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Au lendemain des funérailles de Mgr Bourget, La Minervây de Montréal, rapprochant, dans un souvenir élogieux, le nom du prélat défunt de celui de sir Georges Cartier, exprimait ce vœu : " Ceci nous amène à faire une proposition que tout le monde approuvera, nous en sommes certain, celle d'élever un monument à Mgr Bourget. On a élevé une statue à sir Georges Cartier ; il faut que Mgr Bourget ait un monument au plus tôt. C'est un devoir à remplir envers l'illustre et vénéré défunt. Nous émettons tout simplement l'idée, tout en laissant à qui de droit la tâche de déterminer le genre de monument qui conviendrait le mieux, et comptant sur l'empressement de notre public pour la mettre à exécution."
Le Mondey de la même ville, écrivait de son côté : Nous ouvrirons ces jours-ci, avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique, à nos bureaux, une liste de souscription, pour élever un monument, sur une de nos places publiques, à la mémoire du saint évêque et du grand patriote que l'Eglise et le Canada viennent de perdre. Nous mettrons la souscription la plus populaire possible,. — un centin, — afin de permettre à tout le monde, aux riches comme aux pauvres, et surtout aux pauvres, qu'il a tant aimés pendant sa vie, de contribuer à cette œuvre éminemment religieuse et nationale.
" Soyons reconnaissants pour les services que nous avons reçus de celui qui s'est dévoué si généreusement, pendant sa vie, à la prospérité morale et matérielle de notre population."
J'ignore si cette souscription a jamais été ouverte, et pourquoi.
Mais le vœu de La Minerve est aujourd'hui réalisé, et Montréal tout entier acclamera, dans quelques jours, sur le parvis de la cathédrale Saint-Jacques, la figure de bronze de son second évêque, levant sa main bénissante sur le troupeau, singulièrement accru, que sa houlette, trente-six années durant, a si fermement guidé dans la voie qui conduit au ciel.
Saint évêque " et " grand patriote," certes, il le fut ; et ces deux mots résument éminemment le concert de louanges qui s'éleva autour de son cercueil et entoura ses funérailles d'un éclat et d'une grandeur qu'aucun autre deuil public, peut-être, n'a atteint dans notre pays.
Des voix étrangères à notre langue et à notre foi se sont mêlées à ces éloges, avec un accent de gravité émue et sincère. D'autres voix, parties d'un groupe où l'autorité de l'inflexible et zélé pontife avait quelquefois porté des coups vigoureux et causé des blessures qui ne semblent pas encore parfaitement cicatrisées, n'ont pas refusé à cette grande mémoire l'hommage de la justice et du respect.
Le plus sérieux des organes de l'opinion anglaise et protestante de notre province, la Gazette de Montréal, disait alors de lui : " Son devoir, le bien remplir, suivant l'inspiration de sa conscience, tel a été le but de sa longue et glorieuse carrière. Personne ne peut dire qu'il a failli à son devoir. Il servait d'exemple, en même temps qu'il enseignait l'exactitude de la vie et de la doctrine.,..
Militant, et aimant la lutte, il s'est fait beaucoup d'ennemis, dont un grand nombre n'accompagneront pas son corps; mais c'est là la meilleure preuve de sa supériorité. Un homme public qui n'a pas d'ennemis n'est pas réellement grand."
Et La PatriCy qui représentait alors le sentiment le plus îndépendent du parti libéral, disait à son tour: '* Ainsi que tous les hommes de lutte, Mgr Bourget a eu ses admirateurs enthousiastes, com.me il a eu ses adversaires déterminés. Nous n'avons pas à signaler aujourd'hui ce qui, pendant sa longue carrière, a pu, aux yeux de quelques-uns, paraître plus ou moins approuvable ou plus ou moins opportun. Quelle que puisse être l'appréciation de chacun là- dessus, personne n'accusera les motifs du vaillant évêque, et nul ne refusera de reconnaître la puissance de son œuvre et l'influence considérable qu'il a exercée sur ses compatriotes.
