LE MARIAGE
C'est une religieuse liaison et dévote que le mariage : voy'à pourquoy le plaisir qu'on en tire, ce doibt estre un plaisir retenu, sérieux et meslé à quelque sévérité ; ce doibt estre une volupté aulcunement prudente et consciencieuse. Et sa principale fin c'est la génération.
Aussi est ce une espèce d'inceste d'aller employer, à ce parentage vénérable et sacré, les efforts et les extravagances de la licence amoureuse.
Un bon mariage, s'il en est, refuse la compaignie et conditions de l'amour : il tasche à
représenter celles de l'amitié. C'est une doulce société de vie, pleine de constance, de fiance, et d'un nombre infiny d'utiles et solides offices, et obligations mutuelles. Aulcune femme qui en savoure le goust, ne vouldroit tenir lieu de maistresse à son mary ; si elle est logée en son affection comme femme, elle y est bien plus honnorablement et seurement logée.
Je ne veois point de mariages qui fiillent plustost et se troublent, que ceulx qui s'acheminent par la beaulté et désirs amoureux: il y faut des fondements plus solides et plus constants, et y marcher d'aguet ; cette bouillante alaigresse n'y vault rien.
Le mariage a, pour sa part, l'utilité, la justice, l'honneur et la constance. L'amour se fonde au seul plaisir.
Ce qu'il s'en veoid si peu de bons, est signe de son prix et de sa valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n'est point de plus belle pièce en notre société.