PRÉFACE. IX
qu'il croit être, pour que je lui fasse le plaisir de me laisser battre sans trop de honte pour le vaincu.
Je lis encore ces préfaces -prospectus, où un autein , tout étonné que le siècle ne lui ait pas déjà élevé de statue, et justement fier de sa haute mission , ne veut pas se contenter d'amuser son public, ce qui est déjà fort beau; mais liant ensemble toutes ses œuvres comme une espèce de cycle épique, cherche à se persuader qu'une grande pensée de morale, de philosophie et de civihsation, préside à ses moindres nouvelles. Quant à moi, qui ai ma vanité comme tous les poètes, les historiens, les romanciers et les critiques, je ne doute pas qu'un jour les Saumaises de mes livres ne découvrent dans celui-ci quelque mythe sublime , ou pour le moins une spirituelle allégorie, ■ dont ils soulèveront le voile mystérieux, afm de révéler à la postérité que j'ai voulu
t PRIÉFACE.
peindre, sous le nom de Théodose d'Armentières , la vaniteuse impuissance du siècle et la stérile coquetterie de tous nos grands hommes incomplets. Je remercie d'avance les amis futurs de ma gloire posthume; mais je déclare à mes contemporains , avec qui je ne veux pas me brouiller, que j'ajoute une foi aveugle à toutes leurs bonnes fortunes amoureuses, littéraires et politiques. M. Théodose d'Armentières, qui n'est ni critique, ni conteur, ni ministre, ni député, ne figure qu'épisodiquement dans mon livre ; il n'en est pas plus le héros qu'il n'est le héros du siècle... jusqu'à présent toutefois, car il vit encore ; et l'on attendit que la Beatrix du Dante fût morte pour prouver que ce n'était qu'une poétique personnification de la théologie ou des mathématiques. J'aime mieux au reste les préfaces franches où un écrivain se donne naïvement ou se fait donner par son éditeur, qui ne sait peut-