‹ Monseigneur Baillargeon, archevêque de québecChapitre 2 sur 7 · DOCTEUR EN" THÉOLOGIE, ET PROF] THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

DOCTEUR EN" THÉOLOGIE, ET PROF] THÉOLOGIE

L'CXIYERSrrÉ-L !

Il a vécu '1 ma La vertu, il i

ire des hommes, il vivra dans la gloire-

Lorsque le citadin, fuyant la monotonie el yantes clameurs de la ville, arrive par un beau jour au milieu d'une riante campagne, à la vue des objets varie- el charmants qui l'entourent, il ne peut cor son admiration, qui se traduit par ce cri de joie : Oh : que c'est beau! que gnifique ! Mais veut-il

communiquer à ses amis les impressions qu'il a ressenties, il ne fait plus que bég . ne sachant par ou débuter et quels objets peindre. Nous éprouvo même embarras, en commençai, t à écrire m biographique de notre vénérable et bien-aimi vêque. Accoutumés - • ilement, dans

une longue carrii ; -es, certaines

défaillances, entons une vérit iblejoie de i 'a*

percevoir dans la noble »ié

longue série de travaux apostoliques, de vertus admirables et de beaux dévouements. Plus on examii e de

près la grande âme de notre sainl prélat, plus on sent le besoin de s'écrier : Quelle belle vie ! quelle touchante charité ! quel zèle ardent ! quelle profonde humilité! quelle douceur paternelle, et vraiment digne de saint François de Sales !

On voudrait exhiber aux regards du monde entier le sublime tableau d'une carrière si noblement et si saintement parcourue; mais, pour faire connaître en détail toutes les grandes actions et toutes les vertus dont sa vie n'est qu'un tissu continuel, il faudrait d'abord une plume plus exercée et plus habile que la notre, et aussi une étude plus longue et plus minutieuse que celle que nous pouvons faire. Nous nous contenterons donc d'effleurer les sommets, et dedonner une petite esquisse de cette vie apostolique que nous avons tous admirée, et dont nous garderons' une éternelle mémoire.

Monseigneur CHARLES-FRANÇOIS BAILLARGEON,

Archevêque de Québec, est né à l'île aux Grues le 26 avril 1798. Son père était le sieur François Baiilargeon, et sa mère Dame Marie-Louise Langlois de Saint- Jean. Ses premiers ancêtres venus en c pays s'appelaient Jean Baillargeon, de la paroisse de Loudigny, en Angoumois, et Marguerite Guillebourday, deMarçay, en Poitou ; leur mariage fut célébré à Québec en 1650. Le sieur Jean Baillargeon s'établit d'abord dans l'île d'Orléans, en cette partie qui forme aujourd'hui la paroisse de Saint-Laurent.

A l'époque de l'enfance de Mgr Baillargeon, l'île aux Grues, dont la population était peu considérable, n'avait pas l'avantage de posséder un curé résident ; elle était visitée à de rares intervalles par le curé du Cap-Saint-Ignace. M. Viau, devenu plus tard grand vicaire de l'archevêque de Québec, était alors curé de cette paroisse, et, dans ses visites à l'île aux Grues, il avait bien su remarquer la supériorité du jeune Baillargeon sur les enfants de son âge. Un jour, il le fait mander. «Sais-tu lire, mon cher? lui dit il. —Non, M. le curé, répond l'enfant avec candeur ; mais je désire beaucoup apprendre à lire. —Aimerais-tu à faire des études ?— Je le voudrais bien ; mais mes parents ne peuvent pas me mettre au collège. — Mon enfant, il me suffi i de savoir que tu désires étudier; je me charge de tout.» Dès ce jour, M. Viau le prit avec lui, lui montra à lire, et lui donna les premières leçons de latin; les progrès rapides dujeuneéluve remplirent le professeur d'admiration et de bonheur.

En 1813, M. Viau plaça le jeune François dans un modeste collège qui venait de s'ouvrir à Saint-Pierre, Rivière-du-Sud. Dans sa courte existence, ce collège se glorifie de compter parmi ses élèves trois prélats : Mgr Baillargeon, Mgr Blanchet, archevêque d'Orégon, et son frère l'évêque de Nesqualy, dans le même territoire; l'état lui doit aussi l'un de ses hommes les plus distingués, l'honorable René-Edouard Caron.

Un an plus tard, M. Viau envoyait son protégé au

collège de Nicolet. Le 16 octobre 1814, M. Archambault, directeur du collège de Nicolet, écrivait à Mgr Plessis :

« Le jeune homme de M. Viau vient enfin d'arriver ; il est pour la méthode. Son nom est Charles-François Baillargëon ; son âge, 16 ans. C'est un grand garçon, bien fa. t, bonne mine, et montrant quelques dispositions. » Une liste de prix, envoyée à Mgr Plessis deux ans plus tard, le 9 août 1816, par M. Archambault, nous prouve qu'en effet il avait quelques dispositions', car il finit déjà sa rhétorique, et remporte le premier prix (Texcellence et les premiers prix d'amplification française, d'amplification latine et de version.

Il termina ses études collégiales en 1818. Mgr Plessis, qui l'affectionnait beaucoup, le tonsura dans l'automne de la même année, et le nomma professeur au collège qu'il venait d'établir dans la paroisse de Saint-Roch de Québec. Après avoir enseigné pendant trois ans dans cette institution, tout en faisant ses études théologiques, il fut appelé au petit séminaire de Québec, où on lui' confia la classe de rhétorique ; il s'acquitta de cette charge avec un succès remarquable. Il était en même temps surveillant avec M. Baillairgé. Le 1er juin 1822. il fut ordonné prêtre par Mgr Plessis, et nommé aussitôt chapelain de l'cglise de Saint Rock qui, à cette époque, n'était qu'une succursale de N.-D. de Québec. Il fut aussi chargé de la direction du collège de Saint- Rooh.

Sa santé, qui avait toujours été chancelante, s'était affaiblie davantage pendant l'année 1826, et ne lui

permettait plus de continuer le double travail qui lui avait été confié. Le 26 septembre 1826, Mgr Panet le nommait à la petite cure de Saint-François (île d'Orléans) ; dans sa lettre de nomination, nous lisons ce qui suit:

« II est bien raisonnable, après les services que vous avez rendus pendant plusieurs années au nouvel établissement de Saint Rocb, qu'on vous accorde un lieu de repos où vous puissiez vous remettre de vos fatigues. Je profiterai de cette occasion pour vous dire par écrit ce que je vous ai dit de vive voix, combien je suis content de la manière dont vous avez conduit la maison qui vous a été confiée, regrettant de vous voir partir de celte ville. » Le 12 octobre de la même année, M. Baillargeon écrivait à i'évèque : .« C'est un nouveau sujet de reconnaissance pour moi envers Votre Gran deur, de ce qu'elle m'a confié une église où je trouve tant d'avantages. N'ayant qu'à entretenir le temple de pierre, que je trouve abondamment fourni de toutes choses, puissé-je travailler avec succès à orner les temples vivants et spirituels dont je suis chargé, et dont je dois répondre. C'est ce que j'espère par le secours de vos ferventes et saintes prières.»

Dans la cure de Saint-François, sa santé se rétablit si rapidement, que, l'année suivante, il fut chargé du soin des deux cures du Chàteau-Richer et de l'Ange- Gardien, qu'il desservit jusqu'au premier octobre 1831. Les quarante années qui se sont écoulées depuis cette époque, n'ont pu effacer dans la mémoire des fidèles de ces paroisses le souvenir de ses précieuses qualités

et de ses grandes vertus. Ce fut alors (1831) que Mgr Panet le choisit pour le mettre à la tête de la cure de Québec, devenue vacante par l'élévation de M. Signay à l'épiscopat.

