ACTE TROISIEME
aurais tant désiré qu'après ces tristes choses nous devenions des amis, de grands amis, je sens que, malgré tout, vous allez bientôt me détester...
Moi?
PIÉGOIS
HENRIETTE
Mais oui, vous... Et il y a encore de la colère dans votre voix et de la rancune dans votre cœur.
De la rancune contre vous, en moi ! (Sapprochant.) Vous savez bien qu'il n'y a qu'une passion toujours plus ardente et qui briserait tous les ensaorements et tous les liens si vous disiez un mot !
HENRIETTE
Si je disais ce mot, si j'étais la cause d'une pareille douleur pour une créature de dévouement et de tendresse comme votre amie, je commettrais une infamie véritable ! Je nous laisserais un affreux remords à tous les deux! Non! non! acceptons bravement les consé-
quences de notre vie passée, de nos idées, de la situation oîi le hasard nous a si brusquement placés. Rien de tout cela ne peut plus se changer aujourd'hui, il est trop tard. Vous le comprenez aussi bien que moi. Epousez cette femme qui vous aime : je vous serai à l'un et à l'autre une amie dévouée et utile... oui... utile, vous verrez. Et vous allez me la faire connaître tout de suite, puisqu'elle est ici. Je serai très gentille et très amicale avec elle et elle aura beaucoup d'affection pour moi. Allez me la chercher... Je vais l'attendre avec ma belle-sœur et nous la mettrons bien à son aise... (Lui tendant la main.) Alors, c'est fini? plus d'amertume et plus de colère?
PIÉGOIS, lui prenant la main.
Oui... c'est fini... Tout est fini...
HENRIETTE
Non, car il vous reste, à vous, toute une vie très heureuse et très douce à parcourir...
(Avec émotion.) Allez ! allez !
(Entre Madame Jantel par une baie. Piégois la salue et sort.)