SULTE, ‘LES PIONNIERS
Cher Antiquaire,
Ïl ne serait peut-être pas sans intérêt de jeter un coupd'œil sur les premiers établissements et défriçhements aux environs de la plus ancienne cité du Canada, afin de réunir en un seul dossier, comme matériaux pour l’histoire, les noms des hommes marquants qui, pendant le siècle et demi que dura la domination française, devinrent grands propriétaires autour de Québec.
Pour se guider dans cette étude, on a les cahiers de l'Intendance, les papiers-terriers, les vie lles cartes et anciens plans, les régistres du domaine public, les patentes anglaises, les archives d'Ottawa et de Québec : ces archives compulsées avec soin, nous fourniraient de singulières révélations.
A part les conrmunautés religieuses : les Récollets, les Jésuites, les Dames Ursulines, les Hospitalières, le Sémi:naire des Missions Etrangères, que l'on rencontre comme concessionnaires du domaine du roi de France ou des grandes compagnies monopoles du commerce, si vous l’aimez mieux, et éternels cauchemars de it Nouvelle-France, l'on rencontre, dis-je, une foule de noms qui nous reportent au berceau, à l'âge mur ou à la décadence de la colonie française, Nommons le Dr Robert Giffard, le seigneur de Beauport, en 1634; le Commandeur de Sillery, Noël Brulart, le généreux fondateur de Sillery, en 1637 ; Pierre Puyseau, seigneur de Ste- Foye, en 1641 et du fief Saint-Michel vendu plus tard à
Noel Juchereau des Chatelets ; le Procureur Général Ruette d'A‘teuil, Jean Juchereau de la Ferté, Jean Juchereau de More, seigneurs des fiefs dans le voisinage de Sillery ; le gouverneur Dailleboust, seigneur du fief Coulonge, à Sillery, subséquemment vendu aux Messieurs du Séminaire ; MM. Repentigny, Joaquin dit Philibert en 1740, {est-ce le Philibert qui eu 1735, posait à Québec la première pierre du Czien d'or ?) ; Joseph Gaspard Chaussegros de Lery, en 1762—tous grands propriétaires à Sillery, le botaniste Gomin ; l'évêque de Québec, Pierre Herman Dosquet. Le Sieur de Gaudarville était également propriétaire d’une seigneurie, à l’ouest de Sillery, à laquelle il légua son nom,
Puis l'on trouve le comte de Talon, célèbre intendant, Baron d’Orsainville, fier de ses vastes domaines à Charlesbourg, à Ste-Foye etc ; Louis de Lauzon concessionnaire du fief de la Citière et d’un autre fief au Cap Rouge; Simon LeMaître, propriétaire, en 1636, de cette vaste côte de Lauzon vis-à-vis Québec, plus tard acquise par le Col. H. Caldweil, Les rives fertiles de la Chaudière sont partagées, en 1736, de par le roi, entre les sieurs Rigaud de Vaudreuil, Thomas Jacques Taschereau et Fleury de la Gorgendière, tous bons et loyaux sujets. Jean Bourdon, génie universel, arpenteur et ingénieur en chef, géographe et grand voyageur, plus tard, procureur-général de la Nouvelle-France, se fait inscrire pour de jolis fiefs dans la banlieue : le fief Saint François, vers Ste-Foye, Saint- Jean, près du côteau Sainte-Geneviève, site de la vieille chapelle, où il était tenu de construire un petit fort pour bombarder les Iroquois.
Messire Jean LeSueur, son ami, ancien curé de Saint- Sauveur, en Normandie, obtenait en 164) et en 1653 à Remplacement de l’ancienne communed Luébec, déclarée inutile, deux fiefs —auxquels il légua le nom de son ancienne cure—Saint Sauveur, Le “ vénérable et discret (1)
[1] Termes de sa patente,
aumônier des Hospitalières raffolait du sport. Grand pêcheur de saumon, au rapport du Journal des Jésuites, il se choisit sur fief un les rives de la poisonneuse rivière St- Charles.