"Jusqu'à quel degré cette influence a été bienfaisante et féconde, c'est là une question qui nous semble déjà résolue par l'opinion publique. En tout cas, en quelque sens que celle-ci se prononce jamais sur ce point, elle rendra toujours justice au dévouement, au zèle, à Taustérité et aux bonnes intentions du pasteur qui l'a si longtemps dirigée dans le diocèse de Montréal."
Aujourd'hui qu'un quart de siècle nous sépare des différends et des luttes où sa conscience de pasteur lui a imposé plus d'une fois une attitude de résistance indomptable et des paroles de blâme sévère à l'égard des hommes qui lui paraissaient mettre obstacle à l'action du bien, il est réconfortant de recueillir les témoignages d'une aussi indiscutable impartialité, rendus, au lendemain même de ces luttes, "aux bonnes intentions" et à la vertu éclatante
de l'homme illustre qui y avait été si fortement engagé.
Il n'est peut-être pas non plus hors de propos de citer une réflexion qu'inspiraient à un rédacteur de la même certains jugements moins favorables, qu'il entendait émettre auprès de cette tombe à peine fermée. Elle pourrait être lue encore aujourd'hui avec profit par quelques esprits, trop sévères et trop absolus, auxquels l'amertune de certains souvenirs semble voiler complètement la part incontestablement belle et grande qui fut, au témoignage de tous, la très grande part de la vie et de l œuvre de Mgr Bourget. Voici ce passage :
" Malgré la pompe de ses funérailles, il nous semble que nos amis canadiens-français n'apprécient pas, dans toute son étendue, la perte qu'ils ont faite en Mgr Bourget. C'est en conversant avec un bon nombre d'entre eux, que nous nous sommes formé cette opinion. Ils ne semblent pas comprendre qu'un grand Canadien-français vient de les quitter... Depuis Laval de Montmorency, je ne puis voir de plus grand évêque. Il avait des défauts de caractère, comme tous les grands hommes en ont ; nos hommes parfaits, comme nos femmes parfaites, sont toujours incomplets. Mais Mgr Bourget était plein d'initiative, et il a rempli la ville d'institutions de charité."
C'est à cette bienfaisante initiative et au nombre considérable d'institutions charitables auxquelles elle a donné le jour, ou du moins un nouvel et puissant essor, que le maire de Montréal, M. Honoré Beaugrand, se plaisait à rendre hommage, lorsqu'il adressait au conseil municipal, convoqué en assemblée spéciale, les paroles suivantes : '* Les travaux religieux de Mgr Bourget feront époque dans l'histoire de Montréal; et, bien que ses actes, comme les actes publics de tous les grands hommes, aient parfois sou-
levé des discussions et des controverses, chacun s'accorde à reconnaître en lui un grand citoyen et un grand évêque.
"Tout Montréal, sans distinction de croyances religieuses ni de préférences politiques, s'associe, j'en suis convaincu, à la démarche que nous faisons, en nous réunissant spécialement, pour exprimer officiellement nos regrets et nos sympathies à l'occasion de la mort de Mgr Bourget.
" Son nom restera intimement lié aux progrès que notre ville a faits depuis cinquante ans, et sa mémoire sera vénérée par tous ceux qui ont eu l'avantage de le connaître personnellement, et qui ont été témoins de son inépuisable charité.
Montréal perd, dans la personne de Mgr Bourget, un citoyen intelligent et entreprenant, un prélat distingué et un saint homme, dont la vie a été consacrée au soulagement des misères humaines.
** On peut dire de lui qu'il est mort après avoir bien mérité de la patrie."
Une résolution, conforme à cette allocution du maire, formula le sentiment unanime de l'assemblée, à laquelle, îdihzXt ohsQxwQV Le Mondey **tous les membres, tant protestants que catholiques, étaient présents
Ces citations forment l'expression la plus imposante et la plus autorisée du sentiment qui éclata spontanément, dans toutes les parties du pays, à la mort de l'illustre et saint évêque.
Les réserves mêmes qu'elles contiennent, certaines allusions à des abstentions ou à des critiques que justifiait, dans une certaine mesure, le souvenir, cuisant encore, de luttes et de défaites toutes récentes, confirment la force et l'étendue du sentiment public.
