mars
jamais je ne descende ! Que jamais je ne souille cette robe d'innocence que vous avez lavée dans votre sang. C'est aujourd'hui, mon Jésus, c'est aujourd'hui surtout que je reconnais combien votre joug est léger. Sans doute je ne comprends pas encore la grâce immense que vous m'avez faite, en m'admettant au nombre de vos soldats d'avantposte, si jeune encore, et n'entendant rien au maniement des armes, sans défense, sans guide, sans autre bouclier que ma confiance illimitée en votre bonté.
« Me voilà lancé ! Je ne reculerai pas, ô mon Dieu, dûtil m'en coûter mille épreuves, mille contradictions, mille serrements de cœur, plus terribles que la mort !
« La mort ! Omon Dieu, la mort au milieu de vos rangs, après avoir combattu, en combattant pour vous ! Voilà ce que je vous demande...
« Vous m'avez toujours exaucé, ô mon Dieu. Je vous ai demandé de sauver ma vocation à la Petite-Œuvre, vous l'avez fait d'une manière admirable. Je vous ai demandé le noviciat, les vœux, le professorat, l'exil, vous m'avez tout accordé... Maintenant, je vous demande un autel pour y dire une messe, et une île sauvage pour y mourir... »
Après cette chaude effusion de sa reconnaissance, l'heureux profès raconte brièvement la cérémonie. Au sortir de son oraison qu'il a prolongée jusqu'à sept heures, la sainte messe. « Comme mon cœur battait ! Mon oraison n'était pas achevée, qu'importe ! Je continuerai à la chapelle... La messe commence, à l'autel de Saint-Joseph. Le Cœur de Jésus me fait la grâce de ne penser qu'à lui. Après l'élévation, je me mets en adoration. Mon sacrifice (s'il y a sacrifice) m'apparaît comme une immense grâce que me fait le Sacré Cœur. Je me fonds en actions de grâces jusqu'à la sainte communion. Le moment venu, le bon Père supérieur se retourne (j'étais à ses pieds) avec la sainte hostie élevée et me fait signe de commencer... Alors, avec un bonheur indicible, je prononce la formule, bien ému, mais sans hésiter...
« Après !... Quel abîme entre ces deux moments !
150 l'exil
« Le bon Père, tenant toujours la sainte hostie entre ses doigts, m'adresse quelques paroles pleines de cœur et d'àpropos, me disant que j'étais heureux de faire mes vœux à un âge encore si jeune, en un temps de persécution, exilé sur la terre d'Espagne, patrie de saint François Xavier et de sainte Thérèse... L'émotion me gagne. Je me mets à pleurer. Je reçois mon Jésus, et je retourne à ma place, le cœur surabondant de bonheur et de consolalion. J'étais en Paradis 1... »
Au matin du 1er septembre 1881, à Barcelone, dans une petite chapelle de la rue Ancha, le R. P. Durin, Missionnaire du Sacré-Cœur disait la messe. Autour de l'autel élaient groupés le P. Navarre, le P. Cramaille, premier prêtre de la Petite-Œuvre, et deux Frères coadjuteurs. Ils vont partir au nom de leurs deux mères, la sainte Eglise et la petite Société, pour les îles sauvages de la Mélanésie et de la Micronésie. Le R. P. Jouet, en ce temps-là procureur général des Missionnaires du Sacré-Cœur, est accouru de Rome, tout exprès. Le frère Verjus, caché derrière l'autel, « en tête à tète avec son Jésus caché, comme lui, et heureux de l'être », tient l'harmonium. Au commencement de la messe, il entonne Y Ave Maris Stella. « Avec quel cœur, écrit-il, et quelle ardeur je chantai ces sublimes paroles qui résument toutes mes aspirations et tous mes désirs ! J'étais bien ému. Tout se déroulait en ce moment sous mes yeux. Je voyais presque clairement les plans du bon Dieu, le divin Maître se servant de tout, même des obstacles... J'admirais. J'étais heureux. » A l'Évangile, le R. P. Durin, supérieur de la Mission, se tourna vers l'assistance et, d'une voix que l'émotion rendait tremblante, il demanda des prières pour le succès de cet apostolat lointain.
« De tout mon cœur, dit le pieux Frère, je priais le bon