BANDON-LODGE
pour la vieille capitale un vrai décor, objet d'intérêt pour les étrangers, d'admiration pour tout Québec.
Mais enfin, me direz-vous : “Voilà qui est bien, mais pourquoi tant de peine pour décrire une villa qui n'existe qu’à l’état de souvenir ?”
Voilà, précisément, où je voulais en venir : c'est ce souvenir que je me propose de restaurer, d'exhumer de l’oubli, des cendres qu: cent ans y ont accumulées,
Nous sommes en 1782. Quel est ce vaisseau de guerre mouillé en rade sous les canons du Cap-aux Diamants avec pavilion anglais ?
C'est le S/00p of var, Albemarle, de 26 canons, commandé par le jeune capitaine Horatio Nelson,
Si vous avez ‘lu respect pour le génie, inclinez-vous devant le futur vainqueur à Aboukir, à Trafalgar, à Copenhague, le Titan de la mer qui a changé la carte de l'Europe au profit de l'Angleterre,
Mais le futur foudre de guerre n’a que vingt-quatre ans, Accueilli au château St-Louis et dans les meilleures maisons de Québec, il semble en 1782, plutôt se rappeler qu'il n’a que vingt-quatre ans que rêver à foudroyer l'ennemi traditionnel de l'Angleterre. Vous savez sa glorieuse devise sur le tillac de son vaisseau le “ Victory ’ : “ ENGLAND EXPECTS EVERY MAN TO-DAY TO DO HIS DUTY.” Eh bien, une autre devise anglaise lui siérait mieux à Québec : “ T’IS LOVE THAT MAKES THE WORLD GO ROUND,”
Il s’est épris d’une Québecquoise d’une ravissante beauté, Ses biographes Southey, Lamartine et autres nous le reputent : le nom de cette Hélène est Mary Simpson, fille du maître de Pandon-Lodge, parente des Thompson et des Prentice, du CAien-d'Or.
L'auteur de l'Æistoire des Girondins nous dépeint comme suit le delire amovreux du jeune capitaine :
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‘“ Au printemps de 1782, lebrick A/bemarle, commandé par Nelson, reçut ordre de retourner en Amérique. En approchant des côtes du Canada, Nelson fut poursuivi et entouré par quatre frégates françaises, dont il allait être la proie ; mais préférant la perte de son vaisseau à l'humiliation de se rendre, il lança son brick à pleines voiles sur des bas-fonds, où la mer inugissante menaçait de l’échouer à chaque vague. Son adresse et son bonheur lui firent franchir cette barre que des frégates ne pouvaient approcher, I] passa quelques mois à Québec, Epris d’une ardente passion pour une belle Canadienne d'une classe inférieure à son rang, il n’hésita pas à sacrifier son ambition à son amour, et à quitter le service pour épo ser celle qu'il aimait, au moment où l'escadre faisait voile pour l'Europe,
‘“ Les officiers, inquiets de son délire, descendirent à terre pour l’arracher à son idole, et lui firent violence pour le rapporter à son bord. Oa pressentit dès cette époque que l'amour, cette ambition insatiable des âmes tendres, serait l’écueil de sa vie, ” [NELSON par A. DeLarmartine, page :6—Hachette 1859.]
“ Précédemment à la scène mentionnée par Southey et Lamartine, l'A/bemarde, qui avait fait voile, était à l'ancre au trou St-Patrice, Ile d'Orléans, lorsqu'un matin, un familier de Nelson, Alex, Davidson, au rapport de Southey, —M. Lymburner, au dire de l'historien Smith—rencontra le capitaine Nelson à la Basse-Ville et s'enquit de la cause de son retour à Québec, Nelson avoua ingénument que la vie lui était intolérable sans la présence de celle qu'il aimait.
—Mais, lui dit Davidson, si vous prenez femme à votre âge, vous ruinez du coup votre avenir dans la marine,
—Ebh bien / soit, répliqua Nelson, Je consens à renoncer à tout, à Westminster .‘ bbey même, pour épouser la belle Canadienne.
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C'est alors que ses amis jugèrent urgent de l'arracher de suite aux doux sourires de sa Juliette, laquelle, au rapport de l'historien Miles, qui a fait de sérieuses recher. ches pour débrouiller ectte affaire de cœur, épousa plus tard le major Mathews, secrétaire de Lord Dorchester, et passa à Londres avec son époux, qui plus tard fut nommé gouverneur de CAc/sca Hospital, Madame Mathews expirait à Londres à un âge avancé en 1830, conservant jusqu'à la fin le tendre souvenir de son premier amour, Miss Simpson était vraisemblablement amie des nièces de Miles Prentice, ie Boniface du vieux café qui alors existait sur le site où notre Bureau de poste a té érigé depuis—le Chic d'or. Ia fallu déchiffrer bien des anciennes lettres, des documents vermoulus récemments découverts, pour identifier la belle personne à laquelle Southey et DeLamartine font allusiou sans la nommer,
Voilà donc un des souvenirs de Zarndon-Lodsgc,
Je ne puis dire si le propriétaire actuel retiendra à sa fastueuse résidence le nom d'autrefois ; je ‘espère, (1)
Vous avouerez, mon cher antiquaire, qu'il y a ici d'amples matériaux pour un joli roman historique, et que l'héroïne de notre ami Marmette, Mile de Rochebrune, ne fut pas la seule belle Canadienne, aux anciens jours, pour qui la jrande- Allée eut des charmes.
