Paris, 1641, in-4 , p
2* C'est une lettre à Juste-Lipse que la D* Payen a publiée, dans le Bulletin du Bibliophile (1862, p. l3©4), parmi d'autres lettres relatives à la mort de Montaigne.
d'avoir été, pour ainsi dire, l'éditeur au premier degré de cette réimpression posthume des Essais, d'avoir constitua le texte qu'elle allait reproduire, t Que je sais de gré au sieur de Brach, — écrit M Uo de Gournay dans la grande préface qui précède son édition de i5g5, — de ce qu'il assista toujours soigneusement M mo de Montaigne au premier souci de sa fortune — la fortune de ce livre, les Essais, — intermettant pour cet exercice la poésie dont il honore sa Gascogne, et ne se contentant pas d'emporter sur le siècle présent et les passés le titre d'unique mari, par la gloire qu'il prête à sa femme défunte 1 , s'il n'enviait encore celui de bon ami par tels offices et plus méritoires vers un mort, » Le langage de M llG de Gournay est pesant, mais il est clair. Cet office de bon ami, cet exercice assidu et prolongé qui détourne de Brach de ses propres ouvrages, c'est évidemment la collation des manuscrits de Montaigne, l'établissement du texte qui allait devenir définitif et son choix au milieu des rédactions diverses qu'avait pu laisser l'auteur. De Brach fournissait ainsi la base sur laquelle M 1Ie de Gournay allait asseçir son pieux édifice.
Au reste, M lle de Gournay se conforma complètement aux textes qui lui étaient transmis par M me de Montaigne, et qui avaient été préparés par de Brach : c J'ai secondé ses intentions jusqu'à l'extrême superstition, » déclare -t- elle d'elle-même, et elle peut, en toute sincérité, se rendre pareil témoi-
' i. M 1 ' de Gournay fait allusion ici aux vers que De Brach avait consacrés à la mémoire de sa femme.
gnage. « Aussi n'eusse -je pas restivé (regimbé), s'écrie- 1- elle, lorsque j'eusse jugé quelque chose corrigeable, de plier et prosterner toutes les forces de mon discours sous cette seule considération que celui qui le voulut ainsi était père et qu'il était Montaigne. » Telle fut bien effectivement la conduite de M lle de Gournay; éditeur consciencieux, elle respecta jusqu'au scrupule le texte qui lui était fourni; éditeur diligent aussi, car elle apporta à la tâche qui lui était confiée toute l'activité de son esprit. Comme on l'a vu plus haut, c'est en mars 1 594 que M Uo de Gournay reçut, de M me de Montaigne et de sa fille, la copie du nouveau texte des Essais, et avant la fin de cette même année, ce texte était livré au public par Abel Langelier, dans une « édition nouvelle, trouvée après le décès de l'auteur, revue et augmentée par lui d'un tiers de plus qu'aux précédentes impressions ». Neuf mois environ avaient donc suffi à M ,,e de Gournay pour s'acquitter de sa tâche; ce délai était normal pour diriger la publication du volume, mais quel que fût le zèle de la docte fille, elle n'eût pas pu, dans ce même laps de temps, préparer tout ensemble le texte qui allait voir le jour et en mener à bien l'apparition. Cette remarque confirme encore le rôle que nous prêtons à M lle de Gournay et qui fut le sien; elle se conforma avec exactitude à la ligne de conduite qui lui avait été tracée, et, la conscience en repos, elle pouvait invoquer comme garant de sa fidélité ce manuscrit original des Essais qui, étant demeuré à Montaigne, n'avait pas passé sous ses yeux.
Telles sont les origines de cette célèbre édition des Essais de i5q5, qui a été si généralement adoptée