Est-ce que la florissante jeune paroisse de St-Sauveur, pour perpétuer le nom et les goûts de son digue fondateur ne devrait pas fonder un club de pêche — le club LeSueur ?
Jean Taché, ‘ Syndic des marchands, ” *‘ l'homme intègre et d'esprit ” des anciennes mémoires, avait une belle terre à Ste-Foye, plus tard, “ Holland Farm, ” sous le nouveau régime. Nous en reparlerons plu: tard,
En 1755, le major-de-viile, Hughes Péan, avait découvert que pour mettre le comble à sa félicité, il lui fallait, en sus de ses autres seigneuries, afin d'arrondir ses domaines, un petit fief en aval de la seigneurie de St- Michel—le fief de la Livaudière—et cet excellent M. Frs. Bigot, qui remplissait, en la Nouvelle France, pour son royal maître, non pas l'office de vice-roi, mais, entr'autres, celui de vice-mari pour ce bon major de ville, le lui accorda généreusement...
Un autre fonctionnaire du vertueux iatendant, le complaisant M. Cadet, jadis boucher à Charlesbourg, qui lui aussi avait le bonheur ou le malheur d'avoir une jolie femme, acquit un vaste domaine, aboutissant au chemin de la petite rivière St-Charles, décrit aux vieux titres sous le nom de “ Ferme Cadet, ”
Voyez comme la matière fournit et je ne suis cependant qu'au début. Tous ces seigneurs de fiefs ou grands propriétaires autour de Québec avaient-ils des manoirs ou même de simples résidences sur leurs terres ? Je ne le crois pas: Robert Giffard, Puyseau, Talon étaient les ‘exceptions sans doute.
On sait aue le chirurgien Giffard avait une petite loge, non une loge franc-maçonnique, "bien entendu— ur les bords du ruisseau de l'ours, à Beauport, pourvue sans doute
d'un de ces longs fusils français, à pierre, dont on trouve: encore des échantillons dans les paroisses giboyeuses du bas du fleuve. L'histoire nous dit que le vénérable seigneur de Ste-Foye et du fief St-Michel, à Sillery, M. Puyseau, s'était bâti sur ce dernier, dans l’anse St-Michel, près de cette pointe qui porte son nom un peu altéré, la pointe à Pizcau, une somptueuse demeure, qui était regardée dans le temps comme le “ Bijou du Canada.” Il mit généreusement cette maison à la disposition «le M. de Maisonneuve et autres fondateurs de Montréal, où ils passèrent l'hiver de 1641-42.
Quant à Talon, bien que je ne sois pas disposé à engendrer chicane à nos romanciers et à cette légion de charmants chroniqueurs qui ont identifié le Château-Bigot avec l’amant d'Angelique Péan, j'ai souvent, en l'absence de preuves que Bigot le fit construire, été enclin à lui assigner un origine bien plus ancienne,
Pourquoi ne serait-ce pas le château ou fort de la Baronie des Islets, (1) du comte Jean Talon ? L'on sait la peine qu'il se donna de faire venir de France des colons pour sa colonie modèle à Charlesbourg, laquelle comprenait Bourg-le Roi, Bourg-la Reine, Bourg Talon, dont les concessions rayonnaient toutes vers un centre commun avec un petit fort, sans doute comme protection contre les sauvages.
À une demande écrite que je fis au savant abbé Ferland pour renseignements sur le dit château, i! me fit réponse qu'il était aussi intrigué que qui que ce fût sur l'origine de cette mâsure. (2)
{1} Sa patente porte que le haut et puissant Baron et seigneur haut justicier aurait droit d'ériger des géoles, un gibet à quatre poteanx, là où il le jugera à propos, dans l'étendue de sa baronie et chastellerie, aussi un poteau avec un collier en fer, sur lequel seront gravées ses armes, ?
[Pièce 363 Tenure seigneuriale P, 445.]
