‹ Monseigneur Baillargeon, archevêque de québecChapitre 5 sur 7 · L.-II. P. Ptke · texte numérisé non relu

L.-II. P. Ptke

12) Messeigncurs les Evêques de Montréal, d'Ottawa, de ton, de St. Hyacinthe, des Trois-Rr et deRimouski.

résume surtout dans ces paroles de J 'apôtre à son disciple Timothée. Veillez, écrit Saint-Paul au fidèle compagnon de ses labeurs apostoliques, veillez à la garde du troupeau que Dieu vous a confié, tu vero vigila; ne négligez aucune partie de la charge sublime dont vous êtes revêtu, mais livrez-vous sans relâche au travail du Seigneur, in omnibus labora; annoncez encore les vérités de l'évangile, la doctrine éternelle du salut, opus fac Evangelistœ ; enfin montrez-vous véritablement le pasteur des âmes et remplissez aveczèle le ministère apostolique, ministerium tuum impie.

Ces conseils, dictés par la Sagesse Eternelle, ne regardent pas seulement un évêque en particulier. L'Apôtre, organe des divins oracles, parle pour tous les temps et pour tous les lieux. Il voit devant lui, dans la personne de Timothée, la succession apostolique tout entière ; et c'est à chaque évêque des diverses parties de l'église de Jésus-Christ, que s'adresse ce langage inspiré.

Le zèle dans l'accomplissement du ministère des âmes, la fidélité dans le travail apostolique, dans la prédication de l'évangile, une vigilante charité qui porte au renoncement personnel, consulte sans cesse les besoins du troupeau et ne se lasse jamais d'y subvenir, tels sont, d'après les paroles mêmes de l'Apôtre, les principaux caractères qui doivent distinguer les chefs de la milice sacrée.

Ces qualités précieuses, mes frères, essentiellement propres à un évêque de l'église de Dieu, nous les trouvons heureusement réunies dans la personne du

Prélat que noua pleurons. Il ne manqua d'aucune d'elles ; il y joignit encore L'éclat des vertu- les plus belles et les plus pures. C'est ee qu'il sera faci voir dans le court éloge que nous allons consacrer à la mémoire de Monseigneur Charles-Fra

. archevêque de Québec et métropolitain de cette Province eccl îsiastique.

La p'erfèc Ion de la vie ne eut

dans l'éclat d'une vertu qui bri ard'hui ;

tain, ma'- - la per

rance et la continuité. On n'a int à la

grandeur véritable par la seulement qu'on a pu une fois dans sa vi r, pour ainsi dire, au-dessus de

me ; ï'auréole «le la sainteté m- s'accorde qu'à la fidélité qui p jusqu'au bout dans la

voie de la règle et du devoir. Il u'< * pas raie <ir voir un homme se distinguer soudainement par un •hit que certaine- circonstances heureuses auront provoqué ou singulièrement favorisé; ce qUi es plua rare, ce qu'il n'est donné d'admirer que dans un petit nombre d'hommes, c'esl cet attachement ferme et durable aux pénibles labeurs d'une vie qui doit s'écouler tout entière dans la pratique de l'immolation personnelle et des plus grands sacrifii

Or, mes frères, cette fidélité de chaque jour aux

devoirs d'une charge aussi difficile qu'importante, ce

luement sans Limites qui tu- connut aucun repof

et n'accepte aucune trêve, c'est la <•<■ qui carac

térise avant tout la vie admirable qui vient de s'éteindre au milieu de nous. San-- doute il y a, dans cette longue carrière de près d'un d le de

servie • au premier rang de l'arm ',■ <:u Seigneur, il y a des phases plus brillantes; il y ades actes éclatants ■ [ni viennent se placer à la pins grande hauteur dans l'estime de tous. Mais ce qu'il faut admirer surtout, dans la vie sacerdotale et épiscopale de Mgr Baillargeon, c'est la constante fidélité de la vertu, c'est le zèle qui jamais ne se dédit ni ne se refroidit, c'est l'attachement imperturbable aux devoir- de son minis tère, c'est la persévérance calme et héroïque dans l'abnégation personnelle; c'est encore, — pour couronner tout cela — l'aimable simplicité, l'aisance parfaite avec laquelle il savait accomplir, sans faste comme sans bruit, les actions les plus belles et les plus nobles.

C'était avant tout un prêtre, un prêtre dans toute la beauté et la plénitude du terme. 8a nature semblait faite pour le ministère desaiitels; le sacerdoce répondait parfaitement à l'instinct, aux qualités, de même qu'à l'attrait de son âme. Voyez-le dans les diverses positions que la Providence lui assigne pendant les quarante-huit années de son ministère. Il y a loin, si nous regardons à l'importance des fonctions, de la modeste place de curé d'une petite paroisse rurale, à la haute dignité d'Archevêque et Métropolitain d'une vaste province ecclésiastique. Les circonstances extérieures ne sont plus les mêmes : la responsabilité est infiniment plus grande, le labeur

bien plus pénible, les relation- du dehors beaucoup plus importantes et plus étendues. Iiicn cependant dans la vie et les habitudes intimes de ' ainsi du poste le plus humble au rang le plus élevé de la hiérarchie sacerdotale. Vous trouvez toujours, dans Mgr Baillargeon, aux époques 'as diverses de sa carrière, cette même régularité ecclésiastique, cet inébranlable amour de la règles cette fidélité persévérante d'une vertu toujours à la hauteur du devoir, qui fait de sa vie entière une chaîne conti ivres méritoires donttous les anneaux

se soutiennent admirablement ensemble.

•le aussi admirable que rare de l'unité réelle au milieu de la diversité apparente, du recueillement habituel de l'âme et de son union constante avec Dieu au milieu des occupations les plus nombreuses et souvent les plus distrayantes.

Dès le moment qu'il s'est consacré à Dieu par les vœux de Bon ordination, son âme B'eajl établie d'une manière inébranlable dans l'amour et la pratique des vertu- de - a état. Tel vous l'avez vu curé de Saint- François, du Château-Richer et de l' Ange-Gardien, tel vous le y errez à la cure de Québec, tel vous l'admirerez sur le siège archiépiscopal, toujours simple et modeste dans ses goûts, toujours fidèle aux devoirs multiples de sa charge, toujours entièrement donné à son ministère, toujours se B&criâant Bans relâche pour le bonheur de ceux que Dieu a confiés à sa garde. 11 semble qu'il a constamment devant les yeux les paroles de l'apôtre à son disciple : In omnibus kibora, mÙU8terium Inum impie; — Travaillez, travaillez bans relâche, remplissez avec ardeur votre ministère.

Il faudrait du temps, mes frères, beaucoup plus de

temps que «ne le permet le cadre étroit d'un éloge funèbre, pour parcourir avec quelques détail- les principales phases d'une carrière >i longue et si admirablement remplie. Il faudrait surtout une voix plus autorisée que la nôtre, pour que l'éloge put atteindre a la hauteur du mérite. Essayons toutefoisde toucher ■a la hâte les sommets les plus saillant- de cette belle vie. Ce que nous ne pourrons dire ici, chacun de nous, citoyens, diocésains de Québec, enfants du père chéri auquel nous rendons un dernier devoir, saura y supplier par les pensées et le- souvenirs qui se pressent nécessairement dans son esprit et dans son cœur.

Parlerai-je d'abord de sa charité ? Oh ! c'est là

une des vertus qui rendront sa mémoire iihpérissable parmi nous ! Qu'il me suffise de rappeler les deux circonstances principales — et cela lorsqu'il n'était encore que curé de cette ville — qui mirent si admirablement en relief les trésors de bonté que renfermait ce grand cœur. Toute la ville se souvient encore — car ce sont de ces souvenirs que rien n'efface — des deux grands fléaux qui s'abattirent sur nous à unfc douzaine d'années d'intervalle pendant son administration comme curé, je veux parler du premier choiera et des grands incendies de 1845. Mes frères, vous l'avez bien des fois entendu dire, c'est surtout dans les calamités publiques que se révèle l'héroïsme du dévouement. Eh bien ! Mgr Baillargeon — il n'y a encore au-

jourd'hui qu'une voix pour le proclamer — s'éleva, par son héroïque charité, à la hauteur des événements douloureux qui éprouvèrent alors si cruellement son

troupeau.

Pasteur devoir'', homme de ressources et d'énergie, vériti ■ au milieu de ses enfa

multiplier le consolati yant

les larme- des plus malheureux, donnant des protecteurs aux orphelins, relevant de la ruine et de la re deux immenses quartiers en cendres.

doute, il l'ut noblement secondé par la g publique Sans doute, il trouva, dans le

courage et l'admirable énergie de tous les principaux citoyen.- de C€ . un concours puissant et .-ans

Lequel ses propr eussent été infructueux.

