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pourrai les lui donner dans la prochaine audience. Sa Sainteté porte à ces Missions un intérêt tout spécial, et j'en suis d'autant plus heureux, que, depuis bien des années, j'ai l'habitude, tous les jours, dans mes prières du matin, de dire un Pater et un Ave, pour demander tout particulièrement à Notre-Seigneur d'envoyer des Missionnaires dans cette grande île de la Nouvelle-Guinée. Les protestants y sont déjà, eux les apôtres de l'erreur, et les Missionnaires catholiques n'y ont pas encore établi un centre d'évangélisation pour y faire connaître la vérité et prêcher l'amour de Jésus-Christ : et il y a dans cette seule île plus de cinq millions de sauvages !
« Mais, grâce à Dieu, il y aura maintenant parmi vous, nous l'espérons, des Missionnaires à qui il est réservé de planter la croix dans ces contrées idolâtres. Vous voyez, par la lecture de l'intéressante lettre du P. Navarre, que le Sacré Cœur a ouvert la Mission, que Notre-Dame du Sacré- Cœur protège ses enfants, et que le moment est venu de tout espérer.
« Quelles paroles pourrai-je maintenant vous diçe, chers enfants, pour vous faire apprécier de plus en plus votre sainte et sublime vocation? Je n'en trouve pas de meilleure à vous rappeler, dans une si belle circonstance, que celle de notre divin Maître à ses apôtres. Il leur disait, et il vous dit à vous-mêmes : « Non vos me elegistis, sed ego elegi vos, et posui vos, ut ealis, et fructum afferatis, et fractas veste/- ma ne a t : Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis, et qui vous ai placés, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. »
Et le pieux cardinal, fortement et suavement, développe ce beau texte :
« C'est le bon Dieu, qui, sans aucun mérite de votre part, vous a appelés à la foi chrétienne, et de la foi à la vie religieuse et apostolique... C'est le Cœur de Jésus qui vous a voulus à lui..., et qui vous a fait entrer dans la Société de ses Missionnaires. Qu'il a été prodigue de grâces en vous
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amenant à Rome, dans cette ville où réside le successeur de Pierre, dans cette ville où vous trouvez tout ce qui fait l'apôtre et le Missionnaire ! Les ossements des martyrs ne vous prêchent-ils pas jusqu'à quel degré doit arriver votre dévouement?...
« Mais vous n'êtes pas ici pour y demeurer toujours : vous n'y êtes que pour recueillir abondamment la science et la piété. Et ces connaissances et ces vertus que vous acquerrez ne sont pas pour vous seuls; souvenez-vous, chers enfants, que vous devez aller : Ut eatis. Des peuples nombreux vous attendent, auxquels vous serez envoyés, soit en Europe et dans les pays catholiques, soit dans les contrées étrangères et barbares. Il faut que vous soyez prêts à aller partout où l'obéissance vous appellera, à aller malgré tout, jusqu'au bout du monde ; et cela au prix de n'importe quel sacrifice, au prix même de votre sang et de votre vie.
« Et fructum afferatis : Et que vous portiez du fruit. » Le fruit, c'est le salut des Ames, c'est la conversion des infidèles, c'est l'extension du règne de Jésus-Christ. Répandre la lumière du saint Evangile, c'est devenir le coopérateur de Notre-Seigncur lui-même. Toutes les sciences ne vous seraient d'aucune utilité si vous ne vous en serviez pour faire connaître et aimer Jésus-Christ. Vos chers Pères, qui sont allés en Xouvelle-Bretagne, n'ont pas d'autre ambition que celle-là : ils veulent convertir des sauvages el on faire des enfants de Dieu et de l'Église.
« Et fructus cester maneat : Et que votre fruit soit durable. » Si vous devenez de saints Missionnaires, le Seigneur bénira vos œuvres de zèle en leur donnant la stabilité. Travaillez donc de plus en plus à la vertu solide, développez tous les germes d'humilité, d'obéissance, d'amour de Dieu, déposés dans vos âmes, et vous assurerez le succès à votre futur apostolat...
« Pour que chacun d'entre vous grandisse et persévère dans sa belle vocation, je vais tous vous bénir au nom de Notre Très Saint Père le Pape, qui vous aime tant. Que
de fois il m'a parlé de vous ! Que de consolations il éprouve envoyant s'accroître tous les jours votre nombre, et en apprenant que vous êtes la joie de vos supérieurs ' !... »
Que sentait, que pensait, que disait le frère Verjus en entendant de telles paroles? Demandons-le à son Journal : « Comme mon pauvre cœur palpitait ! Que de frémissements des pieds à la tète ! il est donc vrai que nos Pères sont arrivés, qu'ils ont été bien reçus et qu'ils ont commencé! Quelles actions de grâces sont montées de mon cœur ! Les Pères veulent des aides. Ils préparent déjà une maison pour ceux qu'ils attendent. 0 mon Dieu, partira-t-on, cette fois encore, sans votre pauvre petit et indigne serviteur? Que votre règne arrive! N'importe comment. Pourvu qu'il arrive, je suis content. Que votre volonté soit faite et non pas la mienne! » Quelques semaines plus tard, on apprend par les journaux qu'un navire hollandais s'étant hasardé sur les côtes de Nouvelle-Guinée, plusieurs matelots ont été massacrés et mangés. « Quel malheur, écrit le Frère, qu'il ne se soit pas trouvé là de Missionnaire. Son sang, du moins, aurait germé des chrétiens. Mon Dieu, j'irais dès maintenant, sans autre préparation qu'une visite au Très Saint Sacrement et à ma bonne Mère du Ciel. Vive Jésus! Il y aura de l'ouvrage en Guinée. Demain, je communierai pour les bourreaux et pour les pauvres victimes 2. »
Tout en se donnant à ce qu'il appelle « le noviciat des Missions », il se prépare aux ordres sacrés. Déjà il a reçu les ordres moindres à Saint-Jean de Latran ; les deux premiers le 5 février 1882, les deux autres, dans la môme église, le 4 mars suivant. « Portier ! Me voici donc, de par Dieu, gardien des églises et de la sainte Eglise... Je
1. Voir dans les Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, mars 1883, tout le discours du cardinal.