SCÈNE VI
MONSIEUR CÉSARIN, MADAME CÉSARIN.
MONSIEUR CÉSARIN, bourru.
Hé bien, l'on eut grand tort! Qu'est-ce crue ces manières? Voilà le résultat des façons familières!
MADAME CÉSARIN.
Les malheureux n'ont pas déjeuné... Je l'ai su...
MONSIEUR CÉSARIN, adouci.
Porte-leur ce café de suite... à mon insu...
(Mme Césarin prend la cafetière sur la table, les deux petits pains gui restent, et sort à gauche. M. Césarin, bourru, avec l'intention d'être entendu dans la pièce à côté.)
Pour que ça marche, il faut que les patrons ignorent Les gestes familiers!...
(A sa femme qui revient.)
Que font ils?
MADAME CÉSARIN.
Ils dévorent!
Rachète-moi tantôt dix feuillets de vélin. ,
(Consultant sa montre.) Comme il est en retard ce jeune Marcellin.
MADAME CÉSARIN.
A lui tu ne dis rien... Il n'en fait qu'à sa tête.
On ne peut pas traiter comme un scribe, un poète ! Pour un poète, ça n'existe pas, le temps... Et puis je l'aime bien parce qu'il a vingt ans; Parce qu'il ne met pas en doute une seconde Que si Dieu dans les temps a fabriqué le monde, C'est qu'il a dû prévoir qu'un petit Marcellin Viendrait s'y pavaner en habit zinzolin... Je l'aime bien, vois-tu, parce qu'il a cet âge Où l'on espère tout... et même davantage... Où l'on croit que la vie est un joli chemin Le long duquel, assis une rose à la main,