‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 12 sur 90 · PRESCIENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

PRESCIENCE DE DIEU

Pour attacher les choses advenir et nostre volonté mesme a certaine et inévitable nécessité, on est encore sur cet argument du temps passé, « Puisque Dieu preveoit toutes choses debvoir ainsin advenir, comme il faict sans doubte ; il fault doncques qu'elles adviennent ainsin. » A quoy nos maistres respondent, « Que le veoir que quelque chose advienne, comme nous faisons, et Dieu de mesme (car tout luy estant présent, il veoit plutots qu'il ne preveoit), ce n'est pas la force d'advenir : veoire, nous veoyons, à cause que les choses advien-

Tient; et les choses n'adviennent pas, à cause que nous veoyons : Tadvenement fait la science, et non la science Fadvenement. Ce que nous veoyons advenir, advient ; mais il pouvoit aultrement advenir ; et Dieu, au registre des causes des advenements qu'il a en sa prescience, y a aussi celles qu'on appelle fortuites, et les volontaires qui despendent de la liberté qu'il a donné à nostre arbitrage, et sçait que nous fauldrons, parce que nous aurons voulu faillir, »

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