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Montaigne inconnu

Rarement la personnalité de Montaigne a été l'objet d'études aussi multipliées. La passion s'en est mêlée. Mais quel que soit le point de vue sous lequel on le juge, il n'est pas de ceux que les recherches diminuent. Dénoncé comme pillard de Plutarque, comme copiste de Sénèque, il tire de son propre fond de quoi rester digne du rang supérieur qu'il occupe parmi nos écrivains et nos philosophes.

C'est un portrait bien étrange que M. Maurice Barres nous a donné de Montaigne. Il paraît avoir été écrit en voyage dans la trépidation des déplacements. Voici dans quels termes l'auteur des Essais est apprécié.

(( On ne saurait trop méditer ce fait que la mère de Montaigne, Antoinette de Pouppes, ou Antoinette de Popez pouvait descendre de ces grands juifs tolédans(i). Elle est certainement une juive portugaise, et les juifs portugais se tiennent pour une aristocratie parce qu'ils sont des expulsés d'Espagne. Le mépris

(i) Revue Bleue, année 1909. Oreco ou le Secret de Tolède, p. 6A8.

« Dans cette ville des nécromanciens et de la Kabbale, les grands intellectuels d'Israël avaient recueilli et commentaient l'héritage de la Judée, de la Babylonie et du Nord de l'Afrique... Ils critiquaient les idées des chrétiens ou mieux les idées des hommes du Nord et parce qu'elles contrarient leur façon héréditaire de sentir, ils enseignaient qu'elles contredisent la raison ».

évident que professe Montaigne des mœurs chrétiennes, son infatuation de nihilisme, son acharnement contre toute forme de l'héroïsme, son manque de verecundia, par exemple quand maire de Bordeaux, il s'enfuit devant la peste, tout cela trahit un étranger qui n'a pas nos préjugés. Avec une éducation plus solide et une formation aristocratique, Montaigne c'est au fond le tempérament d'Henri Heine ».

Ainsi, voilà qui est bien entendu, Montaigne est fils de juive et cette formule nous explique tout de lui. C'est un maître moqueur ennemi de l'héroïsme sous quelque forme qu'il se manifeste et peu soucieux d'en montrer lui-même, devant le péril, la peste de Bordeaux par exemple.

Une connaissance plus approfondie de la vie et des écrits de Montaigne aurait préservé M. Barrés d'un jugement sans portée et sans grâce. Sous ce double rapport, les Essais constituent un riche fond de découvertes, mais mon but n'est pas de critiquer des mots, ni de démontrer que c'est un bien pour nous comme pour un étranger de n'avoir aucun préjugé. Le débat est plus haut.

Tout d'abord Antoinette de Louppes et non de Pouppes, n'était pas juive. Elle était protestante et elle a eu après la naissance de Montaigne, un fils et une fille delà même religion. Le père d'Antoinette, Pierre de Louppes, est devenu capitoul en novembre i542 et son portrait figure à cette date dans le deuxième livre de l'Histoire de Toulouse (manuscrit des archives) avec ses armes qui sont : de gueule au château d'or, crénelé, tourelé et donjonné, et ce fut le frère de Pierre, Antoine de Louppes de Villeneuve, gros armateur de Bordeaux, en grandes relations avec les Eyqucms, qui fit le mariage dont nous est né Michel de Montaigne.

Les deux enfants d'Antoinette de Louppes, élevés dans la foi protestante, étaient l'un Thomas de Montaigne, seigneur de Beauregard, qui épousa Jacquette d'Arsac, belle-fille d'Estienne de la Boétie, et Jeanne de Montaigne, femme du conseiller de Lestonna. Avant de mourir, dans ses derniers instants, dont Montaigne nous a laissé l'admirable récit, La Boétie pria celui qui devait devenir son gendre d'abandonner la religion réformée pour rentrer dans le catholicisme qui était le culte de sa famille. Celte prière d'un mourant, quoique conçue dans les termes les plus propres à émouvoir Thomas de Montaigne, resta sans effet.

