‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 49 sur 226 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

2. Le lecteur lettré a reconnu une parole célèbre de Joseph de Maistre.

soleil recommencent les extases. Les Pyrénées lui rappellent les pics neigeux de la Savoie. Des refrains, qu'il a entendus à la Petite-Œuvre, lui reviennent en mémoire et bourdonnent à ses oreilles. Son enthousiasme fut au comble et déborda, lorsqu'il vit, tout ensemble, les montagnes, d'un côté, et, de l'autre, pour la première fois, la mer, « la belle Méditerranée, calme, bleue, brillante comme un cristal ». Le P. Marie, à plusieurs reprises, dut l'inviter à mettre une sourdine à ses exclamations. A Perpignan, les voyageurs rencontrèrent le futur supérieur de la maison d'Espagne, expulsé lui-même de la maison d'Arles. « C est le même entrain, écrit le frère Verjus, au milieu des mêmes souffrances. » En quelques tours de roue on est en Espagne. Le temps manque pour admirer à loisir les plants d'oliviers sur les flancs des montagnes et les buissons de grenadiers qui bordent les routes. « Les paysages et les échappées de vue sur la mer sont à peindre... On passerait et on repasserait des journées entières sans se lasser. » Le soir, les six voyageurs arrivaient à Barcelone. « Mous saluâmes, dit le Frère, les anges gardiens de la ville. » Puis, on alla frapper à la porte d'un couvent de la Présentation. L'émoi fut grand dans la maison. — « Les Pères sont là. — Nous ne les attendions pas ce soir. — Où vont-ils se loger?... » — Enfin tout se calme. Tout s'arrange. On s'assied. On cause. On interroge. On attend. Puis, le souper s'improvisant , on lui fait honneur. L'heure venue du coucher, chacun se disperse. Un pieux voisin donne au P. Marie et au frère Verjus une hospitalité plus généreuse que confortable. Le Frère raconte la chose avec une gaieté de style charmante. « Nous arrivons. Il nous offre un petit verre, 'et, après nous avoir énuméré tous ses titres à notre confiance et à notre admiration, il nous permet enfin de nous coucher; je n'essaierai pas de dire où. En France, on appelle cela des fourre-tout; mais, à cheval donné on ne regarde pas la dent. Ce bon monsieur nous recevait avec tant de cordialité que nous ne pouvions pas faire les difficiles. »

Au surplus, ils auraient été mal venus à faire, dès le premier jour, les difficiles, les chers exilés; car, il leur faudra s'habituer, quoi qu'il en coûte, à la gêne, aux privations, à la pauvreté.

Arrivés à Barcelone le 10 novembre, ils s'installent, le 15, au numéro 59 de la calle Anclia au premier étage d'une maison spacieuse mais vide. Comment la meubler ? Le P. Marie a parcouru les magasins et acheté des lits : matelas, draps, couvertures, « tout cela pauvre et assez vieux ». Après le souper, qui eut lieu chez les Sœurs, et, la nuit tombée, « nous partons, écrit le frère Verjus, par bande, emportant sous nos bras les bagages. C'était tout à l'ait primitif et touchant. Jamais Barcelone n'avait vu passer dans ses rues des ecclésiastiques ainsi chargés. J'avais pour mon compte deux énormes paquets qui m'arrondissaient les côtes1 ».

Le bon Frère aimait la pauvreté, « la sainte pauvreté », non pas d'un amour idéal, platonique, non pas à la condition de ne manquer de rien, mais dans la réalité et dans la douleur des choses. Il eut de quoi se satisfaire. L'ameublement des cellules n'est pas riche : une chaise, une table, un lit, quelques livres. «Je suis heureux de cette pauvreté, écrit-il. Au moins on a l'occasion de pratiquer son vœu jusqu'au bout. » Telle qu'elle est, sa cellule ne tardera pas à faire ses délices. « Je l'aime déjà beaucoup. Elle est celle de l'exil. »

Le Père supérieur l'a nommé « cuisinier en second », s'étant adjugé h lui-même, comme il convenait, l'honneur d'être « cuisinier en chef ». Pour batterie de cuisine, ils n'ont à leur disposition qu'une petite marmite, une casserole minuscule, un seau et un couteau. Le premier essai ne fut pas heureux. Outre qu'il oublia le sel, le frère Verjus laissa fondre une cuillère, en préparant le rôti. Un

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