‹ Monsieur le curé d'OrezonChapitre 14 sur 14 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Six mois après, le duc étant mort à Lourdes où il vivait avec sa femme et sa fille qui le pleurèrent, Monsieur le curé d'Ozeron racheta le château natal du saint Pasteur d'Abreeave. Et il dit à Bénigne : ■

— J'estime que ce domaine est le fruit de yos perles. Il apparaît que Dieu les a voulu multiplier pour qu'un bon nombre en revienne à vous qui les avez semées. Comme par deux flots successifs, ayant traversé la mer, elles ont été rapportées au seuil de mon humble presbytère. Le fils du meunier et le fils de notre ancien maire ont servi les desseins de la Providence, si bien que même après avoir, sur leur avis, distrait, pour vous offrir cette propriété, les perles qui l'ont payée, le collier demeure intact, e: bien au delà, sur les titres de mon tiroir. Voilà une aventure magnifique. L'Océan a semé son blé de

nacre dans la terre fertile où vous vivrez avec vos enfants, puisque Mimi est fiancée.

Marie était fiancée, en effet, scion son cœur et sa raison, Marie plus épanouie que la large rose de l'été. Le juillet suivant, avec celui quelle avait choisi et qui l'avait élue, elle se tenait sur celte même terrasse où, quatre-ving-t-huit ans auparavant, en 1824, l'amour douloureux de Cécile s'était entr'ouvert comme un lys.

Il semblait que, dans ce coin romantique et reculé, en cette journée où Marie exposait au soleil sa joie robuste, la campag-ne si attaquée par notre siècle s'étalât dans la gloire du siècle précédent. Les gravures delà Bible, contemplées avec son aïeul par l'enfant triste et doux qui devint Pasteur dAbrecave, revivaient. C'était comme la réalité après le songe. La solide jeune fille, le buste droit, regardait devant elle, tandis que l'ombre d'un chêne s'étendait à ses pieds, comme un prêtre mort solennellement troussé dans son manteau : image duvieux desservant dont la bénédiction se perpétuait au delà de la tombe.

Et le monde s'ouvrait, le ciel se fendait sous le lonç;- éclair bleu desPvrénées, les collines se

MONSIEUR LE CURE D OZtHON

déroulaient sans heurt conjme de belles pensées, leurs feuillages fumaient comme un encens, de petits pavillons se dissimulaient dans les vignes, tels des perdreaux, la route nationale s'avançait comme une procession qui tient des palmes de peuplier, des clochers éparpillés marquaient, de leur index, l'ombre divine, des vaches se prélassaient dans la prairie, au bord du ruisseau où des mouches d'azur étincellent, un poulain parcourait, au triple galop, une pelouse. Tout cela, dans la grande corbeille du Seigneur. Et, sur la tète de la fiancée, les fauvettes sifflaient, les piverts dans le midi brûlant riaient. Le bronze tinta, d'une note si grave que Marie en ressentit la vibration dans son cœur. Et, comme elle se signait dans la cascade de l'angélus, elle rit à son fiancé qui avait aussi prié. Et cette bouche, qui avait été muette, s'entr'ouvrit comme une fleur de soleil.

A quelque distance en arrière. Bénigne tenait un collier de perles plus précieux que celui qu'un jour elle détacha de son cou : un humble et sombre chapelet qui avait appartenu à l'homme d'Abrecave et que lui avait donné Monsieur le curé d'Ozeron.

Marie, s'étant retournée, vit sa mère, alla vers elle, lui prit la main qu'elle baisa, laissant rouler de ses yeux noirs, parmi ces pauvres perles, une perle de joie plus belle que toute la parure de rOcéan.

Elb se reprit à sourire. Elle comprima son cœur, et, reg-ardant celuiqu'elle aimait, elle fit, pour exprimer qu'elle était contente :

— Ha!

Et, à travers l'orient de la larme qui baignait encore son iris, elle entrevit, dans l'allégresse de la force, la famille pastorale assise au bord des moissons futures et, au delà des guerres à venir, et malgré elles, l'ascension de la vie évangélique prêchéepar le grand prêtre d'Abrecave, et par le digne Monsieur le curé d'Ozeron,

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