‹ Monsieur Scapin; comédie en vers. Nouv. éd., contenant la version en deux actes et la version en trois actesChapitre 53 sur 84 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

SCAPIN

Ah ! c'est Tristan. Nous allons en découdre. Vieux cheval de bataille, enfin voici la poudre î

TRISTAN, même jeu*

SCAPIN

Eh bien?

TRISTAN, même jeu.

Ouvrez !

Scapin ▼« lui ouTrir. Enlra Trisi;in.

Votre valet!

Ouf! Que je souffle un peu I

SCAPIN

Te faut-il un soulllel?

TRISTAN

Merci bien.

SCAPIN

Devant qui pris-tu si fort la luito?

Devant personne. Mais j'ai voulu tout de suilo Vous dire la disgrâce en lafjuelle est tombi...

se A PI. .

Ton maitre Florisel?

TRISTAN

Non, maître RariialN5.

SCAPIN

Ah! c'est de ce côté que tu {M)usse8 la pointe ? Boni

TRISTAN

Si je mens d'un mot, monsieur, qu'on me déjointe ! Ce que j'en fais, d'ailleurs, c'est dans vos intérêts.

SCAPIN

J'en suis sûr. Mais, dis-moi (tu conteras après), L'histoire que tu vas me faire, extravagante, C'est celle pour Géronte ou celle pour Argante ?

TRISTAN

Celle de Barnabe, monsieur, ni plus ni moins. J'en prends ma conscience et le ciel à témoins.

SCAPIN, à part.

Quel sot ! (Haut.) Va, conte.

Eh bienl il était sur la place...

SCAPIN

Tu veux dire le port.

TRISTAN

Le port !

SCAPIN

Retourne en classe.

Apprends mieux ta leçon. Ta leçon dit : le port.

TRISTAN

Voyons, monsieur, un port, Bologne ! Quel rapport ?

SCAPIN

Mais oui, c'est sur le port. Allons, je t'examine. Ne te trouble donc point. Un Tmc, de bonne minc^ L'aborde. Un jeune Turc, hein ?

ACTB DEUXIÈME 75

TRISTAN

Du tout! Un vieux Grec.

SCAPIN

Mais non ! Un jeune Turc ! N'ouvre pas tant ton bec. La galère! Le Turc! Que diable allait-il faire...?

TRISTAN

itlonsieur, il s*agit bien de Turc en cette afifaire î

C'est un Grec, un vrai Grec, vous dis-je, un de ces gens

Qui rendent à leur gré les dés intelligents.

Et ce coquin, monsieur, répétait au notaire :

Je vous ferai chanter ou vous me ferez taire !

SCAPIN

Ton conte est embrouillé. J'en trouvais de meilleurs.

TRISTAN

Mais ce n'est pas un conte ; et c'est fort clair, d'ailleurs.

A vivre avec les Grecs on devient Grec soi-même.

Et votre Barnabe, récoltant ce qu'il sème,

A dans quelque tripot fait quelque mauvais coup

Dont l'autre maintenant lui tient la corde au cou.

Or je n'ai pas voulu que l'on pût vous y pendre.

Et, dame! si son fils devenait votre gendre.

De l'air qu'il chanterait vous diriez les refrains,

Et la dot de Suzette en paierait les crincrins.

SCAPIN

Mon Dieu I Quel dévouement ! D'autant plus méritoire, Tiens, que je ne crois pas un mot de ton histoire.

TRISTAN

Monsieur, vous avez tort. Vous verrez à l'user. Enfin ! Mais je n'ai pas le temps de m'amuser

A vous convaincre; car un autre soin me presse. Toujours pour votre bien, auquel je m'intéresse.

Bon cœur ! Et que vas-tu m'inventer à présent? Ois, voyons si le conte en sera mieux plaisant. Ton autre histoire était stupide. A la suivante!

TRISTAN

Monsieur, c'est libre à vous de penser que j'invente. Vous me croirez ou non, selon ce qu'il vous plaît. Je n'en dirai pas moins la chose comme elle est.

SCAPIN

Va, va, fais ton devoir. Je goûte fort ton zèle.

TRISTAN

Donc, monsieur, la Rafa, vous savez, la donzelle.

Furieuse de voir qu'on lui prend un mari.

Pour vous en dégoûter prépare un hourvari.

Elle possède un oncle, un grand vieux à moustaches,

Sacripant, spadassin, traîneur de sabretaches.

Et qui s'en va partout cherchant monsieur Scapin,

Pour lui faire, dit-il, passer le goût du pain.

SCAPIN

Diable! Alors, maintenant, je vais voir ton compère. ?1 se nomme Sylvestre, eh! Sylvestre, j'espère?

TRISTAN

bisplandias.

SCAPIN

Le nom change avec le décor.

Mais c'est un de mes tours que tu me sers encor. Ah ! faut-il qu'un pareil imbécile m'affronte ! Voyons, appelle-moi tout de suite Géronte,

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