La Patrie le constatait très justement, lorsqu'elle disait : Jusqu'à quel degré cette influence" — celle de Mgr Bourget — "a été bienfaisante et féconde, c'est là une question qui nous semble déjà résolue par l'opinion publique."
L'opinion publique l'a, en effet, résolue très nettement, avec une spontanéité et un ensemble qui forment le plus bel éloge d'un mort. Il faut en lire le témoignage dans tous les journaux de l'époque. L'impression qui se dégage de cette lecture est une joie religieuse et patriotique : celle qu'inspire à une âme bien née la contemplation d'un saint et d'un grand patriote. Tous les éloges et tous les hommages, je le répète, se réduisent à ces deux mots.
Est-ce au saint surtout, ou au patriote, qu'est dédié le monument qui ornera demain le parvis de la cathédrale ? C'est à l'un et à l'autre, sans doute, puisqu'ils furent un seul et même homme. Mais on doit dire, en toute vérité, que le premier, chez lui, a fait le second ; et il n'en saurait être autrement.
Un saint, en effet, c'est un homme étroitement uni à Dieu par la vie mystérieuse et sacrée de la grâce. Sous l'influence de ce principe surnaturel, qui pénètre et transforme graduellement son âme, le saint dirige constamment vers Dieu toutes les puissances de son âme et toutes les actions de sa vie. Il ne s'appartient pas : il est à Dieu, et il lui offre sans cesse l'hommage de tout ce qu'il est, de tout ce qu'il a, de tout ce qu'il fait. Il estime toutes choses dans leur rapport avec Lui, et tout ce qu'il fait pour les hommes, c'est pour les conduire à Lui ou les maintenir sous son règne. S'il s'intéresse aux choses du temps, c*est dans la mesure où elles favorisent les intérêts éternels ; et s'il met la main aux œuvres qui assurent la force
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et la grandeur de la cité terrestre, c'est pour assurer à ceux qui rhabitent une vie de paix, de travail et d'honneur, qui, en développant tous les dons que Dieu a prodigués à rhomme et à la terre, permette à l'homme de faire à son Créateur un plus riche hommage de ces dons, et de multiplier, par l'emploi qu'il en fait, des mérites qui agrandissent tous les jours son héritage éternel.
Le patriotisme et les vertus civiques de Mgr Bourget n'ont pas eu d'autre source que celle-là. Il a profondément aimé le pays où la providence de Dieu avait placé son berceau. Il était fier de sa beauté, comme de la race qui l'avait ouvert à la civilisation, en y plantant la croix sous l'égide de cette épée des Francs que le Christ a toujours aimés.
Il parlait avec chaleur, en une langue noble et poétique, des beautés et des ressources naturelles de son sol, qui sollicitaient le travail et l'ardeur de nouveaux agriculteurs : "La divine Providence, écrivait-il dans une lettre pastorale restée célèbre, vous ofifre de vastes forêts, qu'ombragent des chênes antiques, que la hache a jusqu'ici respectés, de riches vallons qui reçoivent depuis des siècles la rosée du ciel et la graisse des montagnes, de nombreuses rivières qui promènent leurs eaux fécondes à travers des plaines immenses et de riantes collines. Ces épaisses forêts n'attendent plus que vos bras vigoureux pour s'abattre et se changer en de jolis villages et de riches cités» Ces fertiles vallons promettent de vous rendre au centuple la semence que vos mains laborieuses vont jeter dans leur sein. Ces charmantes rivières vous offrent de nombreux pouvoirs d'eau et attendent avec impatience le moment où des spéculateurs industrieux iront y déployer leur intelligence, en les couvrant de manufactures et de moulins.'^
(Lettre pastorale du 17 juin iS}\.y, pour encourager l'Association des établissements canadiens des townships.)
Il y a là, en raccourci, un programme de colonisation, qui n'a rien perdu de son actualité.
