‹ Monsieur de l'étincelle (volume 2)Chapitre 5 sur 45 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

notre prosaïque civilisation; naturel et vrai par le style comme par les sentiments. Prenant au mot ceux qui disent que le public commence à se blaser sur l'extraordinaire, j'ai voulu que mon livre, appartenant plutôt à la comédie qu'au drame, fit contraste avec l'énergie exagérée des caractères exceptionnels et la poésie emphatique du style dit romantique. Quelques succès très légitimes ont peut-être un peu trop multiplié dans notre littérature les rivaux de Byron et de Maturin. C'est presque de l'à-propos que de prendre une direction contraire, en attendant que le vent souffle d'un autre côté pour mettre au jour les ouvrages d'un genre différent annoncés sous presse avant celui-ci. Mes épigraphes, enfin, disent assez quels sont mes auteurs favoris, quoique je sois loin de proscrire aucun modèle; mes amis m'ont fait une petite réputation d'homme de goût , et je ne voudrais pas la

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démentir, quoiqu'il m'en coûte quelquefois de raturer certaines inspirations qui viennent assez naturellement à l'imagination méridionale d'un auteur, que les ultraclassiques peuvent accuser d'avoir introduit quelques uns des faux dieux du culte étranger dans la littérature nationale.

Hélas! ce fut un péché de jeunesse, dont je demande bien pardon... non pas auxdits ultra-classiques, mais à ces écoliers plus forts que moi, qui m'en veulent tant d'avoir commis ce péché quinze ans avant eux.

De toutes les préfaces, la plus commode, mais la plus ennuyeuse , est celle qui se tient dans les généralités d'une grave dissertation, passant en revue les romans anciens et modernes, le roman historique et le roman bourgeois, le roman psycologique et le roman intime, nouvelles inventions de notre siècle. Il y a là-dessus des phrases toutes faites, pour qui veut les retourner à son

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usage, y compris le panégyrique obligé de Walter Scott qui a élei'é le roman à la dignité de r histoire. Je suis privé de puisera ce fonds commun, par cela même que voilà quinze ans tout-à l'heure que je contribue à le grossir;, dans une série de prospectus et d'articles de Revue, d'avant-propos et de feuilletons où je commence à me répéter moimême. Mon avis est d'ailleurs qu'il faut laisser ces thèses aux critiques ordinaires, qui trouvent plus agréable de disserter ex professa que d'analyser les livres soumis à leur examen; car, pour analyser, il faut lire, et ces messieurs n'en ont pas toujours le temps quand bien même ils daigneraient le faire.

Pour ma part, je m'accuse d'avoir quelquefois eu recours à ce système; ainsi j'absous consciencieusement ceux qui me rendront lapareille; mais je le jure par les mânes de Cervantes et de Fielding , de Lesnge et de Walter Scott,cen'est jamais par dédain pour

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