[2] Je trouve dans mes cartons une note de l'éminent historien dont je détache l'extrait suivant :
‘ Archevèôché de Québec l juin 1861,
# La legende du Château-Bigot doit beaucoup plus à l'imagination qu'à la réalité ; le terrain sur lequel il est appartenait autrefois au fief de la Trinité accordé, entre 1640 à 1650 à M. Denis. Vendu plus tard à Monseigneur de Laval, il fut morcelé dans les profondeurs. Lorsque M. Talon voulut former sa Baronie des Islets, il réunit à ses terres du Bourg Royal, quelques morceaux du fief de la Trinité et particulièrement la partie où
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Il ajouta que le club des Barons y mangeait au commencement du siècle de succulents diners ; que la chambre souterraine, où nos romanciers avaient rélégué l’infortunée Caroline, aurait bien pu servir comme cave, pour conserver leur vin au clubde viveurs, dont le voyageur John Lambert nous a laissé une si vive description. M, John Stewart, courtier de douanes, de cette ville, a eu l’obligeance de me communiquer une assez longue lettre, écrite du Château même falors nommé l'Hermitage) par un de ses ancêtres retiré là pendant le blocus des Yankees, en 1775-76.
Feu W. Crawford, jadis propriétaire du château et de la terre où ce Château était érigé, m'ayant donné communication de ses titres, j'y ai lu que le 26 juin 1780 la propriété, par acte notarié, devant Jean Antoine Panet, était passée à trois négociants fort connus à Québec à cette époque, MM. Simon Fraser, Jean Lees, jr., et William Wilson,
En 1810, au rapport de feu M. F, Wyse, de Québec, la maison était en un état de conservation parfait, Au reste j'ai traité cette question fort au long dans mon dernier volume, Picturesque Quebec.
Le Chateau Bigot appartient maintenant à M. Léger Brousseau.
Deux siècles s’écouleront, la beauté de ces sites, leur fertilité, leur salubrité, mieux connues, les feront apprécier encore d'avantage,
Avec les institutions libres de la Grande Bretagne, accourreront d’au délà de l'océan, des colons dela elasse instruite, de riches industriels, des capitalistes,
Les grèves et les bocages du Cap Rouge, les hauteurs de Sillery, de Ste-Foye, de Beauport, de Charlesbourg, les belles prairies de la Petite Rivière Saint-Charles trou-
est le Château-Bigot. J'ai entendu autrefois dire à Messire Demers que Talon commença à bâtir son manoir au lieu même ou sont les ruines—que plus tard ce manoir vendu avec les terres fut réparé et agrandi. Je suis etc.
[Signé] J. B. A. FERLAND, PTRE.
cr ren
er
veront sans peine des acheteurs : l'earth lunger (1) anglais se propagera.
Les nouveaux arrivés achèteront avec emoressement, seigneuries, fermes, moulins, pouvoirs d’eau etc., pour faire en grand l'exploitation des céréales et des bois du Canada, Plus tard, l'Eglise, la magistrature, la robe y dresseront ses tentes,
Bientôt surgira sur chaque domaine, un manoir, une riante villa ou un cottage orné.
D'heureuses spéculations commerciales y feront naître,
“conservatoires, orangeries, exquis jardinets anglais, avenues
ombragées, serpentantes, volières, viviers, étangs, glacières, etc.
John Bull devenu riche n'est pas homme à claquemurer sa vigoureuse progéniture dans l'enceinte étroite d’une cité populeuse, mal drainée, etc., enfouissant ses épargnes dans sa paillasse de lit ou dans un vieux chausson. Il lui faut du confort, de l'air, de l'espace, de la liberté. Certes, il n'a pas, selon moi, tout-à-fait tort.