1) Depuis que ces Tignes ont été tracéos, M, Shehyn a restauré à nenfle nom de sa résidence Handon-Lodoe.
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L'ASILE CHAMPETRE, Grande Allee
(1753-1844) # We can make our lives sublime
And, departing, leave behind us, Footprints on the sand of time.’
LONGFELLON
Sta, viator ! Au sortir de l'antique cité, saluez, en passant, la villa ensoleillée où s'écoulèrent tant de jours bien remplis d'un vrai patriote, Joseph François Perrault, le vénérable pionnier, en cette ville, de l'éducation populaire,
Au haut de cet historique plateau, sur le côté nord de la Grande- Allée, que nos pères désignaient sous le nom de Buttes © Nepreu, et nos contemporains, sous celui de Côte à Perrault, voyez, à l'extrémité d'une ombreuse avenue, une longue maison blanche, à un étage, avec mansarde, mode
‘d'habitation simple, assez usité encore il y a une quaran-
taine d'années, mais en désaccord avec le faste moderne, Le grand mai près de la piazza n'annonce pas la présence d'un capitaine de milice des anciens jours mais simplement le séjour d'un vpulent constructeur de navires, M. H, Dinning, qui ne manque jamais d'y arborer le pavillon du Canada, le 1er juillet de chaque année, —Dor:fnion Dar.
Ces Puttes qui dominent notre mémorable champ de bataille, nous associent en effet aux souvenirs les plus palpitants des annales de notre ville ; près de là se rencontrèrent, en 1750, Montcalm et Wolfe ; en 1760, Lévis et Murray ; et en 1775-76, la soldatesque cupide d'Arnold y pénétra plus d'une fois malgré le chevaleresque Guy Carleton,
Pour peindre ce champêtre réduit, il suffit d'ouvrir l'excellente biographie de son fondateur, M. Perrault, écrite par son petit-fils, le Dr Prosper Bender. Voilà, sachez-le
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bien, une de nos plus anciennes villas, Belmont, Holland: House, Poivell. Place et Haldimand House exceptées.
Rien de plus pittoresque que ce.site aux long jours d'éti, A l'ouest, les fertiles campagnes de Sillery, de Ste- Foye, accidentées de grands bois, de gras paturages, de vastes champs de blé ; au nord, quelque peu dans le lointain, Charlesbourg, Beauport, etc, avec leurs bianches maisonnettes échelonnées au versant des Laurentides ; au sud, les Plaines d'Abraham flanquées de leur quatre massives tours A/artello, sentinelles oubliées d'un ennemi qui ne reviendra plus ; à leit,le sublime Cap-aux-Diamants ; les murs austères de la cité, hérissés de canons ; puis, les verdoyants beaucages -de l'Isle d'Orléans terment l1 vue, Inimitable mise-en-scène !
La résidence du vénérable protono'aire, érigée sur un lot de quatre arpents, entourée d’un mur solide, nous dit son biogiaphe, était un modèle de bon goût, de confort, Laborieux, patriotique, lettré, il lui fallait un local ample et bien aéré pour ses livres chéris, sa bibliothèque où se passait une notable partie de son existence: cette pièce était située dans un des pavillons ; à une extrémité, dans ua pavillon semblable et surmonté, comme l’autre, d’une petite tourelle Normande, se trouvait un mignon réduit, pourvu d’un calorifère ; c'était un conservatoire pour héberger pendant l'hiver les fleurs éxotiques —la première serre-chaude, dit-on, construite à Québec.
Les allées du jardin se perdaient sous de grands arbres. Des parterres semés de fleurs de toutes espèces, un étang pour les oiseaux de basse-cour, etc., un ampe jardin potager,un verger abondamment planté d'arbres fruitiers bien choisis ; aux angles du jardin, de grands vases remplis de fleurs : rien ne semblait avoir été omis dans ce petit Eden, dont le maître était horticulteur, floriste, agriculteur, homme de lettres, philantrope.
Au dessus de la porte d'entrée, était inscrit en lettres. d'or : Asyle Champitre.
Si M, Perrault avait su se ménager des jouissances intimes à l'intérieur de son foyer, il s'en était créé de plus vives au dehors, en consacrant sa fortune et ses veilles à la diffusion de l'éducation parmi le peuple. (1)
Par la date de sa naissance, le spirituel et excentrique patriarche remontait à l’ancien régime français, étant né, le 1er juin 1753.
