ACTE DEUXIÈME
TRISTAN
Du tout ! Un vieux Grec.
SCAPIN
Mais non! Un jeune Turc! N'ouvre pas tant ton bec. La galère I Le Turc ! Que diable allait-il faire...?
TRISTAN
Monsieur, il s'agit bien de Turc en cette affaire ! C'est un grec. Le notaire a fait un mauvais coup Et ce grec maintenant lui tient la corde au cou. Or je n'ai pas voulu que l'on pût vous y pendre. Et, dame! si son fils devenait votre gendre, De l'air qu'il chanterait vous diriez les refrains, Et la dot de Suzette en paîrait les crincrins.
SCAPIN
Mon Dieu ! Quel dévouement ! D'autant plus méritoire. Tiens, que je ne crois pas un mot de ton histoire.
Monsieur, vous avez tort. Vous verrez à l'user. Enfin ! Mais je n'ai pas le temps de m'amuser A vous convaincre.
SCAPIN
Va, je goûte fort ton zèle.
TRISTAN
Donc, monsieur, la Rafa, vous save^, la donzelle,
Furieuse de voir qu'on lui prend un mari.
Pour vous en dégoûter prépare un hourvari.
Elle possède un oncle, un grand vieux à moustaches,
Sacripant, spadassin, traîneur de sabretaches,
Et qui s'en va partout cherchant mousicur Scaf in,
Tour lui faire, dit-il, passer le goût du pain.
SCAPIN
Diable I Alors, maintenant, je vais voir ton compère. Il se nomme Sylvestre, eh! Sylvestre, j'espère?
TRISTAN
lisplandias.
SCAPIN
Le nom change avec le décor.
Mais» c'est un de mes tours que tu me sers encor. Ah ! faut-il qu'un pareil imbécile m'affronte! Voyons, appelle-moi tout de suite Géronte, Et mets-moi dans le sac! Fais ton petit Scapînl Où donc est-il, ton sac ? Ah ! pauvre turlupin, Stérile imitateur, marmiteuse cervelle !
Quoi, pas même un effort d'invention nouvelle ! 0 décadence ! Où. donc l'art est-il aujourd'hui ?
TRISTAN, allant vers la porte.
Tu vas voir.
Ouvrant la porte et regardant dehors d'un air effaré.
Ah ! Monsieur, je l'aperçois ! C'est lui. Quelle moustache!... Il est au tournant de la rue. Il fait des pas d'une aune. Il gesticule. Il rue. C'est effrayant. S'il entre et s'il vous reconnaît! Au moins, monsieur, mettez ma cape et mon bonnet.
Il veut ren affubler.
SCAPIN
Mais...
TRISTAN
Non, ne faites pas le fier, je vous en prie.
Avec héroïsme.
Ah ! mieux vaut m'exposer tout seul à sa furie. Ne bougez point. J'y cours. Tant pis