Le rapatriement de nos compatriotes, émigrés aux Etats-Unis, ne lui tenait pas moins au cœur. Les ramener à la terre nourricière de leur enfance et arrêter le mouvement qui précipitait leur exode, lui paraissait être un facteur essentiel du développement de notre prospérité publique. Il s'en exprime, dans la même lettre, en des termes d'une éloquence émue et pressante : " Tâchons de tirer notre pays de l'horrible crise financière qui le plonge dans une affreuse misère. Pour relever le commerce abattu et alimenter nos villes et nos compagnes, en proie à une si grande détresse, allons exploiter les trésors cachés près de nous, et cultiver des terres qui seront pour nous des mines précieuses. Retenons chez nous ces milliers de jeunes gens qui, chaque année, nous échappent pour aller abattre les immenses forêts de nos voisins. Vous connaissez les spéculations qui enrichissent ces industrieux voisins ; et comment, en nous apportant leurs produits, qui ont coûté tant de larmes et de sueurs à nos infortunés compatriotes, ils nous enlèvent nos hommes et notre argent. Pourquoi n'exploiterions-nous pas comme eux nos richesses territoriales ? Pourquoi ne demeurerions-nous pas ensemble dans le sein de notre heureuse patrie, puisqu'il y a encore place pour des millions d'habitants ? Pourquoi nous séparerions-nous, pour aller errer sur une terre étrangère, pendant qu'il y a pour nous des frères bien unis, et tant de bonheur à vivre ensemble : Ecce qnam honmn et quam jucundum hahitare fratres in unum ?"
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Il ne prétendait pas, du reste, écarter de cette œuvre patriotique le concours des colons étrangers. Loin de nous," dit-il, " la pensée de vouloir exclure de ce pays les étrangers qui nous arrivent d'outre-mer ! Cette terre est assez spacieuse pour nous contenir tous. Pour notre part, nous serions prêt à favoriser nos frères de toute autre origine, qui voudraient fonder une association sur le plan de la nôtre, car enfin nous sommes tous enfants du Père ■qui est aux cieux ; nous vivons tous sous un même gouvernement, qui n'a d'autre but que le bonheur de ses sujets, et qui doit mettre sa gloire à commander à des peuples parlant toutes les langues du monde ; nous avons tous les mêmes droits ; nous formons tous la grande famille du puissant Empire britannique; enfin, nous sommes tous appelés à posséder ensemble la même terre des vivants, après que nous aurons fini notre pèlerinage sur cette terre d'exil. Mettons notre association, comme toutes les autres institutions de ce diocèse, sous la protection de la glorieuse Vierge Marie, et enrôlons notre peuple tout entier sous l'étendard de saint Jean-Baptiste, le plus grand des enfants des hommes et le protecteur de ce pays, qui lui est tout dévoué." {Ibid,)
Ces belles pages ne reflètent pas seulement une piété vive et éclairée, la sollicitude affectueuse du bonheur temporel de ses compatriotes ; mais elles dénotent également un sens judicieux des conditions sociales, économique et politiques de leur état, et une largeur de vues, qu'on s'est trop aisément complu à lui contester.
On trouvera bien d'autres pages du même caractère, en parcourant la volumineuse série des quelque trois cents
lettres pastorales, mandements et circulaires que son zèle et sa vigilance lui ont dictés au cours des trente-six années de son administration épiscopale (1840-1876).
Ils forment un monument autrement expressif et beau que la pierre et le bronze qui vont redire sa vertu et sa gloire aux générations qui défileront à leur pied. Ce monument, le saint pontife l'a pétri lui-même, au long de ses années de labeur, dans la chair de son cœur, d'une main que la nature avait formée pour les grandes et fortes œuvres, et que l'Église a consacrée aux œuvres de Dieu.
L'historien de sa vie — puisse-t-il en être un bientôt, et digne de sa tâche ! — trouvera là, avec l'accent d'une sincérité qui sanctifie chaque parole, et une abondance qui répand dans les phrases la chaleur pénétrante d'un cœur d'apôtre et l'onction lumineuse d'un esprit nourri de la moelle de l'Ecriture et des Pères, toutes les qualités et les vertus de l'homme, avec l'inspiration dominante et les grandes lignes de sa carrière épiscopale.