Le jeune curé, accoutumé au ministère modeste de la campagne, qui était plus selon ses goûts, n'accepta ce poste élevé qu'avec la plus grande répugnance et a plus vive douleur; encore ne s y deternnna-t-il que sur un ordre formel de son évêque. « Le bien de la religion, écrivait Mgr Panet le 19 septembre 1831, exige que vous soyez placé à ce poste, et je vous déclare que je ne reviendrai pas sur votre nomination. Votre obéissance bien connue me porte à croire que vous accepterez volontiers la charge qui vous est imposée par votre évêque. » ïl passa, comme il la raconte lui-même, toute une nuit à pleurer, tant il avait peur de cette grande charge. Mais il avait à peine commencé l'exercice du saint ministère dans sa cure de Québec, que déjà il possédait toute la confiance de ses paroissiens ; l'onction de sa parole, ses manières douces, affables et sans recherche, lui avaient gagne tous les cœurs. . . ,

L'été suivant (1832), la ville de Québec fut visitée pour la première fois par le choléra, qui ven lit de faire tant de ravages en Europe ; le fléau fournit au nouveau curé l'occasion de déployer son zèle et sa chante. On le voyait nuit et jour auprès des malades, soit dans les hôpitaux, soit à domicile, préparant à la mort ceux qui avaient été frappés de cette cruelle maladie. Sa

sollicitude ne se borna pas à ce pénible min'stère. La mort avait fait un grand nombre de veuves et d'orphelins parmi les habitants de Québec et surtout parmi les émigrés venus en grand nombre de l'Irlande ; aussitôt que la maladie eut diminué, il s'appliqua à soulager tant de familles réduites à la misère, recueillit les orphelins, et les plaça avantageusement pour la plupart dans les campagnes du district de Québec.

L'année 183i le vit déployer le même zèle et la même charité dans des circonstances à peu près analogues. On sait que les désastreux incendies de 18i5 avaient plongé Québec dans un malheur et dans une ruine qui paraissaient irréparables ; mais on se rappelle comment la charité presque du monde entier vint au secour s de notre cité ; on connaît aussi quel fut le dévouement de tous les citoyens sans distinction d'origine ou de religion. Toutefois, on se plaît à reconnaître que le curé de Québec, malgré une santé délabrée, fut, par son énergie, l'àme du comité chargé de distribuer les secours ; ses idées pratiques frappèrent tout le monde, furent adoptées, etproduisirentde merveilleux résultats.

Dans l'été de 1849, le choléra éclata de nouveau à Québec. M. Baillargeon venait à peine d'arriver à Cacouna, pour y prendre un repos que les médecins avaient jugé tout à fait nécessaire, lorsqu'il apprit la funeste nouvelle ; aussitôt il se prépare à revenir au milieu de son troupeau. Ses amis, voulant le retenir, lui représentent que l'état de sa santé, non-seulement le dispense, mais encore lui fait un devoir de ne pas s'exposer. « Non, dit-il, c'est mon poste ; heureux si

Dieu me fait la grâce de mourir au milieu de mes brebis, en les préparant à la mort. » Il était pasteur, et il avait bien des fois médité ces paroles de l'Apôtre : Ego libentissime impendam, et super impend ar ipse pro itnimabus vestris ; pour moi, je donnerai tout avec joie, et me donnerai encore moi-même pour vos âmes : et ces autres paroles de Notre Seigneur : Bonus pastor animant suant dat pro ovibus suis ; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.

Une des principales obligations du bon pasteur, est de prendre soin de la jeunesse; aussi M. Baillargeon ne négligea pas cette partie si considérable et si intéressante de son troupeau. Avec le secours de la société d'Education du district de Québec, il fît venir les Frères des Ecoles Chrétiennes, et confia à leurs mains habiles l'éducation des enfants du peuple. Les sacrifices qu'il s'imposa pour l'établissement des Chers Frères, comme ils les appelait toujours, sont énormes, et Dieu seul en cofinaît l'étendue.

Sa charité pour les pauvres ne connaissait point de bornes. Il créait tous les jours de nouveaux moyens, inventait de nouvelles combinaisons pour les secourir efficacement. Sous lui (1846), l'admirable société de Saint-Vincent-de-Paul fut établie à Québec, et. il lui donna une impulsion si énergique, qu'elle n'a cessé depuis de se développer et d'étendre son action bienfaisante et salutaire.

Si l'on veut se former une juste idée du travail assidu et pénible qu'exigeait l'administration de la cure de Québec, il faut se rappeler qua cette époque

toute la ville, moins Saint-Roch, était desservie par le curé de N.-D. et ses vicaires, et que les RR. Pères Jésuites n'étaient pas revenus au pays. Cependant, au milieu de ses travaux incessants, M. Raillargeon savait encore trouver des moments pour l'étude ; il était très-versé dans la science théologique, et dans la connaissance des SS. Pères et des divines écritures. Sa traduction du Nouveau Testament, si estimée, a été faite pendant qu'il était curé de Québec. Un mémoire écrit de sa main, nous apprend ce qui suit sur cette première édition : « N'ayant pas employé moins d'un vjuart-d'heure par verset, les 7,950 versets m'ont coûté 1,980 heures d'un travail opiniâtre, c'est-à-dire, quatre heures et demie de travail par jour durant HO jours.»

Les évèques du Canada résolurent, en 18f.O, d'envoyer à Rome un agent pour y traiter certaines affaires intéressant la religion. M. Raillargeon leur inspira toute confiance : ils le choisirent unanimement pour cette mission importante, et le nommèrent leur grand vicaire. L'avant-veille de son départ pour la ville éternelle, le 30 mai 1850, les citoyens de Québec lui présentèrent une adresse où il est dit entre autres choses :

«Votre longue résidence parmi nous a été

marquée par l'exercice des vertus les plus belles et les plus estimables ; aussi, monsieur, votre absence serat-elle vivement sentie par toutes les classes de vos paroissiens, et sera encore plus vivement regrettée par le souvenir de tout le bien que vous avez fait dans le

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cours de vos fonctions curiales et de votre zèle toujours plus ardent à soulager les misères, à secourir les pau. vres, à améliorer leur état, à leur fournir l'éducation, enfin en faisant pour vos paroissiens en général tout ce que le cœur d'un bon père le porte à faire pour assurer le bonheur de ses enfants chéris.

« Parmi les nombreux bienfaits dont nous sommes redevables à votre zèle et à votre sollicitude, permettez-nous de bignaler l'établissement de la société de Tempérance, l'introduction dans cette paroisse des Ecoles Chrétiennes, qui ont déjà fait beaucoup de bien, et pour l'établissement desquelles vous avez fait de grands sacrifices pécuniaires, et enfin l'érection de l'église Saint-Jean-Baptiste dans le quartier Saint- Je an, monument qui rappellera toujours à la mémoire des citoyens de celte ville vos efforts et votre persévérance pour le bien-être religieux de vos paroissiens.

« Nous faisons des vœux sincères pour votre bonheur dans votre long voyage, et nous ne pouvons nous consoler de votre séparation d'avec nous que dans le ferme espoir que nous aurons encore le plaisir et la satisfaction de vous revoir au milieu de vos concitoyens.

M. Baillargeon fit une réponse admirable, qui se termine par les paroles suivantes :

» Ce qui fait surtout ma consolation et ma joie en ce moment, c'est que je vois, dans cette expression de votre bienveillance pour moi, la manifestation des sentiments religieux qui distinguent si éminemment les citoyens de cette paroisse ; car c'est toujours à cause

de la religion que le pasteur est respecté et chéri, et jamais un peuple irréligieux n'a 'honoré celui qui prêche une religion qu'il méprise. C'est donc à la religion catholique, dont je suis le bien indigne ministre, que vous rendez ici un hommage éclatant.

» Or, pour celui qui aime sincèrement sa patrie, quelle joie d'y voir cette religion sainte aimée et respectée ! et pour celui qui désire ardemment le bonheur de ses compatriotes, quelle consolation de la trouver gravée profondément dans leurs cœurs ! Car, il faut bien le comprendre, messieurs, et c'est le temps de le publier à la face de l'univers, c'est la religion qui sauve les peuples, et il n'y a de salut pour eux qu'en elle, et dans le temps et dans l'éternité.

« Avec la certitude que vous aimez sincèrement votre religion, en partant pour aller l'attester au vicaire de Jésus-Christ et le prier de vous bénir, j'emporterai donc dans mon cœur le doux espoir que ma patrie ne périra pas, qu'elle sera sauvée ; qu'elle prospérera et qu'elle grandira ; que la main de Dieu vous protégera, et que vous serez heureux; et toujours cette pensée fera mon bonheur. »

Il y avait à peine trois mois qu'il était rendu à Rome, que la mort enlevait à Québec son vénérable archevêque Mgr Signay. Son successeur, Mgr Turgeon, obligé par son grand âge et la faiblesse de sa ?anté, de demander le secours d'un coadjuteur, adressa au Souverain Pontife une requête à cet effet, et désigna l'agent des évêquee du Canada. Il écrivit aussi à M.

