MONSIEUR
‘ ‘Votre voyage de 1816 ne devait être qu’un “voyage d'observation, on ne demandait pas “‘ davantage; vous aviez des moyens, et vous pou- << viez revenir la même année, sans être à charge “{ à personne. Ce coup est manqué; voilà deux ans ‘ d’écoulés. Si l’on se contente d’aller observer | “pour revenir immédiatement, la mission est “{ retardée d’une année de plus.
‘° Ce que demandent cette fois les colons de la de * Rivière-Rouge et les Canadiens répandus dans R “{ toute cette région, c’est une mission à poste fixe, \WVi “et il me paraît difficile de s’y refuser, surtout y
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‘ayant urgence pour des gens qui s’en vont par “ centaines en enfer, faute de secours spirituels. « Si, pour travailler au salut de ces pauvres chré- “ tiens, il faut attendre que les deux compagnies ‘ aient cimenté une paix que l’une et l’autre se “ croient peut-être intéressées à reculer, on ne fera ‘“ rien avant dix ans.
‘ Je suis :oin de mépriser les observations que “ présente votre lettre ; il y en a de très sages. Je ‘“ ne serais pas éloigné d'établir deux missions au “lieu d’une. Les âmes du fort William ne me ‘ sont pas moins chères que celles de l’Assiniboia.
“ Mais il faut que ceux qui entreprendront la mis- “sion de la Rivière-Rouge s’attendent à y rester, “ou à n'en revenir que très rarement. Les frais ‘ énormes qu'occasionnent de fréquents voyages ‘À cette distance, la privation où demeurerait le ‘troupeau pendant ces longues absences, la juste “ inquiétude qu’éprouverait un prêtre demeurant “]à seul pendant l’absence de son collègue (en ‘“ supposant que l’on n’en pût trouver que deux), ‘tout cela rend nécessaire de prendre des mesures ‘pour établir un clergé qui puisse se soutenir ‘et se perpétuer lui-même, et former une église “distincte de celle de Québec.
‘ J'ai la confiance qu'on trouvera, dans le clergé ‘ canadien, des hommes assez généreux pour se ‘ mettre à la tête de cette entreprise. N'est-ce pas ‘ honteux que pour le seul motif d’un gain tem- ‘ porel, des marchands nous aient devancés dans ‘* ces pays lointains ?
Monseigneur Plessis offrit à M. Tabeau d’accepter pour lui-même, soit la mission fixe de la Riviège-Rouge, soit la mission de passage du fort William ex des postes les plus voi:ins de celui-ci, où les voyageurs avaient coutume de se rénir en
grand nombre au printemps. En même temps, il fit part à M. Provencher, alors curé de Kamouraska, des desseins qu’il avait sur {ui pour ouvrir la mission de la Rivière-Rouge. Nous n’avons pas la première lettre qu’il lui écrivit, mais voici ce qu’il lui dit le 21 février 1818 :
‘Je suis toujours d'avis que vous ne mettiez ‘pas au jour le projet dont je vous ai parlé. A ‘tout événement, vous ne serez dérangé qu'après ‘vos pâques. Ce qui retarde mes opérations, c’est ‘l'attente d’une réponse de M. Tabeau.”
Le 15 mars, M. Provencher lui répondit:
‘ J'ai toujours tenu secrète la mission de la Rik vière-Rouge, mais je vous avoue que l’incertitude où je suis est un peu gênante; il faut que ‘ j'aille au jour la journée. Je ne puis rien entre- ‘ prendre ; j'ai des constructions et des réparations ; à faire A été, et il serait temps d’en faire les préparatifs.
” 4 Votre Grandeur a décidément jeté les | ‘ plombs ” sur quelqu'un, je serais content d’être ‘informé de ce qui me regarde.
‘ En réfléchissant à la grandeur de l’ouvrage ‘* proposé dans cette pénible mission, il m’a sem- ‘* blé que je n'étais pas l’homme qu’il fallait. Je ‘° ne me défie pourtant pas dela Providence ; mais ‘je crains, en acceptant cette mission, si toutefois ‘elle m’est dévolue, d’emnêcher ou de retarder ‘ son progrès par mon incapacité. Cette incapa- ‘“ cité peut se considérer sous deux rapports: spi- ‘rituel et temporel. La raison spirituelle est ‘ assez bien connue de Votre Grandeur; mon peu
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“ de science, le défaut de connaissance des lan- ‘“ gues du pays et même de l’anglais, une infirmité “ gênante pour voyager, dont je suis atteint depuis * plusieurs années, enfin des dettes que je ne puis ‘couvrir avec la dîme de cette année: telles “ sont mes raisons contre; si celles de Votre Gran- ‘ deur sont prépondérantes, je suis toujours prêt. ‘ Ce qui m'engage à les déduire, c’est que, si cette ‘“ mission était retardée par ma faute, je craindrais ‘ des reproches des hommes et de Dieu.
‘ Que la Providence conduise maintenant cette ‘“ grande affaire comme il lui plaira; j’obéirai; ‘ sûr de faire alors la volonté de Dieu, je n’aurai *‘ rien à craindre.