‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 98 sur 226 · Qu'est-ce que l'homme · texte numérisé non relu

Qu'est-ce que l'homme

22G LE SCOLA.STIC.VT

0 Jésus ! Et vous êtes venu ! Et j'ai senti votre sang sacré couler sur mes lèvres, et votre corps si pur descendre entre mes mains ! Et je vous ai donné à mes frères, et vous m'avez laissé faire, ô Jésus !

« Saintes âmes du Purgatoire, comme je les aime ! Elles auront été contentes de moi aujourd'hui.

« Demain je dirai la messe! encore! Ce sera en rouge (couleur du martyre)...

« Le cœur me fait mal à force de battre. Quelles émotions ' ! »

Le lendemain, nouvelles grâces et nouvelle fête. Tour répondre aux désirs de nos bienfaiteurs de Rome, le Père dut célébrer une messe solennelle à l'autel de Notre-Dame du Sacré-Cœur, dans l'église. Le P. Jouet prit la parole. « Jugez de mon émotion, lorsque ce vénéré Père, s'abaissant jusqu'à moi, daigna me montrer les trois Eglises de Jésus-Christ Notre-Seigneur attentives à mon ordination. L'Eglise triomphante célèbre la consécration. L'Eglise souffrante jouit des premiers fruits, et, c'est au centre de l'Église militante et tout près du Souverain Pontife que je célèbre aujourd'hui. Le bon Père daigna aussi rappeler le souvenir des Missions. Certes, il n'en fallait pas tant pour m'enflammer. Aussi toute la journée ne fut qu'une joie et un acte d'amour et de reconnaissance. »

Au jour de sa première messe, le P. Verjus — nous l'appellerons ainsi dorénavant — signa un acte, bien cher au vénérable Guignion de Montfort, et qu'il avait préparé pendant sa retraite : l'acte d'esclavage à Marie. Le voici tout entier, tel que nous l'avons trouvé dans ses papiers :

« O Mère, puisque, par votre grâce, me voilà prêtre, il

1. (i Le soir, mes bons Frères voulurent, suivant la coutume, fêter le nouveau prêtre. Les enfants de la Petite-Œuvre me rappelèrent ces années passées à Chezal-Benoîl, années si pleines et si consolantes qui, toutes, m'étaient données pour me préparer à ce beau jour. Mes chers Frères voulurent aussi me dire leur bonheur en vers, en prose et en musique. J'éUiis profondément ému. Aussi je ne pus que balbutier quelques paroles de remerciement. »

faut que je le sois réellement et toujours, par votre secours. Faites, ô Mère, que je comprenne la grandeur et l'étendue des obligations et des devoirs du prêtre. Vous qui m'avez donné Jésus, enseignez-moi avec quel amour, quelle vénération, quelle adoration je dois traiter ce môme Jésus qui daigne descendre entre mes mains. Faites-moi comprendre Jésus victime, prêtre, médiateur et sauveur. Faites-moi comprendre son amour, son zèle pour les âmes, et alors, ô Mère, pour vous témoigner ma reconnaissance, aujourd'hui même, je me donne, me voue et me consacre à vous comme votre esclave, afin que, me moulant vousmême sur vous-même, vous me fassiez ce que Jésus me veut : saint prêtre, saint Missionnaire et martyr de son divin Cœur. Je vous consacre tout, ô Marie, et m'enlève tout droit sur toutes mes œuvres pour que vous les appliquiez à la plus grande gloire de Dieu que vous seule connaissez, de sorte que, quand je voudrai prier pour quelqu'un, j'irai vous dire, ô Mère, de lui faire l'aumône, n'ayant plus le droit de rien donner moi-même. C'est mon intention, ô Mère, de faire désormais tout pour vous, par vous et en vous, afin de faire mieux pour Jésus, par Jésus et en Jésus. Je m'unirai à vous en tout; et toujours par vous j'irai à Jésus.

« Tous les ans, je renouvellerai ce pacte du jour de ma première messe. (Tous les jours) j'y penserai au second Suscipe.

« La fête de ce pacte sera l'Annonciation.

« J'ajouterai tous les jours une dizaine à mon chapelet pour vous renouveler la consécration de toute ma vie sacerdotale et de mes chères Missions.

« De plus, ô Mère, pour vous témoigner ma reconnaissance de ce que vous m'avez obtenu la grâce d'être prêtre et d'aller en Mission, je vous promets de faire tout mon possible pour créer un pèlerinage en votre honneur dans le Vicariat et de ne jamais prêcher ni confesser sans parler de vous.

