LE CHEVALIER JOHNSTONE III
-des premiers gentilshommes, parmi les /oz-/anders, à se ranger
sous le drapeau de l'héritier des Stuart.
“Il servit comme aide de camp de lord George Murray, et aussi du prince Charles Edouard ; après la bataille de Preston: Pans, on lui conféra un brevet de capitaine. IL prit part à tous les mouvements des insurgés qui précédèrent la détaite de Culloden.
“De ce sanglant champ de bataille, il sesquiva et après des périls sans nombre, il se réfugia à Kiüllihuntly ; la châtelaine de céans, Madame Gordon, li offrit avec une hutte dans les montagnes le soin d’un petit troupeau de moutons, afin de faire croire qu’il était un pâtre ; mais son caractère remuant, énergique, lui rendit impossibie ce genre de vie
“Il s'enfuit, et vint à Rothiemurchus, dont le jeune seigneur le pressa de faire sa soumission aux autorités, conseil qu'il avait donné à d'autres, voir à Lord Balmerino. Pour iui cet acte eût été, comme il le fut pour Lord Balmerino, un arrêt de mort,
‘De maison en maison, de ville en ville, il trouvait moyen de s'évader après d'incroyables hasards et sous tous les espèces de déguisements. [l allait et venait, entouré de soldats anglais, dont la mission était de tout dévaster ; son sang bouillonnait à la vue de toutes ces atrocités, mais se faire connaître, manifester la moindre émotion, lui eût valu une mort certaine.
‘ Il s'installa, pendant dix sept jours, sous le toit d'un paysan très pauvre, du nom de Samuel, à Glen-Possen, tandis que la fille de la maison était de garde au sentier de la montagne qui menait à Glen-Possen. Revenir à Edimbourg, tel était son rève, si c'était réalisable ; puis, s'évader et se cacher en Angleterre ; enfin traverser la Manche : il avait cent chances contre une de ne pas réussir dans ce projet désespéré.
* Des soldats à tous les points : les issues soigneusement gardées, fortes pénal ités et punitions exemplaires contre les bateliers qui oseraient transporter un rebelle à la rive opposée de la
Tay ou du Forth ; ses instances engagèrent deux jeunes demoi-
selles à le conduire à la rame, de l'autre côté de la Tay : mais il éprouva toutes les peines imaginables, après un voyage fatiguant à l’extrème dans le F ifeshire, à pénétrer dans Edimbourg en traversant le Forth.
‘“ Le récit de ses négociations et de ses désappointements à Dubbiesïides, où des pêcheurs avaient d'abord refusé de le traverser, mais où il réussit enñn à trouver un jeune gentilhomme aidé d'un pêcheur ivre, qui lui rendit ce service—ressemble fort aux dramatiques aventures de Waverley. A Leith, une cachette sûre l'attendait, grâce à l'amitié de sa vieille nourrice ; à Drumsleagh, Lady Jane Douglas lui rendit un semblable office. Puis, il se dirigea vers la frontière anglaise, déguisé comme un colporteur écossais, avec un pony pour monture.
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‘ Chemin faisant, il fit rencontre d’une espèce de Cartouche, un voleur de grand chemin ; plus tard, d’un personnage mystérieux qui le suivit dans l'auberge à Stamford, s'installa à la même table et après un copieux repas, le questionna sur les insurgés en Ecosse, Il parvint à éluder cet importun atroce, en lui cédant, à moitié prix, quelqués mouchoirs indiens de sa pacotille. Arrivé à Londres, où ses amis le tinrent longtemps caché, il eut une aventure fort intéressante pour «lui où l'amour joua son rôle. Pendant cette captivité, plus d’une fois il put voir passer, de ses fenêtres, quelques-uns de ses infortunés compatriotes, que l'on menait à la boucherie à ‘Tower HAL. Un jour, son hôte le convia, comme passe-temps, à l'accompagner à Tower Hill, pour y voir exécuter deux rebelles : les Lords Kilmarnock et Balmerino.
‘ En fin de compte, il mit le pied en Hollande, — déguisé comme l’un des serviteurs de son amie Lady Jane Douglas ; —il accepta une commission d’enseigne dans l’armée française, vint à Louisbourg, en Amérique, (fit la campagne de Québec et de Montréal, 1759-1760), et revint en France où l’attendaient l’indigence et la vieillesse. ‘Tel vécut, tel expira, un des Jacobites de 1745. Uombien d’autres, et de plus infortunés encore, dont l'histoire ne fait aucune mention. ”
Howitt ne donne pas l'année de son décès ; en référant au magnifique travail (1) de M. Francisque Michel, sur le rôle joué { et la carrière fournie en France, depuis 1420, par les braves et aventureux fils de la Calédonie, on voit que le chevalier ne fut pas le seul qui vint en Amérique servir sous le drapeau blanc après la terrible défaite à Culloden ; il y eut encore le chevalier Tryon, le brave McEachren qui prirent du service dans l armée Française, pour échapper à Tower Hill. Johnstone fit voile pour Louisbourg vers 1748, et prit une part active à la défense de cette place forte.
QG] ‘Les Ecossais en France,’ Tome Il.
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