Ces dernières informations sont de la plus grande importance. Elles éclairent non seulement la vie, mais l'œuvre de Montaigne, qui n'a pas été uniquement formé de bonne heure par ses maîtres à la tolérance religieuse, il en a reçu les leçons dans sa famille et de sa mère.

Ce serait mal faire que de borner ici les redressements auxquels donne lieu une autre affirmation de M. Barrés. Le manque de verecundia du maire de Bordeaux fuyant devant la peste, appelle à son tour quelques explications. Montaigne n'a jamais abandonné son poste en face de l'épidémie. Ses lettres aux jurats en font foi. Il était à Libourne à l'expiration de ses fonctions de maire le 3o juillet i585. Les jurats demandaient sa présence pour l'élection de son successeur. Il était venu de Montaigne à Libourne, chassé de son château par la peste qui faisait rage autour de lui, jetant l'effroi parmi les siens. 11 offrit aux jurats de se rendre à Feuillas et sans attendre leur réponse, il se trouvait le lendemain dans leur voisinage. Est-ce là l'attitude d'un fuyard ^

Sur le nihilisme de Montaigne la riposte est facile.

Elle se peut tirer de presque toutes les pages des Essais. Une citation suffira pour édifier les incrédules les plus résolus, ceux qui font fi de la balance de Montaigne. Elle se lit au chapitre ii du livre III.

« Ce n'est pas un léger plaisir de se sentir préservé de la contagion d'un siècle si gasté et de dire en soy : Qui me verrait jusques dans l'âme, encore ne me trouverait-il coulpable ny de l'affliction et ruyne de personne, ny de vengence ou d'envie, ny d'offience publique des loix, ny de nouvelleté et de trouble, ny de faute à ma parole, et quoique la licence du temps permit à chacun, si n'ay-je mis la main ny es biens, ny en la bourse, d'homme français et n'ay vescu que sur la mienne, non plus en guerre qu'en paix ny ne me suis servi du travail de personne sans loyer. Ces tesmoignages de la conscience plaisent ; et nous est grand bénéfice que cette esjouissance naturelle et le seul payement qui jamais ne nous manque. »

Dire d'autre part que Montaigne est acharné contre toute forme de l'héroïsme, ce n'est pas donner une nasardeà Plutarque sur le nez de Montaigne, c'est se l'administrer à soi-même. En tout ce qu'il a écrit Montaigne se montre l'admirateur de l'héroïsme ; c'est ce sentiment qui le guide dans sa contemplation attendrie des soldats morts inconnus dans la victoire qui ne profite (fu'à un seul, des paysans victimes de la peste et se couchant sans se plaindre dans la fosse qu'ils se sont creusée et qu'ils referment sur eux de leurs propres mains. C'est cet amour de la vaillance qui l'a poussé vers Henri de Navarre à qui il a rallié Matignon luimême quand il l'a fait s'arrêter sur le chemin de Coutras et laisser la lutte égale entre Joyeuse et le prince protestant. J'espère montrer un jour avec quelque apparence de sohdité que la défaite de Joyeuse est duc à

l'inaction calculée de Matignon. Au moment où les troupes de Joyeuse et d'Henri de Navarre étaient aux prises, on annonça au Béarnais qu'un second corps de troupe s'avançait contre lui. Tant mieux, dit-il, nous aurons deux ennemis à vaincre. Le corps signalé comme proche s'arrêta à quelque distance du champ de bataille. Le lendemain de sa victoire Henri de Navarre était au château de Montaigne.

L'exemplaire des Ephémérides de Beuther sur lequel Montaigne a noté à leur date les événements dont le souvenir l'intéressait, est muet sur cette importante visite (i). Par un sentiment de délicatesse dont il a souvent donné la preuve, Montaigne a répugné à mentionner sur le livre, son mémorial, un incident trop directement rattaché à une sanglante défaite de la noblesse française.