Mais ceux-là mêmes qui turent appelés a lui prêter leur concours tuèrent si noblement à la

■. parlent encore aujourd'hui — avec une admiration «pic vingt-cinq années n'ont pu refroidir — de pratique, de l'énergie indomptable

surtout • :it illimi

ploy: irconstanc

nous disait, il u

que quelques jours encore, l'un des principaux '-i-

te ville, témoin intim< travaux et,

(1), jamais je n'ai connu i plus

entièrement é une -

là n« abliait entiè-

i nt pour se donner aux «ut re un

: uneur le juge Duval.

mystère pour moi que de comprendre comment une aussi frêle constitution ait pu résister bï longtemps

aux fatigues incroyables que sa charité lui imposait."

Kappelerai-je encore son zèle dans l'accompli ment de ses devoirs de prêtre et d'évêque ? Depuis le moment où la voix de ses supérieurs l'appela aux fonctions de curé, puis à colle de premier pasteur de cotte ville, vous l'avez tous vu à l'œuvre ; voussavez que sa vie entière n'a été qu'un sacrifice continuel aux obligations do cette double et importante charge. Ah ! il pouvait bien s'écrier avec saint Paul : Ego libentissime impendam et superimpendar ipsepro animabus v est ris (1). Je donnerai tout ce que j'ai et je me donnerai encore moi-même pour le salut de vos âmes. Qui. jamais en effet a moins su se refuser, je ne dirai pas à un devoir, mais au simple désir de quiconque venait lui demander le concours de sa présence ; ou bien encore l'aide de sa parole, — de cotte parole si simplement touchante, onctueuse, pénétrante, qui allait de suif o au cœur et laissait dans les âmes une émotion si profonde et si vraie ? Qui jamais à su moins consulter ses intérêts ou ses aises lorsqu'il s'agissait de payer de sa personne et de porter aux parties les plus éloignées de son immense troupeau les consolations ëbi ministère épiscopal ?

En face de cette vie constamment occupée des labeurs les plus pénibles, à la pensée de cette administration immense, absorbante, dont le poids s'im-

(1) I Cor., xn, 15.

posait chaque jour plus accablant, jVme demande, mes frères, vous vous demandez avec moi comment il pouvait trouver la solitude nécessaire au délassement de l'âme par l'étude et la prière ? Ah ! ne craignez rien ! L'industrie de sa piété, cette ardeur pour le travail qui jamais ne l'abandonna, sauront bien lui créer quelques loisirs. Ne l'avons-nous pas vu, il y a quelque années seulement, conservant pour l'étude des sciences les goûts de sa jeunesse, assister régulièrement, pendant plusieurs, mois consécutifs, aux cours publics qui se donnaient à l'Université? Xous en étions alor> tous surpris ; nous le .serons I [en plus encore quan.l nous saurons qu'il prenait sur ■ on sommeil les heure ■ qu'il consacrait ainsi à rafraîchir dans sa mémoire des connaissances qui lui avaient été familièi

A une heure de la nuit que peu d'hommes dérobei i au repu-, vous trouviez en eff l'Archevêque de i sa table d'étude ou agenouillé de van î son crue;: [ ces heur

calme «levant Dieu h -

de la journée, qu'il demande au ciel les foret* et les lumière prépare le trav. >

du jour qui uivra. < " |tt'il corn,

pleines de charité et d | ae nous trouvons

citées a ■ - imprimés à l'étran-

ger. C'esl alors s:: - inspù ••

teur de la nuit, qu'il se liv. avec une

ardeur tOUJOUl

turc-, dont l'importani e et la pj i léee dans la traduction - i lefi tairee que le

Souverain Pontife a voulu honorer de sa haute approbation.

Ces heures pendant lesquelles, seul avec Dieu, il épanche son cœur devant Celai dont il tient la place et qui lui a confié le soin de tant d'âmes, ces heures qu'il consacre ainsi à l'étude des livres saints, à la prière et à la méditation, ce sont ses heures à lui, el les seules qui lui appartiennent; le reste de la journée est à tout le monde, et il n'a jamais d'autre mesure pour son temps que la convenance de ceux qui viennent lui expo er leurs difficultés, leurs chagrins ou leurs embarras, et lui demander des conseils ou d<^^ consolations.

IY.

Je voudrais être court, mes frères, et pourtant que de choses encore il me resterait à dire ! Je devrais parler de ses efforts pour faciliter et encourager l'éda cation de la jeunesse ; je devrais dire la part si grande qu'il prit aux travaux des derniers conciles provinciaux; je devrais faire voir en quelle haute estime il était tenu à Eome par le Pape et la Cour Pontificale ; je devrais surtout mentionner l'honneur insigne qu'il reçut, et que tous nous reçûmes par lui. lorsqu'il fut juge digne do faire partie de l'une des congrégations les plus importantes du Concile du Vatican. 11 me faut laisser dans l'ombre tant d'actes éclatants que l'histoire recueillera avec reconnaissance, pour arriver de suite à celle île ses vertus, qui est sans contredit la plus belle par là qu'elle esl la base et le couronnement de toutes les autres, je veux dire sa grande humilité-

Bien des hommes gâtent leurs plus belles qualités pour ne pas s'ignorer suffisamment eux-mêmes. Mgr Baillargeon avait cette modestie exempte de toute affectation, qui rehausse encore l'éclat de la vertu et lui ajoute tant de prix.

.S'agit-il pour lui de laisser la petite cure de campagne où il a fait ses premières armes dans le saint ministère, pour venir remplir les fonctions importantes de curé de la ville de Québec, ce ne sera pas sans verser des larmes sincères de regret, qu'il s'éloignera de ces âmes simples dont les sentiments répondent si bien aux sentiments de son propre cœur. Faut-il. après avoir conquis l'estime entière de ses supérieurs, comme l'affection de ses paroissiens, faut-il accepter une charge plu- haute encore en devenant à Rome l'agent de tous les évêques de la province, voua voyez sa modestie reculer de nouveau devant l'honneur qu'on lui offre. Mais c'est l'épiscopal surtout, cet hpaneur suprême entouré de tant d'éclat et aussi de tant de responsa. bilitè. qui effraya sa grande modestie. On se rappelle enc >re, à Rome même, les résistances inouïes qu'il opposa au désir de ses supérieurs. 11 sut si bien, en cette occasion solennelle, plaider la cause de l'humilité qu'un moment il se crut maître de la victoire. Le Souverain Pontife se serait laissé toucher de ses persistantes réclamations, si les évêques du Canada, qui les avaient prévues, n'eussent d'avance prié Pie IX de ne pas s'y rendre. Quel exemple admirable, mes frères! Sans doute, l'histoire de l'église non- offre souvenl le spectacle d'un pareil héroïsme dans la vertu;

il faut pourtant remonter jusqu'à saint Ambroise pour trouver quelque chose qui surpasse en grandeur lofait que nous venons de citer.

Ce sentiment, mes frères, qui lui faisait autant redouter les honneurs que d'autres les ambitionnent, l'accompagna et le poursuivit dans tout le cours de son épiscopat. Il ne vit jamais dans les titres dont il était revêtu que des titres de charité et de sollicitude- " Du travail, disait-il une fois, avec cet accent de touchante simplicité qui lui était propre, qu'on m'en donne tant que l'on voudra ; mais, pour ['amour de Dieu, qu'on m'épargne les honneurs ! '" Sentiment vraiment apostolique!' qui révèle toute l'humilité de cette grande Ame; parole admirable qui résonne à l'oreille du chrétien comme un écho de l'évangile ; exemple à jamais éloquent pour tous ceux que les dignités de ce monde pourraient tenter ou éblouir !

Aucun de nous n'ignore qu'à plusieurs reprises, dans ses dernières années surtout, il essaya de se démettre de ses fonctions épiscopales. 11 y a cinq ans déjà il faisait au Saint Père les demandes les plus vives à ce sujet. " Je lui ai répondu, nous disait Pie IX à nous-même. en 186(3, j'ai répondu à votre évoque qu'il faut mourir sur le champ de bataille." 11 ne reçut jamais d'autrer éponse. Le Saint Père. ]■: Cour de Pome tout entière, connaissaient trop bien les hautes vertus, les qualités vraiment épiscopales de .Mgr Eaillargeon, pour jamais céder à des installées que l'humilité seule, et non pas la faiblesse, rendait déplus en plus pressantes.

Voilà jusqu'où allait cette humilité profonde dont il donna constamment les exemples les plus admirables— je pourrais dire même les exemples les plus incroyables, s'il m'était loisible de citer ici une foule de ces traits sublimes que ceux-là seuls connais qui ont vécu dans sem intimité ; s*il m'était permis surtout d'exposer devant vous k- et les pai

qui ont signalé sa longue et douleureusc maladie ; si je pouvais faire raconter à cette immense assemblée l'histoire intime des dernières semaines qu'il a passées au milieu de nous par celles (1) qui ont eu le bonhenr envié de lui donner les derniers soins et de recueillir les dernières effusions de son âme.