Baillargeon pour lui apprendre qu'il demandait un coadjuteur au Saint Père, et lui dire de prier à son intention afin que le nouveau prélat fût suivant le cœur de Dieu. Le 3 novembre 1850, M. Baillargeon écrivit à Mgr Turgeon :

« Nous prions Dieu de tout notre cœur, M. Sax et moi, pour Votre Grandeur, et pour l'église confiée à votre sollicitude pastorale, afin qu'il lui plaise de vous accorder les lumières et la force nécessaires pour accomplir dignement votre haute et sainte mission, et de vous donner un coadjuteur qui soit lui même un pasteur selon son cœur, capable de seconder votre zèle, de vous soulager en tout et digne do vous succéder. C'est pour demander cette grâce avec plus d'instance et d'efficace, que nous avons été tous deux dire la sainte messe sur le tombeau des SS. Apôtres, princes et modèles de tous les pasteurs de l'église, le jour de la Toussaint. »

Le 5 décembre 1850, Mgr Turgeon lui repondait : « Vous avez fait plus que m'écrire pour me donner une preuve de votre attachement; vous avez été, avec le bon ami Sax, célébrer la sainte messe sur le tombeau des SS. Apôtres pour mes plus grands besoins, surtout pour le plus pressant, pour demander à Dieu qu'il m'accorde un coadjuteur selon son cœur, qui ait toutes les qualités requises pour procurer le bien de l'église du Canada, ainsi que l'assistance qu'il me faut : or, à la date où nous sommes, vous connaissez ce que vous ne connaissiez pas alors ; vous apercevrez une coïncidence frappante entre ce que nous faisions ici à cette époque, et ce que vous faisiez de votre côté. Vous

demandiez à Dieu ce que nous lui demandions, avec cette seule différence, que nous, pour être assurés du succès de nos prières, nous nous adressions à l'interprète des volontés divines. Hœc meditare, in kis esta. Mais, c'est de grand cœur que je vous remercie de votre bonne quoique innocente prière ; jusqu'ici, je vois bien clairement que le bon Dieu conduit toutes vos affaires. Je n'en excepte pas même celle de votre sceau, où vous avez été faire placer pour motto : Non quod ego volo. Vous ne ïe répudierez jamais ce motto. parce que vous l'avez pris à trop bonne source, et déjà il vous a grandement servi, et à moi aussi. Deo gratias. »

La requête envoyée au Souverain Pontife par Mgr Turgeon, fut signée par tous les évêques du Canada. Les vénérables prélats, sachant d'avance que M. Baillargeon ferait l'impossible pour se soustraire à l'épiscopat, avaient eu soin de supplier Sa Sainteté de ne pas avoir égard à ses résistances. Ce document est trop important pour ne pas être cité presque dans son entier. Il est daté du 2 novembre 1850, et adressé au cardinal Franzoni.

« Cet ecclésiastique, qui redoute d'autant

plus Je fardeau de l'épiscopat qu'il est plus digne de le porter, fera sans doute tous ses efforts pour obtenir de n'en être point chargé ; mais j'espère que ses résistances seront inutiles, et que l'autorité du Souverain Pontife interviendra, s'il est nécessaire, pour l'obliger en vertu de la sainte obéissance à répondre à nos vœux.

« Les motifs qui nous portent à demander à Sa Sain-

teté avec tant d'insistance qu'il veuille bien me donner M. Baillargeon pour coadjuteur, sont, que ce dipiio prêtre joint à une vertu consommée, une science pro: fonde dans les matières ecclésiastiques, un grand zèle pour la discipline, une fermeté de caractère qui ne se dément jamais nu milieu même des plus grandes difficultés, une grande connaissance des hommes, une prudence et une habileté remarquables dans les affaires. Il jouit en outre de la confiance non-seulement de tout le clergé de l'archidiocèse de Québec et de celui des autres diocèses de la province ecclésiastique, mais encore de tous les laïcs, parmi lesquels se trouvent beaucoup de protestants, qui ont su apprécier en bien des circonstances sa capacité et son mérite. II est vrai que sa santé pourrait paraître un prétexte plausible à son refus d'accepter l'épiscopat; mais cette considération sera regardée, je l'espère, comme d'une importance minime à côté de toutes les autres qualités qui le rendent propre à cette dignité. Malgré la faiblesse de sa santé, il n'en a pas moins rempli, de la manière la plus honorable à la religion, les devoirs de curé de la paroisse la plus considérable de l'archidiocèse de Québec dans les circonstances les plus difficiles, et j'ai lieu d'espérer qu'elle lui permettra de remplir également bien ceux de la charge épiscopale, qui préente rarement plus de difficultés.

Que V. E. me permette d'ajouter que les temps deviennent mauvais pour l'église du Canada, que Forage qui gronde en Europe 'i aussi quelque retentissement dans cette partie du nouveau monde, et

que nul homme n'est plus apte à la conjurer que le sujet que nous recommandons au choix du Souverain Pontife. »

Les évêques ne s'étaient pas trompés; M. Baillargeon, dont la santé avait toujours été chancelante, se trouvait alors tellement affaibli par la maladie, qu'il croyait ne jamais revoir le Canada ; il avait même cherché une maison hospitalière où il pût mourir en paix. L'état misérable de sa santé était son plus fort argument pour décliner la lourde charge de l'épiscopat. Un instant, le Saint Père fut ébranlé ; mais, se rappelant que les évêques du Canada insistaient fortement pour que cette raison ne fût pas un obstacle, il obligea le pauvre malade à accepter le fardeau. Des extraits de quelques lettres montreront son humilité et en même temps sa soumission à la volonté de Dieu : Non quod ego volo.

Lo 21 janvier 1851, il écrivait à son frère, le vénérable curé de Saint-Nicolas, qui l'a prévenu dans la tombe, sans avoir le bonheur de lui dire adieu aCher frère,, tu ac bien su apprécier mes dispositions' dans les circonstances où je me trouve. Tu me connaissais ; tu ne pouvais donc pas te réjouir de ma nomination. Tu me conseilles, en bon prêtre et en bon frère, la soumission à la volonté de Dieu. C'est aussi le parti que j'ai pris, dès les premiers jours. Après

(a, M. Etienne Baillargeon est mort à Saint-Nicolas, le 25 avril 1870, j'l>'in d et d" vertus, à l'Age '!'• 62 ans.

avoir fait ce qui dépendait de moi pour faire tomber Je choix sur un autre, en exposant franchement au Pape mon état maladif, j'ai tout remis entre les mains de Dieu, ne voyant aucun moyen de résister, si, malgré ces représentations, le Saint Père persistait et me commandait d'accepter. C'est ce qu'il a fait, sur L'avis unanime des Cardinaux qui composent la congrégation de la Propagande. Les choses en sont là ; les bulles ne sont point encore sorties. Oh ! si la providence voulait qu'elles fussent envoyées à un autre, ce qui pourrait encore arriver, que je le bénirais de bon cœur ! Ce cri d'approbation qui s'élève île tous les points du diocèse, m'étonne et m'afflige ; moi qui ne trouve point d'autre prière à adresserai! Seigneur que celle-ci, qui s'échappe de mon cœur jour et nuit comme un gémissement : Ayez pitié de votre église ; et ayez pitié de moi ! Me confiant en la grâce de Dieu, et en la protection de la sainte Vierge, qui est ma mère et à qui j'ai demandé de dire à son divin fils qu'elle est ma mère, afin qu'il ne me laisse pas périr, je me sens fortifié, résigné, et je prends courage.»

