décembre
une page à l'admirable chapitre de ses « Moines » : De V amitié dans le cloître ?
Ces âmes idéales ne sont point faites pour traîner longtemps le poids de leur corps. Il tardait à Jules de s'en aller. Littéralement il avait la nostalgie du ciel1. Ecoutez ce fragment d'une pièce de vers qu'il intitulait les Joies du Paradis :
Mon cœur veut s'abreuver aux sources de la vie. Mon âme de mon corps veut briser les liens. Elle veut s'élancer au sein de la patrie,
Loin des plaisirs qui ne sont pas les siens.
Il entend la voix de sa pauvre mère qui le voudrait retenir près d'elle :
Tu n'es, ô mon enfant, qu'au printemps de ton âge; Ta vie est une fleur qui vient de s'entr'ouvrir. ,
Reste près de ta mère à l'abri de l'orage. Pourquoi veux-tu sitôt partir?
Mais lui entrevoit les splendeurs et les allégresses du Paradis :
Mère chérie, adieu! Le Seigneur me réclame...
Il fait si bon au ciel : ne me retenez pas !
Ob ! oui, je veux partir... Adieu, mère chérie! Vous me suivrez bientôt dans la cité des saints, Et là nous chanterons, et Jésus, et Marie, En nous mêlant aux séraphins!...
Manifestement, la lame, comme dit le peuple dans sa langue imagée, usait le fourreau ; l'âme dévorait le corps. Les progrès du mal ne pouvaient échapper au regard du frère Verjus :
ce Jules tombe malade. O mon Dieu, venez à notre secours ! Vous savez mes pactes, Seigneur, frappez sur moi. Je chercherai un moyen de conserver ce trésor à notre Société. Cher Jules, je vous aime beaucoup ; ne
1. Plus tard, en Nouvelle-Guinée, Mgr Verjus, dira de lui-même : «Le désir du ciel me fait pleurer. Le mal du pays me prend. »
m'accusez pas de vouloir retarder votre bonheur. Je comprends vos désirs; mais j'aime mieux encore la gloire du Sacré Cœur, les âmes, notre chère Société qui a besoin de vous. C'est pour eux que je veux vous conserver, au prix de ma vie, s'il le faut * ! »
Un mois plus tard :
« Jules souffre beaucoup. J'estime trop la souffrance pour regretter que ce cher Frère en soit gratifié ; mais, mon Jésus, épargnez sa santé, je vous en prie. Faites-moi souffrira sa place. Envoyez-moi sa maladie... Donnez-lui la force de bien souffrir. Faites qu'il vous aime de plus en plus et que de plus en plus il vous ressemble ~. »
Les supérieurs, dans l'espoir peut-être que le changement d'air ferait du bien au malade, l'envoient, avant la fin de sa rhétorique, au noviciat. Les adieux des deux amis furent touchants 3. On renouvela tous les pactes. On multiplia les promesses d'union dans le Cœur de Jésus. On s'offrit comme victimes à Notre-Seigneur pour l'entière observation des règles par tous et la réparation des fautes qui se commettent dans l'Institut. On évangélisera par la prière, puisqu'on ne peut le faire encore par l'action, les pays infidèles. Décidément, et de tout cœur, on se mettra à être des saints. Le frère Verjus veut baiser les pieds du cher postulant; mais Jules tombe à ses genoux... On s'embrasse, et adieu ! Ils ne se reverront plus.
Après quelques journées de noviciat, Jules écrivit à son ami pour lui recommander ses chers sauvages. En ce moment, par la prière, il « évangélisait » les Philippines. Après la lecture de cette lettre le frère Verjus écrivit dans son Journal :
« Faites, ô mon Dieu, que je sois un jour martyr de votre divin Cœur, mais martyr ignoré, méprisé. Oui. o mon Dieu, je serai content de tout. Disposez de moi, comme il vous plaira ; mais s'il m'était permis de former