ALTAMONT
Bois Bijou, jadis, croyons-nous, une des dépendances de la villa, où les chasseurs allaient au commencement du siècle tirer la bécasse rouge sur les hauteurs et la bécassine
dans la plaine humide, au bas,
Altamont meublé avec un goût exquis, est sis au haut du plateau qui descend en talus vers la cime du cap : des sources naturelles—de beaux grands arbres, des haies gracieuses donnent fertilité, fraîcheur, ombrage au jardin, Le site fait partie du champ de bataille, où Lévis et Murray se rencontraient en bataille rangée, le 28 avril 1760.
L'objet le plus frappant dans le jardin, en aval de là résidence, est une aubépine gigantesque—dirons-nous centenaire, dont la ramée pendante se prolonge au loin. Existait elle en cet endroit à la sanglante journée de Ste- Foye ? et, s'il lui eut été donné comme aux chênes de Dodone, la faculté d'articuler, de se plaindre, n’aurait-elle pas à gémir des atrocités que les /riseurs de Lévis, les Indiens, ce même 28 avril 1760, ont commises peut-être sous son ombrage ?
Nous l'avons décrite en détail dans les Esquisses que
nous publiions, en 1865—sous le nom de Maple Leaves. Cette aubépine était alors la gloire et l'orgueil de Westfield, au temps de l’ancien propriétaire, feu John Thomson,
M. et Madame Ross, iui assurent une protection—un soin tout spécial,
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BANNOCKBURN, Chemin Ste Foye
Cher antiquaire,
Loin de moi la prétention de vous rendre parfaitement claire l'origine du nom de toutes nos villas.
Dans bien des cas, plusieurs des propriétaires originaux ont depuis longtemps rejoint la ‘“ grande majorité” au pays des ombres,
Pour d'autres qui de leur vivant firent florès ici-bas, à peine a-t-il survécu wominis wmbra,
Les incidents d'où certaines villas empruntèrent leur nom‘ont perdu leur actualité et sont à peine reconnaissables sous la, mousse et le lierre des années entassées,
Ainsi, il ne reste à Québec que peu de contemporains d'un excellent et lettré officier supérieur des Douanes Impériales, en 1850, M. John Bruce, qui, pour perpétuer le souvenir de son illustre ancêtre, Robert Bruce, le vainqueur des Anglais, à la sanglante bataille de Zannockburn, près Stirling, le 24 juin, 1315, nommait son cottage orné, sur le chemin Ste Foye, près du monument des braves de 1760 : BANNOCKBURN,.
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RINGFIELD, (Ferme des Anges) CHARLESPOURG
Voilà un site champêtre sur la rive nord de la rivière Saiut Charles, le Cuhire-Coubat Au frère Sagard—la rivière Sainte-Croix du capitaine Malouin, bien riche en souvenirs—si riche en un mot, que l'intérêt qu'il éveille doit primer celui de tous les autres sites autour de Québec— disons mieux, du Canada entier,
Ailleurs, j'exprimai l’idée que l'on pourrait en quelque sorte, le considérer comme le berceau et la tombe de la domination française au Cenada,
Voyons :
ici hiverna, en 1535-36, l'immortel découvreur de notre pays, Jacques-Cartier. La croix et l'inscription qu'il érigeait à la Pointe-aux-Lièvres, vis-à-vis Ringfeld, le 3 mai 1536, d'après les instructions de son souverain François ler: “ Franciscus Primus Dei cratià Francorum Rex regrat, ” rappellent ces temps reculés, aussi bien que la coque de la Pefiie Jlermine, exhumée de la berge du ruisseau Lairet avoisinant, par feu M, Jos. Iamel, ingénieur de la cité, en 1843 ; abondante curée pour nos antiquaires que tout ceia,
Ici mème, vers midi, le 13 septembre 1759, au quartiergénéral de Vaudreui!, s'opèra le railiement suprème de: troupes de France, dispersées après [a journée de plaines d'Abraham ; ici, vers neuf heures du soir, effarées,
épuisées, les
cohortes du ‘ KRoï des Francs,” se disaient }: 1
un dernier adieu aäur le point de s'élancer au pas de
course par les routes fangeuses de Charlesbourg, Lorette, etc. vers le fort Jacques-Cartier: ici, se proclamait ce soir-là, la grande, l'étonnante nouvelle que le drame varié, jadis si brillant, alors si tragique de la domination française en Amérique, venait de se clore,
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otre Grimai çÇOis Rex s. là ruisieur
Voyons ce que l'histoire raconte relativement au lieu de l'hivernage de Jacques-Cartier.