Telle est l'origine de bien des villas autour de Québec que j'essayerai de vous peindre, vous indiquant qui les a fondées, qui les habite, l'origine de leur nom. Pour que css peintures par leur uniformité de traits, leur ressemblance, ne vous fatiguent pas, j'y mêlerai mille brib:s d'histoire, souvenirs de familles, antiquailles, anecdote: de sport, etc,
(@) Pittoresque expression inventée par le célèbre essayiste Ralph Waldo Emerson auteur de l'Etude sur le peuple anglais intitulée : English Traits.
ne
on
HOTEL DU GOUVERNEMENT, Rue St-Louis
Avant d’'esquisser les villas extra muros, notons en passant l'antique manoir des Sewell sur la rue St-Louis, dont le gouvernement canadien sous l’Union faisait l'acquisition, moyennant $20,000, le 11 novembre 1854, pour une école nautique.
Le gouvernement ayant change d'avis en 1858, y installa en 1859 le Département des Post:s, qui y séjourna jusqu'en 1865, lors de la translation à Ottawa des Bureaux Publics. Ce fut aussi le Bureau du Gouverneur Général, Lord Monck, de 1860 à 1865. Le premier lieutenant-gouverneur sous la confédération, Sir N. F. Belleau, y fut'installé, «en 1867 : son conseil siégeait dans la grande salle au second.
Le lot comprend 31,000 pieds carrés : sur deux côtés de la vaste cour qu'’occupait jadis le jardin des Sewell a été construit l’arsenal et le dépôt de munitions de guerre des volontaires, de l'artillerie et de la cavalerie, etc.
Ce spacieux et solide édifice date d'assez loin. (1) Comme résidence du fameux juge en chef et homme d'Etat, Jonathan Sewell, et comme”’Bureaux, Publics, elle évoque tout un essaim de souvenirs,
Ses appartements spacieux, ses amples corridors, ses grands escaliers ont été témoins de bien des fètes, de bien des deuils de familie, à l'ère des Sewell ; plus tard, de bien des discussions acrimonieuses sur la chose publigre. Là, est morte Janet Livingston, née à New-Vork, la veuve du Juge-en-chef William Smith, en 1819, Le juge Sewell y expirait lui-même le 12 novembre 1839 ; puis, sa veuve, le 26 mai 1849, femme remarquable par ses qualités personnelles, le charme de ses conversations.
() Sur un plan dressé par un arpenteur provincial, Justin McCarthy, en date du 15 août, 1803, la maison cst décrite comme étant en voie de construction : son nouveau maitre en prit possession en 1805.
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Que d'incidents, de changements politiques y ont été débattus, réglés ! Que d'orageuses séances du Conseil
Exécutif, ont eu lieu dans ces salles.
Le 1er juillet 1793, le terrain qui avat appartenu à l'honorable John Cochrane, fut adjugé par vente judiciaire au Juge-en-chef Smith, beau-père du Juge-en-chef Seweli, pour la somme de £800 : lopin de terre assez considérable et alors inculte et qui embrassait vers e sud, une portion des glacis actuels, En 1820, les autorités militaires, en acquéraient une lisière au sud, pour agrandir leur domaine que couronne la citadelle actuelle, qui fut commencée vers 1823 et terminée vers 1830,
A la mort du Juge-en-chef Smith, le 6 décembre 1793, ce terrain fut partagé entre les membres de sa famille ; la portion à l'est échut à son fils William, plus tard, l'historien du Canada : il s’y bâtit ure demeure confortable (maintenant la résidence du shérif Alleyn). Le lot voisin à l’ouest échut à une des filles du juge Smith : elle épousa le colonel (plus tard le général) Doyle. (1) La partie
ouest tomba en héritage à celle de ses filles qui unit sa destinée au Juge Sewell et où s'écoula une si notable partie de la carrière accidentée de ce roué diplomate, de ce légiste distingué, de 1805 à 1839. (2)
(1) Le site des résidences de l'IHon Juge A. B. Routhieret dé M. Joseph Guillaume PBossé M. P. est enclavé dans le terrain acheté en 1793, par le Juge-en-chef Smith.
