‹ Monsieur le Marquis de PontangesChapitre 20 sur 68 · MONOLOGUE · texte numérisé non relu

MONOLOGUE

— Oh ! qu'il était charmant ce soir !

11, c'était Lii.nel cette fois! — Que de tendresse il y avait dans ses regards ! comme il a bien dit « je vous aime, » et comme il tremblait lorsqu'il s'est approché Je moi, et qu'il m'a pris la main! mon cœur battait si vite... je ne pouvais plus parler. — 11 reste encore ici deux jours... Quel bonheur de passer sa vie près de lui1 Qu'il

DE POiNTANGES 77

est aimable! il plaît à tout le monde; ma tante lui trouve beaucoup d'esprit, elle a tant ri lorsqu'il a raconté l'histoire de cet Anglais; il Ta contée si bien, cette histoire. J'aime sa gaieté, elle est douce et fine : il rit comme un enfant; et puis, au milieu de sa gaieté, un mot de moi le rend triste si vite : c'est qu'il m'aime. Oh ! il m'aime tant !

El ces douces pensées bercèrent son sommeil. Et pas un remords ne les troubla.

L'idée d'un danger ne lui était pas venue. Elle ne voyait dans son affection pour Lionel qu'une affection douce sans crime., qu'une sympathie de cœur sans péril.

Lionel n'avait rien demandé qui dût l'éclairer et l'alarmer... le perfide! Et elle pensait à lui avec une candeur pleine de tendresse.

Nul rêve d'amour ne venait l'agiter; nul vague désir ne l'inquiétait.

C'est que l'amour, — c'était pour elle un souvenir d'horreur.

Elle ignorait ses trouble?, ses délices, ses pudeurs et ses charmes.

Elle ne comprenait pas qu'il y eût du bonheur dans l'amour.

C'est que la première nuit de ses noces avait été une nuit d'épouvante.

Pauvre jeune fille, à seize ans... seule, — avec un fou 1 On lui avait révélé l'amour comme un moyen de guérir la démence, non pas comme un bonheur à donner.

Ce fut un médecin et non pas une mère, qui l'a conduisit tremblante au lit nuptial.

Tremblante !

Page 1