‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 5 sur 131 · CHER MONSIEUR · texte numérisé non relu

CHER MONSIEUR

Je n'ai pas oublié ma promesse, non plus que les paroles affectueuses que vous m'adressiez, le 9 août 1881,au No 1, rue Saint Thomas d'Aquin. Dureste, je connaissais déjà depuis longtemps lintérêt que vous portez atout ce quise rattache à ce Canada, où vous avez passé de si agréables moments,

Quand vous m'accueilliez scus votre toit hospitalier, j'arrivais, si vous vous en rappelez, d'un pèlerinage au berceau de mes ancêtres français, à Pîtres, près de Pont-del'Arche,en Normandie—‘“station militaire sous les Romains,” a écrit l’annaliste de Pitres, “aussi bien que résidence royale mérovingienne, palais et château-fort pour les princes de la deuxième race, néanmoins ravagé au neuvième siècle par les féroces corsaires du Nord dont les caravelles remontaient la Seine, au point que l'effroi public se traduisait par cette prière suprême, ce cri du peuple : “ A furore

Normannorum, dibera nos, Domine,"— Voilà ce que m'en dit l'histoire,

Quelques mois plus tard, je vous expédiai ma conférence sur Rouen, Pîtres, (1) etce., comme pièce probante de mon passage en ces endroits, Il m'avait été d'ailleurs facile de me renseigner. J'étais porteur de lettres de recommandations auprès du savant abbé Vaurabourg, curé et historien de Pîtres, (2). L'excellent abbé fit plus que de m'accueillir gracieusement ; en peu de temps il m'avait déroulé ies annales de cet antique village, populeux jadis, choyé des

() “Edimburgh—Rouen—York—{ilimpses—1mpressions—Contrasts.'P.G. Delisi «

publisher,

Québec, 1881, (2) Notice sur Pitres, par A. Vaurabourg, Curé de Pitres, Dubuisson & Cie, Imprimeurs,

Paris, 1876.

rois et des évêques, fameux, même au neuvième siècle, et maintenant simple paroisse avec une population d'à peine mille âmes, et dont la décadence a fait dire à un vieux chroniqueur : “Æzasit in cxegui nominis Viculum.”

Ma double origine m'imposait un second pèlerinage

Je tenais à voir la patrie de mes autres ancêtres non moins vénérés--les aïeux de ma mère —sur lesrives classiques de la Tweed, en Ecosse,

Je réalisais là un des rêves dont s'était bercé ma jeu-

nesse : contempler Abbotsford, le pittoresque château du plus beau génie de l'Écosse, Sir Waiter Scott.

Vous m'aviez recommandé de visiter Melrose Abbey, où Randoïph avait déposé le cœur de l’héroïque souverain de ce pays, Robert Bruce ; vous aviez été assez bon de m'offrir l'excellente biographie (3)jque le sort de l'il'ustre et infortuné prince vous avait inspirée, car vous connaissiez mon admiration pour les martiales figures de la Calédonie, ses lacs mignons, ses bruyères odorantes et empourprées, ses pics coiffés de brouillards, ses crans escarpés et sublimes, chantés par Ossian, Burns, Scott, Allan Cun: ningham, Christopher North.

Vous vous rappelez, sans doute, vous être informé, en même temps, du progrès des lettres canadiennes, depuis votre passage parmi nous, en 1850. Cette courte étape dans vos nombreux ct lointains voyages nous a valu qüelques pages sympathiques dans votre volume “Zn Amérique ct en Europe. VW fut également question entre nous des travaux de maints hommes de lettres canadiens disparus depuis 1850, mais non oubliés, écrivains identifiés pour ainsi dire aux recherches historiques et aux antiquités canadiennes—nos illustres morts-—- : Garnear, Ferland, Bibaud, Faillon, Laverdière, Faribault, Viger.

(3) Robert Bruce : comment on reconquert un royaume, par Xavier Marmier, de ‘Académie Française ; dernière édition. (Paris, Hachette & Cie, 1881.)

Il m'est venu l'idée de réunir quelques silhouettes historiques des différentes écoles, de nationalités diverses ; d'y intercaler des données sur les sociétés scientifiques et les hommes éntinents qui ont prêté !e Prestige de leur Position officielle AU nouveau mouvement littéraire qui

s'est fait dans Le Pays, ainsi qu'à collection et Conservation de nos archives nationales,

La fondation, en ISSI, par le Marquis de Lorne, de la Societé Royale du Canada m'a Procuré l’occasion de me livrer plus Spécialement à ce Genre d’études.

C'est en Partie au moyen des conférences que j'ai eu l'avantage de lire devant cette société, que je vais essayer de remplir Ja Promesse que je vous ai faite,

Daignez aggréer cette modeste offrande. Si ce travail trouve place sur la table de cette bibliothèque où vous avez bien voulu m'admettre, dans ce SanC{u1 témoin de VOS travaux, de vos veilles, de vos Jouissances intimes, dirais-je, vous aurez fait un heureux de plus en la Personne de

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