« Mon cher monsieur, écrivait M. Sax au curé do Saint-Nicolas le 30 décembre 1850, la grande affaire est terminée, Dieu en soit loué ; notre bien-aimé curé est nommé coadjuteur. Mais je vous entends me demander : Quelle impression a faite sur lui son élévation àl'épiscopat?— Eh bien! voici : sur le moment, il a éprouvé un chagrin profond, mais qui n'a duré que quelques instants, du moins en apparence. Il s'y attendait : car la lettre unanime des évèques cana-

diens, et les paroles du Pape lorsqu'il eut une audience à ce sujet, lui avaient enlevé l'espérance de pouvoir se dérober à la charge dont il était menacé. De sorte qu'il avait pris son parti, et qu'il laissait faire la Providence, suivant son expression. »

:< Samedi, je suis allé à la Propagande pour quelques affaires, mais principalement pour savoir où en était la nomination du ccadjuteur, lorsque Monseigneur Barnabo m'apprit que la nomination était faite. De retour à la maison, le curé me demande aussitôt en souriant, si j'avais des nouvelles : Oh oui ! et de bonnes —Le coadjuteur est-il nommé. Oui, le Saint Père l'a nommé dimanche.— Et c'est ?— C'est M. Baillargeon A cette réponse, il jeta un soupir, et se mit a pleurer en me disant : Je m'étais résigné à la volonté du bon Dieu ; mais j'espérais toujours qu'il ne m'imposerait pas cette charge. Après quelques moments donaés aux pleurs, qui lui ont pour ainsi dire déchargé le cœur du poids dont il était oppresse, il a repris sa gaité ordinaire. »

« Pour ma part, quoique je fusse réjoui, on ne peut plus, de sa nomination, cependant, lorsque je l'ai vu ainsi désolé, j'en ai été touché jusqu'aux larmes, et c'est à peine si je pouvais lui adresser quelques paroles pour le consoier et le fortifier. Mais, je vous le répète, ce moment de chagrin n'a pas duré plus d'un quart d'heure. Je lui ai rappelé sa résolution de se résigner à la volonté du bon Dieu, et tout a disparu. Je crois bien cependant que, dans son cœur, il éprouve encore des moments de douleur profonde ; mais il ne tarde

pas à dominer cela, surtout lorsque je m'en aperçois, car alors je l'ai bientôt distrait de cette pensée. »

« C'est chose merveilleuse, Monseigneur, disait .

M. Sax à l'archevêque de Québec dans une lettre du 16 février 1851, que cette soumission de Mgr votre Coadjuteur à la volonté de la providence ; car, connaissant ses goûts si contraires à l'épiscopat, je ne puis m'expliquer comment il a pu parvenir à surmonter sitôt ses répugnances, et se réconcilier avec le titre de Monseigneur.

« Il ne faut pas croire cependant qu'il soit content. Oh ! non ; il a encore par moments des luttes violentes avec lui-même, des instants de chagrin amer, mais sa crainte de Dieu et sa soumission à sa volonté sainte ne tardent guère à dissiper ces nuages, et a lui rendre le calme et cette bonté qui lui sont naturels. »

La lettre qui suit est datée du 23 février 1851, et signée C. E. Ev. de Tloa ; Sa Grandeur annonce sa consécration au curé de Saint-Nicolas. Rien de plus ravissant. Cette lettre est digne de la plume de Fénelon.

« Frère, en face de File aux Grues, est une petite île appelée île au Canot. Là habitait seul, il y a maintenant quarante-trois ans, un jeune et pauvre ménage. Une nuit que le mari était absent, la femme fut réveillée par les cris d'un jeune enfant. . Elle se lève, le prend dans ses bras, i'appaise en Jui donnant son sein, et s'assit sur son lit en attendant qu'il s'endorme. La nuit était sombre ; la tempête grondait. Ses six jeunes enfants dormaient d'un paisible sommeil ; elle

seule veillait au milieu des ténèbres. S'étant mise à considérer son isolement, l'abandon où elle se trouvait, sa pauvreté, le triste avenir de sa nombreuse famille, elle se sentit le cœur pénétré de douleur ; et, après s'être recommandée à la sainte Vierge, à laquelle elle avait une grande confiance, elle donna un libre cours à ses larmes. Tout à coup, une voix se fait entendre, et lui dit : « Console-toi, deux de tes enfants seront prêtres, et l'un de ces deux prêtres sera évêque.» Aujourd'hui, le premier de ces prêtres est évêque de Tloa in parti bus infidelium, biége suffragant de Myre, illustré par le grand Saint Nicolas, et coadjuteur de l'Archevêque de Québec; et le second est curé de la paroisse de Saint-Nicolas, près de Québec.

« Quelle était cette voix ?

« Oui, c'est aujourd'hui que cette prédiction s'est accomplie. Je n'y croyais point avant cette année ; maintenant j'y crois. L'événement a confirmé l'oracle. C'est ce matin que j'ai été sacré par les mains du vénérable et saint cardinal Franzoni, préfet de la Propagande, assisté de l'archevêque de New -York (c), et de l'évêque de Marseillcs (d), dans l'église des Pères Lazaristes. Que la sainte volonté de Dieu soit faite ; car tout me dit, tout me prouve que c'est la volonté de Dieu. Il faut obéir à Dieu. Seulement, je crains de ne pas correspondre à ses grâces. Prions* frère, prions beaucoup, afin que dans sa miséricorde jl les multiplie tellement, qu'il me préserve du malheur d'en abuser. »

(f) Mj^r Hogbes.

(il; <>l.

« Je compte partir de Rome vers le 15 mars. Je m'embarquerai vers le 15 mai pour l'Amérique, afin de nie rendre à Québec vers le commencement de juin, moins joyeux que si je n'étais pas évêque, mais toujours fort heureux de t'embrasser ainsi que ce cher papa (e) et toute la famille. Adieu, frère. »

Mgr l'Archevêque était l'aîné de la famille. La lecture de cette lettre pourrait peut-être faire croire que l'illustre prélat est né à l'île au Canot ; mais il n'en est rien : peu après sa naissance, ses parent- habitèrent cette île pendant quelque temps, et revinrent ensuite résider de nouveau à l'île aux Grues.

A la même date, il écrivait aussi à l'un de ses pius intimes amis, à l'abbé Plante, qui fut dix-huit ans son vicaire a N.-D. de Québec, et plus tard chapelain de l'Hôpital-Général :

« Carissime, Benedicat te omnipotens Dens Poter et Fil ius et Spiritus Sanctus. Amen, Amen ! »

« Vous m'avez demandé les premières lignes tracées de ma main d'évêque : les voici, inspirées par l'amitié, suggérées par l'église, sanctifiées par la chai ite ! »

« Oui, c'est aujourd'hui que ce sacrifice s'est accompli, que cette main a été consacrée. M. Sax vous envoie tous les détails de ce grand jour de ma pauvre vie : il est inutile que je vous les répète ; comme il n'est pas besoin non plus que je vous donne les autres nouvelles, puisque notre ami s'est chargé de vous les dire. »

(e) Le père de Mgr l'Archevêque .est mort au presbytère de Saint- Nicolas, le 25 décembre 1860, à l'âge avancé de 89 ans.

« Ecce Sacerdos frctus es, non alleviasti omis tuum, dit le pieux auteur de l'Imitation. Qu'aurait-il donc dit à celui qui a été élevé à la dignité d'évêque ! Moi, je ne sais plus dire que ces paroles à mon Dieu : Avez pitié de moi ! ayez pitié de votre église ! el à mes amis, et à toutes les âmes charitables, et à von- en particulier : Priez pour moi. »

A son arrivée à Québec, les journaux du temps disent qu'il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie, comme un père impatiemment attendu, après une longue absence, au sein de sa fumlle. Une foule immense couvrait les qu.is. encombrait les rues, depuis le débarcadère jusqu'à Noire Dasve. La section Saint- Jean de la société Saint Jean-Baptiste était rangée sur le quai avec ses bannières et insignes et les drapeaux de la milice canadienne, sous les plis desquels Sa Grandeur se rendit à la cathédrale. Jamais un tel rassemblement ne s'était vu à Québec depuis le jour ou Mgr Plessis débarqua au même lieu à son retour de Rome.