A la page 48, de la relation du second voyage de Jacques- Cartier, republiée par ia Socicte Littéraire ct Historique de Québec, en 1843, on lit : ‘Le lundi, onzième jour d'octobre,
nous arrivâämes au Hable de Sainte Croix, où estaient nos
navires, et trouvasmes que les maistres et mariniers qui estaient demeurés avaient fait un tort devant les dits navires, tout clos de grosses pièces de bois plantées debout, joignant les unes aux autres, et tout à l'entour garni d'artillerie, en ordre pour se défendre contre tout le pays.” A la page 52, on lit encore : “ Le capitaine fit renforcer le fort tout à l'entour de gros fossés, larges et profonds avec portes à pont levis et renforts de rangs ou pans de bois au contraire des premiers, et fut ordonné pour le guet de la nuit... cinquante hommes à quatre quarts, et à chacun changement des dits quarts les trompettes sonnantes, ce qui fut fait selon la dite ordonnance ”........, Une note au pied de la relation, ajoute : “ On pense que ce fort a dû être bâti à l'endroit où la petite rivière Lairet se décharge dans la rivière Saint-Charles,
Haïvkin's Picture of Quebes:, pags 47, édité en 1834 avait dit :
‘“ L'endroit exact dans ja rivière Saint Charles où Jacques-Cartier avait ancré son vaisseau, semble, d'après bonne autorité, avoir été au site du cv pont, fun peu plus haut que le pont Dorchester actuel) où à marée basse il y a un gué, près de l'Hôpitai de Marine, Il est évident que ce dut être sur la rive est, dans le voisinage de la résidence actuelle (1834) de Chs, Smith, écuier, puisqu'il est fait mention que les sauvages avaient fréquemment à traverser la rivière quand ils allaient à Stadaconé, faire visite à leurs amis, les Français,
Le savant abbé Faillon discute au long les textes de
Charlevoix et du père Leclerc et adopte l'idée que Jac-
260 RINGFIELD
ques-Cartier hiverna,en 1535-36, à la rivière Saint-Charles et non à la rivière Jacques-Cartier, [1]
Voir aussi le texte de Champlain, commenté par l'abbé Laverdière,
Un de nos antiquaires, feu Amable Berthelot, discutant le rapport de la découverte de la coque de la Petite Hermine, à la Ferme des Anges, dressé en 1843 par M. Jos. Hamel, ingénieur de 1 cité, dit p. 3: “ Il ne me fut pas difficile en suivant attentivement le texte du second voyage de Jacques-Cartier, tel que nous le donne Lescarbot, de prouver jusqu'à l'évidence que ce navigateur Malouin avait réellement passé l'hiver à la rivière St- Charles, et non à celle qui porte aujourd’hui le nom de Jacques-Cartier ; et je crois que depuis ma dissertation, il n’est resté en ce pays aucun doute à ce sujet, ”
Ainsi, malgré les assertions confuses de Charlevoix, il est à peu près certain que, pendant l'automne de 1535, le grand chef Donnacona, le roi de la bourgade voisine de Stadaconè, à bien des fois traversé le Saint-Charles pour venir en ces environs fumer le calumet de la paix avec les envoyés du “Roi des Francs,” François Ier.
La découverte, le vingt-cinq août 1843, des restes de la Petite Hermine, sur la rive du ruisseau Lairet, qui se réunit à la rivière St-Charles, à la Æermce des Anges, causa un grand émoi parmi les antiquaires de la vieille capitale: la presse entière, anglaise et française, prit part au débat. L'’hon. John Neilson, dans la Gasette de Québec, W. Kemble, dans le Mercury, le Canadien, sous l'habile direction de M. Rorald Macdonald, se passionnèrent pour l'étrange découverte de M. Hamel, laquelle ramenait à la surface les débris encore sains, bien que noirs comme l’'ébène, de la vaillante petite barque de 60 tonneaux commandée par le grand capitaine Malouin, enfouie dans la rive vaseuse du ruisseau, pendant 307 ans.
(1) Histoire de la Colonie Française au Canada, p. 496.