Trois ans auparavant, en décembre i584, le Béarnais s'était présenté au château de Montaigne avec une suite nombreuse de gentilshommes parmi lesquels, d'après les Ephémérides, nous voyons les princes de Condé, de Rohan et de Turenne, de Béthune et son frère, Lesdiguières et ses deux Heutenants Louis de Blain et Hector de la Forêt, de Glervan et Forget. Cet état-major du protestantisme vécut deux jours à Mon-

(i) C'est à Berger de Xivrey, tome II, p. 6o3 du Recueil des Lettres missives d^Henri IV, que nous devons cette précieuse indication. Le roi de Navarre arriva à Montaigne dans l'après-midi du 23 octobre. Il y passa la nuit et dans la journée du aA il partit pour Sainte-Foy.

Il donna, dit d'Aubigné, sa victoire à l'amour, car avec une troupe de cavalerie il perça toute la Gascogne pour aller porter vingt- deux drapeaux d'ordonnance à la comtesse de Grand- Mont lors en Béarn. Tome III, liv. I, chap. xv.

D'Aubigné ne connut pas l'étape de Montaigne. Il était jaloux et grondeur et déjà au régime des demi-confidences.

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taigne et au partir de là le châtelain ménagea à ses hôtes une chasse à courre dans sa forêt de Bretanord où le cerf les promena deux jours.

D'où vint à Montaigne tant de considération, de cette haute équité qui lui avait valu l'amitié de L'Hôpital, puis de Loysel et des magistrats délégués en chambre de justice à Bordeaux, à la suite de la révolte de la gabelle et de l'écrasement de l'émeute par Montmorency. Lai formation aristocratique reconnue par M. Barres et qui l'inclinait à l'admiration et secrètement au service d'Henri de Navarre, eut à son tour quelque importance.

Par deux fois, comme maire de Bordeaux, de concert avec Matignon, Montaigne fil publiquement échec à la Ligue qui projetait de s'emparer de la ville. Il faut lire dans l'histoire du maréchal de Gallière, le récit de la dégradation du gouverneur du château Trompette, de Vaillac, qui avait promis au duc de Guise de le rendre maître de Bordeaux. La scène est dramatique, Montaigne y figure au premier rang comme auxiliaire de Matignon. Vaillac faillit être passé par les armes. Sur les instances du maire et de ceux qui l'accompagnaient, le maréchal s'adoucit et Vaillac, rentré en possession de son épée, conduisit ses juges, devenus ses protecteurs, au château Trompette dont il fit remise à Matignon.

Dans une autre circonstance, de nouvelles difficultés, conséquences d'un projet de surprise de la ville parles Ligueurs, révélèrent l'habileté de Montaigne et la sohdité de son accord avec le maréchal. La garnison de Bordeaux paraissait hésitante. Pour s'assurer de ses dispositions, il fut convenu qu'une revue des troupes serait passée au jour fixé par les conjurés. Montaigne compléta la mesure par une proposition des plus heu-

reuses. Les jurais et les membres du parlement furent invités à se montrer dans les espaces laissés libres par les soldats et ceux-ci reçurent l'ordre de brûler beaucoup de poudre en salves de mousqueterie. Ge concours de gens d'armes et de gens de robe eut un plein succès et les complices des Ligueurs, les Ligueurs euxmêmes hésitèrent à tenter une surprise qu'ils jugèrent, avant tout engagement, voisine d'une déroute.

Assurément les actes de Montaigne dans sa vie publique ont dû lui concilier la reconnaissance du parti protestant mais ne peut-on pas trouver dans son existence privée des témoignages de sympathie plus caractérisés. C'est à la recherche de ces preuves spéciales de dévouement que nous devons les importants travaux de M. Armaingaud(i) et les études complémentaires de M. Henri Monod.

Le premier de ces deux très distingués montaignistes, particulièrement versé dans la connaissance du texte des Essais, a signalé l'importance d'un passage de ce livre dans lequel Montaigne fait une évidente allusion à la saint Barthélémy : « Je condamne, dit-il, en nos troubles la cause de l'un des partis, mais plus quand elle fleurit et quand elle prospère ; elle m'a parfois concilié à soy, pour lavoir misérable et accablée. »

Relevant d'autre part dans les Essais au sujet du Contre un ou de la Servitude volontaire un raisonnement énigmatique, constatant aussi que le texte de ce pamphlet renferme des interpolations d'une date postérieure à celle de la mort de La Boétie, notamment un portrait du tyran dans lequel on peut reconnaître Henri III, M. Armaingaud s'est demandé si le manus-

(i) Montaigne pamphlétaire. L' énigme du contre un. Paris, Hachette, 19 lO.

cril du contre un n'avait pas été remis aux protestants par Montaigne, héritier des papiers de La Boétie, et si dans un accès de conciliation kla. cause des réformés, il n*avait pas été tenté de compléter par Tintercalation du portrait du prince appelé au trône, un libelle qui allait devenir une arme pour les réformés.