Il employa toutes ses forces à aider Mgr l'Archevêque dans l'administration du diocèse. Le 8 mars 1852, il était nommé supérieur des Ursulines, de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital Général. Ce fut surtout dans la visite si pénible des paroisses qu'il rendit service à l'archevêque : on sait combien laborieuses, fatigantes et souvent périlleuses étaient à cette époque les visites lointaines de la Gaspésie, do la Bue des Chaleurs et du Labrador. Quel travail il s'imposait pendant ces visites ! Il faut l'avoir vu à l'œuvre, pour

pouvoir se former une idée des fatigues auxquelles il se condamnait : les journées entières étaient employées à prêcher, cathéchiser, confesser, confirmer, à consoler, encourager, relever les âmes abattues. Où il était admirable surtout, c'était en instruisant les petits enfants. Quelle suave simplicité ! comme il savait se mettre à la portée de leur jeune et faible intelligence ! quelle manière frappante, originale, claire, dans l'exposition des sublimes vérités de la religion ! quelles gracieuses et saisissantes comparaisons! Comme il remuait profondément les âmes, et y laissait une impression durable, lorsque, l'office terminé, ayant, la inître sur la tôle, la crosse à la main, prêt à laisser son trône, il se tournait tout à coup vers lafoule recueillie, et d'une voix empreinte d'une émotion divine, faisait entendre ces mots : « Tout pour Dieu ! Tout pour Dieu ! mes chers frères. » C'était son adieu.

Nous ne pouvons résister au piaisir de citer une lettre écrite eu tournée pastorale, à M. l'abbé Plante. Elle nous montre que sous la mître, sa charité pour les pauvres n'avait fait que s'accroître. Cette lettre est datée du Bic le 20 juillet 1855.

« Cher ami, j'écris avec celte plume d'or que vous m'avez donnée, vous savez quand et pourquoi.»

« J'ai eu des nouvelles agréables de votre examen, et de celui des Ursulines par M. Cazeau, q ii a figuré d'une manière si brillante à côté de Lady Head. Je gagerais que vous n'étiez pas là, et que vous avez dédaigné de voir ces belles choses, par esprit de philosophie ; mais je vous assure que ce n'est pas une bonne philosophie que celle-là. »

«Je m'imagine que vous passez assez agréablement le temps à Québec. C'est un enchaînement non interrompu de concerts, de fêtes, etc. Allez-vous faire quelque figure dans celles que l'on prépare à la Capricieuse ? Oh ! si l'argent que l'on gaspille à toutes ces fêtes était employé a apaiser la faim de nos pauvres, surtout des pauvres de ces quartiers, où la misère est si grande cette année à la suite de la gelée de l'automne dernier ! Oh ! combien de braves gens, de petits enfants qui demandent du pain, qui petunt panem, et non est qui ffangat eis, qui se nourriraient volontiers des miettes qui tombent de la table de nos citadins en fêtes, et nemo dat eis ! mais i! n'en mourra aucun de faim, je l'espère. Le bon Dieu prendra soin de ces petits. Tibi derelictus est pauper / »

« On fait aussi des fêtes, et des fêtes bien cordiales en ces paroisses ; mais ne sont fêtes toutes religieuses, fêtes et triomphes à celui qui vient au nom du Seigneur. Et le Seigneur bénit lui-même ceux qui ignorent son envoyé. Oh ! le bon peuple que celui de ces campagnes ! Oh ! que je les bénis avec effusion de cœur : Et je bénis aussi, de toute l'affection de mon âme, votre bonne communauté, avec son chapelain, que j'aime toujours de tout mon cœur, quoiqu'il ne m'ait pas écrit. »

Dans le mois de février 1855, l'archevêque Turgeon

était frappé de paralysie, et, le 11 avril de la même

\ Mgr de Tloa fut chargé du lourd fardeau de

toute l'administration de l'archidiocèse. Que d'œuvres

accomplies pendant cette période qui s'étend de 1855 à 1867 ! Impossible de les énumérer toutes ici ; qu'il nous suffise de rappeler les principales. 11 inaugure son administration en donnant un mandement pour encourager le culte de la sainte Vierge, dans l'église de Notre-Dame des Victoires de la Basse-Ville de Québec. C'est un des plus beaux, des plus touchants, des plus pieux écrits qu'il soit donné de lire sur la sainte Vierge ; on le croirait sorti de la plume de saint Bernard.

Citons plutôt. Après avoir parlé du culte de Marie, et avoir fait l'histoire de l'église de Notre-Dame des Victoires, il continue : " C'était pour récompenser la piété de vos pères, et pour glorifier le courage des zélés missionnaires qui autrefois, avant de partir pour aller arroser de leurs sueurs et de leur sang les pays des Hurons et des Iroquois, venaient dans son église la saluer, et mettre leurs travaux apostoliques sous son auguste patronage, qu'elle se montrait si compatissante, si bonne et si libérale.

« Apportez-y, comme eux, une foi vive, une grande confiance en ses prières, un amour ardent pour Jésus, et les merveilles de sa charité se ronouvelleront pour vous, et les bénédictions du ciel couleront avec abondance sur vous comme sur eux : car la puissance et la miséricorde de notre Dieu ne sont point épuisées ; et le crédit et la charité de sa divine mère n'ont point diminué.

«N'est-ce pas ce que cette douce Vierge elle-même a voulu nous faire entendre, en inspirant à ses dévots serviteurs la pensée de placer son image au chevet de

cette église déjà illustrée par ses bienfaits ? N'est-ce pas encore ce qu'a dû vous faire comprendre cette grande solennité de l'inauguration de la noble statue de Marie, sainte et touchante cérémonie par laquelle ce sanctuaire lui a été comme dédié, et consacré de nouveau, au moment où le Chef auguste de l'Eglise, en révélant au monde chrétien la gloire de la Conception Immaculée, invitait tous les fidèles à redoubler d'amour pour elle et de confiance en sa protection? N'est-ce pas enfin la douce espérance que doit maintenant vous inspirer, en entrant dans cette Eglige, la ravissante image de cette bienheureuse mère, tenant dans ses bras son divin Fils Jésus, principe et auteur de toutes grâces, comme pour vous dire, que c'est par elle qu'il veut vous les donner, que ses mains en sont pleines, et qu'elle est là pour vous les distribuer?

« Oh ! oui, nos très chers frères, vous pouvez et vous devez le croire, cette statue, juste tribut de votre reconnaissance, et de votre vénération pour la sainte Vierge, vous offre un nouveau gage de sa protection sur vous et sur vos familles. Placée à l'ombre de la redoutable forteresse qui couronne et défend votre \ille et votre pays, cette gracieuse figure sera pour vous une sauve-garde plus assurée, et plusdurable que tous les remparts.

« Venez donc, serviteurs de Jésus, enfants de Marie, venez tous aux pieds de cette douce image de votre mère; venez, avec amour et confiance, lai offrir vos hommages, et implorer son assistance. C'est dans ce sanctuaire vénéré, comme dans son palais, que cette Reine du ciel et de la terre attend votre visite, et

qu'elle daigne vous inviter à vous approcher d'elle. C'est là que ses yeux seront ouverts sur vos misères, et ses oreilles attentives à vos prières. C'est là qu'elle sera toujours prête à vous éclairer, à vous fortifier/ à vous soulager, à vous consoler, à vous bénir.

«Venez-y, navigateurs échappés à la tempête et au naufrage, pour la remercier de vous avoir sauvés du danger, la prier de vous protéger encore, et de vous garder surtout des ennemis de votre salut, qui vous attendent dans le port, et menacent d'y faire périr vos âmes.

« Venez -y, voyageurs de toute âge et de toute condition, afin de lui demander de guider vos pas, et de vous conduire heureusement au terme de votre voyage. Mais à quel danger est exposée votre innocence au milieu des scandales, et des tentations sans nombre, qui vous assiègent au sein des villes que vous traversez, et vous poursuivent surtout dans vos marches î Ah ! prosternés dans ce sanctuaire de Marie, conjurez cette Mère de pureté, cette protectrice de l'innocence, de garder vos âmes, et de les préserver de la funeste contagion du péché.

« Pauvres pèlerins, exilés infortunés qui cherchez une autre patrie, venez, entrez dans ce temple ; vous pourrez y oublier un moment que vous êtes étrangers en cette terre; vous y trouverez une mèrr compatissante, que l'Eglise appelle la vie, l'espérance des pèlerins et des voyageur.-;, à laquelle il a été donné de consoler les enfants d'Adam exilés dans cette vallée de larmes.