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A l'invitation de M. Hamel, la Societé Littéraire et Historique de Québec, présidée alors par l'hon. William Sheppard, avec un antiquaire émérite pour vice-président, Georges Barthélemi Faribault, se plaça à la tête du mouvement; tous les anciens textes furent examinés de nouveau, scrutés, commentés ; on faisait des pèlerinages aux rives du classique ruisseau ; des flots d'encre coulèrent dans la presse quotidienne ; de savantes brochures furent écrites. J'ai recueilli un grand nombre de ces écrits, dans l’'appendice de Piciuresque Quebec ; je vous y réfère.
Tels sont les souvenirs qui se rattachent au site, au temps de Jacques-Cartier.
Enjambons maintenant un espace de deux cent vingttrois ans. On est au 13 septembre 1750,et vers midi: quelques décharges de mousqueterie retentissent au loin : de vagues clameurs dans les faubourgs : des lamentations dans la ville.
La côte à Coton, la côte d'Abraham, quelques solitaires sentiers près des hauteurs de Ste Foye, sont encombrés de fuyards épouvantés; le régiment de Webb, les claymores de Fraser, les grenadiers de Carleton fauchent drû parmi les guerriers sans chefs aux uniformes blancs : Burton leur intercepte la voie, malgré nos braves francstireurs canadiens cachés derrière les maisons ou perdus dans les broussailles, vers le côteau Sainte- Geneviève.
Delenda est Carthago ; Pitt l'avait juré en Angleterre : Delenda est Carthago répétèrent en chœur, Wolfe, Ambherst, Prideaux, Stanwix, en Amérique ; et le troupier d’Albion en avalant sa roquille de :#c//4 jamaïque répétait chaque soir, comme le dit le capitaine Knox, ce cri sous une autre forme 2rétis# colours on cocry French fort, port and garrison in America !
Oui, c'est bien ça: le Ve Victis de Brennu:, Bella, Lorrida bella !
3raves soldats du Royal Roussillon, de Baarn, de Lane
guedoc, de Guienne, et vous, n23 anis, intrépides compae
262 RINGFIELD
gnons de Moutcalm, à Carillon, miliciens de la Nouvelle France, pliez, pliez le vieux drapeau que vous aimez tant. V& Victis !
Furl that banner, furl it sadly— Once ten thousands hailed it gladly, And ten thousands wildly, madly,
Swore it should forever wave ; Swore that foeman's sword could never Hearts like theirs entwined dissever, Ti that flag should float forever
O'er their freedom or their grave,
Fuulit! for the hearts that adore it, Love the cold dead hands that bore it, Weep for those that fell before it, Pardon those who trailed and tore it, And oh! wildly they deplore it,
Now to furl and fold it so,
“Furl that banner ! true, ‘tis gory, Yet ‘tis wrenthed around with glory, Aud will live in song and story — Thoughits folds are in the dust :
For its fame on brighter pages, Penned by poets and by sages, Shall go sounding down the ages— Furl its folds though now we must,
‘Furl that banner, softiy, slowly, lreat it gently-—it is holy—
For it droops above tl lea, lonueh it not, unfold it ne Let it droop there, furled fo
For its peo] li s hopes are d
La nuit venue, la retraite se fit aussi rapidement que l'épuisement des soldats le permettait, L’artillerie, les munitions, une partie des bagage: furent laissées à leur sort,
Bougainville rejoignit les siens, près du Cap-Rouge au
point du jour, ‘Le soir mème du 14, au rapport de l'aide
de Camp de Lévis, le chevalier Johnstone, les fuyards arrivèrent à la Pointe-aux-Trembles où ils couchèrent : le lendemain, ils campaient sur les rives du Jacques-Cartier. Les Anglais, voyant les tentes françaises dressées comme
à l'ordinaire, à Beauport, étaient loin de soupçonner la
fuite de leur ennemi, Belcour, un des officiers de la cavalerie de Laroche Beaucourt, étant revenu deux jours plus
tard au camp, trouva tout comme on l'avait Jaissé, (1)
() L'ouvrage à cornes souvent ntionné dans les lations du siège, était nne : . redoute, où retranchement, ‘rigé en 1 , en aval du pont de bateaux sur le St-Charles e Lu portion qui faisait face an st-Charles était par n bois défendue par des pieux ou È palissades, et celle qui faisait face à Beuuport était en terre, Cette redoute on Pla k d'Arines, de la forme d'un pentagon LE recouvrir à pen près deux acres, Ce qui en ! reste un champ cireulaire Gringfield) d'où la villa de M. Parke a pris son nom, entonré $- d'un fossé que la charrne semble impuisante À combler—à une élévation de près de :
quinze pieds du côté de Beauport, il est évident que les travaux entrepris pour fortifier le camp de Beauport—qui s'étendait de l'onvrage à cornes à la chûte de Montmorency
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“I! entra avec son détachement dans l'ouvrage à cornes, mit le feu aux pièces pointées sur les hauteurs d'Abraham où était le camp des Anglais. Cette décharge alarma fort ces messieurs.”
