SCÈNE VI
zerbina, dansant ainsi que La Palisse sur la ritournelle , et chantant.
Houp là !... la Catarina !
la palisse, après la danse. *
Comment, c’est toi ma petite Vovotte, qui promettais d’être si jolie ?
ZERBINA.
Eh bien ! monsieur, j’ai tenu mes promesses, moi ! mais, vous, les vôtres?...
la palisse, étonné.
Mes promesses ?...
ZERBINA.
Vous m'aimiez, ingrat, et vous abandonnez votre victime !
Tu as été ma victime, toi ?... je ne comprends pas...
ZERBINA.
Et les noisettes, monstre 1 ( Montrant son cœur.) Ah 1 elles me sont restées là.
Vous n’avez pas pu les digérer?... ce quatrième mendiant est en effet assez lourd. ( Pensif ) C’est drôle!... je me me rappelle bien les... dindons... la bourrée... mais... ( Naïve vement.) Au fait, si vous en êtes sûre... vous devez le savoir mieux que moi I
zerbina, marchant sur lui.
Compromettre, perdre une femme et en épouser une autre... c’est donc gentil ça ?
Moi, par exemple 1 j'ai compromis une femme ?
ZERBINA.
Mais vous comprenez que le noble descendant des La Palisse doit à ses ancêtres de réparer...
Réparer quoi?... les noisettes?
ZERBINA.
Air : C'est toujours une circonstance.
De ma vertu, de mon honneur,
Vous avei détruit l'édifice,
Vous devez, noble grand seigneur,
Réparer un tel préjudice.
On voit, ma pauvre Ratichon,
Que tu n’es point propriétaire ;
J amais on n’est tenu, dia chère,
De réparer une maison Dont on ne fut pas locataire.
Car je n'en fus pas locataire.
* Zerbina, La Palisse.
ZERBINA.
Vous devez m’épouser, monsieur le baron !... au lieu d'une demoiselle Nicolle, que vous n’aimez guère... (Appuyant.) car vous ne l’aimez pas !...
la palisse, confondu.
Vous croyez?
ZERBINA.
Ma parole d’honneur !
Mais, sapristi !... c’est atroce ça !... Ou ne laisse pas un homme faire une sottise pareille... il fallait donc me le dire plus tôt... Je ne peux plus reculer à présent! Écoutez, il me vient une idée... Attenaez-moi... quand je serai veuf, je vous épouserai en secondes noces.
ZERBINA.
Je n’ai pas le temps d’attendre... ( Avec un mouvement solennel.) Baron delà Palisse, écoutez-moi, l’heure est suprême... la palisse, étonné et tirant sa montre.
Ah ! midi et demi... c’est une heure suprême?
zerbina, à part.
Oh! diable! et ma répétition ! (Haut.) Si, dans une heure, vousn’êtes pas venu me dire : « Zerbina, je t’ai compromise... mais je veux tout réparer... en te donnant mon nom et ma fortune!... » tout sera fini... c’est vous oui m’aurez tuée, cruel! (Pleurant.) Adieu, monstre, adieu ! (Elle s'enfuit rapidement par le deuxième plan à gauche.)
SÇÈOT5 VII.
LA PALISSE, puis GRENÉTAT, puis le garçon.
LA PALISSE, Seul.
Pristi !... sac à papier !... la fille Grenétat, son père l’assure, fera une grosse maladie si je ne l’épouse pas... et celle-ci, elle en mourra... elle tranchera son fil !... vivez donc en paix, avec deux femmes sur la conscience 1... mais c’est affreux, à force d’être horrible !
Air : J’en guette un petit de mon Age.
Femmes, hélas ! quels destins sont les vôtres ?
Il vous survient un moderne Attila. J
Ce roi des Huns qui massacraient les autres,
Ce sacripant, ce monstre, le voilà !...
Eteignez-vons, ô mes regards de flamme !
Plus de victime !... ou l’on dira dans peu.
Comme Attila fut le fléau de Vieu,
La Palisse est celui des femmes !
Moi, je suis le fléau des femmes !
(Il réfléchit.)