LES CÉLOEON DE BLAINVILLE
Armes : D'azur, à trois croissants d'argent et une étoile d'or posée en cœur.
Une autre branche de la famille portait : D'azur, au chevron de gueules, accompagné de trois cigales de nicofle.
I. Le premier Céloron dont il soit fait mention est Claude de Céloron. Il fut pourvu le 11 août 1631, d'un office de " conseiller, secrétaire du Eoi, maison et couronne de France et de ses finances " et mourut revêtu du dit office en 1650. Son contrat de mariage avec Catherine Eeperant fut passé le 3 mars 1611 devant Eichard Curilly et Jean Depnotz, notaires au Châtelet de Paris. Parmi les documents manuscrits de la Bibliothèque Nationale à Paris on trouve une quittance d'arrérages de rentes dressée à Senlis, le 8 septembre 1639, par Claude de Céloron, et dans une quittance de taxes de son office, dressée à Paris, le 23 février 1643, on ajoute à sa qualification de conseiller, etc., ce qui suit : " du collège des b. j. x. x. (des seize vingtièmes)
des Finances." Claude de Céloron eut quatre enfants. Nous en connaissons trois :
1" Catherine de Céloron mariée à messire François Guerry. Veuve dès avant le 15 décembre 1678, elle donna à cette date une quittance d'arrérages de rentes, à Paris, et une autre à la date du 20 décembre 1679.
2° Claude de Céloron, prêtre de l'Oratoire.
3° Jean de Céloron pourvu le 22 août 1650, de l'office de conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses Finances, dont son père était mort revêtu. Il est connu par quatre quittances d'arrérages de renies données par lui à Paris, les 15 septembre 1657, 15 avril 1664, 10 juin 1676 et 15 décembre 1676. Dans ces deux dernières quittances il est qualifié : ci-devant conseiller, secrétaire du Eoi. Il avait donc résigné son office entre 1664 et 1676.
II. Antoine de Céloron, fils de Jean de Céloron demeurait à Paris. Il fut conseiller du Roi. Il épousa damoiselle Marie Rémy, sœur de Mederick Rémy, écuyer (}). M. de Céloron est connu par quatre quittances d'arrérages de rentes payées à Paris les 3 décembre 1668, 15 décembre 1671, 12 juin 1672 et une sans date. Devenue veuve entre le 12 juin 1672 et le 31 mai 1674 et ayant la garde noble des enfants issus de son mariage, Marie Rémy donne à Paris des quittances d'arrérages de rentes les 31 mai 1674 et 5 décembre 1678. Elle épousa en secondes noces Guillaume de la
(}) Elle était aussi la sœur de messire Pierre Rémy, curé de Lachine, lors de la terrible irruption des Iroquois dans cette paroisse en 1689. M. l'abbé Rémy décéda à Montréal le 24 février 1726. Il était âgé de 90 ans.
Guillaumie, seigneur de Goix, demeurant à Paris, rue du Temple, paroisse Saint-Nicolas des Champs. Par un acte, en date du 16 janvier 1701 au Châtelet de Paris, elle donne à son fils aîné Antoine, et à la femme de celui-ci, l'usufruit d'une rente dont la nue propriété reste à ses autres enfants. Elle décéda en septembre 1701. De son mariage avec Antoine de Céloron, naquirent cinq enfants :
1° Antoine de Céloron, marié à Marie Dubut. Elle décéda en 1702.
2° Catherine de Céloron. Le 12 novembre 1691, elle est qualifiée fille majeure, et donne une quittance d'arrérages de rentes, tant en son nom que comme procuratrice directe de Antoine Céloron, écuyer, et de Simon Alexandre Celeron, aussi écuyer, et encore, par substitution du sieur Michel-Alexis de Civet lui-même procureur de Jean Céloron, écuyer. Tous quatre sont qualifiés légataires universels (substitués l'un à l'autre) de messire Claude Céloron, prêtre de l'Oratoire, leur oncle. Par ordonnance rendue le 22 novembre 1691, par MM. les commissaires généraux du Conseil, députés sur le fait des armoiries, les armes de la famille de Céloron sont enregistrés dans l'Armoriai général de France, généralité de Paris, à la requête de damoiselle Catherine de Céloron, fille majeure. La même Catherine de Céloron, exécutrice du testament olographe, en date du 1er septembre 1698, de sa mère, dame de la Guillaumie, fait procéder, après décès, à l'inventaire des biens d'icelle, le 30 septembre 1701, par Maître Robillard, notaire. Elle agissait tant en son nom qu'en celui de ses quatre frères Antoine ;
Claude, prêtre de l'Oratoire ; Jean-Baptiste, écuyer, sieur de Blain ville, capitaine d'infanterie à Québec; et Simon-Alexandre Céloron de Blainville, écuyer, enseigne des vaisseaux du Eoi. Par un acte en date du 14 juillet 1702, passé devant Maître Eobillard, notaire, Catherine de Céloron, demeurant rue du Coq, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, renonce, tant en son nom que comme fondée de pouvoir de ses frères Claude, Jean-Baptiste et Alexandre, à la succession de leur autre frère, Antoine. La procuration de Jean-Baptiste avait été passée devant Eaimbault et Adhémar, notaires à l'île de Montréal en Canada, le 2 octobre 1700. Enfin, il appert d'un acte passé le 23 août 1703, devant Maîtres Eobillard et Lafosse, notaires à Paris, que Catherine de Céloron est l'objet de trois procurations générales passées par ses trois frères pour " renoncer et expédier toutes successions, biens et héritages qui leur reviennent ". La procuration de Jean-Baptiste avait été passée devant Eaimbault et Adhémar, notaires à l'île de Montréal, le 9 septembre 1702.