Cette vertu d'humilité — belle et rare entre toutes — i pii ajoute à l'éclat de sa vie entière tm rayon si aimable et si doux, n'était égalée chez lui que par le courage apostolique.

Me- frères, c'esf par ce dernier trait, c'est en vous parlant de la grandeur de sou ci urago apostolique, que je veux terminer cef éloge trop brief et surtout trop imparfait, .le l'ai reserve pour la fin, parce que c'est dans cette dernière anné surtout qu'il révélé a nous dan- tout son héroïsme.

VOUS avez entendu tout à l'heure la réponse de Pie

IX aux instances qu'il faisait pour se démettre do sa charge: • Il faut, mourir sur le champ de bataille.** Bh bien ! mes frères, cette parole de Pie IX, il la

(\) La Sœnn J<? la i

réalisera à la lettre ; cet ordre du chef au soldat défiant de ses forces plutôt que fatigué de la lutte, il l'a compris, il L'accomplira. Fidèle jusqu'au bout, jusqu'à la mort, au poste d'honneur que l'illustre Pontife lui u joint de garder, il ne croirait pas avoir le droit d'en accepter la gloire s'il ne savait en braver les périls.

La nouvelle du Grand Concile vient d'éclater dans le monde. L'ordre arrive aux évêques de l'univers catholique de partir pour Eome. Pour lui, vieillard infirme et débile, c'est la mort, la mort presque certaine. Chacun le prévoit, tout le monde le prédit ; on le supplie de ne pas s'exposer au danger d'une pareille entreprise. Rien ne l'arrête. Le sentiment du devoir, son zèle ardent pour le bien de l'église, font céder toutes les considérations de la prudence humaine. Malgré son grand âge, malgré sa faiblesse, il bravera de nouveau les mers, il ira à Rome. Au prix de souffrances infinies, il y demeurera pendant plusieurs mois ; et, s'il se voit forcé d'en revenir malgré lui avant que le Concile termine ses travaux, ce ne sera pas du moins— disons-le ici bien haut, puisque l'occasion s'en présente — ce ne sera pas sans s'être formellement déclaré en faveur de la définition de l'Infaillibilité Pontificale.

Le voilà revenu de ce long et périlleux voyage. La joie de son peuple est à son comble. C'est comme un miracle de le voir de nouveau au milieu de nous. Vous vous en souvenez, mes frères ; jamais Te Deum d'actions de grâces n'éclata avec plus d 'enthousiasme, et ne porta vers le ciel l'expression plus vive et plus

sentie de la reconnaissance et du bonheur. Consentira-t-il au moins à prendre un repos qui lui est absolu* ment nécessaire ? Serendra-t-il enfin aux désirs de ses prêtres, aux vœux unanimes de tous ses enfants ? Calculs humains que tout cela ! Un évêque, répondil, n'est pas évêque pour se reposer, mais pour travailler. Il part pour cette dernière course apostolique qui lui a été si fatale ; et, à ceux qui en redoutent -i justement les conséquences, il répète cette parole sublime de simplicité et de courage -Quand je n'en pourrai plus, j'arrêterai, et ce sera fini ; mais j'irai jusqu'à ce que je tombe."

11 est tombé en effet, tombé d'épuisement, tombe martyr de son zèle, martyr d'une héroïque fidélité aux devoirs accablants d'une charge trop lourde pour ses forces. Il n'a pas déposé les armes; elles ont échappé de ses mains débiles et tremblantes. Il l'a dit luimême en abandonnant de force sa dernière visite pastorale: " Je meurs, je le >ens; mais jr meurs les armes à la main."

Il est doue mort, comme le voulait Pie IX. sur le champ de bataille.

Il est mort. Jamais plus nous ne contemplerons cette belle et grande figure, ces traits si nobles, cette physionomie si bonne, qui inspiraient à la fois le respect et l'amour. Jamais plus noua n'entendrons cette voix en même temps forte et suave, sympathique et vibrante, qui résonnait si majestueusement sous les voûte.- M" cette cathédrale, qui, du haut de cette

chaire, annonça tant de fois, avec un éclat si doux, les vérités de notre sainte religion. Il est mort. Pendant près de quarante années, il a vécu avec nous comme un chef au milieu de ses soldats, comme un pasteur au milieu de son troupeau, comme un père au milieu de ses enfants. Et maintenant il nous laisse. Nous avons entendu son dernier adieu, nous avons reçu sa dernière bénédiction ;' nous nous sommes fait un devoir d'aller baiser une dernière fois ses mains glacées par la mort.

Il nous laisse. Dans quelques instants nous n'aurons même plus devant les yeux cette relique mortelle qui depuis cinq jours a été l'objet de la vénération la plus universelle et la plus profonde. Il nous laisse. Mais sa mémoire, nous l'affirmons ici en toute confiance, certain que nous sommes d'être l'écho fidèle des sentiments de tous les cœurs généreux, sa mémoire demeurera avec nous comme un dépôt précieux, et grandira, grandira toujours avec les années. La mort, en arrêtant le cours de ses vertus modestes, n'en effacera pas le souvenir, mais sera bien plutôt une révélation de leur grandeur cachée. Ah ! tant qu'il vécut, son industrieuse humilité essaya toujours d'envelopper d'un voile la gloire de ses actions et le mérite de ses œuvres. Mais aujourd'hui ce voile se déchire ; la vérité paraît dans tout son jour ; la louante se sent libre enfin d'éclater de toutes parts. Il se forme autour de cette tombe un concert unanime de regrets, d'éloges, de bénédictions, de prières ardentes, qui s'élèvent vers le ciel comme la couronne terrestre d'une vie saintement écoulée dans la pratique du

devoir, dans la fidélité à la vertu, clans l'accomplissement du véritable ministère apostolique.

Aux clarté- révélatrices de cette mort couronnée par la souffrance, sanctifiée par la résignation, la voix publique, la conscience universelle se prononce avec l'accent irrésistible de la justice et de la vérité. Eloge funèbre — le plus magnifique de tous, parce que c'est le plus spontané et le plus vrai — qui se traduit de la manière la plus éloquente dans l'émotion profonde de toute une ville, de tout un immense dioc dans les sympathies sincère- de tout un pays, sans aucune distinction de croyances ou d'origine ; dans ce concours immense, inouï, incroyable, si nous ne le vovions de nos yeux; dans les larmes et les regrets des pauvres qui bénissent un bienfaiteur, des malheureux et d<. - faibles qui perdent un avocat et un, consolateur, dos prêtres qui pleurent un chef si bienveillant et si dévoué, d'une population entière qui se voit privée d'un modèle et d'un père.

Dieu, mes frères, nous devons l'espérer, nous avons droit de le croire. Dieu, dont la miséricorde égale la justice, a déjà entendu les accents émus de nos vœux et de nos prières. Ilareçudana son sein et mis en possession de sa gloire le Ministre fidèle, le Pasteur vénère, le Père tendre et bon qui nous guida si longtemps dans les voies du salut.

Ainsi soit-il.

Discours de M. l'abbé Ant. Racine, desservant de l'église Saiiit-Jean-Baptiste.

Nous sommes heureux do publier ici l'éloge magnfc fique que M. Ant. Bacine, desservant de l'église Saint- Jean-Baptiste, a fait des vertus et des œuvres de Mgr l'Archevêque, en annonçant à ses fidèles la mort du grand prélat. Ces paroles, parties du cœur, avaient d autant plus de portée et dïi-propos, que lescitovens du faubourg Saint-Jean doivent- aux efforts généreux de Mgr Baillargeon leur belle et grande église, devenue si populaire à Québec par ses' pieux et brillants offices de l'archiconfrérie, que lui-même rehaussait si souvent par sa présence et par ses discours pleins d'une tendre piété envers la Mère de Dieu.

■'Nous avons, M. F., à vous annoncer aujourd'hui une bien triste nouvelle : la mort vient de mettre un terme aux souffrances de notre vénérable et saint Archevêque.

"La mort, quelque dure et impénétrable qu'elle soit, c'est la vie du juste, la couronne de ses travaux, la récompense de ses vertus. 0 mort ! que ton souvenir est, amer à un homme qui vit en paix au milieu de ses délices! O mors, quam amara est memoria tua homiru pacem habenti in déliais sais ! O mort ! que ta sentence est douce à celui qui est détaché des biens de la terre, à qui les forces manquent et qui est dans la défaillance de l'âge ! O mors, bonum est judichim tuum homini indigenti, et qui minoratur viribus, defecto œtate

"Devons-nous aujourd'hui exprimer les regrets et la tristesse de nos cœurs ? Faut-il nous plaindre de la mort, nous attrister, comme ceux qui n'ont pas d'espérance? Non, M. F., un homme de ce caractère, de cette vertu, de ces œuvres, de cette doctrine, ne meurt point ; il dort seulement; au ciel, autant et plus que sur la terre, son âme continue de veiller, de prier pour ses enfants.

