guerrier, on le tatoue ; on lui donne son

calumet, ses armes, ses décorations. On ajoute à la fosse

des baguettes liées à un cercle. On recouvre le tout d'une

. couche de terre suffisamment forte pour supporter le poids

(1) Hist. Ind. Tribes of U. S. 1S5.5. pt. V. y,, aju.

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■d'un homme. Les parents hurlent à tue-tête et pleurent en public quatre jours durant. Quand le défunt a été de son vivant un homme émineut, sa famille quitte son' ancienne résidence pour s'en construire une nouvelle, persuadée que là où gisent les os de ses morts, le lieu est infesté d'esprits et de spectres malfaisants,"

•Les Comanches ont un mode particulier de disposer de leurs morts, sans s'occuper du contact des restes avec la terre :

" Quand (i) un Comanche tire à sa fin et que le râle de l'agonie va faiblissant, on profite de ce que le corps est encore chaud et flexible pour lui replier les genoux sur la poitrine et les jambes sous les cuisses. On lui ploie les bras sur chaque côté de l'estomac et on lui courbe la tête sur les genoux au moyen d'une lanière qui la retient fermement dans cette position, x-llors on enveloppe le corps d'une couverture, et une seconde lanière affermit le tout ; de sorte que le défunt semble être un objet rond et compact. On lie le cadavre sur le dos d'un cheval ; une squaw monte en croupe, ou deux femmes marchent de chaque coté du cheval pour tenir le défunt en place jusqu'au lieu de la sépulture. Puis on le jette dans l'excavation préparée. Le mort n'a d'autre cortège funèbre que deux ou trois femmes. L'on transporte d'ordinaire le corps à l'ouest de la bourgade, et on l'enfouit sans façon dans une des profondes ravines ou canions du pays des Comanches, On enterre le guerrier avec son arc et ses flèches, mais après avoir rompu ces dernières. On dépose aussi dans la tombe la selle de son cheval et autres objets de valeur. Puis on recouvre la fosse de fagots, de terre, et que'quefois de pierre.

Parmi les cérémonies funèbres, notons la coutume de tuer, près de la fosse, le meilleur cheval du défunt, pour donner occasion à ce dernier de faire acte de présence

(1) Annual Keport ofthe Bureau of EtLnology, U. S., 1879-80, p.

dans l'autre monde sur une monture vigoureuse et bien; caparaçonnée.

Anciennement, si le défunt avait été un chef ou une personne d'importance, possesseur de vastes troupeaux de chevaux sauvages, on lui sacrifiait de deux cents à trois cents de ces derniers.

Les Comanches et les VVichitas — bons cavaliers — racontent le trait suivant, pour prouver la nécessité de pourvoir les morts d'équipages convenables, au moment où ils abordent le séjour des bienheureux :

" Un jour, un Comanche, vieux, pauvre et sans parents,, mourut. Quelques membres de la tribu furent d'avis qu'il importait peu quelle monture il aurait pour faire son entrée dans le pays des ombres. On tua donc près de sa tombe une vieille haridelle qui avait une oreille pendante. Peu de semaines après la sépulture du pauvre homme, il revint monté sur la même rosse, fatigué et affamé. Il se rendit en premier lieu au camp des Wichitas où il était bien connu, et demanda des vivres ; mais sa mine hideuse, ses yeux éteints, ses joues creuses inspirèrent de l'effroi à tous les spectateurs ; ils se sauvèrent. Un guerrier doué d'un courage plus robuste que ses compagnons se hasarda à lui présenter au bout d'une longue perche un morceau de viande. Le défunt se rendit ensuite à son propre camp, où il inspira, si c'était possible, une terreur encore plus vive que chez les Wichitas. Comanches et Wichitas quittèrent l'endroit, et allèrent s'établir ailleurs.

" L'âme en peine questionnée pourquoi elle était revenue de la sorte parmi les vivants, fît réponse que lorsqu'elle s'était présentée à la porte du paradis, les gardiens avaient refusé net de le laisser passer outre sur sa misérable monture. Elle avait donc le triste parti de revenir en ce monde rejoindre ceux dont la lésinerie lui avait procuré cette triste haridelle. Depuis ce temps, nul Comanche trépassé ne s'est mis en route pour le royaume du soleil Douchant, sans être pourvu d'un coursier capable de faire

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•honneur à son cavalier, aussi bien qu'aux amis qui le

•fournissent.

" Le cortège quitte la hutte du côté du soleil couchant,

afin que le trépassé puisse accompagner l'astre du jour au pays des ombres. Ses mânes se mettent en route le soir même du lendemain de sa mort.

" On brûle la hutte, les couvertures, les habits, les objets ■de prix du défunt, tout, excepté ce qui a été enterré avec

lui-même, ses voitures, ses harnais L'on pleure, l'on se

lamente, l'on se dépouille de ses vêtements pour se revêtir ■de haillons. Une jeune épouse, une mère dévouée se fera des incisions aux bras, au corps, avec des couteaux ou des ciseaux de pierre, au point de tomber en défaillance par la perte du sang. On engage des pleureuses versées dans l'art de se lamenter. Les proches se dénudent le ciâne de cheveux, en tout ou en partie. Si le défunt était un chef, les jeunes guerriers se coupent la chevelure du côté gauche.

" Durant les premiers jours qui suivent la mort, le deuil se continue surtout au lever ou au coucher du soleil, car le Comanche ad -re le so'eil. Pour un guerrier mort en été, le deuil dure jusqu'à la chute des feuilles. Quant à celui qui expire en hiver, on continue de le pleurer jusqu'à ce que les feuiJes reverdissent.

'• Chose digne de remarque, ajoute le Dr. H. C. Yarrow, les rites funèbres chez les Comanches sont presques identiques at-ec celui de certaines tribus de l'Afrique... L'usage de louer des personnes pour pleurer date de la plus haute

antiquité.

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