La hardiesse de cette proposition a valu à son auteur de fort vives critiques. La loyauté de Montaigne fut d'abord invoquée comme la plus puissante raison. Elle interdisait toute intervention dans l'œuvre de La Boétie. D'autre part le portrait du tyran ne nous offrait-il pas plutôt la figure d'un autre roi de France ou même d'un empereur romain ? Toutes les objections ont été minutieusement exposées avec grand détail, quelquesunes avec colère, et il y a été répondu pertinemment de bonne humeur avec l'assurance d'une ferme érudition. Il est résulté de tout ce débat ce qu'on pouvait logiquement attendre. Le portrait n'est pas celui d'un tyran quelconque et dès lors il y a quelque apparence de vérité dans la thèse qui, avant de rien affirmer, nous insinue que Montaigne pourrait bien être l'auteur du créoni^i).

Nul doute n'est loisible sur la remise du pamphlet aux protestants qui auraient répugné à publier un manuscrit courant de main en main et de provenance incertaine. Il ne faut pas oublier de plus que Montaigne a perdu dans le massacre de la saint Barthélémy, au moins un ami qu'il faut chercher dans la famille de La Rochefoucaut. Malgré sa liberté de parole, il lui était impossible d'exhaler son indignation. Lié d'autre part avec La Boétie à l'occasion du Contre un, il avait laissé cet écrit à part du Recueil des œuvres de son grand

(i) Voir pour le sens de ce mot les Enait, liv. II, ch. 17.

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ami, par réserve ; mais il ne doutait pas que ce petit livre ne fût seul propre à assurer la réputation de l'homme qu'il adorait.

La saint Barthélémy fut l'événement qui, par l'explosion d'horreur soulevée en lui, arracha du fond de son cœur pour le clouer sur le papier le portrait du prince maudit.

Montaigne avait été à la cour. Les princes ne l'y avaient pas retenu, encore moins leur entourage. 11 se donna le tort de l'éloignement, en se moquant de luimême, en s' accusant de sa petite taille et de son impuissance à débiter des drôleries. Pas beaucoup plus tard la frivolité du Roi lui arracha des propos amers et finalement hostiles. « Mon langage, dit-il, est aspre et dédaigneux. Je ne sais ny plaire ny rejouir ni chatouiller. Le meilleur conte entre mes mains se ternit. Les Princes n'aiment guère les discours fermes ni moy à faire des contes » . Il juge avec sévérité les gouverneurs de l'enfance des princes qui s'appliquent à leur inspirer la vertu de largesse et leur prêchent de ne savoir rien refuser. « Il est trop aysé d'imprimer la libéralité en celuy qui a de quoy fournir autant qu'il veut aux despens d'autrui. Si la Ubéralité d'un prince est sans discrétion, je l'aime mieux avare. Un roy n'a rien proprement sien, il se doit soy mesme à autruy ».

Après les gouverneurs, c'est aux princes eux-mêmes que Montaigne s'attaque. « Les princes me donnent prou s'ils ne m'ôtent rien et me font assez de bien quand ils ne me font point de mal. C'est tout ce que j'en demande(i) ».

L'étude de M. Henri Monod sur Montaigne après la

(i) Essais, II, 6 et III, 9.

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saint Barthélémy est une importante contribution à la thèse de M. leD'Armaingaud(i). L'auteur relève dans les Essais des passages favorables à des conclusions de prime abord douteuses.