Les incidents qui précédèrent la retraite de l'armée et qui se passèrent aux environs de l'ouvrage à cornes, ont été si vivement narrés par un témoin oculaire, que nous croyons devoir les reproduire ici
Cette relation du chevalier Johnstone est une des pub:1cations récentes de la Soric Littéraire ct Historique de Québec,
“L'armée française mise en fuite, dit Johnstone, se dispersa et s'évada vers la ville, Peu entrèrent à Québec ; le gros des troupes descendit les hauteurs d'Abraham, visà-vis du palais de l'Intendant, se dirigeant vers l'ouvrage à cornes, et côtoyant les rives du St-Charles, Voyant qu'il était impossible de rallier nos soldats, je me déterminai à descendre le côteau, près du moulin à vent, (2) dans Île voisinage de la boulangerie, et, de là, à travers les pâturages {la Vacherie) vers l'ouvrage à cornes, bien déterminé
à ne annmrenri "à | 111 van or \ hp “At à ne pas approcher de la ville, de crainte d'y être c
avec une partie de notre armée ; ce qui eut été possibl
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(2) les raines do ce moulin existont encore, près de l'Hôpital Général
264 RINGFIELD
conque peut servir d'excuse aux Anglais d'avoir négligé de prendre toute notre armée prisvnnière,
“L'ouvrage à cornes était en face de la rivière St-Charles, large d'environ 70 pieds ; cette rivière lui valait mieux qu'un fossé de mains d'hommes, Son front qui faisait face à cette rivière et aux hauteurs, était composé de palistades fortes et hautes enfoncées perpendiculairement dans le sol avec meurtrières pour tirer plusieurs grosses pièces d'artillerie, La rivière est profonde et guéable à marée basse, à la portée d'un mousquet devant le fort : cela en rend la prise plus difficile du côté du Saint-Charles que du côté opposé où il est construit de terre et faisait face à Beauport, bien qu'il présentait de ce côté un aspect plus formidable, et certainement que l'ouvrage à cornes ne pouvait ètre capturé de ce côté par un assaut des Anglais tant que ces derniers seraient sur la rive opposée, A la vue des soldats sur la plaine où était la boulangerie, Monguet et Lamotte, deux vieux capitaines du régiment de Bearn, s'adressèrent avec véhémence à M. de Vaudreuil, lui disant “que l'ouvrage à cornes scrait pris en un clin-d'œil, par un assaut,
le sabre au poing, que nous serions tous passés au fil de l'épée : que rien ne pouvait nous sauver qu'une prompte capitulation de la colonie entière aux Anglais ;” Vaudreuii leur répondit qu'un fort tel que l'ouvrage à cornes ne se prenait pas si facilement,
“Bref, ils'éleva un cri général dans le fort pour couper le pont de bateaux. Il est bon de remarquer qu'à peine un quart de notre armée avait réussi à l'atteindre et que si l'on eût coupé le pont de bateaux, le reste de nos soldats eut été abandonné de l’autre côté, comme des victimes au vainqueur, Le régiment Royal Roussillon était en ce moment à une portée de fusil de l'ouvrage à cornes, se disposant à franchir les pontons, Comme je m'étais déjà trouvé dans de semblables aventures, je ne perdis pas mon sang-froid et possédant encore quelques restes de l'estime que l'armée avait pour moi, à cause de la confiance que
La
MM. Lévis et Montcalm me montraient publiquement, je je m'adressai à M. Hugon, qui commandait, lui demandant une passe pour entrer dans l'ouvrage à cornes, et je le priai de m'accompagner …au pont. Nous y arrivâämes en courant et sans nous enquérir qui avait donné ordre de le couper nous en chassâämes les soldats dont les haches levées allaient en un instant exécuter cet ordre insensé. M. de Vaudreuil était alors enfermé avec M. l'Intendant et quelques autres personnes dans une maison qui se trouvait dans l’intérieur de l'ouvrage à cornes. Je soupçonnai qu'ils méditaient un projet de capitulation générale et j'entrai dans la maison où je n'eus que le temps de voir M, l'Intendant, avec une plume à la main, qui écrivait sur une feuille de papier lorsque M. de Vaudreuil me dit que je n'avais pas affaire là, Lui ayant répliqué que ce qu'il me disait était vrai, je me retirai en colère de les voir songer à abandonner si ignominieusement une colonie pour la préservation de laquelle tant de sang et d'argent avait été prodigués, En quittant la maison, je rencontrai M, Dalquier, un brave et homnête homme, avancé en âge, qui commandait le régiment de Bearn, avec les marques d’un brave officier sur toute sa personne,—d'innombrables blessures.