« Et vous, membres de la Société de Tempérance,

associés do la Croix, connaissez-vous les épreuves auxquelles votre fidélité est exposée, lorsque vous venez en ville ? Avez-vous considéré les pièges sans nombre que le démon de Fintempérance vous y n dressés ? N'avez-vous pas encore appris par la triste expérience que vous y avez faite de votre faiblesse,— ou du moins par le hideux spectacle que d'autres vous y ont donné de la leur,— que vous y courez le plus grand risque d'être surpris et de succomber, si vous n'êtes sur vos gardes, et puissamment soutenus d'en haut? Oii î quel besoin vous avez alors du secours de- Marie ! Hàtez-vous donc en entrant en ville de vous rendre à son temple, et de la supplier d'être elle même votre force, de vous environner de sa protection, et de vous préserver de toute chute. Ah ! c'est pour vous, associés de la Sainte Croix, oui, c'est surtout pour vous qu'elle a préparé, et qu'elle lient en réserve, dans ce sanctuaire, un trésor de luraièreet de forces : et sa chiuïté vous invite à venir y puiser avec confiance. Oh! de quels biens, de quelles grâces vouvous priveriez, et à quel malheur vous vous exposeriez, si vous négligiez son aimable protection. Oh '. quelle honte, si malgré vos promesses et malgré les secours que celte tendre mère vous offre, vous manquiez à vos promesses do tempérance Oh ! quel outrage à celte sainte Mère de Jésus abreuvé de fiei et de vinaigre, pour expier nos intempérances,— si en face de son église, en présence de ses autels, au pied cle son image, cl pour ainsi dire sous ses yeux, vous vous livriez aux excès dégradants de l'ivrognerie, et devenu'/, ainsi un sujet de scandale pour la popula-

tion réunie de la ville et des campagnes! Ah! nous vous en conjurons, évitez ce malheur, en vous mettant smis la garde assurée de Marie.

« Qui que vous soyez, et de quelque part qne vous veniez, en arrivant dans cette ville, rappelez-vous que vous entrez dans le domaine de Marie, dans une cité dont elle est la patronne, la princesse et la dame; qu'elle y a sa demeure, son palais de réception, où elle veut bien recevoir les voyageurs et les étrangers, où elle daigne même les inviter à se présenter ; et puis songez qu'elle e-t grande Dame, bonne, charitable et puissante : (fie quels que soient vos craintes et vos espérances, vos j.iies ou vos peines, vos besoins de l'âme et du corps, vos souffrances, vos afflictions, vos tentations, elle peut vous soulager, si vous consentez à lui rendre visite, et à implorer son assistance. Oh! ne manquez donc pas d'aller |a saluer, à votre arrivée, pour lui rendre vos hommages, et implorer sa protection; et à votre départ encore, pour lui demander sa bénédiction.

« Citoyens de Québec, il vous a'élé donné d'avoir Marie pour reine et pour patronne, vous avez le bonheur d'être ainsi d'une manière toute spéciale, ses sujets et ses enfants. Elle attend donc de vous un respect, un amour, un dévouement et des hommages singuliers. Vous avez aussi un droit tout particulier à sa protection et à son assistance : c'est votre piété qui lui a élevé l'Eglise de Notre Dame des Victoires : la construction de ce sanctuaire est l'œuvre de vos pères, sa réparation récente et son embellissement, ainsi que la magnifique statue qui en fait aujourd'ui l'ornement, sont

les fruits de votre libéralité et de votre zèle pour la gloire de cette sainte mère. A vous donc, avant tout, de l'honorer dans ce sanctuaire. A vous le privilège de recueillir les premières et les plus précieuses faveurs qu'elle veut y distribuer à ses enfants. A vous aussi de vous montrer les plus empressés et les plus assidus à y venir pour lui rendre vos devoirs, et implorer son secours. A vous enfin de vous faire une sainte habitude de ne jamais passer à sa porte, sans entrer pour lui rendre une visite {«) ».

(Ai Pendant sa dernière maladie, un jour qu'il pensait que ersonne ne pouvait le voir ni l'entendre, Mgr s'avance près de sa statue de la sainte Vierge ,qui tient l'enfant Jésus dans ses bras, et lui adresse, sous forme de discours, la plus touchante de toutes les prières ; en voici les principales pensées : iO Marie, vous savez que depuis le moment où celle qui m'a donne le jour m'apprit que vous étiez ma mère, je n'ai cessé de vous donner ce doux nom. Vous savez combien de fois — moi je ne saurais le dire — j'ai récité votre prière par excellence, Je vous salue Marie. Vous pouvez dire aussi combien de fois j'ai récité \otre chapelet et vos touchantes litanies, où il y a place et consolation pour toutes les misères. Vous connaissez encore à combien de fidèles j'ai dit dans ma vie que vous êtes leur mère, H qu'ils sont vos enfants. Vous connaissez également à combien île lidèles et combien de fois j'ai tait réciter la salutation angélique ''t vus litanies.

« Vous aimez votre divin Fils: vous le tenez sans cesse pi sur votre cœur. Eh bien! vous savez aussi que je l'ai aimé, et que je l'aime, el que toute ma vie a été employée à le faire aimer •

«Dans votre prière, Je vous salue Mûrie, il y a ces mots : Priez pour nous maintenant, et à l'heure de notre mort. 0 Vierge immaculée, ma mère ! me voilà rendu à l'heure de ma mort! '• ne m'abandonnerez pas. Pea-

Une année auparavant (1854), il avait écrit le célèbre mandement des Tables tournantes', cette lettre pastorale est si remplie de doctrine, que le Père Gury la cite avec éloge dans plusieurs éditions de sa théologie morale.

Personne n'a oublié la grande démonstration qui fut faite à Québec en faveur du Souverain Pontife, en 18G0. Qu'il était beau d'entendre nos hommes d'état les plus illustres, professer publiquement leur attachement au Saint Siège ! Mais, dans cette circonstance solennelle, qui fut une lutte oratoire en même temps qu'une brillante manifestation 'de la foi catholique de notre ville, Mgr Baillargeon sut conquérir la palme. Nous ne pouvons citer que quelques phrases de son discours.

« C'est ici une assemblée d'un genre nouveau, une assemblée extraordinaire, soit dans le nombre et la qualité des personnes qui la composent, soit dans son objet.

« C'est la population catholique d'une grande ville qui s'est réunie ; ce sont les 40,000 catholiques de Québec, auxquels se sont joints MM. les députés catholiques de la province, ainsi que tout ce qu'il y a

dant ma vie, vous vous êtes toujours montrée ma mère ; j'ai constamment éprouvé les effets de votre tendresse maternelle : vous ne me les discontinuerez pas dans ce moment solennel, et .j'éprouverai ce que j'ai si souvent répété à vos lîdèles serviteurs r l'enfant de Marie ne saurait périr.»

Deux Sœurs de la Charité, présentes dans une pièce voisine de la chambre de Monseigneur, entendirent celle prière ^i pleine de loi, de piété liliale et de confiance envers Marie.

de plus noble parmi les fonctionnaires publics, qui ont voulu s'assembler en masse. Us ont vu qu'ils ne pouvaient se réunir dans un même local, ils se sont doue partagés par sections, et se sont précipités avec empressement dans les lieux différents qui leur étaient assignés. Et, en ce moment, la magnifique salle où nous sommes réunis (a), et les quatre grandes église du faubourg Saint-Jean, du faubourg Saint-Roch, de Saint-Patrice et de Saint-Sauveur, sont remplies par des hommes qui n'ont tous qu'un cœur et qu'une âme, qui n'ont tous qu'une pensée, qu'un sentiment et qu'une voix. »

« Quel spectacle, messieurs ! qu'il est noble, qu'il est grand cet empressement de la population catholique de toute une ville î »

«Vous savez déjà quelle en est la cause; mais je serai heureux de la rappeler, et il vous plaira sans doute de l'entendre encore. Un cri de détresse est parti du trône apostolique, et il a été entendu de tous les enfants de l'église et en particulier de ceux du Canada. Ce gémissement, sorti du cœur du chef de l'Eglise, a pénétré jusqu'au cœur des catholiques de Québec ; ils ont été profondément émus, et voilà ce qui explique ce mouvement, cet enthousiasme. Ils ont compris, en effet, que leur père commun était dans la souffrance, et ils veulent aujourd'hui lui montrer leurs sympathies. >»

Bien que sa santé fut dans un état alarmant, cependant, en 1862, sur l'invitation de Pie IX, il se rendit à ', pour y assister aux fêtes de la canonisation des

(a) C'était la grande salle de l'Universlu:- Laval

martyrs du Japon ; c'est alors qu'il fut nommé Assistant au trône pontifical et fait Comte Romain. Dans la ville éternelle, tous ceux qui firent sa connaissance furent frappés de ses aimables vertus. Mgr de la Rouillerie, se trouvant un jour à table avec Mgr de Tioa et plusieurs évoques français, ne put s'empêcher de dire à un abbé canadien qui était à ses côtés : «Quel vénérable évoque vous avez! La sainteté brille sur cette noble figure ! On voit bien que ce n'est pas le gouvernement qui nomme les évoques dans votre heureux pays ! »

En 1863, il présidait le troisième concile de Québec, et alors, comme en 1868, il avait lui-même préparé avec un soin admirable toutes les matières à traiter; il avait même rédigé de sa propre main les décrets qui furent soumis à l'approbation ou à la modification des Pères.