•• En présence de cette tombe illustre, uoua ne devons pas garder le Bilence. Pendant la vie de celui que pleure l'église du Canada, il ne nous était pas permis dédire ses vertus, de publier ses bienfaits; aujourd'hui nous pouvons élever la voix et rappeler, pour votre instruction, la glorieuse et sainte carrière du prêtre tidèlc que Dieu s'est suscité, el qui a touj Ion .-"ii cœur. "Xe Seigneur l'a trous pourquoi il l'a glorifié au milieu de sou peu itus estfid lit illi Dominus gloriam i.i>

fjente ma. Eccli. — 44.

•• La sagesse, dit le Saint-Esprit, e>i préférable a tous • : elle est plus belle que le soleil et plus

rue toutes les étoiles; eile l'emporte sur la lumière; elle vient de Dieu; elle est assise ;•. de .-on trône; elle a la science et l'intelligence d%s toute : elle conduit l'homme dans tout:

œuvres avec circonspection, et le protège par sa puissance. Sag. IX.

Heureux le jeune homme qui l'aime e1

on enfance, qui s'efforce de l'avoir pour épouse, qui est devenu amateur de sa beauté!

rai.

[eureux le jeune homme, à < tùlespassions

si vives, qui entre de bonne heure dans le sentier [Derniers pas dans la vertu sont d'heiireux ]>r sages de la grandeur et de la m où

il parviendra un jour. Tel lut le jeune Baillargeon. [1 donne à Dieu son cœur, dès le \ selon

> premières peu- pour

Dieu; sa première étude, la loi de Dieu : aussi grandit-il en devant Dieu et devant les holi;.

parenl . sincèrement i plue recom

mandables par leur vertu que par le rang qu'ils pecuit dans la société, avaient diri Dieu son

cceur II se distingua entre t<>u> les

jeu,. i- un naturel heureux, par

un cœur docile. Assiduà l'étude et surtoutà la prière,

fidèle observateur de son règlement de chaque jour, il grandissait en piété comme le jeune Samuel, se fortifiait pour les combats à. soutenir, pour maintenir, à l'exemple du prophète, la religion, et conduire .son peuple dans les voies delà justice et de la piété. Ainsi s'achevait dans le jeune Baillargeon cette peinture de l'âme qu'on appelle éducation, " peinture où Dieu " lui-même conduit le pinceau et forme ses saints à '■' l'image et à la ressemblance de son Yerbe fait chair, " le type et le modèle de toute sainteté."

" Le jeune Baillargeon est donc pour vous, jeunes gens, un m xlèle, à cet âge où il est si facile de céder à ia séduction : toute son occupation est déplaire à Dieu, de garder son cœur pur.

" Prêtre de Jésus-Christ, dispensateur de ses mystères, de ses mérites et de ses grâces, revêtu de son autorité et associé à son sacerdoce, il a soutenu i'éminence et la dignité de son état, par une sainteté de vie qui le distingue du peuple. Invoitus est fideïis. Fidèle à Jésus-Christ, il honore son ministère par la prédication des vérités de la religion : fidèle aux âmes. il les conduit dans les voies de Dieu ; fidèle à l'Eglise, il n'y cherche pointa dominer, à s'enrichir, à s'élever. Toujours, il fait respecter son sacerdoce par une vie réglée et exemplaire, par une sincère pieté, faisant éclater dans toutes ses actions la modestie, l'humilité de Jésus-Christ, la charité et le zèle pour la gloir< Dieu dont il était consumé.

" Mgr Baillargeon a été trop longtemps chargé de la paroisse de Québec pour que je ne rappelle pas à votre souvenir ce qu'il a fait pour la sanctification de vos âmes, pendant les dix-neuf années qu'il a été vôtre curé. Œuvres pour l'éducation de l'enfance et de la jeunesse: œuvres pour le soin des petits, des infirmes et des pauvres; œuvres pour la conversion des pécheurs et pour la persévérance des justes ; œuvres pour le maintien et pour l'accroissement du culte divin: qui peut dire tout ce que créa sa charité, tout ce qu'elle suscita, pour la gloire de Dieu et le salut

des âmes, et comment, avec an chan-

celante, il a pu opérer de si

" Il a fait trois choses pour vous, citoyens du faubourg Saint-Jean, qui doivent vous rein': moire pr< ciense, ■ I exciter vos cœurs à la reconnai

" Il a exposé su vie dans les trois terri! L< mies qui ont affligé la ville de Q et 1849. Il s'est montré bon Pasteur eu oôranl sa vie au Seigneur pour le salât du troupeau qui lui était conii : 53 lorsque l'incendie dévastatei

dui^it en ce. deux fau Saint-Jea

Sain* Louis, ir vous :

lui. le vénérable curé d lu se, qui ranimait la confiance, relevait les courages, et qui. par sa parole et

par la sage de ses vues, tous aidait à rebâtir sur

les ruiu

" Que] j sacrifi -il pas i:.

cation dc-^ enfants pauvres! 11 avait fait quelques épargnes, qu'ii'destinait a un voyage en Europe, afin de rétabli ..-nient compromise par de

rude* 1845. Mais Dieu, qui lui

avait inspiré trois années auparavant l'idée d'appeler à Qui chers frères de la Doctrine Cbrétienne

pour km L'éducation des enfant- pauvres de

la }■:■ '

• : il n"li un instant ;

bientôt prise, il donne tout ce qu'il a épargné, en disant : J e en Europe. Toa

istril aux enfa it la parole pour !

rager au trava.il et surtout à la La vertu ;

Lrant rebâtir la mi La fabriq par

l'évêque I chail un ten cieux

et plus central pour la population de la partie supérieuredu faul int-Jean : le terrain sur lequel

est bâtie votre église lui parut avantageusement situé et assez spacieux pour une église dont il sentait depuis longtemps le besoin dans ce quartier. Le dimanche suivant, il fait à la fabrique de Québec la proposition d'acheter l'emplacement visité, d'y bâtir une /'--lise de dimensions convenables. La proposition est ag avec empressement; Mgr L'Archevêque Signay approuve le plan qui lui est soumis, et le quatre juillet 184:7, Mgr P. F. Turgeon, l'évêque de Sidyme, coadjuteur de Qu d'un non

et au milieu d'un grand concours de peuple, béni place et plante la croix au lieu iï être l'autel.

Enfin, le 28 juin 1841). le vénérable cil] au comble de la joie, la premier»

. -ortie majestueuse des cendres encore fumantes du faubourg Saint-Jean.

" Vice-Président, Président-honoraire, puis Patron de la L'ai onomie Notre-Dame de Québec, Mgr

Baillargeon affectionnait cette institution naissante 'pie iteurs, le 3 mai 1848, avaient placée

le patronage de la société de Saint-Yincent-de-Paul. 11 s'intéressait à son d ment et p >a p

Souvenl il exhortait les ouvriers à faire* des épargnes et à les déposer à la ( !aisi e d' Economie. Ses co; étaient reçus et suivis. • d'Economie.

sous l'habile direction • plaça au pre-

mier rang parmi ■■; s du n

genre. C'était toujours avec un «le reconnaissance, qu'il apprenait ■ . lea

abondantes ai ne la Caisse d'Ecouona

aux pauvres institutions religieuses de Québec.

"Le dix-sepl août 1851 fut un jour le joie et de bonheur peur Mgr Baillargeon. Jl bénissait solennellement la statue de la sainte Vie] - son église Saint-Jean, heureusement choisie par Sa Grâce l'Archevêque de Québec, pour ériger la confrérie du Très-Saint et Immaculé, Cœur de Marie. Qu'il était heureux d'apprendre lès prodiges de grâces qui s'opéraient à ces pieux exercices! Comme il aimait à assis-

1er à cet office pour honorer la Bainte Mère de Dieu et pour la faire aimer ! Le spectacle édifiant qui s'offraii â ses regards; la foule pieuse et recueillie, léchant des cantiques, ranimaient d'un saint amour pour Mario.

S loignait-il de sa ville épiscopale pour la vu des paroisses de son vaste d faisait-il le vo;

de Home pour assister aux grandes le la cano-

nisation des martyrs du Japon, ou pour prendre part au Concile Ocuméoique du Vatican : entreprenait-il nuelque grande œuvre pour le gloire de Dieu, il venait er à l'office de l'archiconfrérii it la

barole au peuple recueilli, et se recommandait aux prières de ses entants. Au retour, il s'empressait de venir s'agenouiller aux pie la de Marie, pi u ■ lui expria reconn; ••Je viens, disait-il, la dernii ■ non- av

eu le bonheur de l'entendre, je viens, selon ma coutume, remercier avec voUB la sainte Vierge, la b»

■ de Dieu, des grâces qu'elle m'a obtenues par son intercession puissante. Oui. la sainl , ma

. m'a pr elle qui m'a ramené au

milieu démon peuple. Ah! que je suis heureux, mes

rouver au milieu de mes enfants, dans cette Saint-Jean, où Marie, i mère, est hou remercie des prières que vous avez adr ras les jours à Marie, pour pasteur, pour votre évêque

an I M. i\. considi rons-la comme no

mère. Elle est la mère de Dieu : mais elle est aussi notre mère.