“ Je lui dis qu'on discutait en dedans de la maison la reddition du Canada à l'Angleterre, par une capitulation, et je le priai de se hâter d'y entrer pour défendre la cause du roi et sauvegarder les intérêts de sa patrie. [1] Je le auittai ensuite pour rejoindre Pouiarier au ravin de Beauport, mais l'ayant rencontré à trois ou quatre cents pas de l'ouvrage à cornes où il se rendait, je l'informai de ce que l’on y discutait.
Il me répondit que, plütot de consentir à une capitulation, il verserait la dernière goutte de son sang, Il me dit de faire de sa maison de sa table la mienne, me conseilla d'y aller m'y reposer et,donnant de l'éperon àson cheval, il
(1) On a jeté sur ce ravin qui intercepte la voie publique, un solide pont soutenu sur une maçonnerie vis-à-vis des moulins de MM. Renaud & Brown, à Boauport,.
266 RINGFIELD s'élança, rapide comme l'éclair, vers l'ouvrage à cornes.” *
Ringfield se fait remarquer par son étendue, parmi cette gracieuse série de cottages orxés qui frangent le côté ouest du chemin de Charlesbourg, au Gros Pin ; l'endroit ci-devant se nommait Smithville, d'après le riche propriétaire, feu M, Chs Smith, possesseur du 50! ; il se plut à y tailler des domaines pour la patriarchale famille des Smith, où M. Parke trouvait une excellente compagne, intrépide et amante du sport comme son époux. Le chef de ce nombreux clan, M, Chs. Smith, occupa pendant de longues années, la maison située sur la rive nord du St- Charles, plus tard la propriété de M. Arch, Laurie, maintenant appartenant à M, Owen Murphy, ex-maire de Québec, Ce site est un démembrement de l'ancienne Æeriu des Anges, près du ruisseau Lairet, 1à où dinait, chez les RR. PP, Jésuites, Emery de Caën, le G août, 1632.
C'est au milieu d'une avenue, semi-circulaire, ombragée d'arbres de haute futaie, que s'élève la villa de M. Parke, homme fort connu comme grand constructeur et armateur de navires, aux jours prospères où nos braves charpentiers de vaisseaux vivaient dans l'abondance, sans le concours de la Socicte de Bord ; si connu était M. Parke que l’on disait de lui, qu'il avait lancé de ses chantiers une flotte entière, soixante-seize navires de long cours ; c'était vrai
M, Parke, depuis près d'un demi-siècle, jouit de la réputation d’être le premier [WAip, le patriarche du 7wrf à Québec, Il naissait au commencement du siècle à Belfast, Irlande, et s'établissait ici vers 1831, L'alerte octogénaire ne lance plus de mavires sur ie Saint-Charles ; mais il a le pas presque aussi leste, l'œil aussi vif, le poignet aussi ferme que lorsque—il y a de ça une quarantaine d'années —comime président du jour, avec ses six chevaux en flèche, il battait la marche sûrement et fièrement au club du Tandem, à Lord Caledon et autres «fficiers des Gardes,
au milieu des carrefours les plus tortueux de la Basse-ville ou des faubourgs de Québec. Un jour, comme président il choisit Ringfield, comme lieugl'arrêt, pour faire le sawggris, et trente-quatre /andem trouvèrent place dans la vaste cour et la lai de la villa,
J'ai sur le rayon de ma bibliothèque étiqueté *“ Incunables” un mignon volume, relié en maroquin vert, doré sur tranches, intitulé “ PICTURE OF QUEBEC,” Dix-sept dessins en taille douce lui donnent du relief ; c'est un Québec-Gu'de, tiré à sa seconde édition, en sept 1831, écrit paraît-il, par un Ecossais lettré de la vicille capitale, M. Bourne ; illustré par un graveur écossais de mérite, James Smillie ; imprimé par MM, P.et W, Ruthven, les mêmes, je crois, qui sept ans plus tard, imprimèrent pour M. N. Aubin son spirituel F'antasque, À la page 0, du dit volume, il y a une jolie gravure sur acier où se voit, à l'ouest, le Palais de Justice ; à côté, la cathédrale anglicane ; au nord, l'Urioxn /1ôtel (maintenant dépôt de mercerie de M, Morgan) ; à l'est, le château Haldimand (l'Ecole Normale actuelle) bien gardé par de vigilantes sentinelles : c'est un paysage d'hiver,