« Bonne Mère, puisque aujourd'hui je suis vôtre, je vous

228 LE SCOLASTICAT

renouvelle mes trois vœux. Que je vous ressemble, ô Mère ! Que je sois toujours pur! Donnez-moi l'esprit de pauvreté ! l'obéissance jusqu'à la mort ! Oh ! si je pouvais mourir pour mes vœux ! O Mère, vous savez mon désir du martyre. Je sens que vous m'exaucerez. Je vous en remercie. Grandissez-le toujours, et faites qu'il soit bien caché, bien à la gloire du Sacré Cœur et en expiation de mes péchés. Je compte sur vous pour cette grâce, A Mère. Je n'ai plus que celle-là à vous demander. Elle contient la persévérance finale. Je suis prêtre par vous. (J'irai) en Mission pour vous. Que je sois martyr pour vous, et cela me suffît!

« Voyez, aujourd'hui, o Mère, et tous les jours de ma vie, ces pactes que je porte sur mon cœur. Je désire que chaque battement de ce pauvre cœur soit pour vous et qu'il vous dise : Mère, je renouvelle tous mes engagements. Je vous aime. Je suis heureux d'être votre esclave.

« Encore une prière, o Mère, pour mes chers défunts. Je vous ai tout donné autrefois par le vœu héroïque. Par la consécration présente, je vous les confie. Oh ! qu'ils ne se repentent pas de m'avoir fait du bien! Soulagez-les, bonne Mère. Glorifiez-les. Donnez-leur une joie de plus, parce qu'ils vous ont procuré un esclave de plus.

« J'ai fini, ô Mère. Dites à Jésus que je l'aime ! que je veux vivre pour lui! mourir pour lui !.. Oh! que je voudrais comprendre Jésus, le Prêtre, le Sacré Cœur, les âmes! Dites-lui cela, ô Mère. Je vous le rappelerai toutes les fois que j'aurai le bonheur de célébrer la sainte messe. Que je les célèbre toutes comme la première ! et que jamais je n'offense de propos délibéré ce bon Jésus qui nous aime tant!

« Votre esclave, au beau jour de sa première messe.

Chaque matin des jours suivants, le P. Verjus s'en allait dire la messe dans quelque sanctuaire privilégié : à la Confession de Saint-Pierre, à Saint-Paul, à Sainte-Marie-

Majeure, à la Prison Mamertine, à Saint-Louis de Gonzague, dans la Chambre de Saint-Stanislas, à l'autel de Saint-François-Xavier au Gesù, à Sainte-Agnès, à Saint- Laurent...

« Toutes mes journées se marquent au cachet du sang de Jésus. Oh! comme je sens le besoin de bien dire la messe! Comme je suis heureux de m'unir au bon Maître tous les matins ! Je n'ai pas besoin d'autre chose. Jésus me suffit.

« Ce matin, j'ai eu le bonheur de célébrer au milieu des malades de la Consolation. Il y avait longtemps que je désirais ce bonheur. Je les aime tant, ces chers malades * ! »

« Vive Jésus ! J'ai célébré ce matin le saint sacrifice au fond de la prison de Mamertine. Quelles pensées de zèle et d'immolation généreuse de tout moi-même ont pénétré mon cœur !.. Je me sentais transporté au temps où saint Pierre et saint Paul, enfermés dans ces murs ou plutôt ensevelis dans ce cachot, baptisaient leur geôliers. O mon Dieu, et moi aussi je serai martyr ! La NouvelIey-Guinée aussi aura ses martyrs ! On y parlera de vous, bon Maître. Mon sang vous y rendra témoignage, et mes bourreaux vous adoreront un jour2. »

« Vous pensez, écrit-il à son cher correspondant, si je prie pour vous dans ces sanctuaires vénérés... O mon bien cher Père, oserai-je vous faire une prière en terminant ? Par amour des âmes et de nos chères Missions, accordez à votre pauvre frère quelques mémento, afin que ses vœux les plus ardents soient bientôt exaucés !...

« Allons, bien cher Père, c'est assez pour le moment. Je voulais simplement vous dire mon bonheur et j'ai fait un journal. C'est réellement ex abundanlia cordis 3... Quand vous douterez de la puissance et de la prodigieuse miséricorde du bon Dieu, pensez que le bon Maître est arrivé à

Page 1