II
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instincts; car je ne pensai nia sonner Lucilç ni à vous appeler vous-même à mon secours j je ne sus que fermer les yeux et me cou* cher pour mourir, persuadée que le fantôme n'avait ouvert sa tombe que pour m'inviter à y prendre place à ses côtés. Enfin mon angoisse se calma; je tombai dans im anéantissement qui me sembla en effet le prélude de la mort , et auquel je m'abandonnai avec une sorte de bien - être. Cependant ce n'était qu'un sommeil d'épuisement. Ce sommeil fut bientôt troublé par un rêve, qui me parut le retour de la vision du jardin, mais que je ne saurais, au moment où je vous parle, confondre avec cette première illusion,... si c'était une illusion. Je revis donc Maurice me reprochant de n'avoir pas le courage de supporter sa vue lorsqu'il venait m'apprendre que j'étais libre, et me remettre directement les preuves authentiques de sa mort. En parlant ainsi il me
déployait une lettre et un papier Vous
comprenez maintenant pourquoi j'attendais malgré moi une lettre ce malin quand je me suis réveillée. Néanmoins, mon cher Paul, il
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faisait jour, et j'avais retrouvé un moment la faculté de réfléchir pour me railler moimême de ma peur, en me disant que la vision du jardin et le rêve de ma chambre n'ont été qu'un seul et même rêve. J'espérais aussi qu'en revoyant avec vous cette allée où Maurice m'est apparu, je reconnaîtrais moi-même combien mes sensm'ontabusée....
Eh bien, je ne sais pourquoi je frissonne encore comme si je retrouvais l'empreinte réelle des pas du fantôme. Je vous l'avoue, je me sens toute troublée, mon amij je subis malgré moi, ici, à la clarté du soleil, je ne sais quelle sensation indéfinissable; n'est-ce qu'une suite de ma frayeur de cette nuit, ou un pressentiment de ma mort prochaine?
Paul chercha à rassurer la pauvre Odille par tous les arguments que son imaginalion et son bon sens purent tour à tour lui suggérer; mais peu content de ses propres raisons, et jugeant ce rêve ou cette vision comme un cas tout-à-fait pathologique , il vit avec plaisir arriver à son secours le bon et spirituel docteur de BcUevue, qui venait faire sa visite de médecin et d'ami. Quelque
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complaisant qu'il fût pour les faiblesses des dameSjle docteur Deramon n'hésita pas à déclarer que madame Babandy était probablement somnambule, et disserta très agréablement sur ce phénomène. Odille sourit et se laissa presque persuader ; quant à son ordonnance, le docteur ne la rédigea pas ce jour-là en termes scientifiques; mais deux ou trois parenthèses de son ingénieuse conversation signifiaient clairement que la belle visionnaire ne recouvrerait la santé et ne cesserait de voir des fantômes qu'en cessant d'être veuve.
Probablement, en cette circonstance, le bon docteur de Bellevue et le sardonique docteur d'Auteuil se fussent trouvés parfaitement d'accord, s'ils avaient été appelés tous les deux à rédiger une consultation, alors même qu'ils auraient lu la véridique histoire d'où nous avons extrait l'épigraphe de ce chapitre onirocritique. La suite prouvera qu'ils se seraient trompés.
Quant à madame Babandy, quelle que fût sa confiance en la faculté, elle ne savait encore ce qu'elle devait penser de sa
vision , lorsque Isabelle vint pour passer la journée avec elle. La mère et la fille eurent ensemble un entretien sans témoin , et probablement il y fut question de ce qui préoccupait si vivement la première. Mais Isabelle retourna le soir après dîner au pensionnat, sans avoir révélé à son cousin ce qui s'était dit dans cet entretien. Seulement madame Babandy, à la fois plus rêveuse et plus agitée après le départ de sa fille, pria Paul de monter dans sa chambre, et lui dit: — Paul, je ne sais si vous êtes dans le secret j mais si cela est, je ne mettrai pas autrement votre discrétion à l'épreuve, qu'en vous priant d'écrire à votre ami le professeur d'espagnol, qu'il ne peut quitter la France sans m'avoir vue;... Qu'il iixe son jour et son heure, mais il faut qu'il me voie et m'entende.
— Que s'est-il passé? demanda Paul, qui crut entrevoir quelque (hose d'extraordinaire dans les paroles et l'accent de sa tante.
— Rien de nouveau, reprit Odille affectant plus de sang-froid ; Isabelle a été moins dis-
crête que vous, sans toutefois trahir le secret qu'on lui avait fait jurer sans doute de garder; mais en rapprochant ce qui lui est échappé aujourd'hui de plusieurs circonstances qui jusqu'ici m'avaient paru assez étranges, je crois que ce n'est pas seulemenri'amour de la solitude ou la haine du monde qui a tenu le mystérieux don Antonio de Scintilla si éloigné de moi. Bref, ma fille prétend qu'il pourrait interpréter mes visions et mes rêves... Paul, voulez-vous lui écrire?
— Me voilà en état d'aller moi-même le chercher, ma tante.
— Non, je ne voudrais pas que vous le vissiez avant moi ; contentez-vous de lui écrire de manière à l'amener ici, ou à obtenir de lui le refus positif de me voir. Il faut à tout prix que je sorte de mon incertitude ; ma tête s'y perd; selon la réponse qui me sera faite, je verrai comment je dois agir.
Paul envoya le soir même au pensionnat de madame Duravel le domestique porter une lettre ainsi conçue et que sa tante lui avait à peu près fîictée :
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«Senor don Antonio, il y va de l'honneur » d'une femme, de sa raison, de sa vie; je » vous attends ici le jour que vous fixerez » vous-même, mais ne lardez pas. Ou vous » me comprenez, et vous n'hésiterez pas à » écouter celle qui veut vous voirj ou ma » lettre sera inintelligible pour vous, et vous » viendrez en chercher l'explicalion, etc.
» Paul. »
Le docteur avait bien recommandé à Paul de ne pas contrarier la belle visionnaire, et d'éviter toute discussion inutile sur ses visions et ses rêves, de peur de l'agiter davantage. Paul se garda donc bien de lutter contre ce nouveau symptôme d'une imagination malade ; après avoir écrit, il laissa Odille seule, et alla exécuter ses ordres sans lui faire aucune objection.