De la rue St-Louis, trottine un terre-neuve attelé à un traineau cranement dirigé par un alerte gamin, qui, debout sur son traineau, fait claquer son fouet: c'est comme aux premiers jours de la colonie
A l'ouest de la P/ace d' Armes, on discerne deux militaires en capote : des soldats vraisemblablement du 7re Montagnaridls, alors stationneé à Québec, L'un tient à la main l'Xarmonieux instrument national, la vèse, et semble
se préparer à donner le signal du départ; un piquet de soldats— srgoants guard--traverse la voie publique, pour rel 1 sentinelle de faction aux bureaux du Comméssa. riat, maintenant les quartiers du major de brigade, Autour de la Place d'Armss, dont le parcours d'hiver est marqué de balisses de sapins, circulent allègrement (de temps à autre un /ader se mâte, se cabre) une longue file d'équi
268 RINGFIELD
pages à deux chevaux, des fandem, dont les fringantes montures, portant aigrettes, panaches, ceintures de grelots, ont la queue coupée, courte et carrée, bobtail comme dit le sport ; ils ressemblent aux Æwnters anglais; de nos jours les bobtail ont disparu, pour faire place aux crinières longues et flottantes, aux queues carrées, mais plus longues,
C'est la réunion hebdomadaire—ou ect de jeudi, du fameux Driving Club, formé vers 18209, sous l'administration de Sir James Kempt. Les chevaux piaffent, blanchissent d'écume le mors: vite, Excellence, montez, On attend que sa seigneurie, chaudement vêtue, munie d'un manchon d'ours, de dimensions phénoménales, descende les gradins du Château pour prendre la place d'honneur. Le voici qui se blottit à côté de son aide-de-camp, à qui il passe les guides. Le vice-président sonne du cors; le Montagnard fait crier sa cornemvse et la gaie cavalcade se lance au grand trot vers la rue La Fabrique. L'artiste de ce dessin, le lieutenant Wallace, du 71e Montagnards, semble avoir été tort heureux à saisir tous les objets vus du corps de garde voisin du Château.
Continuons : il est une heure de relevée; à trois heures vous pourrez voir nos gaillards déboucher sur la glace au pied du Cône, à Montmorency, ou bien attablés à la fameuse hôtellerie—le Æluwe AMouse—sur le chemin de la petite rivière St-Charles, ou encore au Cap-Rouge chez Kostka Hamel, ou bien chez Déry à Lorette. Le code du club est d'une sévérité draconienne ; pour la moindre infraction, vite une amende, etc., c'est au moyen des amendes que l'on rencontre les menues dépenses,
C'est au président de la semaine à fixer d'avance à la campagne, le lieu d'arrêt, chaque fois que le club sort, Il n'y a qu'un spécitique pour prévenir la congélation, après une longue course, c'est une razade de AZu/led Wine” ; vin épicé auquel nos pères ont conféré le nom de sang-gris, C'est au vice président à préparer et à faire servir cette
délectable embroisie, sous peine d'amende de censure, Gare au pauvre vice président, si dans la presse du départ il a oublié le A/ulled vine. a dû l'enfermer chaud dans une cruche ou amphore enveloppée d'une couverte, et le précieux baby bien enmaillotté a dû être déposé douillettement dans les fonds de la carriole du vice président : malheur au vice président, s'il mettait en danger, par le froid, les jours du C/ub, faute du sang-gris traditionnel... Je remercie mon vieil ami M. Parke des renseignements qu'il m'a si obligeamment fournis, à propos de son Club favori.