(2) A ceux qui tiennent À connaitre la carte de l'ancien Québec, je puis offrir les renseignements authentiques suivants sur les lieux, grâce à l'obligennce d'un des fils du juge Sewell, le Rév Edmund W. Sewell. Cet alerte octogénaire a bienjÿvoulu mettre à ma disposition les titres des propriétés de son père :
1018 avril 1701, Louis Rouer d'Artigny vendit à François Magdeleine Ruette,chevalier, seigneur d'Auteuil, par acte devant Chambellon, en deux lots, une étendue de sept arpents en superficie, s'étendant à 8 arpents en front sur la Grande Allée ou rue St- Louis, en gagnant vers ie Cap aux Diamants. .
20 Louis Rouer, sieur d'Artigny vend à M. Ruette d'Auteuil par acte du 18 avril 1701 etdu 29 mai 1705.
30 Acte de vente du 8 juin 1724, par devant Barbal, En verfu duquel acte, Pierre Ruette d'Auteuil, écr, sieur Molàtière, agissant comme Procureur, pour François Magdeleine Ruette, chevalier, seigneur d'Auteuil, vend et cède au sieur Baquet,
40 Le 30 avril 1727, Louis Rouer d'Artigny, par acte de vente cède ses propriétés aux Dames Ursulines.
50 Madame de Verger vend ces lots à M. Dunn, par acte du 9 août 1764, par devant Maitre Saillant. M. Dunn vend à Jean Drummond, le 11 avril 1768, par acte devant Panet, notaire.
60 J. Drummond vend à Callender, 22 oct. 1779, devant Barthelot et Panet, notaires.
70 Callender vend à J. Cochrane, 4 oct. 1781, devant A. Panet, notaire.
so Le juge en chef Smith achète au shérif en 1793.
(D'Auteuil laissa son nom à la rue qui divise ces lots.)
L'imagination aime à se reporter à cette période
-agitée de notre politique coloniale, où le Chef de l'Exécutif, le Chevalier Craig, prétendait régenter nos Communes, comme jadis il donnait ses ordres à la tête de son régiment ;
à cette époque où l'Ogre de Corse engageait un duel à outrance avec le Léopard Britannique ; où tout ce qui avait un nom français en Europe ou en Amérique causait des crises de nerfs aux fils d'Albion,où la bureaucratie coloniale,sous l'ins- £iration du trop fameux Herman Wistius Ryland, obsédait le représentant de la Grande Breiagne au Château St-Louis, d'incessantes plaintes, de détails de .complots découverts ; bref, de mille ténébreuses intrigues, contre le vaillant petit peuple que le roi de France avait si lichement déserté, sur les rives du St-Laurent, Cette période fut celle où Jonathan Sewell,—d’abord Procureur et avocat général, plus tard cumulant les fonctions de juge-en-chef, d'orateur du Conseil Législatif, de Président du Conseil Exécutif— exerça dans toute sa plénitude sa redoutable dictature, Silencieux murs du vieux manoir, ne pourriez vous nous répéter quelques uns des astucieux conseils que le Dictateur adressa en cette enceinte à ce roué francophobe Ryland, sur la marche à suivre, pour museler ces bouillants patriotes : Blanchet, Bédard, Taschereau ! dogues incorruptibles de quart autour du dépôt de nos libertés!
Les temps et la scène changent : une odeur de poudre pénètre jusque dans l'étude ‘Ju grand Juge : le canon gronde sur la frontière ; Ryland est vu moins souvent au palais, car le nouveau maître Sir George Prevost, n'a que faire de ses conseils. Les Voltigeurs courent à la frontière pour prouver à Ryland que les Canadiens, en 1812, sont ce que furent leurs pères en 1775, de loyaux sujets de Sa Majesté George III,—qu'ils ne sont pas foncièrement mauvais pour être d'extraction française. La guerre finie, la
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lutte recommence en Chambre, violente, échevelée comme:
par le passé, M. Sewell plus influent, plus soupie, plus courtois, plus savant que jamais, du fond de son fastueux manoir, gouverne le }ays pour ainsi dire par son prestige social, Les gouverneurs-généraux ne font rien sans le consulter, sans qu'il puisse toutefois dissiper pour eux les nuages noirs qui montent à l'horizon, gros de la tem pète de 1837-38.