Prio rveur et avec confiai

afin qu'elle accorde à tous sa puissante protection. Qu'elle donne bon Becoura à vos familles, aux p< c aux mères afin qu'ils élèvent chrétiennement Leurs entants: bon secours aux enfants bî chers à Bon cœur • le mère; bon secours aux pauvres, aux malades, aux voyageurs, aux affligés, afin qu'ils soient guéris, consolés • •' dirigés dans le chemin du salut: bon secoure

aux pécheurs, afin qu'ils obtiennent miséricorde ; bon secours à nous tous, afin que nous mentions la belle couronne qu'elle nous prépare dans le ciel. ;:

C'est encore à la générosité «le sou cœur cl à son amour pour vous, que votre <' Paveur de

posséder la précieuse relique de saint Aurèle. Le 3 octobre 1852, Mgr Baillargeon faisait solennellement la translation du corps de ce saint martyr, exhumé du cimetière de Sainte-Agnès, sur la voie Momentané, à Borne.

" Il a donc toujours été pour vous un bon père, un pasteur zélé et fidèle, un pontife selon le cœur de Dieu.

••' Que vous reste-t-il à faire pour celui qui vous a comblé de tant 'de bienfaits, pour le fondateur et le bienfaiteur de votre église, maintenant qu'il a rendu sa belle âme à Jésus-Christ? C'est lui-même qui va vous répondre par ces paroles do i'Esprit-Saint : " Souvenez-vous du jugement qu'il m'a fallu subir; car vous le subirez bientôt vous-mêmes.

" Lorsque, du haut de cette chaire, il vous annonçait les saints enseignements de l'Evangile, vous l' écoutiez avec amour et avec respect, liais cela ne suffisait pas. La doctrine qu'il vous prêchait n'était pas la sienne ; il prêchait la doctrine de Jésus-Christ, qui demeure éternellement. Or, qu'annonce-t-elle cette doctrine ? sinon, qu'il existe un Dieu que vous devez aimer et servir parce qu'il est infiniment bon; un Dieu que vous devez craindre, parce qu'il est intiment juste et puissant. Que vous dit-elle cette doctrine ? sinon, l'obéissance et la soumission que vous devez à l'église, votre mère, et à ses lois saintes. ISTon, citoyens du faubourg Saint-Jean, vous n'oublierez jamais cette voix forte, douce et paternelle qui s'insinuait avec tant de suavité, et qui pénétrait avec tant de force dans vos âmes.

c: Youlez-vous honorer sa mémoire, et lui procurer, dans l'empire même de la mort, le repos et la conso-

lation qu'il attend de vous? Mettez en pratique ee lu/il vous a si souvent recommandé.

" Vous savez, mes frères, que la vie la plus sainte et la mieux remplie n'est pas exempte de quelque tache, et que l'expiation qu'il faut en faire est rigoureuse. Malheur à la vie la plus louable, s'écrie saint Augustin, si vous l'examinez, ô mon Dieu, sans mise- Iricorde. Vous prierez donc pour lui. La reconnaissance et la piété filiale vous en font un devoir. N'estce pas pour vous qu'il montait tous les jours au saint autel? N'est-ce pas pour vous qu'il ouvrait tous les |<Jurs les trésors intarissables de l'église? Empressezvous donc urir le plus tendre et le meilleur des pères. Demandez au Souverain Pasteur des âmes qu'il daigne accorder à BOnfidèle ministre la couronne qu'il a méritée par une vie sainte, et dont tous les instants ont été employés au service de l'église. Inventas eut fadelis; ideo dédit Mi Dominas gloriam in gentt

Analyse du discours de 1MC. l'abbé Z. Cliarest, enré de Saiiit-Xioch..

Xmus aurions été heureux de pouvoir donner au public le texte même des paroles émues que pi onça

31. 1 abbé X. Charest, lorsque, au milieu des sanglots universels, d'une voix brisée par la douleur il annonça la triste nouvelle à ses paroissiens, et recommanda aux prières de son peuple L'âme de celui qui avait tant aime en particulier l'église et les habitants du faubourg Samt-Kochi N'ayant pu nous procurer la lettre elle-même de c tte touchante improvisation, nous allons cependant essayer d'en reproduire te sens. Notre brochure renfermera ainsi Les paroles d'éloge qui ont été prononcées sur le vénérable Archevêque dans toutes les églises de Québec.

M. le Curé Charest, se faisant l'interprète de la douleur générale et pariant de l'abondance de son cœur, exhorta vivement ses paroissiens à prier pour

le repos de l'âme de Mgr Baillargeon ; et, afin do les engager à le faire avec plus d'ardeur et dé dévotion, il leur rappela quelques-uns des titres qui donnent an vénérable prélat un droit spécial à lenr souvenir .et à leur reconnaissance, il appuya d'abord sur sa qualité de premier pasteur, source et principe de i attention toute paternelle qu'il montrait pour leur bonheur et le salut de leurs âmes, de cette joie qu'il ressentait en voyant leurs enfants puiser, en si grand nombre, une éducation solide et religieuse dans les excellentes institutions des Sœurs de la Congrégation e1 des Frères de la Doctrine Chrétienne ; enfin delà, part si grande qu'il prit aux souffrances de tanï malheureux que les terribles incendies de 1866 et du 24 mai dernier avaient réduits a une extrême pauvreté.

Il rappela ensuite que les paroissiens de Saint-Roch avaient eu les prémices de son saint ministère, et que par la .Mgr Ballargeon semblait avoir contracté l'obligation de les aimer davantage 'Dans mai circonstance-., il avait donné des preuves de cette préférence. C'est ainsi qu'après son retour de Home en 1851, il choisit l'église de Saint-Rdeh pour y chanter solennellement sa première grande m comme évoque, le dimanche de la Trinité, parce que, ce jour-là même en 1822. il avait chant' sa première messe à Saint-Roch; le lendemain de son ordination. Egalement il y a six ans. Mgr l'Archevêque, toujours par un sentiment de honte et pour faire plaisir aux paroissiens de Saint-Roch, suivant ses propres paroles, choisit les deux premiers dimanches de l'Avent pour donner dans leur église les mêmes sermons qu'il y avait déjà prêches ces dimanches-là mêmes, juste quarante ans auparavant, c'est-à-dire, au début de son ministère.

M. le Curé finit par leur rappeler le chagrin véritable que Mgr l'Archevêque avait ressenti parce que sa santé affaiblie ne lui permit pas d'accomplir la promesse qu'il leur avait faite pendant le mois de

Marie, de leur annoncer la parole de Dieu encore une fois avant de mourir et de les bénir au nom du Souverain Pontife.

analyse du discours de M. l'abbé B. McGauran. curé de Saint-Patrice.

Nous traduisons quelques unes des paroles adressées par le Curé de Saint-Patrice, à ses paroissiens. en leur annonçant la mort de Mgr Baillargeon.

Notre brochure renfermera ainsi les éloges divers qui ont été faits de l'illustre Prélat dans les quatre grandes églises de Québec.

" Déjà, Mes Chers Frères, vous avez appris que notre vénérable et bien-aimé Archevêque a rendu sa belle âme à Dieu. Votre douleur me dit que vous sentez amèrement la perte que nous venons de faire. Malgré nos prières, Dieu l'a arrache du milieu de nous. Il a vu que son serviteur avait été fidèle, qu'il avait fourni une carrière brillante d'œuvres méritoires, et il veut le récompenser. Tout ce que nous pouvons faire maintenant. c'e>t de pleurer, de prier et d'imiter autant qu'il est en notre pouvoir, les belles vertus qui ont acquis à Mgr Baillargeon, non-seulement l'amour et la vénération de ses enfants, mais encore le respect et l'estime de nos frères des diverses croyances protestantes.

" L'Eglise a perdu un de ses plus illustres et de ses plus saints prélats; mai- c'esl Burtout À l'Eglise du Canada de pleurer sur la mort du v< aéré Pasteur de Québec. Pendant de longues années il a travaillé avec ardeur pour la cause de la religion en ce pays. Chaque année il parcourait les parties les plus éloignées de son vaste diocèse, et comme son modèle, 1; il passait en faisant le bien." Après son retour de Rome, brûlant d'une sainte ardenr, il a entrepris, malgré la faiblesse de sa santé, la visite pastorale. 11 avait mesuré ses forces d'après son zèle, mais il a été trompé. Il fut contraint d'abandonner sa visite. Il est mort

les armes à la main, et nous ne pouvons douter quo sa récompense ne soit grande.

