MADAME G U I C II A R D
M. Octave est venu ici ce matin?
RA YMONDE .
Oui, madame.
MADAME GUICHARD
Accompagné d'une petite fille âgée de dix à douze ans.
En etfet, madame.
MADAME GUICHARD
OÙ est-elle, celte petite fille?
RAYMONDE
Elle dort, elle était très-fatiguée.
MADAME GUICHARD
On ne peut pas la voir, alors?
RAYMONDE
Pas maintenant, du moins.
MADAME GUICHARD
Et son père? où est-il?
RAYMONDE
Son père?
MADAME GUICHARD
Oui, son père, M. Octave. Car c'est son père, vous le savez aussi bien que moi.
Si vous voulez vous donner la peine d'attendre ici quelques minutes, madame, je vais faire prévenir M, Octa\o, puisque c'est lui que vous venez chercher chez moi.
MADAME GUICHARD, s'odoucissant.
C'est vrai! je suis chez vous... Oh! ne vous fâchez pas. j> suis un peu violente, et, du reste, j'ai des motifs de l'tMro aujourd'hui plus qu'à l'ordinaire; jo n'ai pas dormi de la
tiuitrj'ai couclié dans un fiacre, et je cours les routes depui? ce malin par ce temps-là. (Mouvement de Raymomie.) Merci, je n'ai besoin de rien; j'ai mangé un morceau en roule. Mais je n'ai rien contre vous, ma [tetilc dame, au contraire, et vous pouvez me rendre service. Entre femmes, on se comprend si on no se connaît pas; s'il n'y a pas d'amitié, ildoi* toujours y avoir l'esprit do corps. Il faut nous défendn; les unes les autres, 'contre les hommes, pas vrai! Sans ça, ils auiaient trop d'avantages. Eh bien, j'ai intéièt à savoir la vérité sur cette enfant qu'Octave a amenée ici aujourd'hui; il fiuil que je la sache, coûte que coûte! Elle a une mère, cette enfant; elle n'est pas venue au monde sans ça. Je veux la connaître, cette mère, je veux la voir, et nous nous expliquerons ensemble. Je ne v^ous dis que ça. Je vous ennuie? Bref, Octave m'a dit hier au soir d'un petit ton indilférent : « S'il fait beau demain, j'irai chez mon oncle à Fontainebleau. » Je me suis méfiée, je ne sais pas pourquoi. Je l'ai laissé partir et je l'ai suivi. Il est rentré tout droit chez lui : ça il n'y a rien à dire; moi, je suis restée dans mon fiacre, à cent pas de sa maison; à six heures du matin, il est sorti et il s'est dirigé, non pas vers le chemin de fer du Midi, mais vers le chemin do fer do l'Ouest; mon premier mouvement a élé d ' me mettre entre le guichet et lui et de lui dire : « Ah! c'est par ici que tu vas à Fontainebleau?... » et de lui faire une scène devant tout le monde; mais je n'aurais rien su, et je voulais savoir pourquoi il m'avait menti. Le mensonge, d'abord, ça m'-^xaspère. Je lui ai tout dit, moi; je lui ai raconté ma vie; c était il [irendre ou à lais er; il a accepté, ça ne me regarde plus; mais il n'a qu'une excuse, lui, c'est de ra'aimer et de m'èlre fidèle et de tout me dire à son tour. Je l'ai donc suivi; il est allé à Rueil; il est entré, là, dans une maison de paysans. J'ai encore attendu, ça m'iniriguait. Je ne pouvais pas supposer... Il en est sorti avec Tenfant et une malle. Je n'ai pas pu questionner les gens chez qui elle était, cette petite. Il fillait que je suivisse mon gaillard sans être vue, ce qui