Il ira ensuite, pour compléter sa connaissance, interroger les témoins qui survivent à sa vie intime et publique. Les plus grands et les plus forts lui diront que sa tête atteignait à la hauteur de leur tête, lorsqu'elle ne la dépassait point ; qu'il était bon de sentir son bras près du sien dans les travaux et les combats du Seigneur ; que jamais il n'a frappé que pour guérir et sauver.
Les plus humbles lui avoueront qu'il fut meilleur et plus grand qu'eux, puisqu'il fut plus saint.
Les plus petits, les tout petits, ceux qui forment la multitude qui croit, qui prie et qui souffre, lui répéteront, en pleurant d'émotion, parfois, et de regret, qu'il se fit toujours aussi petit qu'eux-mêmes, pour éclairer leur
esprit, consoler leur cœur et vider dans leur main une bourse que son cœur remplissait toujours pour eux ; ils lui conteront cent traits touchants ou sublimes, qui illustrent son humilité et sa charité, comme celles d'un François de Sales ou d'un François d'Assise.
Car cet homme, si fort et si grand, qui traitait avec aisance avec les grands et les riches de la terre, s'est plu surtout, à l'exemple du divin Maître, dans la société et le service des pauvres et des humbles. Les communautés qu'il a fondées le savent, elles qui ont si fréquemment recueilli de sa bouche, durant des mois entiers, les principes et les règles de la vie intérieure, dont il venait leur apprendre la pratique dans l'exercice répété de l'oraison.
Les pauvres comptaient en lui un père qui, jamais las, jamais ennuyé de leurs sollicitations et de leurs confidences, quittait à tout instant, et sans hésiter, sa prière ou son travail, pour venir les écouter et les secourir.
Il avait certes raison, le journal qui, au lendemain de sa mort, voulait mettre à la portée des plus pauvres la souscription qu'il proposait d'ouvrir en vue d'un monument à la mémoire du grand évêque ; car, s'il fut l'évêque de tout son peuple, il le fut plus tendrement des petits et des humbles.
Je ne sais si leurs oboles sont entrées en grand nombre dans la construction du monument actuel ; mais personne n'ignore qu'elles ont afflué largement vers cet autre monument, plus important et plus vaste, dont sa religion et sa clairvoyance avaient jeté les fondements au centre même de notre ville.
Notre cathédrale a été construite avec l'offrande du riche et l'obole du pauvre : touchant symbole de l'unité chrétienne, qui fait monter vers le ciel, en un commun et vigoureux élan, ces prières et ces poèmes de pierre que sont nos cathédrales.
La nôtre s'élève hardiment vers le ciel, en couvrant de son ombre immense la foi qui se retrempe et la piété qui se recueille sous ses voûtes. Sa coupole domine les tours et les clochers de notre ville grandissante et emporte au loin notre pensée vers le dôme majestueux que Michel-Ange donna pour pavillon au tombeau de saint Pierre. Prosternés dans sa lumière, nous murmurons pieusement ces paroles du Christ à son premier vicaire, qui déroulent leurs lettres d'azur sur la blancheur immaculée de son orbe : "Tu es Pierre, et sur la pierre que tu es je bâtirai mon église."
Puis notre pensée redescend vers la crypte, qui s'étend, sombre et vaste, au-dessous du sanctuaire, — doucement reconnaissante au grand pontife qui dort là son dernier sommeil, à côté du père et du prédécesseur qui lui transmit en dépôt la foi et l'esprit de Pierre. Elle lui dit: **Tuas établi solidement ton église sur la pierre de Rome, et tu l'as gouvernée par la vertu qui, par elle, émane sans cesse en nous de Dieu et de son Christ. Dors en paix, grand et saint évêque ! Ton église ne mourra point. Des mains consacrées par une onction pareille à la tienne veilleront sans cesse sur elle et sur ta tombe. Aujourd'hui, elles convient les prêtres et le peuple à ta gloire. Toujours, elles maintiendront tes œuvres au milieu de nous, et par elles ton âme vivra en nous."
G. BOURASSA, prêtre.
€n mu m profit ae l'œuvre ae la Crèche.
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