" Nous, Irlandais de Québec, nous devoir verset des larmes amères sur la tombe de Mgr Baillargeon. Jamais vous n'avez eu d'amis plus sincère et plusdévoué. Plusieurs d'entre vous se souviennent encore de l'empressement qu'il montrait à secourir les émigrants, qui, chassés de leur patrie par des lois tyranniques, demandaient protection au Canada catholique. Il m'a souvent répété qu'il avait une affection particulière pour les exilés irlandais et qu'il se plaisait à leur faire du bien. Vous vous souvenez que, dans les années 1832, 34 et 47, à côté du Eévd. M. Mae- M;'.hon, il bravait les fureurs du fléau, et portait sans cesse les secours de la religion aux malheureuses victimes. C'est alors que brillèrent les belles vertus de l'illustre et regretté défunt ; c'est alors qu'il prouva son grand amour pour ses frères souffrants. Avant de mourir, il y a quelques jours à peine, il a voulu nous donner une nouvelle preuve de son affection. A son retour de- Eome, ce printemps, je lui demandai de venir au nii.ieu <'.e vous et »!c vous donner la bénédiction apostolique. Il était malade et ce dimanche-là en particulier il souffrait ; cependant il vint 'au milieu de nous, et eut la bonté de préparer un discours en anglais, afin de vous montrer qu'il faisait tous ses efforts pour vous plaire. C'est -dors que nous l'avons vu, que nous avons aussi entendu sa voix pour la dernière fois. — Mais espérons que cette voix se fera toujours entendre pour nous, au ciel, où il est allé reces voir la récompense promise au bon et fidèle serviteur. "

Comptes-rendus êtes f«aii)é-:r»illes&

Nous empruntons au Journal Je Qkiébee et à la. Minerve le compte-rendu des funérailles.

tf Malgré, dit le Journal, la pluie qui tombait ce. matin par torrents, dès sept heures, notre population se dirigeait vers la cathédrale, pendant que les clocfces

de la ville sonnaient les glas funèbres, pour donnei une dernière' preuve d'estime, une dernière marqua de reconnaissance à l'homme que, pendant près de quarante ans, notre ville a appris à admirer, comme prêtre, comme évèquc et comme grand citoyen* La tristesse qui se peignait sur toutes les figures, lai.-ait voir que les fidèles étaient sous le coup d'un grand deuil et que l'on allait descendre dans la tombe un porsonnage illustre, chargé pendant sa vie d'une noble mission, d'une immense responsabilité, et qui, pendant une longue carrière, avait donné' l'exemple de toutes les vertus et de tous les dévouements.

" Dans ce concours immense de peuple qui se pressait aux alentours de l'archevêché et de la cathédrale, se trouvaient mêlées ensemble toutes les classe-; de la population, des persones de toutes les croyances; tellement notre archevêque avait su, par son grand caractère et ses vertus, s'attirer l'estime de tous ceux qui le connaissaient.

•• A neuf heures et demie, les prêtres au nombre d'eviron deux cent cinquante, se rendirent à la chapelle intérieure du palais archiépiscopal.

■• 'Quelques instants plus tard. NX. SS. les é-vèipies de Montréal. d'Outaouais. de Kingstoc de Saint-Hyacinthe, des Trois-Kivieres et de Rimouski vinrent s'agenouiller auprès du cercueil de leur vénéré collègue.

" Le cortège se mit en marche, main comme il tombait une pluie bauante. il dut renoncer à se rendre à la cathédrale par la nie Buade.

" La procession flmèbre défila par les corridors qqtf vont de l'archevêché à la cathédrale. Le clergé passa d'abord.

" Immédiatement après venaient six élèves du Séminaire portant le drap mortuaire de la Congrégation dont >fgr rArcheve(|iir . t ; 1 1 t un des membres.

'■ Sfep de Monl réal et WgP de I!immi-l<i précédaient immédiatement le crcueil. X.\. SS. Ni tel -èque* I i u igues, Koran, LaIJocque, LaHc< lie. portaient les coins

du poêle. Les Marguilliers se tenaient à leurs côtés. Au moment où le cortège entrait dans la cathédrale, la musique du 69e régiment sous la direction de M. Lamont jouait une marche funèbre. Ces notes éplorées lancées dans le sanctuaire tendu de noir, et où ne pénétrait qu'un jour douteux, produisaient un effet des plus tristes.

" Après les évoques, venaient les membres de la famille de l'archevêque : M. le Dr. Baillargeon et son fils, M. l'abbé Baillargeon.

" "Venaient ensuite le représentant de Son Excellence le gouverneur-général, Lord Lisgard, M.Irvine; Son Excellence le lieutenant gouverneur Sir. N. F. Belleau et son aide-de-camp, M. le major Taschereau ; l'hon. M. Langevin ; l'hon. M. Cauchon. président du Sénat.

" Le Juge-en-chef, M. Meredith.

" L'état-major du Canada : MM. les colonels Bour chier, Hamilton et Chandler.

" MM. les juges Caron, Taschereau et Stuart ; l'hon. M. Chauveau, premier ministre de la province de Québec, l'hon. M. Irvine, l'hon. M. Starnes, l!hon. M. Blanchet, orateur de l'assemblée législative, M. Rhéaume M. P. ; M. le Consul de France, M. Gauthier, M. le Chancelier Feer, M. le Grand-Vicaire Taschereau, Recteur de l'Université Laval, et les professeurs de toutes les facultés ; M. le colonel Bagot et tous les officiers de son régiment. M. le colonel Lamontagne, M. le colonel Duchesnay et l'état-major et les officiers de la milice volontaire, les officiers du 8e et du 9e bataillon et de l'artillerie, figuraient en grand uniforme et en grand nombre. Son honneur le maire et les é .bovins et les conseillers, les médecins, le barreau, les notaires, M. Hearn, M. P. P. et l'Institut Catholique de Saint-Patrice, les marguilliersde Saint-Roch, la Société Saint-Jean-Baptiste, l'Institut Canadien, la Saint-Vincent de Paul, les élèves de l'Université et de l'Ecole Normale, les citoyens, parmi lesquels nous avons re-

marqué plusieurs anglais de cette ville, terminaient le cortège.

" Quand le cortège fut entré dans la cathédrale, il fut impossible d'y pénétrer. Jamais nous n'avons vu une foule aussi compacte dans cette église. Des enfants avaient trouvé moyen de se placer sur le sommet des poêles, sur les bancs, les balustres. enfin, il n'y avait pas un pouce d'espace libre.

" Mgr Bourget, assisté de AI. Ed. Langevin, Y. G., de Al. l'abbé Alartineatt et de AI. l'abbé Godbout, chanta le service.

" M. Gagnon était à l'orgue et dirigeait le cœur formé des élèves du Séminaire et de l'Union musicale. Il a fait exécuter une messe de plain chant harmonisé. Rien de grand comme cette musique grave et vraiment religieuse, rendue par ces voies mâles et pleines d'empleur.

" Il aurait été bien inaccessible à toute émotion celui qui serait reste froid à la vue de ce qui se passait alors à la cathédrale.

'• Au milieu du sanctuaire reposait sur un catafalque, le corps de l'archevêque ; un grand nombre de prêtres l'entouraient, et la foule silencieuse et recueillie priait dans toutes les parti' ; de L'église.

" L'intérieur du chœur était tendit d'immenses draperies de crêpe noir semé de lames d'argent et montrant ça et là les emblèmes de la mort.

• A la hauteur de la corniche, de chaque côté, s'élevait des voiles de crêpe qui formaient comme une espèce de voûte à travers laquelle filtrait un jour discret. Cette demi-obscurité, luttant contre la lumière des cierges, donnait un air mystérieux et triste à la scène.

• Dans la nef, une Large draperie courait le long des galeries latérales et desjnbés. Des tentures voilaient ton- les tableaux, tontes les croisées, et avec le

des décorations funèbres, assombrissaient L'intérieur du temple.

Ces emblèmes «le la mort, ce chant gravement solen-

nel empreint de tristesse, étaient en harmonie avrc les pensées qu'inspire la vue d'une tombe. Tout contribuait a rendre la scène aussi émouvante qu'imposante.

" 'Ters la fin du service. M. l'abbé Louis Paquet monta en chaire, et au milieu d'un silence solennel, prononça l'éloge du vénérable prélat que tout l'areludiocèse de Québee regrette. Jamais l'éloquence du jeune prédicateur n'a produit plus d'effet. Sa pensée élevée, traduite par une parole vibrante et sympathique, impressionnait vivement l'assistance.

