ACTE PREMIER
DORINE
Allons, dis-moi donc, sotte, où le bât te blesse. Te voilà toute rouge et le cœur en émoi. A qui te plaindras-tu, si ce n'est pas à moi?
SIZETTE.
Ah ! ma mère, si tu savais combien je l'aime ! n n'a pas, comme Antoine, un long visage blême. Non ! Un minois tout rond, tout rose et gracieux. Et des yeux qui... des yeux que je... enfin des yeux !
DORINE
. là, tout doucement! Diable! En es-tu coiffée!
SUZETTE
Et son nom ! Florisel ! Un vrai filleul de fée !
C'est doux comme une fleur et clair comme un flambeau.
Madame Florisel ! C'est ça qui sera beau !
DORINE
•jiii sera? qui sera?.. La chose n'est point faite.
SUZETTE
' 'h I tu vas aussi, toi, faire le trouble-féte ?
DORINE
Mais comment, où, Tas-tu connu, ce beau galant?
SUZETTE
Mais comme ça, ma mère, on ne sait, en allant
Au marché voir les fruits, sur le cours voir les cygnes.
Dans la rue, avec toi. Nous nous faisions des signes.
Avec moi?
SUZETTE
Dame ! tu nous servais de rempar Pendant qu'on te faisait regarder autre part.
DORINE
On ? Qui donc cet on ?
SUZETTE
Moi.
DORINE
Mais, petite vipère !
SUZETTE
Oh ! maman !
DORINE, à part.
Ah ! c'est bien la fille de son père.
Haut.
Et... vous vous êtes vus?..
SUZETTE
Non.
DORINE
Non?.. Ah! ne mens pas!
SUZETTE
Si tu te fâches !
Mais... Allons!.. Dis-le tout bas.