Québec, Décembre 1884.
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AUVERGNE, Charlesbourg
Au pied de la côte de Clarihue, à Charlesbourg, à l'est du plateau, surnommé Gros Pin, le touriste saisit de loin sous de verts bocages, les blanches demeures d'un village canadien, l'ancien harneau Auvergne. Quel est l'Auvergnat parmi les anciens colons, qui se laissa aller à la jonissance de perpétuer par ce nom le souvenir du doux pays de France ? Notre ami, l'antiquaire Tanguay, pourra peut-être vous en donner des nouvelles,
Qui sait? un de ces laborieux cclons que l'intendant Talon y placait vers 1675, pour inaugurer sa colonie modèle ? Toujours est-il qu'en 1832, le juge en chef de la province. M. Serell, séduit par le charme Ge l'endroit, s’y érigea un chalet, Auvergne, le nom du village, devint celui de la villa du juge. O que j'aimerais à repeupler de ses hôtes et intéressants visiteurs, l'historique châlet, à l'époque où l'éminent juriste l’occupait
Comme homme de lettre, légiste, homme politique, fonctionnaire d'état, M, Sewell a fourni une longve et brillante carrière, Ayant adhéré au parti du roi Georges ITI, dans le vif conflit qui donna aux provinces de la Nouvelie-
Angleterre leur indépendance f1775-83), ce prince se Us et lieu, de la fidélité de son sujet Bos-
souvant, en temi tonnais.
De fortes études, une heureuse mémoire, des talents d'un ordre supérieur, une grande dignité de tenue ouvrirent bientot au fameux Vita Empire Loyalist, la porte à toutes les dignités.
Jonathan Servell, naquit à Cambridge, dans la colonie
de A/assachussctts Bay, en 1766,
Son père était Procureur-Général de la colonie, A la suite de l'insurrection, M. Sewell, père, crût devoir émigrer en Angleterre, Son fils fit ses classes à un Grammar School, à Bristol ; puis, il accompagna son père, lorsque ce dernier se rendit à St-John, N. B,, en 1785 ; y fit son druit sous l’'éminent avocat, plus tard, le juge Ward Chipman,
Jonathan Sewell y pratiqua sa profession pendant une année, Le jeune avocat vint chercher fortune en notre ville, en 1780, et y fut diplômé membre du barreau, cette année même,
Son exellent père expirait à St-John, N. B. en 1796.
Nommé solliciteur-général à Québec, en 1793 ; procuteur-général, avocat-général, juge de la cour de vice-Amirauté, en 1705, l'habile légciste devenait juge-en-chef de la Province de Quéhec (1) et Président du Conseil Exécutif, en 18C8 Il représenta à la Chambre pendant trois parlements consécutifs, le bourg de William Henry (Sorel),
Orateur du Cousri Leégislatif, en 1809, il ne lui a manqué que la haute charge de Gouverneur-Général pour couronner dignement tant de distinctions flatteuses, Mais en 1808 comme plus tard, nos gouverneurs-généraux nous arrivaient de Dowyine strect tout dressés, Il faisait bon alors de se prononcer carrément pour la couronne, sans trop s'occuper du peuple...
Pourquoi cet ardent ami des Arglais ailit-il chercher
un nom français pour sa maison de campagne ? Mystère !
Auver® * \istant d': NL DTÔS tte il VITRES 11 li Avon JAAUVECrTONEe, GISTANEL it PEU Dres UC GCNII-IEU QU Ie7en G) Le Juge Sewell, sucesscur èn 1808 du Jug Williams, entre autres réformes et
modifications, introduisit au Palais, la grande tenue officielle, le costume imposant des anciens jours, robes d'hermine, tricornes, etc., comm X vieux pays,
Une sentence de mort, en courcriminelle, prononcée pa ses quatre collègues, tous en grand costume officiel, était un incident fort imposant, Sir James Stuart, qui lui succéda, en 1838, personnage majestueux quant à la stature, d'une érudition vaste, etamateur, Jui aussi, des formes judiciaires antiques, conserva le tricorne et laissa choir l'hermine,
par le juge-en-chef, entouré d