" NN. SS. les évêques de Montréal. d'Ottawa, de Saint-Hyacinthe, de Kingston et des Trois liivi recitèrent ensuite les prières do l'absoute. Après le chant du Libéra, on descendit le cercueil dans un caveau, du côté de l'épitre. Mgr Eaillargeon repose à la place qu'il a désignée lui-même, près de ses amis, Mgr Plessis. Mgr Turgeon, non loin de l'illustre Stgr de Laval et de cette suite d'évèques oèh comme lui par leurs mérites, et. dont il a continué la glorieuse lignée, en donnant comme eux l'exemple de toutes les vertus. "

Le compte-rendu de la Minerve est très détaillé :, c'est à regret que nous ne pouvons citer que ce qui suit :

u La grande et solennelle cérémonie au milieu de laquelle s'est faite l'inhumation de l'évèque métropolitain de cette province a eu lieu mardi matin, (1S octobre), à Québec. Le temps était affreux, la pluie no cessait de tomber, mais rien ne put refroidir le zèle pieux de la population accourant de toutes parts pour verser une dernière larme et prononcer une dernière prière sur la tombe qui se fermait à jamais sur son illustre chef. Les rues avoisinant la cathédrale regorgeaient d'une multitude empressée. •Comme marque de respect les magasins étaient fermés en grand nombre, et les citoyens anglais, dont il avai; su conquérir le respect et la sympathie, ont suivi l'exemple des catholiques. Les pavillons avaient été brisés à mi-màt sur les vaisseaux dans le port, sur la

(citadelle et les demeures des consials français et amérioain. mai j«e sur les éditk-es publies.

'• IXs neuf heures tout l'espace disponible dans Ut cathédrale était litbénÉCBMSOt oœuçé. Malgré l'affluincroyable qui a pu trouver place dans l'église, min grand nombre de personnes ont dû s'en retourner sans pouvoir franchir cette masse compacte de tidéles. >Oe fait est Tan <:JOMuent t. moignage de l'estime profonde dont tontes les classes de la société entouraient le venére prélat.

a spontanément uni sa voix à rae du pay- pcmr louer les belles vertus d'un homme qui fut au- -i grand citoyen qu<grand . . '".n- extrayons de deux journaux

le cette ville, quelques passages qui montrent en quelle liante estime la population protestant s tenai n numér. .

du 13 octobre, jour même de la mort de l'illustre prélat, s'exprime ainsi. "Le défunt Archevêque fut

cuiv de 1 -'■'.- : 1.

igablc qu'il d ■'•p! ya dan.- C ance,

■il'lir la paroisse du faubourg Saint -

iragement qu'il donna au Bon Pasteur i

à d'i de charit-é la eonst. :nte atfabilit. d<

.. le rendit cl.er à 8X3*1 I

:-r e ; ar tout le m i ■ lis ttttatii ]'-.[]■ I ceux q ni ont • ion de connaître -<• - belteS-d

des quai lit S». '' Le l 1*4

meani ;' m pénible

devoir, wi<'ni<- ])o:,.r ticW fttitfre

croyance. d'aniioi;c<-r la un-ri de l'Arebevi' que I Jargcoii. ;•(■ dr-, ■ ;r eop -n\>- a ÉJOté d'ui.r

ri civc< mstadlfte dre boum

à un caractère doux, bienveillant, libéral et paternel, et à toutes ces excellentes et aimables qualités qui ne manquent jamais, dans les relations sociales, de faire oublier les différences de croyances, et qui rendent un homine cher à ses semblables, à quelque dénomination qu'ils appartiennent.... Les dons de l'esprit ne lui faisaient certes pas défaut. Cependant qui ne préférerait pas garder le souvenir d'un homme surtout à cause des dons du cœui, à cause de ces nobles et précieuses qualités qui découlent de la source la plus pure et la plus haute à laquelle il tsoit possible de puiser. Ce sont là les liens les plus aimables et les plus forts qui unissent ensemble les diverses parties de la société ; ce sont là les influences qui banissent l'ignoble écume de l'égoïsme, et déploient, avec l'éclat le plus attrayant, le plus pur métal de l'humanité. C'est une maxime reçue partout, que le mérite d'un homme n'est complètement apprécié qu'après sa mort. Aussi n'est-ce que maintenant que nous pourrons bien mesurer le vide immense que laisse parmi nous le départ de l'Archevêque de Québec."

JbCxt rait du mandement de 1MIV1. les administrateurs

et discours de TSL. l'abbé «T. .A.uclair, curé de

iJST.-D. de Québec.

Le dimanche qui a suivi les funérailles de Mgr l'archevêque, (23 octobre), M. le Curé de Notre- Dame de Québec, a lu au prône le mandement des administrateurs de l'Archidioeèse. Nous en extrayons ce qui suit:

" Déjà, Nos Très-Chers Frères, vous avez appris la nouvelle du grand malheur qui vient de frapper l'Archidiocèse de Québec. Monseigneur Charles-François Baillargeon notre vénérable et bien-aimé pasteur, a rendu à Dieu, jeudi dernier, sa belle âme faite pour le ciel. Nous n'avons pas besoin de .faire ici son éloge, car vos regrets et vos pleui's montrent assez combien vous saviez apprécier les qualités éminentes dont le

Seigneur l'avait enrichi. Jamais en effet nous ne pourrons oublier cette douceur qui lui captivait tous les cœurs ; ce zèle dont il était embrasé pour le salut de nos âmes; cette charité qui le faisait compatir à toutes les douleurs, cette piété qui respirait dans toutes ses actions; cette mortification qui, maigre la grande faiblesse de sa santé, ne lui permettait pas de se reposer, ni de se ménager, quand il s'agissait de remplir le moindre de ses devoirs.

Nous avons tous été. X. T. C. F., les témoins et les objets de cette sollicitude pastorale qui le consumait jour et nuit, et. si quelque chose pouvait nous consoler de sa perte, ce serait la pensée qu'il a été ce Bon Pasteur dontNotre-Seigneur a voulu nous donner dans sa propre personne tin modèle parfait. Une vie si remplie de bonnes œuvres ne méritait-t-elle pas d'être couronnée par une heureuse mort ? Ah ! -uns doute, si nous devions en juger, suivant les idées du monde, il faudrait plaindre le regrette prélat de ces cruelles douleurs qui L'ont tourmenté pendant tout le temps de sa longue maladie: il faudrait le plaindre de ot ne agoniesi pénible qui a été pour lui une chaîne non interrompue de souffrances presque intolérables. Mais aux yeux de la fui. quelles richesses dans cette entière résignation à la volonté divine dont il nous a donné l'exemple ! Quels mérites Bans nombre dans te patience inaltérable qui laissai! àpeinesoupçonner le supplice continuel qu'il endurait ! Quelle couronne ennn dans cette union continuelle à Jésus souffrant sur ia croix! car. nous en avons été le* moins dans ses derniers moments, le vénérable malade aimait à tenir le crucifix dans ses mains détail h

pprochait souvent de ses lèvres ce signe d amour i-t de salut, en demandant à l>ieu d'avoir pitié de -on .un.. ui's a la miséricorde de Dieu était sa oon-

Bolation et son espoir, quand ;i pensée des redoutables jug le Dieu m présentait .-i -ou esprit. Entrons, nous aussi, X. T. C. F., dans les sentim animaient déplorons

îa perte, et continuons d'élever vers Dieu nos moisis suppliantes, pour lui demander d'exercer en sa faveur cette clémence dont a besoin toute âme appelée ;i comparaître devant le tribunal du juste Juge qui . les cœurs et les reins, suivant l'expression du Roi Prophète. " O Dieu, " s'écrie le saint homme Job, " les cieux ne sont pas pure à vos yeux, et vos anges mêmes ne sont pas sans tache devant votre lumière ! "

Après la lecture du mandement M. le Curé a ajouté les paroles suivantes, au milieu d'un pieux et profond silence :

"îles frères, on a beaucoup dit, beaucoup l'événement qui vient de plonger dans I larme., ; Diocèse, toute

tout entier. Tous les écrivains qui dirigent la p. ont rive qui ferait le plus bel élog

on, le dernier ai ne de

d concert

louanges si bien touchait1.

séparés.

'; Mes frères, après tant et de si beaux exprimés avec un rare bonheur par la presse tante entière ; après les paroles si heureusement qui ont retenti du haut de cette chaire, sur la tombe même de l'Illustrissime défunt; après le mandement de MM. les administrateurs, qui reflète si bien votre deuil, vos pleurs et vos justes regrets ; mes frère-, il semble que je ne devrais pas ouvrir la bouche sur un pareil sujet.