S'^ Claude de Céloron, prêtre de l'Oratoire à Lyon, en 1707. D'après Bachelin de Florenne, un Claude de Céloron, secrétaire du Eoi le 11 août 1687, passa au Canada, Saint-Domingue et Guadeloupe. Est-ce le même personnage que l'on trouve prêtre de l'Oratoire à Lyon en 1707 ?
4° Jean-Baptiste de Céloron, sieur de Blainville, celui qui s'établit dans la Nouvelle-France en 1684.
5" Simon-Alexandre de Céloron, enseigne des vaisseaux à Brest en 1707.
1ère génération : J.-B. Céloron de BlalnvlUe
JEAN-BAPTISTE CÉLÔRON DE BLAINVILLE (i)
Il fut baptisé le 19 février 1660, en l'église paroissiale de Saint-Sauveur, à Paris,
Le 21 mars 1684, il était mis sur la liste des gentilshommes destinés à servir en qualité de gardes de la Marine au port de Eochefort.
La même année, le 26 juin, il était promu lieutenant dans une compagnie du détachement de la Marine. Il passait peu après dans la Nouvelle-Erance. (^)
En 1691, le gouverneur de Frontenac nommait M, de Blainville capitaine réformé, au lieu et place du sieur de la Groix, fait capitaine en pied.
Ce ne fut que deux années plus tard, le 1er mars 1693, que la commission donnée par M. de Frontenac fut confirmée par le roi.
M. de Merville, capitaine en pied d'une compagnie du détachement de la marine, ayant pris sa retraite avec une pension du roi, M. de Blainville fut nommé, par commission du roi en date du 18 mai 1701, pour le remplacer.
O II fut connu sous le nom de M. de Blainville.
C) " En 1686, sinon avant, dit M. le juge Girouard (Lake St. Louis old andneiv and Cavelier de La Salle, p. 211), J.-Bte de Céloron, sieur de Blainville, avait un poste de traite sur son fief près de la baie d'Urfé (Lachine)." Nous croyons qu'il y a erreur ici. Par son mariage avec la veuve de M. de Brucy, le 29 novembre 1686, M. de Blainville se trouva à entrer en possession du poste de traite de Brucy. S'il a fait la traite, ce doit être après le 29 novembre 1686.
Le 5 octobre 1701, MM. de Callières et de Champigny écrivaient au ministre de Pontchartiain :
" Le sieur de Callières a remis aux sieurs de Blainville et de Beaucours, les commissions de capitaines dont Sa Majesté les a honorés en leurs places (des sieurs de la Durantaye et de Merville, mis à leurs pensions), et leur fera prendre rang dans les troupes du jour et date de leurs commissions de capitaines réformés. " (1)
Le 15 novembre 1703, MM. de Vaudreuil et de Beauharnois écrivaient au ministre de Pontchartrain :
" Le sieur de Blainville, capitaine, qui n'a pas été en France depuis 21 ans, vous supplie, Mgr, de lui accorder son congé. Il y a des affaires de famille à finir qui lui sont de la dernière conséquence." (^)
Il obtint ce congé en juin 1704.
En 1705, M. Céloron de Blainville eut à soutenir un procès assez important contre M. LeBer de Senneville, propriétaire du fief DuG-ué, au sujet de l'île Saint- Gilles, que chacun d'eux prétendait lui appartenir.
