LE VIEUX MONSIEUR
A la mort de mon oncle, je vous en offrirai une bouteille pour votre fête.
LE PATRON, au riche monsieur.
Je tiens à vous la verser, permettez, (n s'en
acquitte avec un recueillement religieux. Vive émotion
dans l'assistance.) Monsieur va la boire en mangeant?
LE MONSIEUR
Mais oui.
LE PATRON
Je n'ai pas de conseils à donner à Monsieur, mais il me semble qu'il serait préférable de commencer avec du vin. Monsieur pourrait prendre du Chàteau-Léoville après le potage, du Chàteau-Laffitte avec l'entrée, et garder l'eau pour le rôti.
LE MONSIEUR
Vous avez raison.
Il continue son repas d'après ces saines règles de gastronomie. Le patron s'éloigne guilleret.
LE PATRON, il approche d'une des tables du restaurant où aine un journaliste bien connu.
Vous avez vu, hein ?
LE JOURNALISTE
Parbleu !
LE PATRON
Vous allez faire un petit article ?
LE JOURNALISTE
Vous pouvez le croire. J'ai déjà pris des notes. Voulez-vous voir le commencement? (Lisant à voix basse.) « Paris est toujours la ville préférée des grands seigneurs de tous les pays-. Hier, le possesseur d'une des plus grandes fortunes de l'Europe, et que nous ne nommons pas par un sentiment de délicatesse que tous nos lecteurs apprécieront, a dîné dans un des restaurants de nos boulevards. Il n'a bu que de l'eau pure tout le long de son repas. Inutile de décrire la curiosité de tous ceux qui assistaient à ce curieux spectacle. Le patron du restaurant, un des maîtres de la gastronomie française, comme l'on sait, avait composé lui-même un menu digne de cette luxueuse boisson. Ajoutons que le montant
de l'addition aurait sufli à nourrir une famille entière pendant un an. »
LE PATRON
Je crois que ce sera une bonne réclame.
LE JOURNALISTE* Surveillez-le, pour nie dire quand il s'en ira.
LE PATRON
Pourquoi?
LE JOURNALISTE
J'irai immédiatement l'interviewer. Savezvous qui ça peut-il être?
LE PATRON
Je crois que c'est le prince de Galles.
Un cabinet de juge d'instruction. — Le juge, le célèbre docteur Lombroso. un criminel amené par deux gendarmes.
LE JUGE
Je vous ai mandé, mon cher docteur, pour que vous examiniez ce garçon. Son cas esl 1res compliqué : il a assassiné une vieille femme et il l'a dévalisée ensuite. Je n'y comprends absolument rien, et ce qui m'embrouille encore davantage c'est que ce malheureux a fait dçs aveux complets. Trouvez-vous cela naturel ?