Ce fut en 1865 que Mgr de Tloa publia la deuxième édition du Nouveau Testament ; il en fit hommage au Souverain Pontife. Le Pape lui envoya un bref tout à fait élogieux. Voici ce que lui-même nous apprend sur le travail employé à cette deuxième édition : « Chaque verset a pris environ une demi heure de mon temps ; ainsi les 7,975 versets ont dû m'occuper durant 3,975 heures et par conséquent 993 jours, à quatre heures de travail par jour ;. ce qui donne deux ans huit mois et vingt-un jours,

Le 24 mai 1866, Mgr Baillargeon se rendait sous le toit béni du séminaire de Nicolet, pour y assister à

cette fête unique dans notre pays, et qui a eu un si grand retentissement.

Sans doute, il redisait en lui-même les vers du poëte ; car son esprit et son cœur, comme nous le prouve le discours prononcé dans cette mémorable occasion, avaient conservé toute la fraîcheur de la jeunesse :

i » Xicolet, qu'embellit la nature, Avec transport toujours je te revois.

Sous tes frimas, co-nme sous la verdure, Tu plais autant que la première t'ois !

Ecoutons-le parler. C'est à regret que nous ne pouvons pas tout citer :

« Quand, après une longue séparation, il est donné à des frères de se rencontrer =ous le toit paternel, il fait bon de vivre ensemble. Ce jour est un beau jour. Ces frères sont heureux de se revoir, de s'embrasser mutuellement. Chaque frère se grandit, s'enorgueillit -pardonnez-moi, c'est une mauvaise expression,— se glorifie (Jes talents et de la gloire de son frère. Je comprends que tous ces sentiments se produisent aujourd'hui dans vos cœurs. Les joies de la famille, oh ! qu'elles sont pures ! qu'elles sont douces ! C'est une famille, c'est une réunion de frères que cette assemblée qu'il m'est donné de contempler en ce moment : car il y a aussi des frères de collège. »

« C'est un bonheur pour moi de rencontrer ici mes frères cadets, de joindre ma voix à toutes les autres pour glorifier cette maison, que vous avez si bien appelée Aima Mater. Moi aussi, je suis heureux de compter au nombre de ses enfants. Cette réunion si extraordinaire est l'accomplissement d'un vœu, d'un

souhait que je faisais il y a un demi-siècle. A celte époque, j'étais écolier de Nicolet. Plus d'une fois, je dis alors à mes condisciples que je serais heureux deles rencontrer dans cinquante ans. Mais c'était un rêve, et quel rêve de jeune homme ! je ne me doutais nullement qu'il s'accomplirait. Par une heureuse pensée, cependant, mon vœu se trouve aujourd'hui réalisé. Je ne sais si Ton me permettra de conseiller à mes jeunes frères de se donner un pareil rendez-vous, dans cinquante ans. C'est une chose très-possible, puisque je revois encore aujourd'hui dans cette réunion, mon respectable ami et compagnon, M. Guillet. Ah! que ceux qui ont disparu auraient de bonheur, de se joindre à nous aujourd'hui ! Quelle serait la joie, le contentement de tous ces directeurs qui trouveraient dans cette réunion tant d'amis précieux, s'ils pouvaient y prendre part. Biais pourquoi ne croirions-nous pas que, dans la lumière de Dieu, où ils sont, ils nous voient du haut des cieux ; que leurs âmes mémos voltigent en ce moment autour de nous ? Nos anges gardiens,' qui nous accompagnent pendant tous les instants de notre vie, sont bien aussi face à face avec Dieu ; pourquoi n'en serait-il pas de même de tous ces anciens directeurs ? »

Le 28 août 1867, l'intérieur de la cathédrale de Québec étalait, comme aujourd'hui, un deuil saisissait : les restes vénérés de Mgr Pierre-Flavien Turgoon étaient déposés à côté des cendres de son jllustre ami, Mgr Plessis. Le même jour, l'évoque de Tloa prenait possession du siège archiépiscopal de Québec. La prière faite à Rome sur le tombeau des Apôtres, se

trouvait exaucée. Mgr Turgeon avait un digae successeur. Cette nouvelle dignité fut, comme toutes les autres, acceptée avec un extrême chagrin, et seulement par soumission à la volonté de Dieu : Non quod ego volo. Depuis deux ans, Sa Grandeur suppliait le Saint Père d'accepter sa démission.

Rien ne fut changé dans ses habitudes et dans sa manière de vivre. On rapporte que, le jour de son ascension au trône archiépiscopal, quelques prêtres se permirent de lui dire : Monseigneur, maintenant que vous êtes archevêque, il faut que vous ayez une voiture, des chevaux, enfin un équipage conforme à votre dignité. L'archevêque réfléchit un instant, et prononça ces paroles d'une voix émue : « Du travail, donnez-m'en tant que vous voudrez ; mais, de grâce, des honneurs délivrez-m'en. »

Oui, du travail, qu'il en a fait pendant les trois dernières années de sa vie, au milieu de souffrances continuelles, et les plus cruelles, sans se plaindre et sans vouloir les avouer !

Travailler, travailler sans cesse, sans prendre aucun délassement, aucun congé, il le faisait sans doute par vertu, mais aussi par attrait. Il se permettait pourtant une espèce de récréation, qu'il trouvait dans l'étude des sciences. Il assistait régulièrement aux cours publics du soir donnés par les professeurs de l'Université Laval. Tous ceux qui ont connu intimement l'archevêque de Québec savent combien étaient étendues et variées ses connaissances dans les sciences naturelles. Une science surtout fai.-.iit ses délices, l'astronomie. Il faut avouer qu'elle est bien faite pour

enthousiasmer les gràn^es-fimpa; Il a constamment suivi les progrès si considérables de cette science pendant notre siècle, et était au courant de toutes les découvertes astronomiques. Que d'encouragements donnés aux élèves du petit séminaire de Québec en assistant à toutes leurs luttes littéraires ! Toujours, dans ces circonstances, de belles paroles tombaient de ses lèvres. C'est ainsi que, l'année dernière, il disait, à la fin d'une séance de l'Académie Saint-Denis : a Je suis enchanté de tout ce que je viens d'entendre. Continuez, nobles jeunes gens; cultivez, cultivez toujours votre intelligence sans oublier d'orner votre cœur, et vous obtiendrez ce que vous promet l'un de vos poètes favoris. Je voudrais bien citer l'un de ses vers, et ma mémoire le cherche en vain. N'importe, voici la fin du vers, et le principal : Sic itur ad astral Vous avez le vrai moyen de monter aux deux ? »

Le -2 février l!-68, Mgr Charles LaRocque lui remettait le Pallium, insigne et marque de la dignité archiépiscopale

Tout Je monde a encore présente à l'esprit la belle démonstration de l'automne dernier, lors de son départ pour le concile œcuménique. Les citoyens de Québec donnèrent une nouvelle preuve de leur loi, et un nouveau témoignage de leur amour et de leur vénération pour Mgr l'Archevêque. A Rome, pendant le concile, on sait comment l'illustre prélat a été vénéré par tous ceux qui l'ont connu, et comment son mérite et sa science ont été appréciés : il était membre

de la Congrégation de la Discipline. Mais ce qu'on ne connaît peut-être pas assez, ce sont les souffrances qu'il a endurées et les travaux qu'il s'est imposés, bien qu'à l'agonie, comme il le disait souvent au grand vicaire Taschereau. Un de ses grands chagrins fut de se voir forcé de laisser Rome sans pouvoir donner son vote sur le dogme si consolant de l'infaillibilité du Vicaire de Jésus-Christ, après avoir eu la gloire de signer, l'un des premier?, pour demander sa discussion dans le concile du Vatican.

