‹ Monsieur Tardif, comédie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 20 · SCÈNE PHEMIÈEE · texte numérisé non relu

SCÈNE PHEMIÈEE

DIDIER, FÉLICITÉ, MADELINE, une Bonne, portant des Paquets.

MADELINE ^ entrant auec Didier et Félicité^ et s' adressant à la bonne.

Marguerite , portez tout cela dans l'appartement de monsieur. ( désignant l'appartement ci droite du spectateur; la bonne sort.) Comment y monsieur Didier, vous voilà à Melun avec mademoiselle votre sœur! Quel liàziwd vous amène donc chez nous ?

DIDIER

Tu ne t'en doutes pas ?... N'est-ce pas demain la sain- Placide ?

MADELIJVE.

C'est ma foi vrai... c'est la fête de M. Tardif^ mon parrain... Moî^ qui suis de la maison ^ je n'y pensais pas.

DID 1ER

Ce matin j'étais levé a six heures , c'est mon haîjîtnde , je ne dors pas ; mais il faut ça... quand on est comme moi à la tête d'une étude aussi considérable... notaire^ k Monîgeron !... pas davantage.

MADELINE

Ça va donc toujours bien ?

DIDIER

Impossible anirement.... Un endroit aussi frofjuenlé.... à six lieues de Paris... grande route de Lyon... ^ingt-de^x diligences par jour., je les vois de mon étude , où je suis toujours à la fenêtre... Moi, j'aime à savoir tout ce qui se passe.

Air : Lise aime le beau Gernance.

I Je vais sur la grande route ;

^ Là j'interroge , j'écoute...

J'ai des nouvelles gratis ,

J'en ai de tous les pays :

On n'en est point économe ,

Et l'on ment,., ra m'est égal ;

Et je rentre chez moi , comme

Si j'avais lu mon journal.

Ce malin donc, je dis à Félicité, ma sœur^ qui arrive de Paris... Mademoiselle Didier , si nous allions fiiire une surprise k M. Tardif^ mon ancien ami , que tu n'as pas va depuis dix ans, et qui jadis était un de tes adorateurs ?

FÉLICITÉ

C'esl-k-dire , mon frère...

DIDIER

Ah ! tu ne peux pas le nier.. . il te faisait autrefois la cour. .. Mais c'est tout naturel , quand on a été élevé ensemble... il faut ça... « Eh bien^ me dit- elle, nous verrons. » C'est tout vu... moi, je suis expédiiif... un quart d'heure après, j'avais fait nos paquets, brossé la cariole^ signé deux contrats de mariage, et attelé Cocotte.... six lieues à faire.,., en deux heures, nous étions h Melun... c'est moi qui conduisais^ et je mène mon chevi.1 comme les afïiûres.... en poste.... il faut ça.

MADELINE

Eh bien ^ mon parrain va être joliment content... il est sorti ; mais je vais le cherclier.

DlDIEIl.

Du tout-, ne le préviens pas... puisque nous voulons le

surj

endre.

FELICITE

Oui;, ma chère., et puis il nous faut le temps de préparer nos bouquets et nos couplets.

DIDIER

Oui... les bouquets, les couplets... c'est une idée de ma sœur... elle donne dans le sentiment et dans les vers... Moi, je ne fais que de la prose; mais je la fais bonne.... A propos , connais-tu ici , à Melun , madame Pincé... une veuve ?

MADELIJVE.

Non, monsieur.

DIDIER

J'ai à lui remettre des papiers de la succession de son mari.

MADELIN K.

Je tâcherai de vous découvrir son adresse... Mais vous ne pouvez pas arriver plus à propos... car M. Tardif, mon parrain , a , dans ce moment ^ des affaires où il ne se reconnaît plus.... D^»bord, il faut qu'il déménage.... et vous savez qu'il n'est pas vif... et puis une autre nouvelle... je vais me marier.

FÉLICITÉ

Vous^ Madeline !... ( has a Didier ) Vous le voyez , monsieur,., il n^y a que moi qui ne me m.irie point. • DIDIER, has.

Taisez -vous donc... {Jiaul^Oyxoï ! vraiment^ Madeline , tu vas t^établir ?

MADELINE

Oui, monsieur... Je n'y tiens pas ; mais c^est mon parrain qui l'a voulu... J'étais une pauvre orpheline... il m'a recueillie , il ni'a élevée... il me donne une dot de mille écus... car lorsqu'il faut faire du bien , il n'est jamais en retard 5 et c'est la seule chose pour laquelle il se dépêche.

FÉLICITÉ

Et qu'est-ce que vous épousez, ma chère ?

MADELINE

Julien Bertrand, un employé de l'oelroi.

DIDIER

Je le connais... un jeune blondin. j

MADELINE

Vous êtes bien bon! ..ici ils disent qu'il est roux; et même, ]

je ciois^ qu'il a un œil qui ne ressemble pas à l'autre. ;

DIDIER

Je comprends... il y a du louche,

FÉLICITÉ

Et vous prenez un pareil mari ?

MADELINE. I

Ecoutez donc, mademoiselle... qu'est-ce que vous vou» t

lez qu'on ait pour mille écus?... surtout maintenant que i

tout est si cher. '

Air : Un homme pour faire un tableau. \

il dit qu'il m'adore , et promet . i

D'êtr' l'exempl' des maris fidèles . i

FÉLIC1T15. <!

Chacun le dit ; puis en secret En jure autant à d'autres belles.

MADELinK. j

Moi je crois à sa bonne foj ; A qui s'fîerait-cn , je l'demande ? Si les employés de l'octroi Faisaient aussi la contrebande.

DIDIER

Tais-toi donc... quVst-ce que j'entends là?

Air : Fragment d^ine nuit au château,

Oui, l'on vient, c'est lui peut-être.

Ma sœur , sauvons- nous soudain; Car nous ne devons paraître Que le bouquet à la main.

( Montrant l'appartement à gauche. ) Ici , nous allons l'attendre.

MADELIXE.

Il faudra me prévenir ,

Quand a-^ous voudrez le surprendre

Pour que j'iaille l'avertir.

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