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96 RETOUR A CHEZAL-BENOÎT

de parfums. Pervertis par des conversations malsaines et des lectures troublantes, énervés par ce que le P. Gratrv appelle 1' « abus du feu ' », les jouissances maudites, saturés sans être assouvis, ils ne connaissent ni les beaux élans de l'âme, ni les illusions généreuses, ni l'admiration, ni l'affection, pas plus le respect que la joie. Plongés déjà dans je ne sais quelle nonchalance morne et railleuse, ils n'attendent rien de la vie; ils ne croient ni à la vérité, ni à la beauté, ni à la vertu. Les plus belles langues du monde, qu'est-ce que cela pour eux? Ne leur parlez ni d'éloquence, ni d'art, ni de poésie : ils ne comprendraient pas et riraient de vous peut-être. Que dis-je ? Le spectacle des actions les plus héroïques les lasse et les dégoûte. Là où d'autres tressaillent et s'enthousiasment, ils ne savent que hausser les épaules et ricaner : ils sont blasés, et ils s'en vantent; ce qui revient à dire qu'ils n'ont plus de cœur; déjà ils sont morts.

Il en va autrement, grâce à Dieu, dans nos maisons d'éducation chrétienne, en particulier dans les petits séminaires et plus encore peut-être dans les écoles apostoliques. Non pas que l'idéal y soit toujours réalisé. Là, comme ailleurs, l'enfant porte dans ses flancs le feu des mauvaises concupiscences; mais, plus qu'ailleurs, il lutte, et, grâce à la prière, grâce à l'Eucharistie, il est habituellement vainqueur. « Je commence à connaître les âmes, écrivait le frère Verjus. Oh ! quel trésor qu'une belle âme! Quels idéals, ô mon Dieu, vous me présentez tous les jours (dans ces enfants) de votre pureté, de votre bonté, de votre douceur!... Que vous devez être beau, si votre ombre est si belle- ! » Et tout entier et à plein cœur, il se donnait à leur sanctification. Vraiment, ce jeune éducateur de dix-neuf ans était, devant une âme, comparable à un artiste en présence du bloc de marbre d'où jaillira, il l'espère du moins, un chef-d'œuvre. On voit dans ses notes que tel enfant le

1. De la connaissance de Vainc. Les deux foyers. T. II, ch. i.

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