M. Céloron de Blainville, héritier de sa première femme, mariée d'abord à M. de Brucy, soutenait que l'île Saint-Gilles faisait partie, comme dépendance, d'une concession de dix arpents sur trente à prendre dans l'île Perrot consentie, le 1er janvier 1676, par M. Perrot, gouverneur de Montréal, à M. de Brucy. M. LeBer de Senneville représentait, de son côté, que l'île Saint-Gilles avait été donnée par le séminaire de Saint- Sulpice, le 19 janvier 1672, à M. Sidrac DuGué de Boisbriand qui, lui, l'avait vendue à Charles LeMoiue de Longueuil et à Jacques LeBer. Celui-ci, à son tour, l'avait donné à son fils (^).
(') Correspondance générale, Canada, vol. 19, fol. 3. (') Correspondance générale, Canada, vol. 21, fol. 5. (') L'abbé Faillon, Histoire de la colonie française Canada, vol. III, p. 341.
Le 3 juillet 1713, le ministre de Pontchartrain écrivait à M. Céloron de Blainville qu'il était heureux de voir que son fils s'appliquait à bien servir. Il l'informait en même temps qu'il n'avait pu lui obtenir (au père) une croix de Saint-Louis.
La majorité des troupes du Canada étant devenue vacante en 1713 par la mort du sieur Dumesny Norey, M. Céloron de Blainville demanda cette charge.
Il y avait six autres candidats sur les rangs : M. Le Verrier de Eousson, premier capitaine ; M. Bouillet de la Chassaigne, major de Montréal et capitaine depuis 1678; M. de Saint- Martin, capitaine depuis 1697; de Sabrevois, capitaine depuis 1702 ; de La Corne, capitaine depuis 1706 ; le comte de Vaudreuil, fils du gouverneur de Vaudreuil, capitaine depuis 1710.
Le 17 mai 1714, le ministre de Pontchartrain informait M. de Blainville qu'il l'avait proposé au roi pour la majorité des troupes. Il lui disait aussi qu'il n'y avait aucune croix de Saint-Louis accordée cette année.
Malgré l'appui du ministre de la marine, M. de Blainville n'obtint pas la majorité des troupes. C'est M. Le Verrier qui fut nommé. Il faut croire que ses amis avaient plus de poids auprès du roi que ceux de M. de Blainville.
Une note officielle de 1714 rédigée probablement sur les avis du gouverneur de Vaudreuil dit de M. Céloron de Blainville :
" Le sr. Blainville, Français, est capitaine depuis 1701, est assez bon officier." (^)
M. de Blainville décéda à Montréal le 4 juin 1735.
Il avait été fait chevalier de Saint-Louis le 4 avril
Il était à sa mort le premier capitaine du détachement des troupes de la Marine.
C) Bulletin des Recherches Historiques, vol. II, p. 115.
M. de Blainville s'était marié trois fois. Q)
En premières noces, à Lachine, le 29 novembre 1686, il avait épousé Hélène Picoté de Belestre, fille de Pierre Picoté de Belestre et de Marie Pars, et veuve de Antoine Lafresnaye de Brucy (^).
Elle décéda à Montréal le 23 novembre 1701.
Deux années plus tard, à Montréal, le 14 janvier 1703, il épousait Geneviève Damours, fille de feu maître Mathieu Damours, écuier, seigneur De Chauffours, vivant conseiller au Conseil Souverain, et de Marie MarsoUet.
Elle décéda deux mois après son mariage, à Montréal, le 24 mars 1703 (^j.
(1) D'après le document suivant, que nous devons à l'obligeance du R. P. Odoric, franciscain, M. de Blainville aurait été marié quatre fois. Un fils né de son premier mariage aurait été récollet.
" Le dixième jour de mai de cette présente année 1694, M. l'illustrissime et révérendissime de la Croix de St-Valier, évêque de Québec, étant en cette ville de Montréal, fut invité d'honorer de sa présence la cérémonie de la profession de deux de nos frères novices clercs, dans l'église de notre couvent des Récollets de Montréal, par le Sr de Blainville, capitaine au Régiment de la marine, père de l'un des susdits
novices Après la messe et la profession le dit sieur de
Blainville alla trouver au Séminaire M. l'évêque pour lui faire civilité et le prier d'assister au moins au repas, comme
il l'avait promis, mais il refusa " — Procès-verbal
fait à la diligence du Père Hyacinthe Perrault, com. prov. des PP. Récollets."
(2) M. le juge Girouard, dans son savant ouvrage Lake St. Louis old and new and Cavelier de La Salle (p. 148), nous apprend que le mariage de M. de Blainville fut le premier célébré à Lachine. Le curé d'Urfé ne nous dit pas dans son acte si la cérémonie eut lieu dans une chapelle ou à la résidence de la mariée.
