mars
176 LE SCOLASTICAT
Les vacances sont finies. On est rentré à Rome. Le chanoine Timon-David, directeur de l'Œuvre de la Jeunesse pour la classe ouvrière, à Marseille, prêche la retraite des scolastiques.
C'était un homme de Dieu. Sa parole primesautière, originale, abondante, par-dessus tout très simple et foncièrement évangélique, plaisait au frère Verjus. Elle lui fit du bien. C'est principalement au détachement du cœur qu'il s'appliqua. « A quoi donc ne suis-je pas encore mort ? Je désire aimer et être aimé... Je désire les missions et le martyre... Je laisse tout au Sacré Cœur. Trop heureux d'être à son service, je me regarderai comme très honoré à la dernière place du dernier Frère coadjuteur... Je veux cent fois prouver à mon Jésus que je l'aime. J'accepte tout. Je consens à n'être plus aimé et à ne témoigner à personne aucun signe d'affection particulière. Je consens, si le Sacré Cœur le veut, à ne pas aller aux Missions et à mourir, dans mon lit, entre deux tisanes, s'il le veut encore, pourvu qu'à ce prix le bon Jésus m'avoue un peu que je l'aime... Me voilà bien mort1. » L'âme exquise du Frère se trouble à la pensée que peutêtre il a trop donné de son cœur à ses amis. Il faut aller en s'épurant, se dégageant de plus en plus de toute créature et surtout de soi-même : le religieux a été fiancé, comme une vierge chaste, à l'unique époux, qui est le Christs.
Il lui faut aussi se donner, s'immoler à l'Institut qui a tant fait pour lui et qui n'a pas renoncé à faire davantage encore. Que sont devenus tous les sacrifices qu'il a coûtés à la Petite-Œuvre et à la Société? « Personne ici, mais littéralement personne ne doit être plus saisi que moi
2. II Cor., ii. — Despondi enim vos uni viro virginem castain exhibere Christo.
par cet argument. Je suis le plus ancien sur les bras de la Société. Depuis 1872, je suis à sa charge. Depuis lors, que de soins, que de dépenses, que de peines, que de perplexités à mon égard! Et moi, qu'ai-je fait? Rien. Tout ce que j'ai essayé de faire a été mal fait. O mon Dieu, pardon! Je veux reconnaître toutes ces grâces ! Je vais encore coûter beaucoup, jusqu'à la fin de mes études, à cette chère Société; mais, je m'offre à vous, o mon Jésus! comme je l'ai fait au jour de mes vœux. Je veux être la victime de toutes les fautes dont peut avoir à répondre ma chère Société. O mon Dieu ! je vous en conjure, frappez sur moi, ne m'épargnez pas, et faites qu'un jour je puisse servir cette Société bien-aimée de tout mon cœur1. »
Rassurez-vous, cher enfant : vous allez payer par de loyaux services votre dette de reconnaissance. Que dis-je ? Vous allez couvrir d'honneur la petite Société, votre mère. Un je ne sais quel rayonnement flotte déjà, comme un nimbe, autour de votre front et rejaillit sur elle.
Au sortir de la retraite, on fait un pèlerinage dans la Sabine, de l'autre côté de Tivoli, à travers la vallée de la Licenza,
Me quotiens refîcit gelidus Digenlia rivus 2,
à Vicovaro. L'année précédente, au mois de juin, dans l'église de la petite ville, une image peinte de la Madone avait, à plusieurs reprises, remué les yeux comme un être vivant. La petite caravane du Sacré-Cœur était heureuse de vénérer cette Vierge miraculeuse. « Que vous êtes bonne, ô Mère, lui disait le frère Verjus, de vous approcher ainsi de nous! Ne serait-ce pas pour répondre à cette invocation : Miséricordes oculos ad nos couverte'6, que