Le traité de 1763 rappella son père et sa famille à Québec, cette année-là ; le fils fit ses études au Petit Séminaire, Son aïeul, François Perrault, était fils du Dr Joseph François Perrault qui avait pratiqué la chirurgie en la cité de Cosne-sur-Loire, diocèse d'Osaire, Etabli en Canada au commencement du siècle dernier, il y épousa Mlle Carey, fille de M. Pagé Carcy, le 2 nov. 1715. Pagé Carcy, fut'maitre du Hâvre à Québec. C'est de lui que la célèbre pointe-à-Carcy, où est construite la douane, a pris son nom, Croyons-nous,
À l’âge de 19 ans, c’est à-dire en 1772, le jeune Perrault s'embarquait, avec ses parents, dams un petit vaisseaucôtier pour la Nouvelle-Orléans, où son père avait ouvert une maison de commerce, pour la vente des pelleteries,
Après une traversée périlleuse, il atteignit cette ville où il séjourna plusieurs années après s'être arrêté à Cuba et à St-Domingue.
Dans une excursion qu'il entreprit au fort de la guerre de l'indépendandance des Provinces anglaises, aux Hlinois, en 1778, il fut fait prisonnier par les Indiens et n'échappa au massacre de ses compagnons de voyage que par une espèce de miracle ; après avoir subi des souffrances inouies dans les forêts de l'ouest, il fut livré comme prisonnier aux autorités anglaises du Fort de Détroit.
Meuitri, exténué, couvert de cicatrices, il s’adressa à son. oncle maternel, M, Jacques Dupéron Baby, qui faisait la traite en cet endroit ; celui-ci en prit soin, le rendit à la
{1] il avait fondé de ses deniers plusieurs écoles, dans le voisinage ; il fut le premier a ÿ introduire le système de Lancaster alors en vogue,
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santé et l'expédia sous escorte au gouverneur Haldimand, à Québec,
De retour au Canada, aidé d'un emprunt effectué de son oncle Baby, doat il devint l'agent, il ouvrit un commerce de pelleteries à Montréal, près la porte des Récollets,
Le 10 janvier 1782, il y épousait Delle Ursuie McCarthy, fille du major McCarthy : seize ans plus tard, la mort lui ravissait à Québec sa compagne dévouée, Son commerce ne prospéra qu'à demie. Comme il n'y avait à Montréal que quatre avocats pratiquants, M. Perrault s'adonna à l'étude, et bientôt, à la pratique du droit, comme moyen de subsistance pour lui-même et sa famille,
En 1795, Lord Dorchester le nomma greffier de la Paix à Québec, charge devenue vacante par le transfert de M. Pierre Panet, nommé juge à Montréal. Il vint donc à
Québec.
A En 1707, il fut fait “ Régistraire des naissances, des :. mariages et décès ” ; protonotaire de la Cour du Banc du Roi, en 1802, charge qu'il occupa jusqu'à son décès, M,
Perrault représenta en chambre le comté de Huntingdon pendant les cinq sessions du troisième parlement et y | présenta des projets de loi pour amender le mode d'éducation, En 1813 il accourait sous les drapeaux comme Lt, Colonel de milice : mais l'instruction du peuple, l'amélioration du sort des masses, tel fut le rêve de sa jeunesse, de son âge mür et de sa vieillesse, Ses écrits sont fort nombreux et pleins d: mérite, (1)
OO) N.-B.—Nous emprunterons au travail du Dr Binder la liste des écrits de M. Jos Frs, Perrault ;
10 en 1789, ‘ Le juge de Paix et officier de paroisse, pour la province de Québee, ”
20 en 1803, ‘* Seconde édition de la traduction de la loi Parlementaire, ”
80 en 1805, ‘ Dictionnaire portatif et abrégé des lois et règles du Parlement Provincial du Bas-Canada, ?
40 en 1810, ‘* Questions et Réponses sur le droit civil du Bas-Canada.
50 en 1813, ** Manuel des Huissiers de la Cour du Bone du Roi du district de Québec."
6o en 1814, * Questions et Réponses sur le Droit Criminel,
To en IS19, Manuel pratique de l'École Elémentaire,
So en 1824, ‘ Extraits ou précédents tirés des Registre de la Prévosté de Québec.
Vo en 1825, ‘* Extraits ou precédents des arrûts tirés, dessRegistres du conseil supérieur “de Québec.’
100 en 1830, ‘Traité de la Grands et Petite Culture, 2 vols,
110 en 1830, ‘ Plan raisonné d'Education Générale et Permarente, ?
120 en 1832, ‘* Moyens de conserver nos Institutions, notre Langue et nos Lois.
150 en 1832, * Abrégé de l'histoire du Canada, 1684 à 1791. *
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