Un extrait significatif du chapitre de la Cruauté nous montre l'horreur de Montaigne pour les exécutions et les supplices dont les guerres de religion oifrirent le trop fréquent spectacle. Voici cette protestation :

<( Je vis en une saison en laquelle nous abondons en exemples incroyables de ce vice, par la licence de nos guerres civiles. Et ne voit-on rien aux histoires anciennes de plus exlrôme que ce que nous en essayons tous les jours. Mais cela ne m'y a nullement apprivoisé. A peine me pouvais-je persuader qu'il se ftist trouvé des âmes si farouches qui, pour le seul plaisir du meurtre, le voulussent commettre, hacher et destrancher les membres d'autruy, aiguiser leur esprit à inventer des tourments inusitez et des morts nouvelles, sans inimitié, sans profit et pour cette seule fin de jouir du plaisant spectacle des gestes et mouvements pitoyables, des gémissements et voix lamentables d'un homme mourant en angoisse. Car voilà l'extrême point où la cruauté puisse atteindre ».

Le reproche fait ici aux meurtriers et aux spectateurs atteint directement le Roi qui tolère de pareils raffinements et qui convoque les courtisans à l'exécution des malheureuses victimes de sa colère. Les exemples sont trop nombreux de ces hideux divertissements pour les rapporter tous. M. Monod se borne à citer le supplice de Briquemauld et de Gavaignes sous les yeux de Charles IX et de sa mère et du jeune Henri de Navarre. Sur un aussi lamentable sujet, Montaigne

(i) Voir La Revue de Paris du i""" mars 1910.

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ne faisait que formuler la pensée du plus grand nombre, mais il était pour sa sécurité contraint de s'exprimer d'une manière vague et anonyme.

Par un heureux rapprochement, M. Monod met sous nos yeux les dernières recommandations de La Boétie à Montaigne à son lit de mort. Elles sont particulièrement émouvantes parce que ce sont des prières, « de montrer par effet que les discours qu'ils tenaient ensemble en leur santé, ils ne les portaient pas seulement en la bouche, mais en gravez bien avant au cœur et à l'âme pour les mettre en exécution aux premières occasions qui s'offriraient ».

Si l'on veut bien se souvenir que dans ses confidences La Boétie déclara certain jour à Montaigne qu'il aurait souhaité vivre à Venise de préférence à tout autre pays, nous nous trouvons édifiés sur les libertés laissées à l'héritier des manuscrits de La Boétie, sur tout ou partie des œuvres à publier de ce grand ami et nous pouvons croire sans erreur (l'affection du survivant nous étant un sûr garant) que dans les corrections, ou les additions qui lui sont dues, il n'a point trahi la confiance placée en lui. Nous pouvons, sans nous tromper, être persuadés que dans l'échange de leurs appréciations sur les cruautés de leur temps, ils ont émis les plus sévères jugements. Et ce que nous lisons dans les Essais n'est en certaines pages que l'écho affaibli de leurs intimes réflexions.

Après tant de citations, réduites cependant aux plus nécessaires, le moment est venu de conclure. Gomme l'auteur des Essais qu'il admire et qu'il connaît si bien, M. le D' Armaingaud ne professe pas, il propose, bien différent de ses adversaires qui professent et son récit nous montre un Montaigne que nous ignorions. Nous le croyons toujours douteur et indifférent, nous lui

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faisons injure, nous le travestissons alors que sous le masque dont nous couvrons son visage, il y a un homme d'une sensibilité toujours vigilante et exquise, un philosophe ayant la passion de l'humanité et capable d'emportements généreux. Voilà ce que l'Énigme du Contre un nous a révélé et pourquoi Montaigne est en grand crédit parmi nous. Il a, malgré les années qui nous éloignent de lui, les sentiments qui nous animent à l'heure présente.

La thèse de M. le D^ Armaingaud ne nous entraîne pas : mais elle nous touche et par une conclusion établie sur des présomptions concordantes, nous nous trouvons amené à l'accueillir, n'ayant pas oublié ce passage des Essais : A la vérité et ne crains point de l'avouer, je porterois facilement au besoin une chandelle à saint Michel, l'autre à son serpent, suivant le dessein de la vieille.

CBARTRB8. IMPHIMERIB DORAND, RUR FOLBBRT.

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