(^) Geneviève Damours avait failli devenir l'épouse du fameux baron de La Hontan. Celui-ci passa l'hiver de 1691- 92 à Québec. Le gouverneur de Frontenac, parrain de la jeune fille, fit tout ce qu'il pût pour faire conclure ce mariage. Les choses allèrent si loin que M. Nelson, riche négo ciant de la Nouvelle-Angleterre, prisonnier de guerre à
Enfin, en troisièmes noces, à Montréal, le 25 septembre 1704, il épousait Geneviève-Gertrude, fille de Charles LeGardeur de Tilly et de Geneviève Juchereau.
Elle décéda à Montréal le 3 septembre 1750. Elle retirait une pension du roi depuis 1737.
M. de Blainville avait eu sept enfants de son premier mariage.
Hélène-Ekançoise Céloron de Blainville
Née à Montréal le 20 août 1688.
Mariée à Montréal, le 12 mai 1710, à Pierre, chevalier de Saint-Ours.
Elle décéda à Montréal le 15 juillet 1729.
Marie-Catherine Céloron de Blainville
Née à Montréal le 28 janvier 1690.
Décédée au même endroit le 31 janvier 1690.
Québec mais qui avait toute sa liberté, offrit un grand dîner aux futurs époux. Le gouverneur, l'intendant et l'évêque y assistaient. Nelson et l'évêque de Québec offrirent, paraîtil, chacun 1000 écus à donner le jour des noces. Comme Geneviève Damours avait elle-même 1000 écus de dot, et que M. de Frontenac en offrait 7000 ou 8000 en congé, le baron de La Hontan faisait un mariage très avantageux. Mais, juste au moment de signer le contrat de mariage, le volage baron reprit sa parole. Il voulait rester libre. M. de Frontenac fut très froissé de ce dénouement. Voir les Voyages de La Hontan (t. II, p. 79, éd. de 1703), où le facétieux baron raconte toute cette aventure avec sa verve ordinaire.
Marie- Anne Céloron de Blain ville
Née à Montréal le 11 juin 1691.
Décédée au même endroit le 15 février 1706.
Marie- Louise Céloron de Blainville Née à Montréal le 5 août 1692.
Pierre-Joseph Céloron de Blainville Le continuateur de la lignée.
Louis- Jean-Baptiste Céloron de Blainville
Né à Montréal le 1er décembre 1696.
Il entra dans les troupes de la marine comme cadet à l'aiguillette.
On trouve la note suivante au sujet de M. Céloron de Blainville dans une liste apostillée des cadets à l'aiguillette écrite vers 1730 :
" Jeune homme fort sage qui promet beaucoup." (})
C) Edouard Richard, Supplément du Rapport du DrBrymner sur les archives canadiennes, 1899, p. 24.
Le 22 mars 1732, M. Céloron de Blainville obtenait l'expectative d'une enseigne en second.
A peine huit jours plus tard, le 1er avril, on lui donnait le grade effectif d'enseigne en second.
Le 25 mars 1738, M. Céloron de Blainville était promu enseigne en pied.
Une note officielle de 1639 dit qu'il était bon officier (})
En 1746, M. Céloron de Blainville fit partie de l'expédition de M. de Eigaud contre Corlar.
C'est au retour de cette expédition qu'il fut nommé commandant à la Eivière Saint-Joseph.
Un document officiel de 1747 nous apprend que M. Céloron de Blainville était le plus ancien enseigne en pieds des troupes.
Le 23 mai 1749, il obtenait enfin le grade de lieutenant.
En 1750, M. Céloron de Blainville remplaçait M. Drouët de Beaudicourt comme commandant de La Présentation.
Il y resta trois années et fut remplacé par M. de La Perrière.
C'est pendant son séjour à La Présentation qu'il reçut le commandement d'une compagnie des troupes de la marine.
En 1756, M. Céloron de Bienville était au fort Duquesne.
11 fut tué dans une sortie faite contre le fort Curaberland dans l'été de 1756 (entre juin et août).
M. Céloron de Blainville avait épousé, à Montréal, le 25 octobre 1730, Suzanne Hyacinthe Piot de Langloiserie, fille de Charles- Gaspard Piot de Langloiserie, en son vivant lieutenant du roi à Québec, et de Marie- Thérèse DuGué.
Ç}) La famille de Léry, p. 201.
En 1757, la veuve de M. Céleron de Blainville avait sa résidence à Laprairie.
De leur mariage étaient nés cinq^ enfants :