PAQUERETTE
Mademoiselle, chère princesse, ne me tournez pas le dos ainsi, je vous en prie. Regardez-moi un peu; je suis voire Pâ-
querette, votre amie. Confiez-moi vos peines... Vous ne répondez pas? Depuis huit jours que vous restez dans ce jardi^ivous n*avez pas même voulu ouvrir la bouche pour manger. Cela peut vous faire du mal, et je remarque en effet de la pâleur survotre visage. Il faut que vous soyez bien triste pour garder aussi longtemps le silence. Remuez au moins votre petit doigt ; que l'on voie si vous êtes morte ou vivante C'est aujourd'hui que votre futur
mari arrive à la cour. . . Eh ! que dites-vous ? Il me semblait vous entendre soupirer. Est-ce que ce mariage vous contrarie? Le prince Christian est pourtant un seigneur aimable. Il vous a envoyé de Danemark des présents superbes, et vous ne les avez pas seulement regardés. Comment ce prince pourrait-il vous déplaire puisque vous ne le connaissez pas encore? Allons, mademoiselle, ne restez pas ainsi immobile comme une statue. Le roi votre père finira par se fâcher, et, voyant que vous ne voulez plus bouger, il vous mettra dans une armoire. Le voici justement qui vient de ce côté. Il marche à grands pas. Je m*enfuis, car je vois bien au tremblement de son corps qu'il est en colère.