‹ Mont-RevêcheChapitre 3 sur 9 · SI · texte numérisé non relu

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duit par son cerveau-, cependant il s’était fait un tel combat en lui-même, que si, au lieu d’une créature palpable, il n’eût saisi que le vide, il fût tombé évanoui, peut-être mort.

Un éclat de rire lui répondit, le masque tomba : c’était Éveline, revêtue d’un costume tout à fait semblable à celui du portrait de la défunte, coiffée de même, et belle à ravir dans cet accoutrement qui semblait avoir été inventé pour elle.

— Je suis contente de vous, brave chevalier 1 lui ditelle en lui tendant la main avec un effort d’assurance qui trahissait une assez vive émotion. C’est affaire à vous d'affronter les choses surnaturelles, et vous pourrez maintenant défier la véritable dame au loup de vous faire reculer d’un pas. A votre place, je n’aurais pas fait si "bonne contenance, car il a suffi de votre affreux perroquet, dont je connaissais pourtant bien la monomanie, pour m’effrayer au point de me faire oublier mon rôle.

— Avant de répondre à vos agréables plaisanteries, dit Thierray, dont une sueur froide baignait encore les tempes, et qui se sentait porté à l’humeur beaucoup plus qu’à la joie, voulez-vous bien me permettre de vous demander, mademoiselle, comment il se fait que vous soyez ici ?

— Que vous importe ? répondit Éveline piquée de ce ton glacial. J’y suis, cela ne regarde que moi.

— Pardon ! cela me regarde beaucoup aussi. Je ne veux pas être responsable devant l’opinion et devant vos parents des conséquences d’une démarche aussi étrange de votre part.

— Rassurez-vous, monsieur, dit Éveline tout à fait blessée, votre réputation ne sera pas compromise par ma visite. Personne n’en saura rien.

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— Excepté le fidèle Crésus-, qui vous a accompagnée ici , et celui des domestiques de Mont-Revêche qui vous a ouvert la porte ?

— Forget, qui est maintenant à votre service , a été naguère au mien. Il connaît la pureté de mes intentions, il m’est dévoué et il est incorruptible. Quant à Crésus, c’est un enfant qui n’entend pas plus de malice que moi à une plaisanterie , et dont je suis assez riche pour payer le silence. Êtes-vous tranquille ?

— Pas le moins du monde. Dans huit jours, tout le pays saura que, pour se donner l’amusement bizarre de faire peur à M. Thierray, sous le masque de la dame au loup, mademoiselle Éveline Dutertre est venue seule le trouver au milieu de la nuit;

— Vous rêvez ; personne ne le saura. Crésus est bavard quand il ne risque rien à l’être; mais, quand il s’agit de ses intérêts, le paysan morvandiot se laisserait mettre à la torture. D’ailleurs, je nierais effrontément ; vous aussi, je l’espère; mes parents n’y croiraient jamais , et Crésus passerait pour fou. A présent, voulez-vous avoir l’obligeance de me faire du feu ? Je suis transie de peur et de froid.

' Il était bien impossible à Thierray de refuser les soins de l’hospitalité à sa belle visiteuse. 11 ralluma le feu , approcha un fauteuil où Éveline s’assit, et lui, tisonnant, les genoux pliés devant l’âtre, regardant malgré lui le joli pied qu’elle allongeait sur les chenets, il continua à la morigéner en l’interrogeant.

— Pourquoi dites-vous que vous avez eu peur, vous qui poussez la hardiesse jusqu’à l’extravagance ?

— Je n’ai peur ni des bois pendant la nuit, ni de la solitude dans la campagne, car c’est être seule que d’être avec Crésus. Je n’ai pas même été effrayée de la folie de

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