Nous ne dirons rien de son retour au milieu de nous : les réjouissances et l'allégresse de ce jour se confondent, pour ainsi dire, avec notre deuil et nos larmes.

Lorsqu'il avait conjuré le Saint-Père d'accepter sa résignation, et fait valoir son grand âge, ses infirmités et ses afflictions, le Pape lui avait répondu : Moi aussi, je suis vieux; comme vous, j'ai des infirmités, et plus que vous je suis affligé, et cependant je mourrai sur le champ de bataille, les armes à la main: mourez donc aussi sur he champ de bataille. » A cette réponse, des larmes abondantes coulèrent de ses yeux; il écrivit promptement au Pape martyr, pour lui demander pardon, et lui dire qu'il mourrait avec lui sur !c champ de bataille. Nous savons comment il est mort les armes à la main pour ses chères ouailles. Bonus pattor nnimam suam dut pro ovibus suis. Il l'a donnée tout entière sa belle et longue vie.

Revenu de sa visite pastorale presque mourant, il s'occupa encore quelques semaines des affaires les

plus importantes de son diocèse; mais bientôt les forces l'abandonnèrent tout à fait. Toutefois, la présence de son cher clergé, réuni pour la retraite ecclésiastique, ranima sa vie à demi éteinte, et, le jour anniversaire de son élévation au siège archiépiscopal, il put recevoir les hommages de ses prêtres.

Ah ! quelle entrevue touchante, et en même temps quels adieux déchirants ! Il fit ses dernières recommandations à ses enfants — nous l'avions appelé notre père ;— à ses compagnons d'armes,— nous l'avions appelé notre chef. Sa voix, qui n'avait plus rien de terrestre et qui semblait venir d'outre-tombe, nous électrisa ; quelles larmes coulèrent lorsqu'il prononça ces paroles : « Mon successeur possédera plus de science, plus de qualités, plus de vertus que moi ; mais, vous aimer davantage, c'est impossible ! »

Enfin, quelques semaines encore s'écoulèrent. Les souffrances redoublent ; mais la résignation et la vertu ne font qu'augmenter jusqu'à cette heure fatale où, le 13 octobre, à cinq heures et vingt-deux minutes, entouré des membres de sa famille, d'un grand nombre de prêtres de la ville, ayant à son chevet Mgr l'évoque de Rimouski, au milieu des sanglots et des cris de douleur, il rendit sa grande, n'oble et belle àme au Prince des Pasteurs, et reçut, sans doute, la couronne de gloire qui ne se flétrit point: Cam apparucrit Princeps Postorum, percipictis immar cessibdem gloriœ coronam (I. S. Pierre, V. 4).

Nous laissons à son panégyriste le soin de louer plus en détail ses vertus. Seulement, nous d.rons que

tout ce que Dieu a mis de dévouement, d'affection et de charité dans le cœur de l'homme,, s'est réuni dans celai de Mgr Baillargeon pour y former un trésor de bonté, d'affection et de miséricordieuse tendresse. I! avait dû méditer souvent ce mot de saint Augustin : Debemus amo.ndo corripere ; nous devons corriger avec amour.

Nous pouvons donc assurer que les paroles qui se lisent sur le tombeau d'un évoque dans l'église de Sainte-Marie des-Anges, à Rome, et qui se trouvent placées en tète de cette notice biographique, conviennent admirablement à l'illustre et saint prélat.

Yiriute vixit, memoria vivit, gloria civet: Il a vécu dans la vertu, il vit dans la mémoire des hommes, il vivra, ou plutôt il vit dans la gloire. Amen.

ENTRETIEN avec Xotre Seigneur, après la communion, écrit de la main de Mgr Baillargeon.

0 mon Seigneur et mon Dieu!

Vous m'avez créé, Vous m'avez racheté de votre sang, Vous m'avez purifié et régénéré dans votre sang, Vous m'avez pris pour votre serviteur,

Et vous venez à moi !

Et vous vous donnez à moi !

( ) mon Seigneur et mon Dieu ! je vous adore ;

O mon Seigneur et mon Dieu ! je m'anéantis devant vous ;

O mon Seigneur et mon Dieu ! comment avez-vous pu consentir à venir à moi, et à vous donner à moi !

O! vous êtes mon Seigneur et mon Dieu!

O mon Seigneur et mon Dieu ! j'ai péché contre vous !

O mon Seigneur et mon Dieu ! je suis indigne de toute grâce ;

O mon Seigneur et mon Dieu ! je me confie en votre bonté, en votre miséricorde, et je n'ai d'espérance qu'en vous.

O mon Seigeur et mon Dieu ! je me repens de vous avoir ol Pensé ;

O mon Seigneur et mon Dieu! je veux vous aimer et vous servir ;

O mon Seigneur et mon Dieu ! faites-moi la grâce de vous aimer et de vous servir ;

O Bonté ! o Charité ! ô Miséricorde infinie !

O mon Jésus ! ayez pitié de moi, dans cette honte, charité et miséricorde infinie;

O mon Jésus ! sauvez-moi dans cette bonté, charité et miséricorde infinie:

0 mon Jésus ! ayez pitié de moi en votre nom ;

O mon Jésus ! sauvez-moi en votre nom.

() mon Seigneur et mon Dieu ! je vous adore avec les adoralions de vos anges et de tous mis saints du ciel et de la terre .

O !.. Je vous bénis avec les bénédictions de vos anges el de tous vos saints du ciel et de la terre ;

O!.. Je vous aime avec l'amour de vos anges et de tous vos >aints du ciel et de la. terre.

O mon Seigneur et mon Dieu! je vous donne

Mon âme et mon corps.

Mon esprit et mon cœur,

Mrs pensées et mes désirs,

Mes paroles et mes actions,

Toutes les allections de mon âme et de mon cœur,

Mes joies '■( mes peines,

Mes croix ''i mes tribulations,

Mes travaux et mes souffrances, Mes maladies et mes infirmités, Mon agonie et ma mort.

0 mon Jésus ! je crois en vous, Tout ce que vous enseignez, 6 Souveraine Vérité, Tout ce que vous commandez, ù Souverain Maître, Tout ce que vous promettez, ù Dieu fidèle et souverainement bon.

J'espère en vous, grâces, miséricorde et salut ; et je ne serai pas confondu, ô Jésus mon Sauveur et mon Dieu, qui êtes venu en ce monde pour me sauver, qui avez un nom par lequel il faut que nous soyons sauvés.

Je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces, ô mon Seigneur et mon Dieu, qui êtes digne de tout amour, et qui m*avez aimé le premier.

Augmentez en moi la foi, l'espérance et votre saint amour, et prenez-moi pour votre serviteur.

Je vous demande l'ette grâce en votre samt nom ; Je vous demande cette grâce, aussi en votre saint nom, pour tous les membres de votre sainte Eglise, pour tous les fidèles de ce diocèse, pour tous les pasteurs, prêtres, lévites, religieux et religieuses, pour tous ceux qui se sont recommandés à mes prières, pour mon père (a), mes frères, mes sœurs et leurs familles; pour tous ceux qui prient pour moi, pour mes amis

et mes ennemis, pour

Je vous demande, seigneur, pour eux et pour moi, l'esprit de componction et de pénitence, maintenant et à l'heure de la mort , l'esprit d'humilité et de patience, '!'■ piété et de charité ;

de zèle pour votre gloire, et pour leur salut : Votre esprit pour moi, ù mon Jésus,

afin que je sois un digne ministre de vos saints autels, et du salut de leurs âmes ; Votre esprit pour dix, afin qu'ils soient

vos vrais disciples, et vos fidèles serviteurs ; Bénissez-les, protégez-les, gardez-les, sanctiliez-les, sauvezles tous en votre nom :

Qu'aucun d'eux ne périsse.

Je vous le demande en votre nom ; Accordez-leur la protection de votre sainte mère, de vos anges, et de tous vos saints,

Je vous le demande en votre nom.

(a) Le père de Mgr Baillargeon Mt mort le 36 décembre M80:par

ConjséO. lient, cett<- nrlt're a été écrite avant cette dat*\

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