M. Chauveau, dans une intéressante étude sur le vieux Québec, retrace un incident qui vers 1832, faisait passer un mauvais quart-d'heure à l’éminent magistrat (Sewell). Un jeune étudiant en droit, destiné plus tard à jouer un rôle marquant, fut alors le Gambetta du mouvement populaire (1)
Habitué du château St-Louis, M. Sewell se partageait l'existence entre l'étude de la jurisprudence, du droit parlementaire, ses séances judiciaires et officielles et les joies paisibles, assez nombreuses pour lui du foyer domestique. Ce puter familias modèle semblait absorbé par les devoirs et la responsabilité de la paternité : faire baptiser, élever, ctablir, donner en mariage sa nombreuse et belle progéniture (il fut père de vingt-deux enfants, la plupart d’un physique remarquable), À plusieurs de ses fils, il légua de riches métairies à Ste-Foye, sur la Petite riviève Saint- Charles, à Berthier, à Charlesbourg.
Pendant la vacance en été, on eût pu le rencontrer sous les frais peupliers d'Auvergne, sa villa, au pied de la côte de Charlesbourg, absorbé dans Grotius, Puffendorff, Gibbon,
(D “Je me souviens encore, dit M. Chauveau, de l'émotion produite par l'emprisoniwment de MM. Tracey et Duvernay. Dans les discours qui furent prononcés dans la Chambre, il fut question de la révolution de 1830 et des fameuses ordonnances contre la presse, Plusieurs jeunes gens portèrent des cocardes tricolores.
A la suite d'une grande assemblée populaire, à Québec, une procession parcuurait les rues chantant la Marseillaise et la Parisienne : on alla les chanter aussi sous les fenétres de lu prison, et sous celles du juge en-chef Sewell, président du Conseil Législatif, qui fut, dit-on, très effrayé par cette démonstration. Le juge-en-chef occupait la maison qui a été depuis l'hôtel du gouvernement, près de l'Esplanade. Parmi les jeunes gens qui faisaient partie de la procession se trouvait Sir Narcisse Belleau, qui ne se doutait guère qu'il serait installé plus tard, dans cet édifice comme lieutenant-gouverneur ; MM. Winter et Roy et MM. Gauthier et Bossé, qui tous les quatre ont été juges depuis.’* (Biographie de F, X. Garneau, p. ce. XXXVIII),
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ÉSQUISSES 161
Montesquieu. Aux longues soirées d'automne, le juge-stichef, entouré d'amis et de parents, allait savourer à son théâtre, rue Ste-Hélène, près la porte du Palais, les grands tragédiens Kean et Kemble dans ÆZamket, Ellen Tree, * dans /ou, etc, (2)
A la porte voisine du théâtre, se trouvait l'église ou chapelle qu'il avait fondée, Trinity Church, où officiait un de ses fils (il en avait deux dans les ordres sacrés) : là, se voit sur un marbre sa pompeuse épitaphe: cette combinaison du sacré et du profane était un sujet d’hilarité pour les familiers du lettré et excentrique vieillard.
Dès 1514, le juge Sewell, en tout temps préoccupé de l'avenir de sa patrie adoptive, qui l'avait comblé de dignités et de richesses, s'était posé et avait résolu le problème dont les Provinces Canadiennes ne trouvèrent la solution pratique, dans la Confédération Canadienne, qu'en 1867. On lui concède maintenant sans conteste l'honneur d’avoir le premier songé à l’Union de toutes les colonies Britanniques de l'Amérique, pour en constituer un tout compacte et viable,
Le juge Sewell prenait sa retraite en 1838, à l'âge de 73 ans, avec une pension de $4000 par année,
Sa succession sur le banc judiciaire passait à l'ancien procureur-général l'hon. James Stuart, éminent lésiite, lui aussi créé par l'Angleterre, Baronnet et Juge-en-chef, à la recommandation du Comte de Durham, qui avait exprimé sa surprise, à son arrivée, qu'un avocut aussi distingué n'eût pas été promu avant.