Cependant on n'a pu, on n'a. dû vous montrer qu'à grands traits le caractère et les vertus de Mgr Iiuillargeon. Après une vie sacordotate do 48 ans, employée comme le saint prélat avait émploj'cr la sienne, que de traits oubliés ! que de sainte- cho-es ignorées, pareeque lui-même les avait couvertes du voile do son humilité !

"Je vais choisir, entre mille autres, quelques faits

saillants de la vie cudale de l'illustre d-fant. On eait qtfe ' . . . |Tj otajt ja |

mais une honte incomparai ts limites. De 6

immerge lient '• découle pa jjje la

ehari té envers ceux qui . i }> mirait éiium é-

rer -es aumôix-s en faveur de- pauvres ! Eli de t-> ors et de tous les in fcamts. Qu'il suffi -e

de noter -unes des principales couvre-

procèdent de cette eharit Celles-là ne

aumônes pas-

ttprèa le fondateur, ■ bienfaisance permanente

fortunes, i, la belle et sainte ' lesaintVi Pau!

■ bien s'e tre ville, par le moyen de cette fond;

œuvre ne fut d'abord que le grain de maïs

rbre dont les branches nourrissent, des fruits de la charité, des milliers de pauvres, les meilleurs an;:

'• La Baint-Vincent de Paul. < ui a son principal

centre;'; Québec, où elle.apri naissanc : 1 1 > 1 i

Les du Canada, el même dan> quel-

populee

• Mais te n'était pas assez de l'aumône corporelle.

BSt une > lift '-chose, tanS doute :

UMB héftasl trop souvent lea réeu rats n'en sont que

. et ;i]i!vs la crise <1 - s tcmporell---.

bien des pauvres n'en deviennent ni plus sage- ni plu-

ehréUens. Ptocarer aux nécessité ; la nourriture de

lame et du coMir : leur fournir le pain de l'intelligence, par rinstru<tion et l'éducation morale ; voila surtout l'aumône a laquelle s'attacha Mr. Haillar

geon ou ré 4e Que) Il sut distribuer Dette aumône

du ciel, en établissant partout DÛ il put le fuin écoles gratuites pour le*» enfanta pauvre-.

Des classes pour les riches, des collèges, des couvents pour les hautes études, les citoyens fortunés peuvent toujours les procurer à leurs enfants : ceux-là n'ont guère besoin de protection. Mr. le curé Baillargeon donna donc tous ses soins à l'éducation des pauvres ; et il réussit avec un bonheur dont les heuheux effets se font sentir aujourd'hui plus que jamais dans notre ville. Donc au mois d'août 1843, arrivait à Québec un détachement du bel institut des frères de la Doctrine Chrétienne, ayant à sa tête comme supérieur le très-cher frère Zozime, qui a laissé un si beau souvenir au milieu de nous. Quelques jours plus tard, on chantait dans cette église cathédrale une grande messe solennelle, pour implorer le secours', du ciel en faveur de ces nouvelles écoles.

" En décembre de la môme année, on faisait incorporer la société d'éducation, dont l'existence comme société privée remonte à 1822 ; et le gouvernement, approuvant l'heureuse idée d'établir ici l'institut des chers frères, dota la société d'éducation d'une somme généreuse qu'il a toujours payée jusqu'à ce jour, et qu'il continuera de payer, espérons-le, pour le soutien des écoles pauvres.

" M. F., personne n'a oublié l'immense incendie de 1845, qui dévora une grande partie de notre ville. Au milieu des gémissements de tant d'infortunés jetés sur les chemins, se luisaient entendre en les dominant, les sanglots des enfants pauvres, dont l'asile n'avait pas été épargné. La maison des chers frères, acquise à tant de frais et à force d'aumônes, était devenue la proie des flammes ! On se rappelle que cette maison fut de suite relevée de ses ruines et que le:- enfants infortunés purent y reprendre leurs classes. Mais ce que la plupart n'ont jamais su peut-être, c'est que cette nouvelle bâtisse fut érigée, en presque totalité, par les deniers de Mr. le curé Baillargeon. On conçoit qu'il était difficile d'attendre du secours au milieu de tant de ruinea et quand il fallait déjà secourir tant d'autres infortunes. D'ailleurs, le cœur si paternel du

curé de Québec voyait là la plus touchante infortane à soulager. Il ne recula devant aucun sacrifice, et l'école des chers frères reprit son cours ordinaire. Aujourd'hui les classes de nos chers frères se font sar tous les points de la ville, et l'on ne saurait trouver rien de préférable sous le rapport de l'éducation et de L'instruction primaire.

■• Mes Frères, une autre œuvre de charité dut attirer L'attention de Mgr l'archevêque Baillargeon; celle-ci est plus récente; je veux parler de l'asile du Bon Pasteur. Des âmes se perdaient, et se perdaient sans ressources, faute d'une maison pour les recevoir, jilors même que la grâce du repentir venait leur inspirer de meilleurs sentiments. Des dames pieuses s'étaient réunies pour tenter un moyen de conversion qui avait réussi en d'autres localités. C'était en 1850. Quelque temps après, Mgr Baillargeon, devenu Administrateur, se hâta d*ériger cette association en communauté religieuse, et depuis lors, un nombre considérable de ces infortunées, descendues jusqu'à la plus grande misère morale, ont été reçues et converties dans cet asile, le refuge assuré des pécheree et -ont devenues des modèles de piété et de vertu* chrétiennes.

• C'est ainsi que Mgr Baillargeon ne manquait au- •une occasion de faire du bien à ses ouailles, surtout quand il y avait une douleur à soulager: charité de tous les instants pour les souffrances du corps; charité durable et permanente dans ses fondations pour les maladies «le l'âme.

liée Frères, au nom de la fabrique de Québec, e1 par conséquent, de tous les paroissiens, je >>ui> heureux d'acquitter publiquement une dette de r> naissance, à la mémoire de Mgr Baillargeon. A son instigation, il y a cinq ans, l'archevêque voulut bien payer la moitié du prix des magnifiques ornements rs que vous voyez déployer dans nos grandet

i itee funèbres, <•' <|ui ont servi à la sépulture de no- d> ux derniers^archevêques de Québi

" Plus récemment encore, quelques semaines seulement avant sa mort, Mgr l'archevêque donnait à notre fabrique treize ornements d'autels très-propres, pour les offices de la semaine, ceux qui nous étaient les plus indispensables, parce qu'ils sont d'un m plus fréquent. Mes frères, j'ai du bonheur à vous faire connaître quelle délicatesse avait engagé Monseigneur à nous faire cette dernière largesse, précédée de tant d'autres que je passe sous silence. Vous vous rappelez que, l'an passé, la ville, par une souscription spontanée, avait voulu payer à Mgr l'archevêque qui partait pour le Concile, les frais de son voyage et de son séjour dans la Ville Eternelle. Une bourse ava' faite à ce digne Père du Concile, assez ronde pour lui permettre de vivre à lîome. en prince de l'Eglise. Eh bien! après avoir vécu, là comme partout ailleurs, avec modestie et simplicité, sans manquer toutef" la dignité de son rang. Monseigneur se trouvait. ;i son retour, n'avoir pas dépense la .somme entière qu'on lui avait présentée, et n'en voulant rien r ver pour lui-même, il fit acheter, à Lyon, pour la cathédrale, les ornements dont j'ai parlé plus haut.

'''Mais cela payé, il restait encore trop'riche d'un certain nombre de piastres, qui lui pesaient comme un remords ; et huit joints avant son décès, Sa Grâce nous faisait adresser une magnifique écharpe pour la bénédiction du Saint-Sacrement.

"Mes frères, il faut terminer, et je vais le faire en vous citant un trait remarquable de la vie de Mgr l'archevêque Baillargcon. Pour nous, catholiques, nous croyons que rien n'arrive sans l'intervention de la Providence. Nous croyons même que cette Providence divine daigne se révéler quelque fois. d*unc manière éclatante, aux âmes pures et saintes qui sont dignes d'une telle faveur. Nous en avons une nouvelle preuve dans les paroles mêmes de celui que nous plourons. C'est une lettre écrite de Pome le jour même de sa consécration épiscopale. Elle est adressée à son digne frère, le vénérable curé de Saint-Nicolas,

en date du 23 février 1851. Cette lettre admirable est déjà connue de tons ceux qui lisent les journauxmais elle est, et elle resterait longtemps ignorée des infortunés qui n'ont pas cet avantage. "

Ici SE. lé Cure lut la lettre qui se trouve citée plus haut, dans la notice biograghique, et qui commence par ces mots : En face de Vile aux Grues.

" Mes ïvvrc<, quand une vocation est ainsi visiblement e et dirigée par la Providence, o: moins surpris de voir opérer des vertus héroïques, bareeque cette Providence aura su départir à ceux Bu'elle conduit de la sorte les qualités et les grâces péce '•.•urs hautes fonctions. C'est aussi ce qui doit: afgr l'archevêque Bail-

eile de la • la récompense due à toi;

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