La maison Sewell, plus tard l'Hôtel du Gouvernement de ia Province, est maintenant la résidence officielle du Consul Général d Espagne, Illustrissimo Signor Conde de Premio-Real,
(2) Le théâtre Sewell ouvert en 1532 a été acquis depuis par la Fabrique de St-Pntrice, et converti en un édifice appartenant à cette Eglise. La vioille chapelle Trinity Church, sur la rue St-Stanislas, existe encore. En 1805, le juge Sewell avec l'aide d'une compagnie, dota Québec d'un vaste hôtel—vis-à-vis lai Place d'Armes-—l'Union Hotel récemment les Bureaux du Journal de Québec—maintenant le dépôt de M. Morgan.
de merc ries,
Restaurée, peinte à neuf, pimpante, ornée de beaux arbres, d'odorants parterres de fleurs, c'est toute une décoration pour cette paitie de la Rue St-Louis, Les jours de gala, le pavillon rouge et jaune de Castille et d'Arragon flot'e au mai en face de la résidence du consul,
e de
ite une ss jours d'Arra-
BANDON-LODGE - Grande Allees.
Lines to a Quebec Belle, in 1782 :
‘{ Sure you will rather listen to my call, Since beauty and Quebec's fair nymphe EL sing.
Re | ‘is Neilson's Quebec Gazette, 1782,
Voilà un nom emprunté non aux ‘ rives fleuries de la Seine, ” mais bien plutôt à la berge poudreuse et affairée de la Tamise ou de la Shannon, Ça vous reporte aux premières années du régime anglais presqu'à l'ère néfaste où notre Nouvelle-France était si cruellement désertée par la vieille France de Louis XV
J'ai lu dans les Mémoires inédits de M. James Thompson Deputy Commissary General—pour lui conserver son titre officiel un passage qui jette du jour sur un des premiers tenanciers de BANDON LODGE, (1)
Les mémoires de M. James Thompson, fils, se recommandent, non seulement à cause du caractère franc et honorable, des connaissances intimes des lieux de ce vénérable ami de l'auteur des “ Axciens Canadiens ”, P, A. DeGaspé ; mais encore à raison de la part importante que M. James Thompson, fils, a eue dans la préparation du Journal de son respecté père, James Thompson, Sr, Ce robuste (2) Highlander avait commencé sa carrière militaire sous le général Wolfe, à Louisbourg, en 1758, comme ‘‘ volunteer ” dans le fameux 78th régiment, Æraser"s Highlanders, Il comptait avoir une commission d'officier,
(1) SAUNDERS SiImPsON.—He was Provost Marshal in Wolfe’s army, at the affairs of Louisbourg, Quebec and Montreal, and cousin of my father, He resided in that house the nearest to Saint Louis Gate, outside, which has not undergone any external alterution since I was a boy.” (Extract of Memoirs of Com. general Gas Thompson.)
(2) Le sergent Thompson devait en effet être plus que robuste-un véritable Hercule —si l'on ajoute foi à une entrée de son Journal du siège de 1759, où il figure comme préposé au service des ambulances. Il paraiîtrait qu'entre le jour du combat le 13 sept. et le 18, date de la capitulation, on traversait en canot à St-Joseph de Lévis les blessés frauçais— qui: l'on portait sur des civières du débarcadère à l'église St-Joseph convertie en hôpital, distance d'à peu près quatre milles. Le sergent Thompson, trouvant que le service se faisait trop lentement selon ses désirs—chargeant sur ses larges épaules un soldat français blessé—le porta du débarcadère à Lévis à l'église de St-Joseph sans se reposer—regrettant seulement d'avoir à la tâche ruiné son uniforme. L'hon juge Henry Black, qui l'avait bien connu, nous disait que ‘* Thompson was a big giant. ?
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